‹ Essais de philosophie AmèricaineChapitre 10 sur 11 · L’AME SUPRÊME · texte numérisé non relu

L’AME SUPRÊME

U aime comme lui-même les âmes qui partici|)ent à sa vie excellente; cellts-là lui sont chères comme scs yeux; il ne les abandonnera point; car, lorsqu’elles mourront. Dieu lui-même mourra : elles vivent, elles vivent dans la bienheureuse éternité.

Henri More.

Il y a entre chacune des heures de notre vie une dilTérence d’autorité et d’eflbt subséquent. Notre foi ne vient que par intervalles, notre vice esUhabituel. Cependant il y a dans ces courts moments une telle profondeur, que nous sommes oblijrés de leur attribuer plus de réalité qu’à toutes nos autres expériences. C’est pourquoi l'argument ordinaire qui prétend réduire an silence ceux qui conçoivent pour l’homme d’extraordinaires espérances, c’est-à-dire l’appel à l'expérience, est invalide et vain. Un espoir plus puis.sanl détruit le dé.sespoir. Nous jetons 1e passé comme une proie à dévorer à celui qui nous fait des objections, et nous continuons à espérer. Nous devons expliquer cette espérance infatigable. Nous accordons que la vie humaine est vulgaire 5 mais comment savons-nous qu’elle est vulgaire? quelle est la base de ce malaise qui nous est propre, de ce vieux mécontentement? qu'est-ce que ce sentiment universel du besoin et de l’ignorance, si ce n’est le moyen employé par la grande àme pour faire entendre ses réclamations infinies? pourquoi sentons-

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I>HILOS01'111K AMEIUCAINE.

lions que l'Iiistoirc naturelle de rhonimc n’a jamais été éiritc, que l’homme jette toujours derrière lui ce que vous avez exprimé sur sa nature, que cette histoire vieillit vite et que les lixTes de métaphysique perdent vite leur valeur? La philosophie depuis six mille ans n'a pas encore fouillé les chambres et les magasins de l'àme. 11 reste toujours dans ses expériences un résidu qu’en dernière analyse elle ne peut pas expliquer. L'homme est un courant dont la source est cachée. Notre être descend toujours, nous ne savons pas d'où. Le calculateur le plus exact n’a pas la prescience que quelque chose d'incalculable peut dans la minute qui va suivre renverser et réduire à néant tous Ses calculs. Je suis donc obligé à chaque instant de reconnaître aux événements une plus haute origine que ce quelque chose que j'appelle moi.

Il en cst.dcs pensées comme des événements. Lorsque j’observe cette rivière flottante qui, sortie de régions que je ne connais pas, roule en moi scs ondes pour un moment, je vois clairement que je ne suis pas la cause, mais bien le spectateur surpris de ces célestes vagues 5 que jç désire, que je contemple, que je me place dans l’attitude passive nécessaire pour recevoir cette vision , mais qu’elle vient de quelque énergie étrangère à moi.

Le suprême critique des erreurs du passé et du présent, le seul prophète de ce qui doit être, c’est la grande nature dans laquelle nous reposons, comme la terre repose dans les doux embrassements de l'atmosphère; c’est cette unité, cette âme suprême qui contient en elle l’être particulier de chaque homnïe et qui forme l’un au moyen de l’autre ; c’est ce sens commun dont le culte est toute conversation sincère , et envers lequel toute droite action est obéissance; c’est cette réalité toute-puissante qui réfute nos talents et nos ruses, oblige chacun de nous à passer pour ce qu’il est, à parler

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d’après son caractère et non pas seulement avec sa langue, (pii tend toujours et s’enbrce de passer dans noire IK'iisée et dans nos actions, et de devenir sagesse, vertu, puissance et beauté. Nous vivons successivement, par division, parties, atomes. Toutefois dans l'iionime est râmedu to\it\ le sage silence, runiverselle beauté, l’étcruel «M avec lequel chaque iiaiTie et chaque atome a d'égales relations. Et ce profond jxuivoir par lequel nous existons, dont la béatitude nous est entièrement accessible, est non-seulement parfait et se sufiisant à lui-même à chaque instant, mais encore l’acte de voir et la chose vue, le sujet et l’objet, le spectateur et le spectacle, ne font (pi’un. Nous voyons le monde pièce à pièce, le soleil , la lune, l’animal , l’arbre’, mais le tout dont ces objets sont les parties brillantes, c’est l’ànie. Ce n'est que par la contemplation de cette sagesse que l’horoscope des âges peut être lu ; ce n’est qu’en obéissant à nos meilleures pensées, en nous confiant à l’esprit de prophétie qui est inné dans chaque homme, que nous pouvons savoir ce que l’àme dit. Lx'smotsde tout homme (pii parle d’après les impulsions et les expériences de la vie terrestre doivent sembler vains à ceux qui , de leur C('»lé, n’habitent pas dans le même domaine de pensées. Je n’ose pas parler à cause de cela. Mes mots n’cnlraîneiil pas avec eux leur sens auguste , mais retombent froids. Mais que l’àme vienne à nous inspirer , et nos discours vont devenir lyriques, doux et inlinis comme le son du vent qui s’élève. Cependant je désirerais m’exprimer par des mots profanes, si je ne puis pas me servir de mots sacrés, pour indiquer le ciel d’où descend en nous cette divinité, et pour exposer 1(îs aperçus que j’ai rassemblés sur la transcendante simplicité et sur l’énergie de la plus haute de toutes les lois.

Si nous considérons ce qui arrive dans la conversal ion , dans les rêveries, dans le remords, dans les nio-

PHILOSOPHIE AMÉIUCAINE.

monts de passion , de surprise , dans les instructions dos rêves où souvonf nous nous voyous en mascarades (car ces grotesques déguisements ne font (pi'exliausser et entourer de splendeurs un élément ré(>l et le désigner distinctement à notre altention), nous surprendrons plus d’une lueur qui élargira et illuminera notre sciemæ des secrets de la nature. Tout concourt à nous montrer que l’àme dans l'homme n’est pas un organe, mais la vie qui anime les organes; qu’elle n’est pas une fonction comme 1a puissance de la mémoire, du calcul, mais qu’elle se sert de ces fonctions comme de mains et de pieds; qu’elle n'csl pas une faculté, mais une lumière ; qu’elle n’est pas riutelligence ou la volonté, mais la maîtresse de l'intelligence et de la volonté; (pi’elle est la vaste base de notre être, sur la(pielle reposent rintelligence et la volonté; qu’elle est, en un mot, une immensité qui n’a pas de jiossesseur et (jui ne peut en avoir. Sortie de l’intérieur de notre être, ou même venue de par delà notre être, une lumière nous traverse et brille sur toutes les choses, et nousenseigne’que nous ne sommes rien et que la lumière est tout. Un homme est la façade d’un temple où toute vertu et tout bien habitent. Ce (pic nous appelons communémdit riiommc, l’homme qui mange, boit, [dantfc, compte, ne se représente pas comme nous le supposons, et se représente mal. Ce n’est pas lui que nous respectons, mais l’ànic dont il est l’organe, l’âme qui nous ferait courber les genoux si elle apparaissait à travers scs actions. Lorsqu’elle souffle à travers son intelligence, elle se nomme génie; à travers sa volonté, vertu ; et lorsqu’elle coule à travers ses affections , elle se nomme amour. L’aveuglement de l’intelligence commence au moment où elle veut être quelque chose par elle-même. I.a faiblesse de la volonté commence au moment où elle veut se suflire à elle-même. Toute réforme dans quelque occasion que ce soit a toujours pour but

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de laisser la grande Ame creuser sa roule en nous; en d'antres termes, de nous engager à obéir.

Tout homme est à certains moments sensible à cette pure nature. Le langage ne peut la dépeindre au moyen de ses couleurs, cllq est trop subtile. Elle est incommensurable, indéfinissable, mais nous savons qu’elle nous envahit et nous contient. Nous savons que tout l’être spirituel est dans l’homme, l'n sage et vieux prover!)e dit : « Dieu vient nous visiter sans cloches. » C’est- A-dire qu’il n’y a aucune séparation, aucun \oilc entre nos têtes et les deux infinis ; de même, il n’y a |ias dans l’Ame de muraille où l’homme eU'el cesse et où Dieu cause commence. I.cs murs sont enlevés. De tous côtés nous sommes ouverts aux profondeurs de la nature spirituelle, aux attributs de Dieu. Nous voyons et nous connaissons Injustice, l’amour, la lilKulé, la puissance. Aucun homme n’a jamais conquis ces forces ici-bas, mais elles se suspendent au-dessus de nous, cl surtout dans les moments où nos intérêts nous poussent à leur résister.

l a souveraineté de celle nature dont nous parlons est facile à reconnaître par son indépendance à l’égard de toutes ces limites <pii nous circonscrivent de tous côtés. l.’Ame circonscrit toutes choses. Ainsi que je, l’ai dit , elle contredit toute expérience. De la même manière, elle abolit le temps et l’espace. L’influence des sons a, chez la j)luparl des hommes, dominé l'esprit à ce degré que les murs du temps et de l'espace sont arrivés A paraître solides, réels cl insurmontables, et cpie parler avec légèreté de ces limites passe dans le monde ix)ur un signe de folie. Cependant le temps et l’espace ne sont que les mesures inverses de la force de l’Ame. L’homme est capable de les abolir, i.’espril joue avec le temps, « peut peupler réternilé dans une heure ou donner A une heure la durée de rélernité. »

Nous arrivons souvent A sentir qu’il y a une autre

PHILOSOPHIE AMÉIUCAIXE.

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jeunesse et une aulrc vieillesse que celles qui sont mesurées par nos années naturelles. Certaines pensées nous trouvent toujours jeunes et nous maintiennent toujours dans cet état. Ces pensées sont l'amour de la beauté universelle et éternelle. Chaque homme sort de celle coirlcmplation avec le sentiment qu'elle appartient aux siècles plutôt qu’à la vie mortelle, ha moindre activité de la puissance intellectuelle nous rachète jusqu'à un certain degré des influences du temps. Dans la maladieV dans la langueur, donnez-nous un flot de poésie ou une sentence profonde et nous nous sentons rafraîchis; ou bien encore offrez-nous un volume de Platon et de Shakspeare, ou citez-nous seulement leurs noms, et aussitôt un senlimcnl de longévité se fait sentir à notre cœur. Voyez comme la profonde et divine pensée démolit les siècles et les périodes de mille années, et sait se rendre présente à travers tous les âges. L’enseignement du Christ est-il moins effectif aujourd’hui que le jour oii, pour la première fois, il ouvrit la bouche? L’enthousiasme que les faits et les personnes impriment à mon âme n’a rien à faire avec le temps. Toujours donc l’échelle de l’âme est différente de l’échelle des sens et de l'entendement. Le temps, l’espace et la nature reculent devant les révélations de l'âme. Dans nos discours ordinaires nous rapportons au temps toutes les choses, de même que nous rattachons les étoiles immensément séparées les unes des autres à une même sphère concave. C'est pourquoi nous disons que le jour du jugement est proche ou éloigné; que le millenium arrive, que le jour de certaines réformes politiques, morales, sociales est tout près et ainsi de suite ; tandis que nous comprenons parfaitement <pie, dans la nature des choses, un de ces faits que nous contemplons est extérieur et fugitif, et que l’autre est permanent et uni à Tàmc. Les choses qu’aujourd'hui nous estimons unies se détacheront une à une comme un fruit

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iniir sous les coups de notre expcrionce et lomlieront. Le vent les emportera on ne sait pas où. I.e paysage, les figures, Boston, Londres sont des faits aussi fugitifs qu'aucune institution passée, que le brouillard et la

. fumée, et tels sont aussi la société et le monde. L’itme regarde droit devant elle, va toujours créant un monde dwant elle et laissant les mondes derrière. Elle ne éonnftU ni les dates, ni les rites, ni les personnes, ni les spécialités, ni les hommes. L':\me ne connaît que filme. Tçutes les autres choses ne sont pour elle que des plantes stériles.

• .. C’est d’après ses propres lois et non d'après l’arithmétique que ses progrès doivent être calculés. Les progrès de l’Ame ne s'accomplissent pas par une gradation qu’on pourrait figurer par le mouvement d'une ligne droite, mais bien' plutôt par une série ascensionnelle d’états qu’on pourrait figurer par la métamorphose de l’œuf et du ver, du ver et de la mouche , par exemple. Les progrès du génie ont un certain caractère intégral qui ne place pas d’abord ses élus au-dessus de Jean, et puis d’Adam, et puis de Richard, et ne donne pas à chacun d'eux la douleur de reconnaître son infériorité 5 mais, au contraire, par. chacun de ces progrès l’homme se répand là ou il travaille et dépasse à chaque impulsion toutes les classes et toutes les populations d’hommes. A chaque nouvelle impulsion l'esprit déchire les minces écorces du visible et du fini, entre dans l’éternité, aspire et respire son air. Il converse avec les vérités qui ont toujours été exprimées dans le monde, et acquiert la certitude qu’il y a une sympatlvic plus étroite entre lui et Zénon, Cl Arricn, qu'entre lui et les personnes de sa maison.

Telle est la loi du gain moral et mental. Les simples s’élèvent comme par légèreté siiécifique, non vers une vertu particulière déterminée , mais vers la région île

PHII.OSOPHÎE AMÉIUCAIXE.

Ion tes les vertus. Ils hubitent avec l’esprit qui les contient tous. L'àuie est supérieure à tous les mérités particuliers. I/àmc requiert la pureté, mais la pureté n’est pas elle; elle requiert la justice et la bienfaisance, mais elle est supérieure à la justice et à la bienfaisance; si bien que nous sentons en nous comme une sorte d'abaissement et de transaction bonteusc lorsque nous cessons de parler de la nature morale elle-même pour obsener quelqu’une des vertus qu’elle nous enjoint de pratiquer. Car toutes les vertus sont naturelles à ràme dans sa pure action, et non pas péniblement acquises. Parlez à son cœur, et riiommc devient soudainement vertueux.

Dans le même sentiment se trouve le germe du progrès intellectuel qui obéit aux mêmes lois. Les bommes qui sont capables d’buinililé, de justice, d’amour et d’asl»iration, sont déjit places sur une plate-forme qui domine les sciences et les arts, rélo([uence et la poésie, l’action et la grAce. Car quiconque habite dans cette béatitude morale anticiixî sur tes pouvoirs spéciaux que les bommes estiment à un si haut prix, absolument de la même manière dont l'amour s’y prend pour rendre justice aux dons det’objet aimé. L’amant n’a pas de talent, pas d’babileté qui n’ait une grande importance aux yeux de son amoureuse fiancée, aussi peu qu’elle possède ces mêmes dons. Le cœur ujui s'abandonne naïvement et de lui-même à l’esprit suprême se trouve en relation avec toutes les œuvres de cet esprit et parcourra une route divine, bien que parti de connaissances et de facultés particulières. Car en nous élevant à ce sentiment primaire et originel, nous sommes transixirtés instantanément, de la station éloignée,où nous étions placés sur la circonférence, au centre même du monde, et là, comme dans le cabinet de Dieu, nous voyons les causes et nous sommes placés au-dessus de runivers qui n'est qu’uu Êiible et lent effet.

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Un des modes de renseignement divin est rincarnation de l'esprit dans la forme, dans des formes semblables à la mienne. Je vis en société, avec des personnes qui répondent aux pensées qui sont dans mon esprit ou qui m'expriment extérieurement une certaine obéissance envers les grands instincts par lesquels je vis. Je découvre en eux la présence de cette obéissance. Je suis assuré qu’ils ont la meme origine que moi, et ainsi ces • autres âmes, ces moi extérieurs m'attirent, comme ne le pourrait faire aucune autre chose. Ils réveillent en moi de nouvelles émotions que nous appelons passions 5 les émotions de l’amour, delà haine, de la crainte, de l’admiration , de la pitié; de ces émotions naissent la conversation, la concurrence, la persuasion, les cités et la guerre. Les personnes sont les exégèses supplémentaires de ce primordial enseignement de l’Ame. Dans la jeunesse nous sommes de folles personnes. L’enfance et la jeunesse voient le monde entier en elles. Mais rexpéricnce plus large de l'homme découvre l'identité de la nature qui apparaît à travers tous les individus. Les personnes cllesmémes apprennent à connaître l'impersonnel. Dans toute conversation entre deux personnes, il semble qu'un rapport tacite s'établit avec un tiers invisible qui est la commune nature. Cette tierce personne, cette commune nature n’est pas sociale, elle est impersonnelle, c'est Dieu : dans les groupes où les débats sont ardents, et spécialement lorscpi’ils roulent sur les grandes questions de la pensée, la compagnie tout entière • s’étonne de l’unité qui la relie, s’étonne de voir que 1a jienséc s’élève à une égale hauteur dans tous les cœurs,' cl que tous les individus qui la composent aient sur le sujet débattu les mêmes droits de propriété spirituelle que le discoureur. Us deviennent tous plus sages (pi'ils n'étaient. Elle les entoure comme d’un lemjtlc, celle unité de la [»cnsce, grâce à laquelle chaque cœur bat mù

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l'HlLOSOIMllK AMEIIICAIXE.

pur un sciilimciit plus uoIjIc île sa puissance cl de son devoir, {Xinsc et agit avec unfc soicnnilé inaccoiiluniéc. Tous ont conscience qu’ils atteindront à une plus haute possession d'eux-memes, car celte unité existe pour eux tous. Il y a une certaine sagesse humaine qui est commune aux plus grands liommes cl aux plus humbles, et que notre éducation ordinaire empêche souvent et réduit au silence. L’espi it est un, et les meilleurs cspiils qui aiment la vérité poim elle-même pensent peu au droit de propriété qu’ils ont sur elle. Ils l’acccplcnt et la reçoivent en tout lieu avec remerciements, ne l’étiqucltent pas et ne la marquent pas avec le nom d'un homme, car elle est à eux depuis longtemps. Elle est leur depuis l’éternité. Les savants et ceux qui étudient les lois de la pensée n’ont pas le monopole de la sagesse. La violence de la direction qui leur est propre les empêche jusqu’à un certain point de parler véridiquement. Nous devons bien des observations importantes aux hommes qui ne sont ni pénétrants, ni profonds, qui disent sans efforts les choses qui nous manquaient et quo nous avions longtemps poursuivies en vain. L’action de Tàme se rencontre plus souvent dans ce qui est senti et laissé sans être exprimé, que dans ce qui est exprimé par les conversations. Cette action plane sur chaque société, et les hommes la cherchent aveuglément les uns dans les autres. Nous comprenons mieux que nous n’agissons. Nous savons, au même instant que nous agissons, que nous valons mieux que nos actions. Combien de fois, dans mes triviales conversations avec mes voisins, je sens celte •vérité; je sens que quelque chose de plus haut domine dans chacun de nous ce jeu vulgaire de la conversation, et que, par derrière, nos expressions et nos actions mutuelles, Jupiter salue Jupiter!

Les hommes s’abaissent en se fréquentant. Par les services habituels cl mesquins qu’ils rendent au monde,

Di.

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services pour lesquels ils oublient leur noblesse native, ils ressemblent à cos cheiks arabes qui habitent dans des maisons de chétive apparence et alïectent une pauvreté extérieure, afin d’échapper à la rapacité du pacha, tandis qu'ils gardent tout leur luxe pour leurs appartements intérieurs et secrète.

De même que ràino est présente au-dessus de toutes les personnes, ainsi elle accompagne chaque période de la vie. Elle fait pressentir déjà l’adulte dans l’enfant. Lorsque je joue avec mon enfant, mon grec et mon latin, mes dons et ma richesse ne me servent do rien. Toutes ces choses sont lettres mortes pour lui ; mais si j’ai de l'àine, je puis m’en servir avec lui ; si je ne suis que capricieux, il oppose sa volonté à la mienne et me laisse, si cela me fait plaisir, la dégradante puissance que j’ai de le battre, grcïce à la supériorité de ma force. Mais si je renonce à ma volonté, si j'agis d’après les injonctions de l’ànie -, et si je la prends pour arbitre entre nous deux, la même âme regarde par ses yeux, il la respecte cl il l’aime avec moi.

L’âme perçoit et révèle la vérité. Que le sceptique et le railleur disent ce qu’ils voudront, mais il est certain que nous connaissons la vérité aussitôt que nous la voyons. Les folles gens vous demandent, lorsque vous leur avez exprimé ce qu’ils ne souhaitaient pas entendre : « Comment savez-vous que c’est la vérité et si ce n’est pas une erreur qui vous est propre. «Nous connaissons la vérité lorsque nous la voyons, absolument comme nous savons que nous sommes éveillés lorsque nous sommes éveillés. Il y a unesentencc d’Emmanuel Swedenborg qui suffirait seule à indicpier la grandeur des ixTceptions de cet homme ; « Ce n’est pas une preuve de l’inlelligcnce d’un hommequ’il soitcapable d’allirmer ce qu’il lui plail d’affirmer, mais bien d’être capable de discerner que ce qui est vrai est vrai et que ce qui est faux est faux ; voilà

PniLOSOPHIE AMÉniCAIXE.

la marque cl le caractiVc de rinl(3lligciicc. » Dans le livre que je lis, une bonne pensée me rapixirto, comme le fera chaque vérité, et me remet sous les yeux l’image de l’Ame entière. La môme Ame devient une épée qui discerne, sépare les mauvaises pensées que je trouve dans ce môme livre et les émonde. Nous sommes plus sages que nous ne le pensons. Si nous n’inten’enions pas dans notre pensée, si nous agissions simplement, si nous savions voir comment les choses existent toutes en Dieu, alors nous n'aurions pas de peine à comprendre les choses particulières, aucun objet , aucun homme. Car le Créa- 1('ur des choses cl des personnes se tient debout derrière nous et jette sa terrible omniscience au-dessus de nous et au-dessus de tous les objets.

Mais outre cotte reconnaissance sid)itc d’ellc-mômc dans les diirércnt s passages de l’expérience individuelle, l’Arnc révèle aussi la vérité. Ici nous chercherons A nous fortifier par sa i)résonce et à parler de cet événement d'un ton plus digne et |»Ius haut. Car la révélation de la vérité par l’Ame est le plus liant événement de la nature, parce qu’alors elle ne nous donne plus seulement ipiclipies parties d'cllc-môme, mais se donne cllc-môme to it entière, passe dans l'homme qu'elle illumine et devient cet homme lui-môme, car elle l’ai tire à elle en jiroportion de la vérité ipi'il reçoit.

Nous désignons les mouvements qui annoncent l'Ame, les manifcstalions de sa nature sous le nom de rêvclafiorts. Ces révélations sont toujours accompagnées de l'émanation du sublime. Car cet te communication est une inondation de l’esprit divin dans notre esprit. Notre esjirit n’est ipic le cours d'un [letil ruisseau particulier, avant d’ôtre grossi |»ar les \agues de la mer de la vie. Chaque appréhension dislincle de ce commandement qui part du centre du monde agile les hommes, de plaisir et de respect. A la réception d'une nouvelle vérité ou à

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l'acoomplisscmonld'unegramlc action, lin frissonnement passe à travers tous les liommes. Dans ces communications, la puissance de voir n’est pas séparée de la volonté d'agir, mais l’intuition provient de l’obéissance et l’obéissance d’une joyeuse intuition. Cbacun des instantsoù l’individu SC sent envahi par ces intuitions est mémorable. Un certain enthousiasme accompagne toujours, gnlce à 1a nécessité de notre constitution la connaissance individuelle de cotte divine présence. Le caractère et la durée de cet enthousiasme varient avec l’état de l’individu, depuis l’extase, le transport et l’inspiration prophétique qui sont scs apparitions les plus rares, jusqu’au plus faible rayonnement de l’émotion vertueuse sous laquelle forme il écliaufTc, semblable à nos feux domestiques, toutes les familles et toutes les associations d’hommes et rend la société possible. Une certaine tendance la folie a toujours accomiiagnc les premiers moments où le sens religieux s’ouvre en l’homme, comme si l’excès de lumière devait l’éblouir. Les transports de Socrate, runion (1(1 Plotin, la vision de Porphyre, la conversion de Paul, V Aurore de Boëlimc, les convulsions de Georges Fox et de ses quakers, l’illumination de Swedenborg sont de cet ordre. (le qui, dans le cas particulier à ces remarquables personnes fut un ravissement, s’est souvent manifesté d^iinc manière moins frappante dans d’innombrables exemples de la vie commune. Partout l’iiistoirc de la religion trahit une tendance à renthousiasme. Le ravissement des moraves et des quiétistes, la pénétration du sens intérieur du Verbe dans le langage de l'k'lglisc de la nouvelle Jérusalem, les revivafs des églises calvinistes, les expériences des méthodistes ne sont que les formes variées de ce frissonnement de respect et de plaisir qu’éprouve toujours l’àinc individuelle, lorsqu’elle est sur le point de se confondre avec Fiime universelle.

La nature de ces révélations est toujours la même;

PHILOSOI'HIK AMKIUCAI.NK.

elles sont toujours les perceptions do la loi absolue. Elles sont les solutions des questions particulières à l'âine. Elles ne répondent pas aux questions que jioso l’entendement. L’âme ne réixtnd jamais par des mots, mais répond en montrant la chose même dont on s’informe.

La révélation est la subite découver te de Tâme. La notion populaire de la révélation, c’est la bonne aventure. Dans les oracles passés de l’âme, l’entendement cherche à trouver des réjKjnses à ses questions sensuelles, et entreprend de forcer Dieu à nous dire combien de temps les hommes existeront, ce qu’ils feront, quelle sera leur société, quels seront même leurs noms, leur pays et la date de leur naissance. Mais nous devons réprimer cette basse curiosité, et ne pas essayer de voir par le trou des serrures. Une réponse en paroles est trompeuse, il n’y a réellement pas de réponse pour les questions que vous posez. Ne demandez pas qu’on vous fasse une description des contrées vers lesquelles vous vous dirigez. I.a description ne vous les représentera pas ; demain vous aborderez sur leurs rives et vous les connaîtrez en les habitant. Les hommes parlent de l’immortalité de l'âme , du bonheur céleste, de l’état du pécheur et d’autres choses analogues. Ils rêvent même que Jésus a laissé des réponses, précisément sur ces questions-là. Mais jamais, même un instant, ce sublime esprit n’a parlé leur patois ‘. L’idée de l’immutabilité est essentiellement associée à la vérité, à la justice, à l’amour, à tous les attributs de l’ame. Jésus, vivant dans ces sentiments moraux, sans souci de la fortune sensuelle, ne s’inquiétant que des manifestations de ces vertus , n’a jamais séparé l’idée de durée de l’essence de ces attributs, n’a jamais prononcé une syllabe touchant la durée de ràrae.

' l'aioin; ce mot se trouve en franjais doua l'original.

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11 fut donnû à ses disciples de séparer l'idée de durée, des éléments moraux, d’enseigner l’immortalité de ràme comme une doctrine, et de la prouver. Mais dès le moment où cette doctrine de l’immortalité était enseignée séparément, l'homme était déjà tombé d’un degré. Pendant le temps de l’amour, dans l’adoration de l'humilité, il n’est pas question de durée, .\ucun homme inspiré ne se pose ces questions et ne s’abaisse jusqu’à ces preuves. L’àme est vraie avec clle-mcme, l’homme dans lequel elle est répandue ne peut s’écarter du présent qui est inOni.pour aller chercher un futur qui serait fini.

Ces questions, que nous avons l’ambition de poser au sujet de l’avenir, sont un aveu du péché. Dieu n’a point do réponse pour elles. Aucune réponse en paroles ne peut répondre à une question posée par leschoses. Ce n’est pas un décret arbitraire do Dieu, mais 1a nature de l'homme elle-même qui jette un voile sur les faits de demain 5 car l’amc n’a à nous donner à déchiffrer aucun autre problème que celui de la cause et do l'effet. Grâce à ce voile qui couvre les événements, elle enseigne aux enfants des hommes à vivre dans le jour présent. La seule manière d’obtenir une réponse à ces questions est d'abandonner toute basse curiosité, de nous laisser emporter par les flots du temps qui nous entraînent dans les secrètes profondeurs de la nature, de travailler et de vivre, de vivre et de travailler encore, et alors, insensiblement, l’âme en avançant se trouve avoir formé pour elle une nouvelle condition ; et les questions et les réponses à ces questions ne forment plus qu’une seule et môme chose

Ainsi c’est l’âme qui perçoit et révèle la vérité. A la clarté de cette flamme sereine, impersonnelle, parfaite, qui brille jusqu'à ce qn’elle dissolve toutes les choses dans les vagues et les lames d’un océan de lumière, nous

PHILOSOIMIIF, AMÉRICAINE.

nous voyons et nous nous connaissons les uns les autres, nous comprenons quel es|irit cliacun de nous possède. Qui donc peut montrer les fondements do sa connaissance dn caractère de certains individus dans son cercle d’amis? ancnn homme ne le pont. Cependant leurs actes et leurs paroles ne peuvent paivenir à nous donner le change. Quoique nous ne sachions rien de mauvais sur son compte, nous ne nous coidierons pas à riiomme que voilü. Des signes authenti(iues,au contraire, se sont manifestés pour nous indiquer ipie nous pouvions nous confier à cet autre, cpie son caractère est digne de notre intérêt, bien (pie nous l'ayons rarement rencontré. Nous nous connaissons parfaitement les uns les autres, nous comprenons lesquelles d’entre nos actionsoni été en rapport avec notre caractère, nous comprenons si ce que nous enseignons ou contemplons n’est qu'une inspiration ou est en outre un honnête elfort.

Tons nous sommmes d’excellents juges des esprits. C'est notre vie et notre puissance sjiontanée qui possèdent cette diagnostique et non pas notre entendement. Tout ce qui compose la société, son commerce, sa religion, scs amitiés, ses querelles, n’est qu’une immense investigation judiciaire du caractère. Cn jtleino cour d'assises ou en jietit comité, ou encore par la simjile confrontât ion de l’accusateur et de l'accusé, tous les hommes se présentent pour être jugés. Malgré leur volonté, ils laissent voir ces bagatelles qui nous aident à lire dans le caractère. Mais qtii juge et que jugeons-nous? Ce n'est pas notre entendement qui juge. Ce n’est pas parla ruse ni par la science que nous lisons dans les caractères. Non, la sagesse de riiommc sage consiste en ceci qu'il ne juge pas les hommes, qu’il les laisse se juger euxmêmes, et se contente ensuite de lire et d'exiiriiner le verdict qu'ils ont porté sur eu\-ni(*mes.

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