‹ Essais de philologie françaiseChapitre 97 sur 251 · XXI. — CÎGNOLE · texte numérisé non relu

XXI. — CÎGNOLE

Littré a enregistré le mot signoh sans étymologie, avec cette définition : « dévidoir construit sur l'axe d'un treuil. » Dans son supplément, il a noté qu'on disait souaînok à Avranches et que le mot désignait proprement une manivelle. Il a oublié de faire un rapprochement entre signale et chignolle; qui figure également dans son dictionnaire avec cette définition : « dévidoir de passementier2 ». Signoh devrait s'écrire cignole, dont chignolle (pourquoi deux l, je vous prie ?) est une forme normanno-picarde.

La forme du moyen âge est ceoignole. On peut voir quelques exemples de ce vieux mot et des rapprochements avec les patois modernes dans le dictionnaire de M. Godefroy. Cette ancienne forme laisse peur

1. Cbevin est la forme qu'a prise l'anc. franc, chevène en passant en anglais (Voyez le dictionnaire de M. Murray, articles cbevin et chavender); mais le mot n'est plus guère usité dans la langue anglaise actuelle, ce qui m'empêche de croire que le cbevin de Sachs-Villate et de Bescherelle vienne d'outre Manche.

2. A compléter par la définition donnée par ['Encyclopédie de Diderot et reproduite par Trévoux (1771) : « Terme de boutonnicr. Espèce de dévidoir à trois ailes, distantes d'une demi-aune Tune de l'autre, sur lequel on dévide les matières pour les mesurer, celles qui doivent faire les tresses par exemple, car celles des autres ouvrages n'ont pas besoin d'être mesurées. »

ainsi dire transparaître l'étymologie, et nous permet de reconstituer en latin populaire le mot *ciconiola, diminutif de ciconia, cigogne1. Déjà Columelle désigne sous ce nom de ciconia un instrument d'agriculture pour mesurer la profondeur d'un sillon. Isidore de Séville l'applique à la bascule d'un puits, et la plupart des langues romanes l'ont conservé dans ce sens : espagn. cigùena, portng. cegonha, provenç. mod. cigogno, franc, cigogne2. Il a été étendu à plus d'un mécanisme analogue : la barre a laquelle on attache la corde d'une cloche (italien, espagnol, provençal, et même français, au témoignage d'Antoine Oudin) ; chacun des deux pivots qui supportent un berceau suspendu et permettent de le balancer (espagnol), etc. Dans tous ces sens techniques, l'espagnol se sert de cigilehuela aussi bien que de cigùena.

M. Godefroy traduit globalement ceoignole, dans les quatre premiers exemples qu'il donne de ce mot, par « espèce de poulie pour puiser de l'eau au puits, manivelle qui meut la chaîne d'un puits, espèce de grue.» En réalité, il ne s'agit dans ces quatre exemples ni de poulie, ni de manivelle, ni de grue, mais: i° d'une

i. M. A. Salmon me communique une épreuve du supplément de la troisième édition du Dictionnaire des Dictionnaires de Mêr Guérin où est donnée la même étymologie, v° ceoignole.

2. Littré n'indique, au mot cigogne, que le sens général de « levier coudé » et le sens spécial, dans la marine, de « manivelle d'une meule à aiguiser »; mais, sans remonter jusqu'à Cotgrave, on lit dans Trévoux (1771) : « Cicogne (sic) est aussi une certaine machine à tirer de l'eau. » Cf. l'article crongne (lisez ceongne (du Dictionnaire de M. Godefroy et l'article cigogne de son Complément.

ANC. FRANC. CIT; PROV. ClU 267

bascule en général; 2° de la bascule d'un puits; 30 de la cignole d'un moulin r; 40 d'une cignole à dévider le fil. Dans les deux passages du roman de Renart que cite ensuite M. Godefroy avec cette définition: « sorte de piège pour prendre les animaux malfaisants », il s'agit clairement d'un piège à bascule. Je ne sais d'après quelle source M. Godefroy ajoute cette intéressante indication : « La langue moderne a gardé soignait, piston de pompe. »

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