‹ Essais de philologie françaiseChapitre 69 sur 251 · IV. — prov. ANFOSENC · texte numérisé non relu

IV. — prov. ANFOSENC

Il y a au vers 1804 de la Chanson de la croisade d'Albigeois un mot afozenc que le savant éditeur, M. Paul Meyer, n'a pas réussi à expliquer. « Il y a ici, dit-il, un mot que je n'entends pas. S'il n'est point corrompu, ce doit être un adjectif dérivé d'un nom propre, comme Mironenc au v. 1221, et il ne serait peut-être pas impossible qu'il s'agît des hommes du comte de Foix que la rédaction en prose, peut-être d'après un texte plus complet, fait paraître à cette affaire. » Le mot paraît dans le récit d'un combat entre les Toulousains et les croisés qui les assiègent. Ces derniers, qui avaient apporté des targes de cuir bouilli pour se protéger contre les projectiles des assiégés, sont obligés de battre en retraite en les abandonnant :

Cels de l'ost s'en torneron, mas non portan nient : Las grans targas del cor vos dig ses falhiment Que lhi bon afoqenc n'agron très verament.

Il n'est pas douteux que par lhi bon Afozenc l'auteur entende les habitants de Toulouse. Je crois qu'il faut supposer que le sigle abréviatif de la nasale a été omis au-dessus de Va et lire Anfo~enc, pour Anfosenc (le scribe emploie à chaque instant le 1 pour Y s) : les Toulousains seraient ainsi appelés en souvenir du comte An/os (Alphonse), père de Raimon V, comme les Lorrains (Lohcrciic) en souvenir du roi Lothaire (Lo/;/Vr). Il est curieux de voir poindre au xme siècle l'usage de désigner les habitants de Toulouse d'après le nom d'un

de leurs seigneurs, usage qui s'est continué, mais dans une autre direction : on sait en effet qu'à Toulouse même, Mouudi (abréviation de Raimoundi) est synonyme de « Toulousain ». Trois générations de Raimon ont fini par effacer le souvenir du comte Anfos.

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