‹ Essais de philologie françaiseChapitre 85 sur 251 · De ? influence du dialecte gascon, p · texte numérisé non relu

De ? influence du dialecte gascon, p

2j 2 ESSAIS DE PHILOLOGIE FRANÇAISE

le regret de ne plus croire à l'identité du français besoche et du gascon bezpch ; je m'étonne môme de n'avoir pas ouvert les yeux plus tôt sur les invraisemblances de cette hypothèse. M. Godefroy cite comme plus ancien exemple du mot besoche en français un texte poitevin de 1329: la provenance de ce texte m'avait paru appuyer l'origine gasconne, et c'est à ce titre que je l'ai mentionnée dans le Dictionnaire général. Mais c'est un cas fortuit. Les textes réunis par Carpentier et insérés, à l'article besogium, dans Du Cange, nous montrent le français besoche usité non seulement en Poitou, mais dans le Maine, dans l'Orléanais, dans le Gâtinais, dans le Vexin français1. Puis, en admettant l'emprunt par le poitevin au gascon (ou, si l'on veut, à l'aquitain), pourquoi le féminin au lieu du masculin ? Pourquoi un 0 ouvert à la place d'un 0 fermé? Comment enfin expliquer l'emprunt d'une forme méridionale avec un £ intervocalique, lorsque les patois méridionaux en contact avec le poitevin ne connaissent pas ce succédané du d latin, qu'ils conservent (Bordeaux) ou qu'ils laissent tomber (Périgueux) ?

Il serait cruel de reprocher à Carpentier de n'avoir pas fait ces observations quand il a composé son article besogium. Je crains que son exemple n'ait entraîné M. Meyer-Lùbke, comme il avait déjà fait, ou peu s'en faut, M. P. Meyer. Ce dernier s'exprime ainsi, à propos du mot beçoi, qui figure dans une charte landaise de 1268 : « Il est fort probable que les formes

1. Voy. plus loin la géographie des citations de Carpentier. A signaler, en passant, l'emploi de besoche par Racine, Œuvres, éd. des Grands Écrivains, V, 536.-

BESOCHE 2 $ 3

variées rapportées dans Du Cange, aussi bien que notre be^oi et le veqpig de Marcabru, sont un même mot qui a reçu des sens différents1. » Pour tirer bon parti des douze exemples cités par Carpentier, il faut les localiser un à un, en se reportant aux registres du Trésor des Chartes où Carpentier les a puisés. Voici les résultats de ce petit travail de géographie linguistique, par ordre chronologique:

1378. Un hoieu ou besoiche, JJ 113, n° 112. Noisy, près de Milly en Gastinois (aujourd'hui Milly-sur-École, Loiret).

1380. Bosoche dont l'en prougne les vignes, JJ 118, n° 18. Sargy, en la juridiction des religieux de Saint-Denys (aujourd'hui Cergy, canton de Pontoise, Seine-et-Oise).

1387. Sa besoche ou besche, JJ 132, n° 112. Romans en Poitou (aujourd'hui Romans, canton de Saint-Maixent, Deux- Sèvres).

1398. Un cop de besog, JJ 153, n° 187. Marciac, près Malborguet en Ribiere, seneschaucee de Toulouse (aujourd'hui Marciac, chef-lieu de canton, Gers).

141 1. Instrumentum ferreum vulgaliter vocatum besog, JJ 165, n° 211. Saint-Felix-de-Caraman (aujourd'hui canton de Revel, Haute-Garonne).

1452. Ung besog sur son col, JJ 181, n° 75. Vingholes près Esca-

necabre (aujourd'hui Vignolles, canton de Boulogne, Haute-Garonne, que d'aucuns considèrent comme le berceau du célèbre La Hire).

1453. Un baston ferré appelle besonch, JJ 182, n° 146. Saint-

Macaire (Gironde).

1458. Ung vesoch, autrement trinquebasson 2, JJ 188, n° 46.

Cadolothn {sic), diocèse d'Alby (aujourd'hui Cadalen,

chef-lieu de canton, Tarn).

1462. Une bc^oche ou pioche a labourer vignes, JJ 15)8, n° 532.

Ingré (Loiret).

Page 1