Gramm. des long, rom., trad. franc., I
dans la prononciation la plus familière du français, l'e muet compte souvent pour une syllabe (qu'il me suffise de citer la syllabe initiale des mots comme premier, grenouille), il reçoit de temps en temps l'accent tonique (dans les formes impératives comme arrêtezle, et dans quelques locutions adverbiales comme sur ce), enfin Molière l'a obligé au moins une fois à être long, bon gré, mal gré dans le célèbre le... de Y École des femmes. Donc je considère qu'on peut en toute sécurité transcrire par Ye muet français le 1> employé par Anne de Russie, sauf à mettre si l'on veut un tréma sur Yi qui le suit, pour qu'il soit bien entendu que Ye conserve sa valeur syllabique propre. Nous transcrirons donc Ana reïna, mais en dégageant le dernier mot de son accoutrement slavon, nous n'oublierons pas que l'alphabet cyrillique, mieux outillé que notre vieil alphabet latin, nous apprend que dans reïna la première syllabe renferme un e. Il n'est pas indifférent de savoir que dès 1063 le français possédait cette variété vocalique inconnue des autres langues romanes d'Occident, et je ne vois pas trop comment nous l'aurions su — au moins par un témoignage direct — si la fille de Jaroslav-le-Grand n'était montée sur le trône de France pour nous l'apprendre.
3°- Disparition du g. Du moment que l'on considère reïna comme un mot français, il n'y a plus à se préoccuper du g du latin regina. Dès le latin vulgaire, le g de regina s'est prononcé y, puis fondu avec Yi suivant. Les plus anciens textes français, par exemple la chanson de Roland, écrivent reine, qu'il faut prononcer reïne.
Il me reste maintenant à répondre à l'objection que