‹ Essais de philologie françaiseChapitre 50 sur 251 · LA LANGUE DE BERNARD PALISSY · texte numérisé non relu

LA LANGUE DE BERNARD PALISSY

qui a déjà reçu l'accueil le plus flatteur de critiques autorisés1. C'est un succès mérité. On trouve rarement réunies, comme dans ce livre, les qualités de l'érudit et celles du lettré et l'on admire l'art avec lequel M. Dupuy a su rendre attrayantes les parties les plus arides de son sujet. Enthousiaste de son héros, il a voulu le connaître tout entier, même dans ce qu'il avait de moins accessible à un lettré : aussi a-t-il eu l'heureuse idée de faire appel au concours de M. Munier-Chalmas, le savant géologue de la Sorbonne, dont la collaboration discrète, mais efficace, donne une valeur particulière à la deuxième et à la troisième partie, « l'artiste, le savant ». Mais l'enthousiasme de l'auteur pour maître Bernard ne l'empêche pas à l'occasion de signaler ses travers. Palissy s'est formé lui-même en grande partie, et il n'est que juste de reconnaître qu'il était, selon l'expression de son contemporain La Croix du Maine, a d'un esprit merveilleusement prompt et aigu ». Mais il entre bien de l'ostentation dans l'insistance avec laquelle il proclame qu'il n'a eu pour maîtres que la nature et la pratique. Le « paysan de Xaintonge » est un madré. Entendez-le s'écrier : « Veux-tu que je te die le livre des philosophes où j'ay appris ces beaux secrets ? Ce n'a esté qu'un chauderon a demy plein d'eau... » Il se garde bien de dire qu'il a pris dans Vitruve, traduit par Jean Martin, ce qu'il nous donne comme le fruit de son observation personnelle.

J'ai lu avec un intérêt particulier la quatrième partie

1. Bernard Palissy, V homme, l'artiste, le savant, l'écrivain. Paris,

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du livre, celle qui a pour titre « l'écrivain ». Tout ce qui y est dit du style de Palissy est excellent, d'une critique à la fois délicate et pénétrante. En ce qui concerne la langue même et en particulier le vocabulaire, j'aurais quelques réserves à faire. Il me semble que l'auteur est trop porté à réduire l'influence du dialecte saintongeais sur le français de Palissy, et qu'il se fait une idée fausse des « provincialismes ». Je tiens à m'expliquer là-dessus parce que je retrouve dans le livre de M. Dupuy l'écho de certaines objections qui ont été faites en Sorbonne à la thèse de M. Lanusse, objections auxquelles je ne saurais m'associer.

M. Dupuy signale soixante-dix mots comme étant chez Palissy des « provincialismes », mais il n'en retient que trente-huit dans lesquels « il est permis de reconnaître le langage de l'Aunis et de la Saintonge ». Voici comment il procède à cette épuration. Palissy dit chaumenir pour « moisir », mais comme « chaumenir se retrouverait dans Rabelais » et que « le glossaire de Jaubert rappelle la tradition du centre de la France sur le pain de la semaine des Rogations qui chanmenil toujours », M. Dupuy écarte chaumenir. Palissy emploie pale%ir pour « pâlir » ; mais « palezir est donné par Favre et par Jaubert comme du Berry, par Littré comme provençal » ; donc, enlevez pâleur ! Palissy appelle l'osier visme : mais « visme est bien près de vim ou bim, forme du Languedoc », et voilà visme exclu. Pour moi, je n'hésite pas à dire: chaumenir, palezjr et visme, employés par Palissy, sont des santonismes, parce que : i° ces mots ne sont pas ceux qu'aurait employés à la même époque un Français de Paris, lequel aurait

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