‹ Essais de philologie françaiseChapitre 28 sur 251 · Trad. Rabiet, p · texte numérisé non relu

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D'autre part, partout ailleurs que dans les parfaits, le / latin final a également disparu : movet donne mou, tenet donne ten ou te, etc. Faut-il admettre que deux phénomènes essentiellement caducs sont arrivés, en s'appuyant l'un sur l'autre, à étayer leur caducité? L'explication de M. Neumann repose sur la série d'évolution edit, edet, ed't, et. Je suis porté à croire, au contraire, que le premier accident phonétique qui ait atteint edet, c'est la chute du t final. J'imagine qu'on a dû avoir la série edit, *edet, *ede, *ed, e, absolument comme crédit, *credet, *crede, *cred, cre. M. Neumann, il est vrai, récuse crédit = cre et les autres 3" personnes du présent où le latin nous offre edit : il les considère comme dues à l'analogie. A cela, on le comprend, il est impossible de répondre; et comme on ne trouve que dans les verbes des terminaisons de ce genre, il semble qu'il faille renoncer à prouver que edit doive aboutir phonétiquement à e plutôt qu'à et. Je crois cependant qu'on peut faire la preuve indirectement1.

Acceptons l'explication phonétique imaginée par

1 . J'ai cru un instant tenir la preuve directe dans le nom provençal bien connu Daade, plus anciennement Deusde, en lat. Deusdedit. Mais qui ne voudra pas reconnaître la loi phonétique dédit — de pourra arguer d'une forme latine plus rare Deusdet : devsdet aui vixet annvs plvs minvs xx (De Vit, Onomasticori). Cette forme est presque constante dans les chartes latines du/cartulaire de Conques : dans les quelques chartes romanes du même cartulaire on trouve ordinairement Deusde, et exceptionnellement (par exemple au n° 531) Deusdet. Il me paraît certain que dans la pensée du ou des scribes de ce cartulaire Deusdet est la forme latine du roman Deusde, ce qui ne veut pas dire que Deusde vienne du latin Deusdet, mais ce qui laisse planer un doute sur l'équation phonétique Deusde = Deusdedit.

M. Neumann. Il dit textuellement : « Le t final du provençal ne représente pas seulement le t final du latin, mais le groupe dt, -d(i)t. » Il me paraît impossible d'admettre un groupe dt final sans admettre en même temps que ce groupe a dû s'assimiler en tt et se confondre avec tt primitif : le t de et = edit serait donc aussi solide que le t de bat = *batto, cat = catlitiu, etc. Or il est facile de prouver que le t des parfaits provençaux en et n'a pas la solidité d'un t issu de tt primitif. Il suffit d'étudier la langue du Dauphiné méridional, celle de Die, par exemple. Ici, je cite textuellement M. P. Meyer: « La dentale intervocale en latin, mais finale en roman, tombe... Le cas est le même pour les prétérits, 3 e pers. du sing. preste, trobe, vende1. » M. P. Meyer ne dit rien de tt, parce qu'il n'y a qu'à constater que le t issu de ce tt se maintient à Die comme partout ; qu'il me suffise de citer les exemples des suffixes ittum, ottum qui figurent dans le fac-similé joint à l'article de M. P. Meyer : Menuet^, Bcllel~, Olmet, Peiret^, Grassot^. Donc, on a en provençal amet « il aima, » comme l'on a au participe passé amat « aimé » : dans la région où amat se réduit à aina, amet se réduit à ame2.

Le phonétique nous oblige impérieusement à écarter

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