‹ Essais de philologie françaiseChapitre 61 sur 251 · II. — AINE · texte numérisé non relu

II. — AINE

Littré attribue deux sens au substantif féminin aine2 : i° petit bâton qu'on passe dans la tête des harengs destinés à être fumés; 2° pièce de peau de mouton qui sert à joindre une éclisse et une têtière dans un soufflet d'orgue. Il ne donne aucune indication étymologique.

Le Dictionnaire général a fait deux mots distincts de ces deux sens, mais chaque mot est accompagné de cette mention: « Origine inconnue ».

Je ne sais que penser dti petit bâton à harengs dit aine y ou ainette*. Je note simplement que Cotgrave

i. C'est la forme *fôce que MM. d'Ovidio et Meyer-Lûbke invoquent à propos de l'ital. foce (Grundriss, p. 525), et M. Meyer- Lûbke dit dans sa Gramm. des langues rom., I, § 27, que le lat. pop. avait remplacé au par 5 dans cauda, fauces, aula, caudex. A remarquer que si les dictionnaires latins ne donnent pas la forme faces pour fauces, ils enregistrent les dérivés focale et focaneus.

2. Littré et l'Académie considèrent comme masculin le substantif aine « pli de la cuisse au bas du ventre ». Le Dictionnaire général de MM. Hatzfeld et Darmesteter en fait un mot féminin, et il a pour lui l'autorité de Furetière, de Richelet et du dictionnaire de Trévoux, ainsi que l'usage populaire.

3. Le Dict. gèn. cite un exemple de 17 51 comme le plus anciennement connu ; le mot est déjà dans le Dict. du commerce de Savary des Bruslons, paru en 1723.

.4. Les dictionnaires donnent aussi alinette et alignette, formes qui ne m'inspirent pas confiance.

connaît déjà cet engin sous le nom de aynets, forme plurielle. Quant aux aines du soufflet d'orgue (et de n'importe quel soufflet) il n'y faut pas voir autre chose que les aines du corps humain. On comprend facilement que la partie du soufflet située entre les deux ais qui en ■forment le corps, partie dont le rôle consiste essentiellement à se plier, ait été désignée par le même nom que le pli de la cuisse au bas du ventre de l'homme. Le soufflet a une âme comme nous: reconnaissons-lui de bonne grâce des aines comme les nôtres. Protestons seulement si l'on veut en faire un ange en lui donnant des ailes, comme dans le Dictionnaire du Commerce de Savary des Bruslons où on lit, à l'article *éclisse: « On appelle éclisse, en termes de boisselier, les petits ais qui servent à former les ailes (sic) ou plis des soufflets. » L'accent circonflexe montre bien que l'auteur avait écrit aines et non ailes: il a été victime d'une coquille typographique.

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