XII. — BACLER
Le mot bâcler n'est pas très ancien en français, et je crois emprunté du provençal baclar. En effet, ce
dernier est attesté dès 1535, tandis que le mot français correspondant n'apparaît qu'à la fin du même siècle, et encore sous la plume de Vigenère, auteur bourbonnichon.
• Le verbe provençal baclar et son parent le substantif bacel1, battoir, font tout naturellement penser au latin baculum, bâton. Aussi est-ce par * baculare et *bacellum qu'on les explique couramment. Mais il y a une grave difficulté phonétique. * Baculare devrait donner en provençal * balhar comme * bataculare donne bada- Ihar, et * bacel lum devrait aboutir à *ba%el, comme macellum à ma%el.
Or, dans le tome VIII des Mémoires de la Société de linguistique de Paris, p. 185, M. L. Duvau a publié une note ayant pour but d'établir que les mots latins imbecillus et vacillare se rattachent au radical de baculum. Rapprochant baculum du grec gàxxpov, il pense que l'élément latin culum correspond à l'élément grec tpov, et par suite que la forme normale du mot latin doit être * bacculum et non baculum . L'hypothèse de M. Duvau se trouve singulièrement appuyée par l'existence de nos deux mots provençaux qui postulent manifestement en latin vulgaire *bacculare et *baccellum. J'ajoute que bacculum se lit dans les Gesta Aldrici Cenomannicœ urbis episcopi, rédigés en 840 et dont on possède un manuscrit du xie siècle2.
1. Le mot n'est ni dans Raynouard, ni dans le Prov. SuppL- IVœrterbuch, de M. Emil Levy, mais c'est sans doute par hasard qu'aucun exemple ancien du mot n'a été encore signalé.