I. Die german. lilem., p
a obligeamment cherché la forme germanique nécessaire pour faire la chaîne entre kaupôn et chaupir, et il a trouvé (dans sa tête, bien entendu) le burgonde kaupjan. Par malheur le burgonde, si burgonde il y'a, comme le gothique, signifie « trafiquer », ce qui n'a . pas de rapport avec le sens de chôpi à Cellefrouin. Diez a accepté de confiance, pour le provençal chaupir, le sens, donné par Raynouard, de « prendre, saisir », et, tombant dans les panneaux de l'artificieuse sémantique, il a cru que, puisque le latin emere, « acheter », signifiait primitivement « prendre », et que le roman *accaptare, « acheter », renfermait également le radical de capere « prendre », la théorie des compensations permettait de trouver tout naturel que le sens primitif « acheter » eût engendré à son tour, par suite de la corruption des mœurs, sans doute, le sens de « prendre ». Or il se trouve, si je ne m'abuse, que le sens de « prendre, saisir », attribué à chaupir, est purement imaginaire. Le vrai sens est, au moyen âge comme aujourd'hui, « fouler aux pieds1 », et l'habitat du mot paraît restreint à la zone septentrionale des pays de langue d'oc. (Voy. Mistral, chaupi.) Il n'y a pas de doute que le chôpi de Cellefrouin soit identique au provenç. chaupir et que chaupir n'ait rien à voir avec l'allemand kaufen : on ne peut pas le séparer de ses synonymes provençaux caussigar, caupisar, et de l'italien calpestare. Les types du latin populaire *calcicare, *cal-
i. Dans l'exemple sur lequel se fonde Raynouard, exemple emprunté à P. Cardinal, il est facile de reconnaître un sens figuré direct : Sol las terras puescan chaupir, « pourvu qu'ils (le clergé) puissent tenir les terres sous leur domination. »
pisare (pour cake pisarè), *calpistare, peut-être même *calpicare (cf. bordelais caupica), n'auraient-ils pas engendré *calpire?
Ibid. Alucha, allumer, ne peut être séparé de fane, provenç. alucar, limousin aluchar, et, par suite, l'étymologie proposée *ad-lucitare est certainement défectueuse.
Ibid. « Akucha, renverser un vase pour faire sortir tout le contenu, paraît bien dérivé de ku. » Il n'y a aucune vraisemblance à cela : un dérivé parasynthétique verbal de cul avec le préfixe a ne peut signifier que « mettre à cul, acculer » ce qui est juste le contraire de akucha. Il faut rapprocher ce mot de acucha, entasser, dans Mistral, de cucho, monceau.
P. 191, « Cupitia, Cobee^a. » L'auteur a dit p. 150 qu'une famille gallo-romaine du nom de Cupitia avait laissé son nom au hameau de Goise, commune deValence. C'est ce hameau qui est appelé dans le cartulaire de Cellefrouin Cobee^a et dans le censier, plus récent, Cobe%a. Or on ne peut rattacher Cobee^a, ni même Cohera, au gentilice Cupitia : ce gentilice, dont l'existence n'est pas contestée, doit se lire Cupitia, dérivé de cupïtus, « désiré », plutôt que Cupitia, qui ne se rattacherait à rien. Cobee^a est le mot provençal qui signifie « convoitise », dérivé de cobe, cupidum; la gens Cupitia doit dont chercher d'autres titres pour être admise au droit de cité chez les Iculismcnses.
P. 206. « Après l'accent, nous avons un à intervocalique à la place d'un à ancien dans deux mots : nud nudam, krud crudam. » Il me paraît impossible d'admettre, étant donné ce que nous dit l'auteur luimême du consonantisme de Cellefrouin, que le d de
nnd et hruà soit le à latin : je crois qu'on est en présence de formes refaites sur le masculin d'après les participes en u dont le féminin est régulièrement ud.
P. 213. « S'agroua et les subst. verbaux grouad, « nichée de poulets », grou « niche à chien », n'ont pas le même radical que le français coupe, s'accroupir, et c'est bien gratuitement que M. l'abbé R. suppose à ces mots « un radical avec un seul p, krupe, comme au germanique stuppula, étouble ». D'abord je crois que le fr. étouble vient du lat. *stupila (au lieu de stipula) et non de l'allemand ; puis, en ce qui concerne s'agroua les formes franchement méridionales données par Mistral (agroua, agrouva, agrua, etc.) ne sont pas favorables à l'hypothèse d'un p intervocalique, même simple. Mistral indique comme étymologie curbare, que que je ne voudrais pas cautionner.
P. 215. « Fer conbuja un barik, rendre une barrique étanche. » Il aurait été bon de remarquer que le mot combuger figure dans tous les dictionnaires français, y compris celui de l'Académie, et que le français l'a probablement emprunté aux patois du sud-ouest.
P. 212-223. (c Lodefes, hameau de la commune de Vaux, à côté de Lodefens (Cartul. de Vaux). » Cette double forme n'a pas la valeur que l'auteur lui attribue. Defes représente le lat. defensum, comme dans la même région pes = pensum ; defens est une forme calquée sur le latin littéraire comme penser sur pensare: il ne s'agit pas ici de Vit caduc du provençal.
P. 225. « C'est dans cette position que se trouve la seule labiale sur laquelle nous possédons un renseignement. Nous trouvons cette phrase [dans le censier de
LE PATOIS DE CELLEFROUIN Iji
Cellefrouin] : P. Aymes .vij. sol. deu chambo qui est... Le copiste s'est oublié puisqu'il a effacé deu chambo qui est pour restituer la bonne leçon de maynamento , etc. Il avoulu dire : du champ. Mais pourquoi ce b? Un b final se serait assourdi. Aurait-il voulu écrire un p très affaibli et presque indistinct ? » Je crois que le copiste a voulu dire non pas du champ, mais du chambon, en bas lat. cambonem, mot qui paraît signifier « champ cultivé », qui est peut-être d'origine celtique et où, en tout cas, le b est primitif. D'où il suit que les observations de M. Rousselot s'en vont à vau l'eau.
P. 230-233. L'auteur déploie beaucoup d'ingéniosité pour se persuader que l'adjectif kit dans des phrases comme : ou batri son kit per « il battrait son père lui-même », i ne pâ un kit poum « je n'ai pas une seule pomme », vient de *eccu-i'ste. Malgré l'appui apporté à cette étymologie par une forme kisto, signalée à la p. 249 dans le patois de Bagnols (Puy-de- Dôme), elle soulève encore bien des difficultés, et j'avoue que je demeure provisoirement incrédule.
P. 311. L'explication de l'ancien français mon par minus est ingénieuse, mais bien peu vraisemblable; sa signification n'est pas la même, il me semble, que celle' du cellefrouinais man ou men.
P. 310-312. Une des sources de Yen de Cellefrouin ne me paraît pas indiquée avec assez de netteté. « Il en est de même de en suivi d'une gutturale ou d'une palatale: linguam, leng ; cingitlam, senlh ; linteolum, lenso ; tenui, tengui ; *venui, vengui ; * prenui, prengui; et dans les mots suivants: sentio, sen;sentire, senti; *deintus, deu ; sine, sen; auxquels il faut ajouter léger-
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man. skella, cchenl ; enfin in (î) donne aussi en: uiilrimcn, nouren. » L'énoncé de tous ses cas se réduit à ceci : Yen actuel se trouve partout où il y a eu antérieurement in (î). Reste à montrer les sources diverses de cet in disparu: i° lat. im : nouren, nutrimen1 ; 2° lat. in avec n persistante: lenso, llnteolum2 ; 30 lat. en, in sous l'influence a) d'une gutturale: leng, linguam, senlh,cingulam>, (3) d'uni posttonique: vengui*, tengui, prengui, y) d'un i en hiatus : sen S, sentio, d'où l'infin. senti; 40 lat, in passé à in sans raison apparente : den, comme en provençal dint% (de -intus) et sen (sine) ; 50 german. ï nasalisé : *skïlla (cf. ital. squilla, prov. esquila, patois de la Creuse eichinlo), échenl.
La thèse latine de M. Rousselot est dédiée à Arsène
1 . A cette source se rattachent probablement d'autres exemples, quoique M. Rousselot n'en dise rien. Je pense à *racimum, *ventmum (pour venenum), prlmum tempus, qui ont donné dans le patois de la Creuse ro^in, vérin, printen.
2. Il fallait indiquer la forme actuelle de *clnque (quinque), *cinquanta (quinquaginta), Uneum, splnula, etc., dont M. Rousselot ne dit rien et qui sont dans le patois de la Creuse sin, sinkanto, linje, eipiugo.
3. Patois de la Creuse îingo, sinlho, et en outre (puor) sinlhar (sanglier) de porcum singularem. C'est le phénomène étudié au § 95 de la Grammaire des h rom. de M. Meyer-Lùbke ; mais M. M.-L. ne parle que de l'italien et du portugais. (Cf. Chabaneau, Gr. Uni.,
4. Le point de départ de vengui est le prov. vinc = *vênui. Le patois de la Creuse ne connaît que les formes en en; mais cf. le gascon binguri ou bingoui, partie, bingat, etc. Dans cette série prend place le français et le provençal vin(g)t, de viginti: M. l'abbé Rousselot ne parle pas de la forme patoise de ce mot.
5 . Dans le patois de la Creuse sint, infin. sintre. (Cf. le provenç., firen, de ferientem et sirven de servientem.)
Darmesteter, dont il a suivi à la Sorbonne, en 1885- 1886, les excellentes leçons sur la syntaxe. Elle se divise en deux parties : la première, de congruentïœ signis, nous fait entrevoir l'intérêt de la morphologie du patois de Cellefrouin que M. Rousselot nous donnera sans doute quelque jour; la seconde, de congruentiœ legibus, expose la syntaxe proprement dite. On y trouvera la même finesse d'observation que dans la thèse française, appliquée à un sujet d'intérêt beaucoup plus restreint. Voici quelques observations, rectificatives ou complémentaires qui me viennent à l'esprit à la lecture de cette dissertation écrite en un latin remarquablement élégant.
P. 14. Dans le nom de personne Jordano de Lobers^ le dernier mot n'est pas un exemple de « nominativum cum vi accusativi ». C'est un nom de lieu dont l'orthographe actuelle, Loubert, dissimule la véritable étymologie, Lupcrcium (cf. Loubers, Tarn, Loubès, Lot-et-Garonne, et les dérivés Loubersan, Gers, Lubersac, Corrèze et Lot-et-Garonne, Lupersat, Creuse, Loubressac, Lot). La graphie s% n'est donc pas le signe du nominatif.
lbid. Dans tôt los altres prebost^, l'orthographe tôt au lieu de tot^ est un fait phonétique étudié dans la thèse française, p. 232; l'exemple ne devait pas être cité ici.
P. 18. La locution tout a la ho, où ko (coup) semble employé au féminin, est bien expliquée, il me semble, par M. Rousselot, qui y voit un succédané de tout a la fé. Il aurait pu en rapprocher l'anc. franc, totejor, tout le long du jour, sous l'influence de tote nuit. Dans le patois de Saint-Yrieix-la-Montagne « une fois » se dit no vièje. J'imagine que cette forme étrange est pour
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en viaje (un voyage), qui se dit, au même sens, dans une grande partie du Midi et que le changement du genre est dû à no vé, qui se dit ailleurs dans la Creuse.
Ibid. Il n'est pas vraisemblable que la mansonje soit dû à la manïri; M. Rousselot ne paraît pas songer que mensonge est fém. en anc. «franc, et aujourd'hui encore dans tous les patois du Midi, limousin compris.
P. 22. M. Rousselot signale ce fait intéressant que, par analogie à chà dont le pluriel est chù (chat, chats), les formes brâ, pâ, nâ (bras, pas, nez) qui devraient rester invariables de par l'étymologie ont été confinées au pluriel et remplacées au singulier par des formes analogiques brâ, pâ, nâ. Le fait est certain pour pâ et nâ, mais je me demande si l'on peut joindre brachium à passum et nasum. A Saint-Yrieix-la-Montagne, on a pâ, nâ invariables, mais brô, plur. brâ. Je crois que brô est le dérivé phonétique régulier de brachium, anc. provenc. brat^, et correspond au cellefrouinais brâ, comme chà à châ. Il est vraisemblable qu'on a eu autrefois à Cellefrouin brâ invariable comme pâ, nâ et qu'on a fait analogiquement le pluriel brâ d'un côté et les singuliers pâ, nâ de l'autre. Nous sommes d'ailleurs là en présence de questions fort délicates (cf. Chabaneau, Gramm. Uni., pp. 151, 152, 156): on aurait aimé à avoir l'avis de M. Rousselot non seulement sur Cellefrouin, mais sur les alentours.