PEUPLADE BARBARE
Il y a dans le département de la Marne une commune du nom officiel de Courtisols. Il est certain que, dans Courtisols, Y s finale est paragogique et que 17 a pris la place d'une r antérieure, sans doute par suite de dissimilation : on disait autrefois Courtisor, et l'on prononce aujourd'hui Courtisou. Si j'ajoute que d'anciennes chartes latines traduisent la forme vulgaire par Curtis Ausorum, Otiosorum Curlis, on ne sera pas surpris que Quicherat ait fait figurer Courtisols parmi les noms de lieux qui ont conservé jusqu'à nos jours d'anciens génitifs pluriels1. Dans l'introduction de son
i. Traité de laform. des noms de lien, p. 59. La liste de Quicherat a été reproduite par A. Darmesteter, Traité de laform, des mots composés, p. 48, n. 3, et en partie par M. Suchier, Le franc.
Dict. top. de la Marne (189 1), page x, M. Longnon s'exprime avec quelque réserve à ce sujet. « Courtisols, dit-il, Curtis Ausorum, semble avoir pour second élément le nom de quelque peuplade étrangère. » La réserve de M. Longnon porte plutôt, à ce qu'il semble, sur les mystérieux Ausi que sur le génitif pluriel dont Courtisols continue à ses yeux, comme aux yeux detous, à être le dépositaire.
Or, voici toutes les formes réunies par M. Longnon jusqu'au commencement du xme siècle pour le nom de Courtisols : Curtis Acutior, 847 ; Curtis Agutior, vers 850; Curtis Ausorum, 987-996 ; Otiosorum Curtis, 1028; Ausorum Curtis, 1043 ; Curia Ausorum, 11 32; Cortesor, n 65; Cortesorium, 1181; Cortesort, 1 185 ; Curtis Auxorum, xne s. ; Cortoisor, Cortoisour, 1203, 1212; Cortisor, 1213, etc. En présence de ces textes et de leurs dates respectives, il est difficile d'accorder un plus grand crédit à Curtis Ausorum qu'à Otiosorum Curtis. Pour mon compte, j'aimerais mieux m'en tenir à Curtis Acutior de 847, et dire que dans Courtisols le second élément représente, non pas « le nom de quelque peuplade étrangère », mais le comparatif acutiôrem, qui, d'après les lois phonétiques du français, a dû devenir aguisor, auisor et dialectalement aùsor. C'est sans doute cette forme qu'il faut reconnaître dans la traduction latine Ausorum.
Que si l'on a des doutes sur l'emploi effectif de acutiôrem dans la topographie de la Gaule, j'en puis citer
et le prov., p. 222. Sur une douzaine de noms donnés par Quicherat, quatre au moins sont à rejeter.