‹ Essais de philologie françaiseChapitre 64 sur 251 · P. Meyer, Rec. d'anc. textes, p. 161, ligne · texte numérisé non relu

P. Meyer, Rec. d'anc. textes, p. 161, ligne

3. M. G. Paris a montré (Romania, 1890, p. 468-479) que l'on doit accepter oialum et non oiolum comme étant la terminaison primitive de cette catégorie de noms géographiques.

4. Je ne cite pas Burdigala, Bordeaux, parce que la filiation n'est pas très claire. M. Meyer-Lùbke {Gramm., p. 532) croit que Burdigala était paroxyton et qu'il est devenu, par métathèse, Burgidala, d'où l'anc. franc. Bordele, ce qui est évidemment erroné. Le français doit être mis hors de cause, et il faut expliquer le provençal Bordel, Bordeu, avec un e ouvert. Le g a dû tomber de très bonne heure : on trouve BURDIALE sur des monnaies mérovingiennes. (Voy. Prou, Iuv. somm. des monnaies mèrov. de la collection d'Amécourt. Paris, 1890, nos 237 et 238). Le point de départ doit être * Burdegâle (les textes classiques donnent Burdigala et Burdigala, mais Isidore de Séviile fait le mot de la troisième déclinaison), d'où * Bordeel, Bordel, Bordeu. Les textes bordelais du xme s. disent ordinairement Bordeu sans s.

Mais parfois, au lieu d'un e, on trouve un o, qui est évidemment dû à l'influence labialisante de / : amendola de amygdala, brufol x à côté de brufe, cimbol de cymbalum, escandol de scandalum, Javols de Gabalis, et les noms géographiques comme Marvéjols (Lozère, Gard), Seneujois (Haute-Loire), Vernégheol (Puy-de-Dôme), etc., dont la terminaison répond à un type primitif oialum. Il est assez difficile de savoir si Y a s'est changé directement en o ou s'il a passé par la phase intermédiaire de Ye : cette dernière opinion paraît la plus probable. Mais ce qu'il faut noter, c'est que dans une grande partie du domaine provençal, la terminaison oialum s'est développée comme en français : oîelo, oiilo, oil, olh, c'est-àdire que l'a devenu e a finalement été absorbé par Yi consonne.

Revenons à notre forme primitive aiace. L'influence labialisante n'existant pas, le mot a passé régulièrement par les étapes aiece, aiice, aice, sur le modèle de oielo, oiilo, oilo. Quant au traitement du c latin, ce c a abouti à un ^ provençal, comme le c de pulicem, piu^e, de salicem, sauce, etc. Il faut remarquer seulement que ce changement de c en ^ a dû se produire quand le mot était encore proparoxyton, c'est-à-dire au plus tard à l'étape aiice.

Arrivons maintenant à l'explication de cette forme primitive aiace que les textes ne nous présentent qu'à l'ablatif dans les formules comme in aiace Brivatensi, etc. Je n'hésite pas à la rattacher au lat. classique adiacens,

i. Raynouard ne donne qu'un exemple de brufol; on peut y ajouter Chans. des Albigeois, 1954 et Esther, 145.

participe présent du verbe adiacere, être adjacent. On sait que Tacite emploie le pluriel neutre adiacentia pour dire « les environs ». L'emploi absolu de adiacens dans le même sens n'a rien de plus extraordinaire que celui de continens, qui, en latin classique, signifie « le continent », par ellipse de terra1. Si continens est féminin, nous pouvons constater que adiacens l'a été aussi, puisque deux des exemples recueillis par Du Cange dans le cartulaire de Brioude, aujourd'hui perdu, portent in ipsa aiace. Partout ailleurs, aiace, aice est masculin, et ici le masculin n'est que l'expression de l'idée du neutre qui est au fond d'une expression comme « les environs » : nous disons de même « le (et non la) continent », malgré le genre du latin. Si nous étudions de près l'emploi géographique du mot, nous remarquerons que, en 864, l'abbaye de Mozat est dite in aice Riomensi : Mozat, aujourd'hui réuni à la commune de Riom, est pour ainsi dire dans les faubourgs de la ville, ce que nous appellerions en latin classique in suburbio. Or le mot suburbium a eu exactement la même extension de sens que le mot aice, et comme lui il s'est appliqué à une circonscription territoriale 2.

1. Remarquons qu'Ulpien emploie le plur. neutre contineutia dans un sens analogue à celui où Tacite emploie adiacentia.

2. « A l'origine, c'est le territoire avoisinant une ville, grande ou petite, et dépendant d'elle, la banlieue... Parfois, le suburbium peut avoir une étendue considérable : ainsi Azille est placée in terri torio et suburbio Narbonensi ; or, cette localité est à plus de trente kilom. de Narbonne. » (Molinier, Gèogr. hist. du Long., col. 95.) Ailleurs, dans un passage auquel j'ai fait allusion, M. Molinier s'exprime ainsi, à propos de l'expression in aice 1110nasterii, qui se trouve une seule fois dans le cartulaire de Saint-

J'ai fait allusion à un sens particulier du mot aice dans le cartulaire de Sauxillanges, sens qui fait l'objet d'un article spécial (ajacis 2) dans l'édition de Du Cange des Bénédictins. Ils définissent ainsi ce sens : a prœdium, domus cum horto, terris, vineis, etc., idem fere quod mansus. » M. Doniol a étudié avec soin Y aice du cartulaire de Sauxillanges1 et il reconnaît, en effet, que le mot désigne « une possession fractionnaire de la villa )>. Le cartulaire emploie ir fois aice ou ayce, 17 fois ai~e, 3 fois ai^um, 1 fois aiciuni, 1 fois aise. Comment ce sens se rattache-t-il à celui sur lequel nous venons de nous étendre ? Il suffit, pour le faire comprendre, de signaler l'emploi dans le même cartulaire et dans beaucoup d'autres du Midi de la France du mot roman apptndaria, dérivé de apendre « dépendre », avec un sens analogue et parfois môme identique à celui de aice. Une charte de Sauxillanges 2, qui emploie, au lieu de l'expression ordinaire appendaria, la variante appendilia, ajoute et omnia cpuœ ad ipsutn aizem videntiir

Chaffre : « Faut-il traduire viguerie du Moneslier ou dépendances du monastère ? Le mot aicis ayant souvent le sens de dépendance immédiate, d'aisances, la seconde explication est probablement la meilleure. » J'avoue que je ne connais pas d'exemple du sens indiqué par M. Molinier à une époque aussi ancienne et sous la forme précise a'içe. Peut-être faut-il reconnaître le mot dans la forme bizarre qu'on lit dans une charte de l'année 880 du cartulaire de Vienne : vineam cum casa et adiencio suo. (Voy. Du Cange, adieiiciitm.) En tout cas, le sens de « dépendance » se trouve plus d'une fois au xme siècle attribué à la forme romane latinisée en aisiuin. Cf. dans Du Cange, v° aisautia, un texte qui porte : in aisiis veî pertinenliis dicte ville.

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