‹ Essais de philologie françaiseChapitre 58 sur 251 · LA SIGNATURE DE LA REINE ANNE DE RUSSIE · texte numérisé non relu

LA SIGNATURE DE LA REINE ANNE DE RUSSIE

l'on pourrait tirer de la terminaison ena des deux mots qui composent la signature Ana reïna contre le caractère français de la langue. Il est vrai que l'ancien français rend Va latin final par un e et se distingue ainsi du provençal, de l'italien, de l'espagnol, etc. Mais cet usage ne s'est pas établi du jour au lendemain. Dans les Serments de Strasbourg nous ne trouvons que des terminaisons en a (ce qui a fait croire longtemps, bien à tort, que c'était un texte provençal). Sainte-Eulalie et Saint-Léger tantôt conservent Va, tantôt le remplacent par e. Enfin Saint- Alexis, dont M. Gaston Paris fixe la rédaction à 1040 environ, quelque vingt ans avant le diplôme de Philippe Ier, connaît encore l'usage de noter dans certains cas par un a la voyelle finale atone, qu'elle corresponde ou non à un a latin. On pourrait donc voir dans Va final de Ana reïna un archaïsme. J'incline cependant plutôt à y voir l'influence directe et permanente de l'orthographe latine. J'imagine que sans cette influence, la reine aurait aussi employé le t cyrillique pour rendre le son de ces deux voyelles finales, car ce que nous savons du français du xie siècle nous porte à croire que le mot reine offrait exactement le même son vocalique à la première et à la dernière de ses trois syllabes.

Je n'ose me flatter que mon interprétation de la signature d'Anne de Russie soit approuvée de tous points par les savants compétents ; je me suis proposé surtout d'attirer leur attention sur l'existence même de ce curieux document, et de montrer que l'alliance russe de Henri Ier avait un contre-coup, jusqu'ici insoupçonné, dans le domaine des études philologiques.

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