LE « PLOMB » DU CANTAL III
Et maintenant, pourquoi la forme normale du xme siècle s'est-elle altérée et a-t-elle fait place à la forme actuelle ?
Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé?
Quand Fétymologie populaire entre en jeu, il n'est pas toujours facile d'en déterminer avec rigueur le « moment psychologique ». Il est certain que de bonne heure pom a cessé d'être compris ; mais nous ne saurions dire à quelle époque a eu lieu la confusion avec plomb, dont la signification ne semble guère avoir de point commun avec pom1. Remarquons seulement que le provençal pomel, « pommeau d'épée », s'est confondu avec plombe! , « poire, contre-poids d'une romaine », et se présente souvent dans les dialectes actuels sous la forme ploumbel2.
Post-scriptum. — M. J.-B. Champeval, l'érudit limousin bien connu, m'a signalé, dans les Documents historiques relatifs à la Vicomte de Cariât que M. le comte de Dienne va incessamment publier, deux extraits
i . Nous espérions que le Dictionnaire topographique du Cantal, par M. Amé, dont on annonce la prochaine publication dans la collection officielle in-40, apporterait quelques données nouvelles à ce sujet. Mais M. Longnon, qui a eu en main les bonnes feuilles, veut bien nous apprendre qu'il ne s'y trouve rien de nature à nous éclairer. L'auteur ne connaît ni le passage de Guillem Anelier ni la charte de 1268, publiée par Francisque Michel.
2. Mistral, Trésor dou Felibrige, aux mots ploumbeu et poumeu. — La confusion entre pom et plomb doit avoir commencé dans le nom de la boule des clochers qui était souvent en plomb. Il est dit dans un texte de 1499, relatif à la cathédrale de Lavaur, qu'on place des reliques infra lo pom plombcum dejots lo pe de la crox de la a de lu agulha {Revue du Tarn, 2^ série, t. III, p. 269).
d'actes intéressants pour la question qui nous occupe. Dans un hommage du 28 août 1282, on lit les abornements suivants : « A porno vocato de Cantal usque ad pontem de Fon de Gol et ab aqua vocata Cera usque ad aquam vocatam de Bresons. » 11 s'agit clairement du Plomb du Cantal et des trois rivières connues, le Goul, la Cère et la rivière de Brezons. Dans un hommage du 4 juillet 1277, on lit que les limites du château de Saint-Christophe « protenduntur usque al pom de Cantal et usque ad aquam vocatam Berteina ». Ici il ne s'agit plus de la montagne appelée aujourd'hui Plomb du Cantal, mais d'une autre montagne dite, d'après le Dictionnaire topographique de M. Amé « le puech de Chantai » et située dans la commune de Saint-Martin-Cantalès, voisine de Saint- Christophe. M. Amé cite pour « le puech de Chantai » l'appellation de « le pion du Chantai » dans un acte de 1636: c'est le plus ancien exemple connu de la substitution de plomb a pom signalée ci-dessus. D'autre part, il est intéressant de constater ici que pom est bien réellement a l'origine un nom commun analogue à puy ou puech et à suc. Enfin j'ajoute que cette montagne dite le puech de Chantai se trouve, comme le Plomb du Cantal lui-même, a la limite où affrontent les prononciations opposées de Cantal et Chantai: c'est du puech de Chantai et non du Plomb du Cantal, que la commune de Saint-Martin-Gïwto/&$" tire son surnom, et c'est probablement le même massif, sinon le même puech, qui a servi à désigner les communes de Saint-Santm-Cantalès et de Saint-Etienne-Gwta/& situées un peu plus au sud.
LES JUIFS ET LA RUE JOUTX-AlGUES, A TOULOUSE I i 3