XVI. — BOUILLIE
Que bouillie soit un substantif participial de bouillir, c'est chose bien extraordinaire pour qui considère le sens. Mais le rapport de forme est si frappant que Ménage lui-même rejette la belle série puis, *pula, *pulea, *pulcia, bouillie, peut-être parce qu'il ne l'a pas trouvée de son chef — elle est de Guyet — et déclare « qu'il faut s'en tenir à l'opinion commune ». L'ancien français dit constamment boulie, ce qui est fait pour surprendre, si l'on songe que l'on a déjà le parfait buillit dans Roland1. Le provençal ne connaît pas de sens analogue pour son substantif participial boulido. Dans le poème ÏÏEsther, publié récemment par MM. Neubauer et P. Meyer, on lit boliia2. Il est probable qu'il faut corriger bolida, comme le propose M. P. Meyer 3, mais il s'agit plutôt, à ce qu'il semble, de « viande bouillie » que de « bouillie » au sens où nous l'entendons. Je crois qu'il faut voir le correspondant du français bouillie, anciennement boulie, dans le provençal moderne boulié, boulïo que Mistral traduit par « vase, bourbe, boue ; lie,
que biais est pour * béais, comme pion pour *peon, lion pour *leon, ou que le français a emprunté biais au provençal.
1. Il est juste de dire cependant que l'infinitif bolir et le participe boli se trouvent encore au xmc siècle. (Voy. Godefroy, Complément.)
2. Romani a, XXI, 206, v. 102 (cf. la note sur ce vers, p. 217).
3. M. E. Levv, dans son Suppl.-Wœrterbuch, propose de considérer boliia comme l'équivalent de bolha, ce qui n'est guère vraisemblable.
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sédiment, marc1 ». La bouillie me paraît devoir sou nom au sédiment — si apprécié des enfants — qui reste au fond de la casserole où on la prépare, aux grumeaux qui s'y forment si souvent. Nous trouvons en latin bolarium (grec gwXapiov), grumeau, chez le grammairien Diomède. Le provençal boalié, féminin, ne peut naturellement venir de ce bolarium ; il suppose un dérivé du même radical (grec $à\cq, proprement « motte de terre ») par le suffixe roman ta. C'est ainsi que l'anc. franc, poutie, lie, ordure, se rattache au latin pultem ; et il est remarquable que le prov. mod. pôuto (latin *pulta, pour pultem) signifie à la fois « bouillie » et « bouc, sédiment, lie2. »