VIII. — LE DRAME DE « GLAIZÉ » ET LE « CADENAS » DU LOT
Le célèbre capitaine périgourdin Arnaud de Cervole, plus connu de son temps sous le nom de PArchiprêtre, a trouvé de nos jours un biographe émérite dans feu Aimé Cherest, dont le livre1 a obtenu la première
1 . L'Archiprctre, épisodes de la guerre de Cent ans an XIV* Siècle. Paris, 1879.
médaille au concours des antiquités nationales de 1880. J'ai eu récemment l'occasion de parcourir l'ouvrage de Cherest, et j'y ai trouvé, en ce qui concerne la mort de l'Archiprêtre, un si divertissant quiproquo que je ne résiste pas à la tentation de le signaler. Il importe d'autant plus de crier gare que la méprise de Cherest menace de devenir un article de foi pour le grand public depuis qu'elle a été reproduite en toute candeur dans l'article Arnaud de Cervole de la Grande Encyclopédie.
Donc, il est notoire que l'Archiprêtre a été tué par un de ses hommes au moment où il cherchait à débarrasser la France des Compagnies pour les entraîner en Orient contre les Turcs: ce drame se passa le 25 mai 1366. Mais quel en fut le théâtre? Cherest cite ce texte provençal, extrait du Thalamus de Montpellier : Arnaut de Servola. . . fo mort a Glazi. . . et ayssofo fach en Borgonha entre Lyon et Mdcon. Puis il ajoute : « Glaxj, entre Lyon et Mâcon, ne peut être que Glaire, près de Villefranche (Rhône) ».
Il n'en va pas ainsi, tant s'en faut. Les éditeurs du Thalamus ont eu tort de mettre une majuscule à glayi, qui est un nom commun correspondant au français « glaive » . En ancien provençal morir a gla^i signifie simplement « mourir de mort violente1 ». Il faut nous résigner à ne pas savoir le lieu précis où fut tué Arnaud de Cervole, entre Lyon et Mâcon. Mieux vaut ignorance que fausse science.
1 . Une expression analogue existe en italien et en ancien français et n'a pas été toujours bien comprise. Cf. G. Paris dans Romania, X, 460 et Hist. litt. de lu France, XXX, 272, à propos de Siger de Brabant.