BÊCHA RU
appeloient phœnicoptere, est un des premiers1. » C'est à Claude Perrault lui-même que remonte l'étymologie fantaisiste « bec de charrue », qu'il formule en ces termes : « Le nom de Bécharu est pris de la figure particulière de son bec, qui est courbé comme le manche d'une charrue2. »
Mistral, dans son Trésor dôu Felibrige, donne concurremment bécarut et bécharut comme autre nom du flamant ou flamen. De même, dans le Dictionnaire languedocien-français de D'Hombres et Charvet (Alais, 1884), on lit : bécaru ou bécharu. Honnorat (1846)110 donne que bécarut. Il est peu probable que le flamant ait été connu dans la région nord du domaine provençal, celle où c devant a devient ch comme en français; par suite je suis porté à croire que la forme bécharn(t), si elle est réellement employée aujourd'hui dans le Midi, est due à une réaction de la forme française sur la forme indigène.
Quant au français bécharu, il paraît avoir été tiré du provençal bécarut par un procédé d'adaptation analogue à celui qui a fait transformer flamen(c) en flamant. On sait que Furetière enregistre concurremment becquée, becu, becquer et bêchée, bechu, bêcher : il a pu y avoir de même une hésitation entre bécaru et bécharu, et l'étymologie populaire avant vu la « charrue »
1. Mèm. de l'Acad, des Sciences, t. 111(1666-1699), $« partie, p. 43.
2. //>/'</. Le dictionnaire de Boiste parle aussi d'un manche decharrue ; c'est Bescherelle qui a, sans malice, transformé manche en SOC, ce qui devient complètement absurde ; Littré, comme il lui arrive trop souvent, a copié Bescherelle.
dans les deux dernières syllabes de ce mot, cette raison de sentiment aura fait triompher la forme bécharu. 2° Mistral et Honnorat indiquent comme étymologie du nom de l'oiseau l'adj. bécarut, qui signifie proprement « qui a un grand bec, remarquable par son bec ». Cette étymologie saute, pour ainsi dire aux yeux, du moment qu'on replace ce nom dans son milieu d'origine. C'est ainsi que la barge à queue noire est dite, selon les régions, bécassin cendrous ou bécarudo. Le procédé de dérivation qui de bec tire bécarut a été indiqué par Diez1 ; mais, comme il ne cite qu'un seul exemple, cambarut, de camba, il est bon d'en produire d'autres. Voici ceux que j'ai remarqués dans les patois actuels d'après le Trésor de Mistral :
banarut, remarquable par ses cornes (banos) ;
bécarut, — son bec;
boucarut, — ses lèvres (boucos) ;
boumarut, — ses trous (bornos) ;
bôusarut, — sa panse (bôusd) ;
brancarut, — ses branches ;
brégarut, — ses mâchoires (brègos);
cambarut, — ses jambes;
foulharut, — ses feuilles; four car ut, fourchu ;
gafarut et gautarut, remarquable par ses joues (gafos, gautos) ;
gavarut, remarquable par son jabot (gava) ;
i. Gramm. desïang. rom., trad. franc., t. II, p. 259; ailleurs, t. II, p. 330, il cite geberut, bossu, d'après Rochegude, forme qui paraît altérée, au lieu de gibarut.
BESOCHE 2 5 I
goularul, goulu ;
longarut, remarquable par sa longueur ;
pansarut, — sa panse;
patarut, — ses pattes ;
pouncharut, pointu ;
poussanit, mamelu (poussa, mamelle) ;
sandarut, remarquable par sa santé ;
saumarut, têtu comme une bourrique (saumo);
leslarut, remarquable par sa tète ;
— son ventre.