Annales du Midi, III, p. 298 et
3. On les retrouve sous la forme -esmes dans les coutumes de Saint-Bonnet; mais ici l'introduction de Y s propre aux deuxièmes personnes peut faire croire que Ye ne représente pas originairement 1'// des formes latines ; on a eu probablement la série : ems, esms, esmes. Peut-être est-ce ainsi qu'il faut expliquer la forme esmes, V* pers. plur. du prés, indic. du verbe esser employée dans la Passion de Clermont-Ferrand, dans le Poème sur Boèce et dans un ancien noël publié par M. Paul Meyer, dans ses Ane. poés. relig. en langue d'oc, p. 15-17 (Bibl. de l'Ec. des Ch., XXI, 1860,
4. Par exemple, 17 ou Yc des i«s pers. sing. du prés, de Pindici a~ori, sospire. M. Suchier indique qu'on pourrait le rattacher à j'eri, je frappe, où 17 s'expliquerait par le lat. ferio, mais il l'indique très dubitativement (Le franc, et le prov., p. 102). — Il indique, avec plus de précision, un cas de persistance de l'atone, dans la flexion, entre deux s : /lotisses florcscis, verses zz: ace. plur. versus, f aises zzl falsus (ibid., p. 33). J'avoue que j'incline à considérer ces formes comme de formation secondaire, plutôt que de voir dans es le représentant direct du lat. is, US ou os. J'en dirai
reviens à mon point principal. Si la conservation de Ye et de l'i protonique s'explique par la notion de la vie des suffixes, dans les cas où cette notion se sera perdue de bonne heure, la loi de Darmestetcr doit reprendre ses droits. C'est en effet ce qui est arrivé pour quelques mots isolés, communs au français et au provençal. Ils se distinguent des autres en ce qu'ils désignent presque toujours un état ou une manière d'être, ou môme un objet concret. Beaucoup d'entre eux ne rentrent pas dans les conditions phonétiques qui nous occupent (par exemple factionem, facticius, factura, etc.). Nous pouvons du moins citer : i° partitionem, qui, au sens concret de « part » qu'il possède dans Gaius, a abouti au provençal par^p (franc, parson, parchon)1, mais qui, au sens de « action de partager » ( qui n'est pas attesté en latin), est représenté par parti^o ; 2° *cosetura, qui a donné, d'une part, costura, cosdura, couture ; de l'autre cosedura, action de coudre.
Enfin, un mot particulièrement intéressant est debitorem, auquel nous nous arrêterons quelques instants avant de terminer. Il a pour représentant phonétique, conformément à la loi de Darmesteter, deutor ou deptor. Le nominatif correspondant*^^ *deptre ne se trouve pas ; ses fonctions sont remplies par deveire (qui suppose
autant des deuxièmes personnes du singulier comme sabes, à côté de saps (=z sapis), etc.
i. M. Cohn (op. laud.f p. 124) préfère expliquer le français parson par *partionem, sorte de compromis entre partem et portionem ; il répugne également à tirer les mots français boisson, i'enson,de bibitionem, veiuHtionem, et suppose des formes *biptionem, * ventionem, d'après des participes forts *biptus, *ventus. J'avoue que ses raisons ne m'ont pas convaincu.
un accusatif non attesté devedor) et par deuteire, combinaison singulière de dentor et de deveire. Ce nominatif deveire demande à être expliqué : il est le type d'une série relativement nombreuse, où l'on peut signaler beveire, cre~eire, entendeire, etc. Tous ces mots correspondent à des types en ïtor, et par suite soulèvent une difficulté phonétique: où le latin ne nous offre que delntor, le provençal réclame *debètor. L'existence de cette forme s'explique non par un déplacement direct de l'accent, mais bien plutôt par une action régressive du cas régime. J'ai montré comment ëmentum, ètorem, etc. , faisaient compagnie à îmentum, âmentum, ïtorem, âtorem, etc. Les nominatifs itor, âtor, correspondant aux accusatifs ïtorem, àtorem, appelaient la création d'un nominatif itor pour correspondre à l'accusatif ètorem1.
Poster iptum.
M. J. Cornu, professeur à l'université de Prague, envisage d'une manière toute différente le rapport du latin delntor et du provençal deveire2. Je pense que la forme provençale est due à une création analogique d'un suffixe êtor sous l'influence de âtor, Itor, et non au développement phonétique de ïtor. M. J. Cornu
i. Cette force créatrice de l'analogie éclate en plus d'un autre cas. On la retrouve, par exemple, dans les verbes provençaux élargir, negre^ir, etc., qui ne s'expliquent pas, comme le croit Die/, par les types latins * clarescire, * nigrescire, mais par * cktrïdre, *nigrîciret etc., c'est-à-dire par des imitations, avec une couleur vocalique différente, du lat. classique clarkare, nigrïcare> etc. (Cf. ci-dessous nos Recherches étymologiques, au mot eclaircir).