BU J1IGK1IB1T. IM
cmc0pAm eit pris par c«ux qui en ont fait une faculté spéciale, et en ce sens il ne désigne pas un inojen de oonnaitre. L» connaissance suppose ce qui est ; elle implicfue la Térilé^ et par la définition û conception ne Timpliqae pas. Restent donc la sensation^ la perception , l'idée.
JLies sens sont assurément des moyens M con*» iiaitre; la sensation acnrt à la connaissance; mais d<H»ne4>ieUe à elle seule une connaissance propremm% dite? les philosophes de la sensation enxi» mêmes ne le soutiennent pas. Ce n'est pas la sensie tion seule qui affîrm^ que le rouge est dans l'cBillet ou la dureté dans l'acier ; la sensation n'est qu'une manière d'être affecté; il faut^ Condillac le dit^ qu'elle se transforme. Quand on ajoutera que ces jugements sortent de la sensation, on ne niera pas le jugement; tout au plus prétmdra«t^n que c'est la sensation qui juge ; on se trompera sur le prin*cipe auquel il faut rapporter le jugement; mais cependant on reconnaîtra l'existence du jugement, on reeonnaitra que c'est par le jugement seul et en devenant jugement, que la sensation donne des connaissances, et que par conséquent nos connais^ sances sensibles sont des jugements. Au vrai, la sensation ne fait que mettre à portée les objets de le connaissance. Les sensations, en général, ne nous apprennent rien que leur existence et la nôtre; mais cette existence même, une fois qu'elle est eour nue, c'est un jugement} Qsr elle n'est connue que dès le mcMnent qu'elle est extraite de la sensation ; tant qu'elle y reste enveloppéci nous ayons les matériaux de la connaissance , nous n'avons pas la
104 ESSAI YIII.
connaissance même ; voir l'existence dans la sensation^ c'est juger. Je suis est une proposition; le moi des phénomènes duquel fai conscience est existant; en voilà l'analyse et la traduction.
Qu'est-ce que la perception ? si ce n'est rien que la sensation , ce qu'on Tient de dire de celle-ci s'y applique; si c'est autre chose^ c'est cette conclusion naturelle que la sensation vous suggère infailliblement. La pression d'un corps dur tous donne une sensation plus ou moins TiTe , puis la perception de quelque chose d'étendu, de solide, enfin d'un extérieur qui correspond à la sensation : c'est là sans doute une connaissance; mais cette connaissance est un jugement naturel; telle est même la définition de la perception.
Nous Toilà donc réduits comme moyens immédiats de connaissance à l'idée et au jugement. Or, la plupart des définitions du jugement rcTiennent à ceci : le jugement est la comparaison ou la combinaison de deux idées ; le jugement suppose donc l'idée, et si l'idée est une connaissance, Toilà une connaissance qui précède le jugement. Telle est en effet la théorie reçue.
Mais d'abord l'idée est-elle une faculté? ce n'est pas le sens le plus ordinaire du mot; l'idée est en général représentée comme le produit de nos facultés. S'il fallait en donner une définition, on pourrait dire que l'idée est la chose telle qu'elle est connue de l'esprit ; aussi l'idée se confond-elle habituellement aTCC la notion; or, à la notion nos diTerses facultés contribuent. Il y a des idées ou notions qui sont appuyées sur une sensation , d'antres
en grand nombre sur une sensation et un raisonnement. Quoi qu'il en soit^ toute idée est une connaissance : comment s'obtient cette connaissance^ comment se produit cette idée ? On distingue conmauuément l'idée simple et l'idée complexe ; la distinction est difficile à préciser. On ne détermine pas aisément le point où une idée cesse d'être simple; mais k prendre en masse les idées complexes , on peut dire qu'elles supposent toutes des jugements antérieurs dont elles sont le résultat. Une idée complexe en effet, est-elle une idée générale, une idée de genre formée par la synthèse; il faut, pour l'obtenir, avoir comparé des individus et réuni leurs ressemblances en faisant abstraction de leurs différences ; cette opération est un jugement , ou contient des jugements. L'idée complexe est-elle une idée abstraite, une idée de qualité, formée conséquemment par l'analyse; pour détacher une qualité d'une substance, pour l'abstraire, il faut au moins avoir jugé qu'elle appartenait à cette substance. Le jugement e^t dans l'origine de l'idée abstraite. L'idée complexe est^elle enfin la notion d'un objet composé; aucun objet composé ne peut être connu sans l'entremise du jugement; c'est l'acte par lequel nous lui attribuons ses qualités. Toute idée complexe suppose donc un jugement. L'analyse et la synthèse, si nécessaires à la formation de la plupart de nos idées, ne sont que des séries de jugements. La connaissance résumée et exprimée par une idée , n'est que le produit d'un ou plusieurs jugements.
L'idée simple est, suivant les définitions usitées^ ou celle qui n'exige qu'une seule opération intellec-
106 BBSÀi vm.
tiielle, ou celle qui est déduite immédiatement delà sensation. Si l'on admet la première de oes défini* tiona y l'opération de laquelle résulte l'idée simple doit être , pour être unique ^ ou le jugement ^ ou la perception ^ ou la sensation. Si c'est le jugement ou la perception ^ il est trop évident que l'idée simple suppose le jugement , puisque la perception est un jugement naturel. Si c'est la sensation , la première définition rentre dans la seconde. Or, comment une idée peut«elle être immédiatement déduite de la sen* sation? Comment la sensation peut^elle être trana«' formée en Idée? par le jugement. Dès que vous rap^ portez une sensation à un objet , voua juges. Dès que TOUS compares une sensation déjà éprouviée avec une autre sensation déjà éprouvée y et que vous prononces que c'est ou ce n'est pas la même^ voua juges. Rap* porter une impression à un objet , une qualité à aa substance, un effet à sa cause, c'est incontestable*ment juger ; car rapporter , c'est concevoir un rap^port, ce qui est une des définitions du jugement. Qu'est-ce qu'une sensation ? Une occasion déjuger; c'est le jugement qui puise dans la sensation une connaissance ; cette connaissance fixée y c'est l'idée.
Ainsi l'on voit que le jugement donne l'idée. Toute idée est le résultat d'un jugement ou seul , ou réuni à d'autres opérations ; on ne peut connaître sans ju*ger. Le jugement est la forme générale de la connaissance.
Ils intervertissent donc l'ordre naturel , ces ajs«tèmes qui placent toujours l'idée avant le jugement. Point d'idée sans jugement. Cette vérité , qui est encore neuve, n'a été, que je sache, ni compléta
DU lUGQMRNT, 107
ment vue^ ni bien établie, Kantrd touchée» lorsque^ pour mettre de l'ordre dam les idées pures , il s'est TU obligé d'emprunter «u jugement un principe de dasaification j et si l'on veut relire toute son exposition des catégories , on verra de quels liens étroits il unit l'idée et le jugement. Il escplique eontinuelltment Tune par l'autre , et ce que nous venons de dire se trouve contenu en germe dans ce qu'il dit. Cependant il ne songe pas à sortir de l'ordre eonvenu, et il ovanw même quelque part que le jugement est le but de l'idée. C'est le contraire qui nous parait vrai; l'idée est le but du jugement. Le jugement est la forme générale de l'acquiiiition delà connaiaaance; l'idée f la forme générale delà connaissance acquise. D'où vient donc l'opinion opposée et cette définir tîon ii accréditée que ]» jugement est le résultat d'unecwsparaiion d'idées? Ia yaiou De mémeque le jugement se fonde sur la sensation , sur la perception» pour produire desidéea , il peut se fonder ensuite sur les idées déjà produites pour en former de plu» oomf plètes. En d'autres termes, l'esprit juge de ses connais^ tances) il les eombinet et en les combinant^ parvient il desoonnaissances nouvelles. En d'autres termes en** core, il ajoute des jugements h des jugements , et complète ses idées. Ainsi, un premierjugement est nécessaire ppur produire une idée } un second juge^ ment porta aur cette idée, la développe^ y ajoute | et ainsi de suite. Si j'ai jugé que Yor 0it jaun^ 0t p0sanif l'idée à^or est le résumé de ce double juge^ment y et elU est pour moi l'idée de corps jaune ai pesant, Je juge ensuite que V cte eit fusible , insipide^ inodore f e'esb-à^re que j'ajoute de nouvelles oon^
naissances à ma connaissance de For. Cette'idée devient plus complexe ou renferme une connaissance plus étendue. L'échelle des idées n'est qu'une succession de jugements qui. s'ajoutent les uns aux autres.
Dans cette succession y il faut distinguer le premier jugement des autres ^ c'est-à-dire celui qui commence la connaissance de ceux qui la poursuivent ou l'achèvent , celui qui donne la première idée de ceux qui y ajoutent. On pomTait distinguer deux sortes de jugements : le jugement want Vidée , et le jugement après ridée.
Les métaphysiciens n'ont en général étudié que le jugement après l'idée. Ils ont vu alors la faculté de juger combinant des idées; donc l'idée précédait le jugement. Us n'ontpas assez remarqué que de cette combinaison résultaient des idées plus complexes y et que par conséquent^ en observant le jugement^ ils avaient pris sur le fait la production des idées. Cett0 production , chose étrange ! a très-peu occtipé ceux qui ont cependant assigné à l'idée un si grand rôle parmi les phénomènes de l'esprit humain.
L'école de Locke et de Condillac n'a donné aucun nom a la faculté de former des idées. C'était la sensation transformée, c'était le produit de la sensibilité, c'était la combinaison de la sensation et de la réflexion ; puis les idées une fois venues, le jugement paraissait qui n'avait guère d'autre office que de comparer les idées toutes faites et de voir comment elles étaient faites. Il en extrayait ce qui y était contenu; mais il n'y ajoutait rien , car l'idée comprenait ou était censée comprendre son attribut. Une idée n'étant qu'une coUectiop de notions emboîtées, pour
ainsi dire, les unes dans les autres, le jugement n'était qu'un déboîtement. Il consistait à tirer de l'idée ce qui y avait été mis; mais il ne servait point à l'y mettre. Soit le jugement : Tor est fusible. Ce jugement , disait-on , revient à celui-ci : Vor ( métal jaune, j^esaut^Jusible^ inodore, insipide, etc, etc. ) est fusible^ ou plutôt l'idée de l'or contient l'idée àe fusibilité. Tel est le fond du jugement^ suivant Condillac. Avec lui, le jugement n'est pas réellement instructif, il .n'est qu'un inventaire /de nos connaissances. En effet, s'il se borne à décomposer nos idées, il ne nous apprend rien, car nos idées ne sont que nos connaissances acquises , et nous ne pouvons juger que des idées que nous avons.
Lorsque vous raisonnez d'une manière abstraite^ et par conséquent en dehors de tout fait de conscience, vous n'appliquez le jugement qu'à des idées préexistantes. Vous ne vous enquérez pas de la manière dont elles sont venues au monde. Par exemple, si vous examinez si la matière est divisible à l'infini , vous prenez dans la circulation les idées de matière^ de divisibilité 9 d'infini, et tantôt les isolant pour l'analyse, tantôt les rapprochant pour la synthèse^ vous en portez des jugements successifs. Ainsi, sans aucun doute la science ne porte que sur des idées, et par là toute science , même expérimentale , peut devenir idéologique. Mais si vous remontez à l'origine de la connaissance même , si vous voulez mettre à nu les fondements de chaque idée , vous arrivez à des jugements antérieurs, ou primitifs, ou plus voisins de jugements primitifs, dont chaque
110 B8SAI vm.
idée n'eit que le produit et le résumé , et toute tciencé alors cesse d'être idéologique pour devenir jusqu'à un certain point psychologique.
DU JUGEMENT CONSIDÈRE DANS SES ÉLÉMENTS. $. î. Desjogements après l'idée, ottiecondaires.
On se rappelle notre distinction entre le jugement mwtl Pidée et lé jugement après ridée. Il faut la bien comprendre. Presque tous nos jugements 8'ap-> pliquent à des idées déjà formées. Notre mémoire n'a gardé la trace ni de l'époque où elles ont été pro* duites^ ni de la manière dont elles se sont faites. Nous arons oublié si le jugement a pris part à leur formation* Maintenant il les trouve dans Tesprît et détermine leurs rapports. Presque toutes nos détex^ minations de ce genre, ou plutôt presque tous nos jugements sontdonc^ pour répéter notre expression, &ute d'une meilleure , après tidéê. Nous ne jugeons guère que d'idées antérieures^ mais nous formons ainsi^ Ou des idées plus composées , ou des idées nouvelles.
Mais si y comme tout jusqu'ici nous porte à le croire , le jugement est le procédé nécessaire à la for» mation des idées ^ il faut bien que ces idées antè* rieures résultent ellesHSiémes d'anciens jugements , et y en remontant ainsi jusqu'à nos ju^anières idées f nous rencontrons là nécessité de jugements préalables à ces mêmes idées. C'est cette sorte de jugeflMnts y que» au cas qu'ils existenti on peut pron*
DU ilVGRMftNT. 11^
wîrement désigner du nom de jugements amni ridée.
L'examen de la question de satoir «'ils existent et comment ils sont possibles «era facilité par une étnde plus approfondie de l'opération comprise dans les jugements ordinaires ^ ou jugements postérieurs aux premières idées. Us composent la presque totalité de nos jugements* Nous les a{^ons jugements ajn^ f idée y ou secondaires*
Le jugement de ce genre compare des idées » et attribue uneidéea une autre. Gela veut^il dire qu'il ne porte que sur des idées? L'école de Locke a pu le croire > mais le mot idée ne peut eignifier pour le bon sens que les choses dont nous avons idée ; ainsi le jugement attribue une chose dont nous ayons l'idée k une autre cfaoae dont nous aTons l'idée. J'ai l'idée d'or^ et je combine avec elle l'idée d^/usibi'^ liié^yai Vidée de PierrM^ et je combine avec elle l'idée de fonrtf y j'ai l'idée de F^adius, et je cornbine avec elle l'idée d'^cnW. Je dis : V or est fusible^ Pierre est bon y F^adius écrit.
Mais bien que j'aie tu de l'or ^ que je reconnaisse cemétad quand j'en Tois, et que# par conséquent ^ j'en aie l'idée ^ je ne le savais pas fusible ; je le vois fondu I je vois une dissolution d'or dans un acide , un amalgame d'or et de mercure > et je juge que Vor ^^fusibie. Le jugement produit une nouvelle idée^ celle de h fusibilité de l'or^ ou , ce qui est la même chose y oombine Vidée de hfusibiiité avec celle de r«r. Il étend ^ il complète celte dernière iàét ; ilmt fiitt mieux connaître l'or.
De même ^ je connais Pierre > je l'ai vu souvent^
112 ESSAI ym.
mais j'ignore s'il est bon ou méchant. J'expérimente sa bontés j'en vois la preuve , et je conclus qu'il est bon. L'idée produite est la bonté de Pierre^ l'idée de bonté est combinée avec celle de Pierre. Voilà cette idée augmentée , complétée par le jugement ; voilà Pierre mieux connu.
Je connais Vadius^ je l'ai vu , je sais tout ce qu'il a fait, je sais qu'il écrit souvent; j'ai une idée trèscomplète de Yadius; mais, de cette idée ^ il ne résulte pas , il ne peut résulter qu'il écrive actuellement; c'est matière de fait à constater; c'est à l'intuition de me l'apprendre. Je vois le fait, et, sur la foi de ma sensation, je juge que Vadius écrit; àl'idéeque j'ai de /^a^mj, j'ajoute l'idée, c'est-àdire la connaissance qu'il écrit en ce moment. Voilà donc encore une nouvelle connaissance résultant d'un jugement. Comment aurait-«lle pu être extraite de l'idée de Vadius ? C'était chose impossible , et cependant j'avais une juste idée de Vadius. Remarquons, par occasion, que l'attribut n'est donc pas toujours compris dans l'idée du sujet.
Voilà le jugement proprement dit, le jugement actuel et réel; seul, il donne une véritable connaissance. Mais une fois qu'un jugement a été porté , c'est une connaissance acquise ; il se fixe dans mon esprit; je puis le rappeler, le répéter, y faire allusion. 11 a complété l'idée du sujet par celle de l'attribut; je puis retirer de l'idée du sujet celle de cet attribut , puisque je l'y ai mise. Ainsi , dans l'idée de Vor , j'ai mis celle de fusibilité ^ dans l'idée de Pierre j celle de bontés dans l'idée de Fadius, celle ai écrire. Je puis extraire de nouveau l'idée de Tattri-
but de celle du sujet, sans dépendant les séparer, et en les laissant unies par le signe d'attribution , et je dis de nouveau : Vor est fusible , Pierre est bon^ Vadius écrit. Après avoir donné a mon jugement la forme d'une idée,* je puis rendre à mon idée la forme d'un jugement. Par le jugement , j'ai attaché l'attribut au sujet ; puis je l'ai plié soûs le sujet ; je peux le déplier de nouveau en les laissant attachés, mais dans ce cas, le jugement est répété plutôt qu'il n'est porté. Il est répété, c'es^-à-dire qu'il est conçu et exprimé de nouveau ; c'est* le rappel d'une connaissance, et non l'acquisition d'une connaissance. Ainsi , il faut distinguer le jugement de rappel et le jugement d'acquisition. Le second seul est réellement attributif; le premier ne l'est que dans la forme; il reproduit et constate une attribution « L'un t9X explicatif y l'autre additif. Aussi Kant appelle-t-il l'un analytique et l'autre synthétique. On conçoit que, parmi les jugements après Vidée, tout jugement additif ou synthétique peut devenir explicatif ou analytique de fait, et le devient même avec le temps ; et de même tout jugement analytique a pu être originairement synthétique ou présuppose un jugiement synthétique.
En efiët , au moment où je découvre que la vertu est aimable par elle-même y que T aimant attire le niekel, je fais un jugement synthétique y j'ajoute une connaissance à une connaissance. Mais une fois que cette connaissance ou idée s'est liée à l'autre, de manière à en faire partie , et que dans l'idée de la vertu entre pour moi Tidée d'être une chose aimable par ellç'-méme, dans l'idée de Vaimant celle d'agir n. 8
1)4 PSSAI VIH.
nur le nickel xîomme sur le fer, les jugements cidessus ne soBt que la décompositioa venant après la ,c0xapasitUHi, nn simple riappei de la manière dont j'ai formé Tidee. Or, le rappel d'une synthèse est une analyse. Ces sortes de jugements expliquient , e\esttà"Klire d4pUênt la connaissance ; ils «ont explicatifs ou analytiques.
De mâme soit donné un jugement analytique : «i je i^euK nmoubsr à la premièi^ fois qu'il a été oom-posé, je puis teou¥cr.qu'alors il a produit une connaissance j^lle ; il a joint une notion à une autre ; il fi doo^été aiUitif ou synthétique. Ainsi l'idée d^ attirer ieXereeJtj^nr moi inséparable de l'idéie d^' aimant , mais aUe ne l'a pas toujouiis .été, et ce jugement , V aimant attire le/er, qui ne fait qu esposer maconmissanee, l'a produite autnsfois ; il a été comme le signal de l'entrée de cette connaissance dans mon
ioipvit.
jSoit maintenant k jugement : Tout corps e^t étendu. Ce jugement est éyidemment analytique, car je sais, pour ainsi dire, de science immémoriale , que le eorps esi étendu. L'idée d'étendue fait partie de l'idée de corps; elle lui est même essentielle au point que, sans l'idée d'étenduef Tidée de eorps est nulle. Le jngementanaly tique, tout corps est étendu, aK^il donc jamais été synthétique? Un jugement •yothétique est celui qui ajoute l'idée de l'attribut à l'idée du aujet. Or, dans l'exemi^e cité , on ne peut avoit l'idée du sujet sans celle de l'attribut , l'idée de corps sans celle di étendue; le jugem^it n'a donc pu joindre cdle-ci à celle*là , c'est-4i^tre l'attribut auao^qni n'existait pas encore. L'idée de corps ne
DU 4V6IMIi^T. )1$
exulta qm df> h cpmUuaUaa de Vid?e d'€^m^4«€
Ikidé d» coff^ u çj^ls^wi diw^ ^gfmk ^m ç^ d'4tm*
j^wm &au« ci^tte foiroie éUe $>mUétk|ae,^ car il vt* Tiei;i(lraU à V^pre^^ÎQn mivHirVte qui a'a ^«v^uu sen» ^ JC 0^ étejiiidu. JXm vi^nk la diîficnUé? ^ n'^t qa'c^piNirfuti^A elle y%m,% 4e ce qiie toui^ corps, est éimdiA o^ peut é.(re. couxerti eo j^ugemeol «jntbétic(U^ f u'eu (leveixaut un jugement cwaM. l'idée^», l\ iwX remopter au. ju^en»eut, pirc^u^Uf de, Ticbée. de c(^ps^ Tout |ugemexii.t.aiialj( tique est oëces^rensM
Celui qui 90US »er( <à'exeiople. aoaljrse. l'idée de çorp^y idée aut^vieureni^ut £aite. S'il était sjf oUiéti?» que, il faudrait qu'il la fit; caravaut.l'attriliiiLtd'é^^mr due,, l'idéQ de. çowfs, n'e^t^ pas^ laite^ La suJ^sJlance étendue et Umitéeij^ ou > d'uu ^ul inat> is^ suistwme figwée esi h cmj^i vegilà le jugiemoat qui for^duH
ridée de corps. Puis^ vous analysez cette vi^ fw le
jugement p iquâ cojrp4 e^ étendiA% Mais, ai \q^ cbercl^iez dam ce jugement ai4aie le preoii^r jugeipesit qui vQusi douue l'idée de coip^.^ çelni qui k forjnu»^ \ou». xondjcie^ uu }UgeixiieuA iu^>assible^ e'est^-dire un jugwieut qui supposât pai? le wjet ce qiiJL e^t w question , ce qui n'ej^ist^ que pai> ce que, luirméioe est portés Qn conçoit wdaiséwçQit qu'un pareil jugemwt fût porté ayant qi^ l'idée du sii^t $ur léguai il statue {M feite*
La plupart dea métaphysiciens n'ont connu que les jugements après l'idée, et même que les juge^ ment^ analytiques. Aussi se sont-ils souvent rap-
116 EêSil VIII.
proches de cette opinion que seul Condillac a nettement professée, que les deux termes d'un jugement sont identiques. Cela allait contre la vieille définition du jugement, qui consiste à affirmer une chose d'une autre ; dès que cette chose est autre , les deux choses ne sont pas identiques. Mais si le jugement, quand il attribue une idée a une autre, ne fait que lui rendre ce qu'elle contient déjà , il suit que nous ne pouvons lier ensemble des idées qui ne soient pas déjà les unes dans les autres ; il suit encore, ou que nous ne pouvons lier deux idées, c'est-à-dire avoir de connaissance, ou que toutes nos idées sont d'avance les unes dans les autres, ce qui nous réduit à n'avoir jamais qu'une seule et même idée. Là conduisent les chimères de l'esprit de système.
Nous espérons avoir prouvé : i*^. que le jugement est l'instrument nécessaire de nos connaissances, en d'autres termes , que toute connaissance suppose un
jugement;
a"*. Que le jugement est successivement l'acte par lequel se produisent les idées ou notions , ou les connaissances nommées, et l'acte par lequel les idées déjà produites s'étendent et se complètent , et que dans ces deux cas seulement il est productif de connaissance proprement dite ;
3*. Que cependant la connaissance produite peut être de nouveau et indéfiniment remise sous forme de jugement , et qu'alors le jugement n'est qu'une opération rappelée ou vérifiée; il est explicatif de la connaissance;
4°. Qne le jugement après ridée , ou ayant pour
sujet une idée déjà faite, i®, est productif de connaissance, lorsqu'il ajoute une connaissance nouvelle à la connaissance acquise , et peut s'appeler alors jugement synthétique; s"", qu'il est simplement explicatif de connaissance, lorsqu'il décompose la connaissance acquise et la remet sous forme de jugement , et qu'alors il peut s'appeler jugement analytique;
5^*, Que tout jugement synthétique de ce genre peut ainsi être converti, et même l'est toujours avec le temps , en jugement analytique ;
6*". Que tout jugement analytique est nécessairement postérieur à l'idée sur laquelle il statue.
J. II. Des jugements avant Fidée, on élémentaires.
Les conclusions précédentes s'appliquent à la grande majorité des jugements; mais elles ne comprennent pas, elles laissent en dehors les jugements açant l'idée , ceux qui sont ou paraissent antérieurs aux idées, bases nécessaires de presque tous les jugements. Il y a là un problème encore intact.
On sait que le jugement productif de connaissance est en lùi èens^amnt l'idée^ puisqu'il précède nécessairement l'idée qu'il doit produire ; il la précède comme la cause précède l'efTet; mais il n'est pas nécessairement antérieur à toute idée du sujet sur lequel il statue, puisque la plupart du temps il per-fectionne cette idée et l'amplifie d'idées nouvelles. Dans le jugement étudié jusqu'ici , nous avons toujours une idée du sujet avant de lui adjoindre l'attri'but, c'est-à-dire avant de juger* On ne comprend même pas comment le jugement serait possible sans
118 EfôAt vni.
un6 idéie préalable tlu si^et. Il faut bien une con-^ naissance quelconque pour y ajouter une tH>unais'' sance nouvelle. On ne peut connaître mieu^ que ce qtf on connaît déjà.
Mais d'un autng cdlé/ nous avons Vu que toute idée ou connaissance suppose un jagement, et nous voyons maintenant qu*il faut déjà quelque idée d'une chose pour en juger. N'y a-t-il pas là une palpable contradiction? Est-ce Tidée qui suppose le jugement? Est-ce le jugement qui suppose l'idée?
Sans doute , en thèse générale, on ne saurait juger que de ce qu'on connaît; le jugement suppose déjà une idée du sujet , non pas une idée égale à celle que le jugement donne ; car alors le jugement ne serait jamais qu'explicatif, il n'ajouterait dans aucun cas aucune connaissance. Mais l'idée du sujet du jugement doit être suffisante pour qu'on en puisse juger. A quel point l'idée d'une chose cotntnence-t»elle à être suffisante pour qu'on en puisse juger? Ce point serait difficile à déterminer.
D'abord cela dépend et de la nature de l^objet, et de celle du jugement ; suivant que l'une et l'autre sont plus ou moins simples, une 0Dn\iaissnnce plus ou moins étendue est suffisante. Dans la vie pratique un tact assez sûr nous avertit quo ce degré suffisant de connaissance est ou n'est pas atteint. Par exetu** pie on dit, selon le besoin, en parlant du même individu : Je le connùts ou je ne le connais pas. On vient vous dire : Connaîssez-^vous Jacques , et sa*vez^vous ce qui lui est arrivé? — Je le connais^ parlez. Si l'on ajoute : Saç^ez^vous si Von peut se fier à lui ? — Je ne le connais pas assez pour en juger. Cette
DU iifGËÎÉÉlfT. 11^
répMêem très-stttsëe, elle indiqué ttM apptèchtion suffisante de ce qu'il faut de eonnaissâhce pOUi* jugei*. Dans la scieni^ tiau» devons retrouTer une gradation analogue de eonnâtssances cotreâpondant à la gfadâ^ tion des jugemetils. Aitisi ^ pour juger que deux îPianglêé sont égaUoô lorsquits ont uH angle égal cottipris entre tôtés égaux chacun à chacun ^ il faut s^rroir âetilement de que c'est qu'tin triangle , comme l'apprend rintuition^ et comprendre l'atiome qui définit l'égalité et sert de |;rihcipe à la méthode de la aupetposiiion» Mais pour juger que dans tout triangle rectangle le rayon est au sinus dHun des angles ai^ guèf comme V hypoténuse est au côté opposé à cet angle ^ il faut connaître le cercle , le rayon , le sinus , le carré de l'hypoténuse, etd., toUè lea éléments de la théorie géométrique du tlE'ianglé; en titi mot, connaître mieux le triangle, lequel ést^ au fônd^ le sujet de loùs les jugetnênts destinée à faire connaître aea propriétés.
Si maititehant nous faisons âbsti'action dé la difficulté et de la coihplicatioti plus ou moins grande des idées et des jugements, nous pouvons dire, en général , que pour porter tin jugement quelconque d'une chose, il y a un degté nécessaire de connaissance. Nous l'appellerons la connaissance suffisante ou indispensable. Au-dessoUs de cette connaissance indispensable , on n'a point d'idée de l'objet. Ainsi , celui qui ne sait pas que le cercle est rond, que le triangle a trois angles^ n'a pas la connatsslstncîe indispensable du eercle et du triangle. On peut dli*e qu'il n'en a pas l'idée, oii du moins ('idée qu'il fiiut pour en juger*
ISO EftSAI VlII.
Arrétons-nous encore à ce point, et préyenons, s'il se peut ^ toute difficulté.
On observera d'abord que pour avoir une connaissance, il n'est pas absolument nécessaire qu'elle soit réfléchie y c'est-à-dire que l'on sache distinctement qu'on la possède. Ainsi , quand je dis que tout homme qui a l'idée de corps a l'idée d'étendue^ cela ne signifie pas à la lettre qu'il le sache toujours formellement, qu'il soit prêt à répondre à cette ques* tion : Qu'est-ce que VJtendue? qu'il comprenne parfaitement cette définition. du corps la substance figurée j ni même que ce mot d! étendue lui soit bien présent. Mais cela signifie que la perception dHéteivdue est impliquée dans toute notion de corps, qu'elle lui sert de base , et que le corps e9t un sujet qui contient toujours cet attribut. On peut bien supposer un homme qui ne soit pas stupide et pour qui cependant ce jugement le corps est étendu, soit nouveau; mais il reconnaîtra bien vite que cela est vrai ; il y retrouvera l'expression de ce qui lui est parfaitement connu; il constatera qu'il a toujours su au fond ce que contient ce jugement. On n'aura fait que lui préciser, lui développer une connaissance qu'il avait déjà; on ne lui aura pas donné une connaissance nouvelle.
Cette observation peut éclaircir et compléter ce que nous avons dit du jugement explicatif. Ce jugement, il est vrai, ne donne pas essentiellement une connaissance nouvelle. Mais il spécifie , il confirme y il développe souvent une connaissance acquise. Il en donne la conscience h celui à qui elle manquait ; il lui révèle ce qu'il savait et le met en état de s'en
DU JUftBHBMT. 121
rendre compte. Le jugement explicatif ou analytique ne se borne donc pas toujours à rappeler une connaissance; en l'analysant^ il la rend plus nette ^ plus sûre ; il est donc très-utile. S'il ne vous fait pas connaître quelque chose de plus comme le jugement synthétique ;i il vous fait mieux connaître ce que TOUS connaissiez déjà. Sous ce rapport^ il est souvent un prélimkiaire indispensable pour le jugement synthétique. Il le rend possible ^ ou du moins plus facilement intelligible. Ainsi le jugement le corps est étendu, est un jugement explicatif; mais il peut être nécessaire de le prononcer pour arriver au jugement synthétique tout corps est pesant. Cette proposition le moi est un principe pensant, n'est guère qu'un jugement analytique ; et cependant on conçoit qu'en le proMDçant y on peut rendre plus distincte la notion qlril contient, la faire concevoir plus nettement de manière à rendre possibles ou plus aisément saisissables d'autres jugements moins simples , tels que ceux*ci : le moi est inétendu , ou le moi est une rigoureuse unité.
Le jugement analytique est particulièrement nécessaire pour mettre en lumière la connaissance indispensable ou suffisante renfermée sous le nom du sujet. Au<-dessous de tout jugement synthétique , il y a , en général , un jugement analytique qui est l'expression de la connaissance indispensable pour porter le premier. Ce jugement analytique est la base de l'autre , le degré immédiatement inférieur avant celui-ci « G'^st répéter avçc d'autres mots ce que nous avons dit, qu'on a toujours besoin de quelque idée du sujet pour y ajouter un nouvel attribut.
iài EssAt Vin.
Reste maintetiànt la question : CdUlfietlt eéttè cdiinalssance indispensable qtli est litie idée , a-t-e)lê ét^ produite , k tnoins de supposer une suite îtifiriie d*idées et dejugenlenls?End'atittes fermés, cottl-^ ment le jugeriietil aidant Fidée est-il possible ? Nous savons qu'il ne s'agit iél que dti jugement avant l'idée indispetisable.
Rappelons là contradiction : tout jugement n'est possible qu'à la condition d'une connaissance quelconque, et toute doniiâissance sU()pose uti jug^ inerit. N'y a-t-il pas là ùê qti'oh appelle un cel^ëk Videux?
Ce tié serait pàfe la prethièrefois qtte pareille chose se trbuterait h l'oricine de nos cotlhdièsàhces. Dès qtié l'oti remonte à la derriiêhe hâbleur dàiis l'esprit hum;iin, si Ton cotisulte la logique, Oti tgtttfae toujours dans quelque embarras de ce gerlrei II vient toujours Un pbiht où l'on ne sait coMment éviter l'absurdité d'une suite infinie de ptineipes et de conséquences. N'en est-il pas de même dans l'étude de la nature en général ? Dès qu'on élève ttrie question d'origine, on tombe dans le cercle satls fin des cfeuscs et des effbts. Cotninent y échapper ? Il n'y a qu'uti parti h prendre; faire halte au dernier terme visible de l'investigation , et affirmer une cause pre* riiièré qui ne soit dans les conditions d'aUcUne autre^ et 'qui , p:lr sa nécessité et Son infiliité , déroge à toutes les lois du monde contingent et fini. Quelque chose d'analogue se passe dsin^les hauteurs de l'esprit humain. L'hortithe .1 été une fois, h un cel'tain ttto* ment, doué du mouvement inteliectueh II est une horloge dont le balancier s'est ébranlé par ud6 cause
DU JUGÉMBNt. 12â
invisible j il paraît donc en mouvement de luimême, (Test une force vivante et liW. Maïs dans le moment qui a prècéaé son action , il est impossible de trouver en elle le principe de cette action : il jr a quelque cliosie de donné daus Thomme; et ce qUi est donné s'impose au problème > et ne se résout point avec le problème.
OrdonCy le jugement doàne la connaissance, et là. connaissance est nécesîsatre au juaement; la logique ne peut sortir de cette contradiction, Vovons si l'observation sera plus heureuse ; et sans chercher
Là.
une solution rationnelle, examinons d'abord s'il n y a pas là des faits à constater.
tt.éduisôns bien le petit nombre de cas où se présente la difficulté.
Les connaissances que le jugement nous dondesur un même sujet, tie sont pas toutes également importadtes pour nous, ni toutes également essentielles à ce sujet. Nous avons distingué la connaissance suffisante o\i indispensable. On n^avait pas fait encore cette aîstihction , parce que jusqu^ici ne voyant dans les sujets et les attributs que des idées contenues dati* d'autres, il semblait que tous les attributs étaient sur le même pied. On pouvait tous les tirer du sujet IndiHeremiheiU. L ordre de celte extraction était arbiti'ah^e. Cela se conçoit; on n^admettait que des jugements analytiques, et l'on supposait la connaissance parfaite et apparemment infuse de tous les sujets antérieurs à tous les jugements.
Mais le^ choses lie se prissent pds ainsi. Eviaemmeht je puis avoir l'idée dé l'acide nitrique, sans connaître toutes les propriétés dfe l'acide tiitriqué.
IM BSSÀI VIII.
Mais je comprendrai tous les jugements qni m*appi^ndront ces propriétés ^ s'ils n'exigent^ s'ils ne supposent que la connaissance que j'ai déjà de l'acide nitrique.
Si je connais même en gros la composition chimique de l'acide nitrique, je puis juger que, mis en contact avec le fer, il donnera naissance à un dégagement de gas azote. Si je connais seulement l'acide nitrique pour en avoir vu , je le connais pour un liquide blanc, mais il me manque la connaissance chimique indispensable pour juger de ses propriétés chimiques.
J'ai cependant une connaissance indispensable , mais suffisante pour juger qu'il est pesant , transparent, enfin qu'il. a les qualités physiques des liquides ; j'en sais assez pour comprendre les jugements^ fondés d'ailleurs sur Fintuition , qu'il est corrosif, brûlant , mortel. Mais ces jugements mêmes, je ne pourrais ni les porter, ni les comprendre , si j'en savais encore moins de l'acide nitrique , si ce mot n'avait aucun sens pour moi. Alors ce ne serait qu'un mot ; savoir que c'est un mot y ce serait là toute ma connaissance. Avec cette connaissance, on me composerait le jugement synthétique suivant : L* acide nitrique est un corps ^ c'est-à-dire le mot éC acide nitrique a pour attribut d'être le nom cPun corps. Puis : ce corps e^t liquide , blanc, corro-sif, etc.
De même, pour arriver aux propriétés chimiques, il me faut une connaissance indispensable ou suffisante chimique. C'est au moins celle-ci : L'acide nitrique est un composé d^oxy-gène et d'azote. Avec
cette connaissance des éléments de l'acide nitrique ^ je puis porter des jugements qui m'enseignent ses propriétés | et ainsi de suite.
On Toit ici une différence entre les jugements qui nous font connaître les propriétés et ceux qui nous révèlent les éléments. £h bien, je crois cette différence sérieuse et générale.
Les attributs que les jugements nous font con* naître , sont tantôt des éléments , tantôt des qualités, puis des relations, puis des circonstances, etc. Pour avoir l'idée d'une chose, il n'est pas nécessaire de connaître toutes ses relations , toutes ses circonstances, ni même toutes ses qualités. Les jugements qui nous donnent ces sortes d'attributs peuvent être portés synthétiquement ; mais ils supposent au moins la connaissance des éléments de la chose qu'ils concernent : la connaissance indispensable ou suffisante est la connaissance des éléments.
11 faut donc distinguer parmi les idées qui composent la connaissance complète d'une chose, les idées élémentaires.
Ainsi, l'idée élémentaire de la connaissance chimique de V acide nitrique , c'est qu'il est composé cC oxygène et d azote. L'idée élémentaire de la connaissance du corps, c'est qu'il est une substance étendue et figurée. L'idée élémentaire de la vertu, c'est qu'elle e&tV accomplissement du devoir on Vem^ pire sur soi-^méme, etc. '. Avec ces idées élémentaires je puis ou comprendre ou porter les juge-
' Oa conçoit que je ne donne point ici nne définition modèle de la verta^ clucan substituera dans l'esemple celle qu'il préfère.
126 ESSAI vni.
metitç synthéliqyeç : Vaci4^ nitrique est décomposé par ^hydro^èr\e et produit de V azote et de Veau^ Tout corps est pesant , diifisi^le , mesurable , etc. La ifertu est souvent persécutée , elle est conforme à tordre de la société , etc.
La question qw np.us occupe pe peut doue s'élever quà l'occasion des jugements quî nous dotnnent la connaissance des éléments, et. que nous appellerons les jugements élépientaires . Ceux*ci ne supposent et ne peuvent supposer aucune idée de Tobjet $ur lequel iU statuent; c'est poiu' cela qu'ils peuvent être dits aidant Vidée; mais cela ue signifie pas qu'ils soient aatérieurs à toute idée^ à tout jugement^ ^ tout, élément de connaissance.
Ainsi, quaivJ il s agit de connaissance chimique, ce jugement Vacide nitrique est un composé âoxr^ gène et d'azote ^ est un jugement élémentaire, en ce qu'il contient les éléments de l'idée chimique, ou connaissance chimique de l'acide aitirique,, ce que nous avons appelé la counaissaxice indispensable ou suffisante.
Mais il suppose de$ jugements d'un atUtre oi'dre ou des intuitions correspondantes,, donjoant la connaissaiiiCQ usuelle ou phj^si'que de ce même acide. Ces jugements à leur tour se groupent autour d'un * jugement ^lémeptaire^^ tel quç celui-ci : l'acide nitrique est un corps*
Mais ce jugement lui-même suppose nécessairement la connaissance du corps et occasionnellemen,t l'intuition de l'acide en question; et la connaissance 4u corps suppose de certains jugements que pous avops souvent analysés.
DU JUGE9f|^SîT. }27
En remontant (oiyours ainsi, op aVrive k 4^5 jugements nécessairement gi^térieurs k tPUt^ j^g^' men^ pu à toute idée, et qui soiit Farigiqe dq tputç connaissance.
On voit que p^nni \^!^ jugements élén^enlaires ou aidant l'idée^ il y en a 4e proprement dits et dMm-^ proprement dits. Gela nous dppnp pour \^ JHg^mep^ synthétiques la série suivante :
Jugements synthétiques qrdinaires pu secondaires, c'estr-à-^dire apT^s l'idée ( expriniput les qualités aece^oire^^ Içs relatipu^i les pirpoustauees^ les mode^ actuels 9 eto, )•
Jug^^ents §ynthétiques éléiBeptairp^ qu fiTWf ridée improprement dits ( c'est-s^rdirp qui don^ uent les éléments de l'idée pu 1^ eonn^i^sance in-r dispensable pour Tordpe de jugements et de çon^ odissance^ dpqt il est questipp ^ piîiis qui ue sont pa^ antérieure nécessairement à toute idée ou jugelurent applicable à la fprpiatipn d^ l'idée éléméurtaire ),
Jug^nents synthétiqii(B$ élémentaires pu f^T^nt ridée proprements dits ( p'e^|rà-dire qui ue présupposent aucun jugement pu idée^, c'e^t-aT^ir^ 9^çune connaissance formée ).
Ainsi > la nécessité de ces deruiers jugerUeuts^ véritaUea^ent a priori^ se trouve déuipntrée p{\r le 6eul examen des conditions de la possibilité de nos jugements en général.
La néjCessitéde ces jugements r\^\ eucorequ'uue nécessité logique. Voyons si robservatipu psychor
logique nous donnera leur po$sibiiUté et leur Ç^i^ tence.
Les faits du genre de ceux qui nous occupent peuvent en effet être considérés de deux manières , sous le point de vue logique ou plutôt rationnel , et sous le point de vue psychologique. La philoso-> phie est une science de raison et d'observation. Elle a donc deux méthodes, ou plutôt elle a deux procédés qui se contrôlent et se complètent l'un l'autre.
Psychologiquement, le jugement élémentaire proprement dit est ou spontamé ou occasionné : il est nécessairement spontané en un certain sens , et par la définition même, en ce qu'il ne présuppose aucun jugement; il ne peut être occasionné que par quelque chose qui ne soit pas proprement une connaissance, comme par exemple une sensation. La con-* naissance qui n'est occasionnée que par la sensation, peut être dite spontanée, en ce sens qu'elle n'est pas déduite d'une autre connaissance; car la sensation est moins une connaissance qu'un moyen de connaissance. Dans la sensation, la faculté de juger trouve l'occasion d'un jugement. Lorsque dans la sensation de la dureté d'un solide ,|nous puisons le jugement qui affirme le corps extérieur, ce jugement naturel et fondamental est gratuit et direct; ce qui veut dire qu'il n'y a nulle raison à en donner, qu'il ne se déduit effectivement d'aucune connaissance antécédente de l'extérieur. C'est ce caractère particulier à ce jugement qui autorise à le considérer comme jugement primitif ou du moins comme fait primitif.
La perception est le jugement puisé dans l'intuition des sens; cette intuition est la seule donnée;
DU JUGEMEIVT. 120
par un seul et même acte elle est convertie en jugement et en idée.
Ainsi, le jugement qui ne présuppose qu'une occasion expérimentale, fait, dès que l'occasion est venue, sa première apparition dans l'esprit et exerce une autorité naturelle; psychologiquement, on peut dire qu'il est spontané; c'est ce qu'on rend mieux en disant qu'il est primitif.
Pour bien faire connaître ce genre de jugement, il n'y a qu'un moyen , c'est de citer des exemples : pour montrer que de tels jugements sont possibles, il suffit de montrer qu'il y en a.
Au premier rang se présente le jugement de sub^ stance et de qualité. Il faut bien que ce jugement soit primitif : en effet, les idées qui le précéderaient seraient, on l'accorde , des idées des objets sensibles. Elles seraient donc des idées ou de substance ou de qualité; elles supposeraient donc le jugement qui montre la substance à travers les qualités, ou qui de la substance, affirme les qualités. Ce jugement est impliqué dans tous ceux que nous portons sur les objets réels.
Il en est de même an jugement de cause et d'effets L'idée de cause ne se puise dans aucun&idée antécédente; elle peut venir a l'esprit à l'occasion de certains phénomènes qui frappent nos sens; n[tiis la cause, en tant que cause, pas plus que la substance, ne frappe nos sens. Le jugement de causalité est donc, comme celui de substantialité ^ prime-sautier dans l'esprit humain. De l'un et de l'autre, on peut dire : prolem sine m'atrecreatam.
La substance et la cause sont des idées primitives II. 9
OU jugements primitifs^ c'est-à-dire qui ne présupposent aucune autre connaissance. Les jugements non primitifs continuent la connaissance^ les jugements* primitifs la commencent.
Qu'on ne demande donc pins comment, la connaissance étant nécessaire au jugement, les jugements primitifs précèdent toute connaissance; c'est demander pourquoi ils sont primitifs. Yeut-on nier qu'ils le soient , qu'on leur assigne une origine rationnelle; la tentative a accablé tous ceux qui l'ont essayée. Objecte-t-on que l'on ne comprend pas comment cela se fait? qu'importe si cela est? Il faut bien , comme on dit^ qu'il y ait commencement à tout. Dans tous les systèmes, il faut bien que la connaissance débate quelque part et par quelque chose. Qu'on l'appelle idée, jugement, sensation^ il faut toujours admettre un fait primitif, un fait dont on ne rend pas compte , et qui vous livre sa réalité pour toute explication.
Il y a donc des jugements primitifs; ces jugements sont les seuls vrais jugements avant Vidée s ils sont des idées ou connaissances supposées dans tous les autres jugements; et avec l'aide des impressions sensibles, ils rendent possibles tous les jugements qui les supposent et qui , au premier aspect , semblent ne s'appuyer sur rien. Eux seuls ne reposent sur rien , et se soutiennent par leur propre poids ; mais sur eux est construit l'édifice du monde intellectuel.
Encore une fois, ils ne sont primitifs que dans l'ordre de la connaissance; car en fait, ils supposent des impressions sensibles qui les provoquent à se
DU JfIGBJIEIIT. )ai
manifester. Il n'est pas mfyaae nécessaire que ces occastotis une fois données, ils se révèlent formellement^ explicitement à l'esprit. Au contraire, ils *e présentent enveloppés dans la pei^ception et sous une forme d'application particulière. Ce n'est que ht réflexion qui démêle dans le jugement particulier, occasionné par telle impression sensible , la perception de Textérieur, jugement général et immédiat, et dans œ jugement de la perception , le jugement pur et absolu de substance et de qualité.
Voilà comme les choses se passent en fait ; d'abord une impression sensible , puis une intuition ou perception particulière, comprenant un jugement par* ticulter. Mais cette perception et ce jugement parti*culier ne sont qu'une application ou expression spéciale du jugement en génà^ qui repose sur la perception 9 et enfin , ce jugement lui-^méme suppose ie jugemeùt Coûta fait général, tout à fait dégagé de ce qu'il j a de personnel et d'actuel dans la perception, savoir le jugement de aubstanœ.
Maintenant cet ordre historique de l'acquisition de nos connaissances nous fait vemonter leur ordre logique ou rationnel. Il est évident que logiquement ou rationnellement le jugement de substance est le pnncipe, et qu'il fimt oômmadcer par lui« Donneztaioi ce jugement et l'afFection attachée à la pression d*un solide, et le jugement qu^il existe hors du mot un sujet étendu en trois dimensions, existant d*une existence absolue, sera immédiatement constitué. De même , donnez-moi la conscience de vos propres opérations et le jugement de substance, et vous verrez naître la notion du moi. Pourvu de toutes
ces notions ^ vous pourrez fournir une base à tous vos jugements ullérîeurs. Le point de départ de nos connaissances est dans ces connaissances premières , iiTéductibles, dont aucune ne rend compte et qui rendent compte de toutes les autres.
Les jugements de la cause et de la substance sont synthétiques , cela ressort de leur définition même ; ils créent une connaissance; on pourrait dire qu'ils créent quelque chose de rien , car la donnée sensible qui les suggère ne les produit pas; ils existent par leur propre vertu.
C'est nécessairement que l'esprit les conçoit; mais ils ont encore un autre genre de nécessité, c'est cette évidence qu'on ne peut obscurcir, cette autorité qu'on lie peut décliner. Le contraire de ce que ces jugements affirment est absurde et impossible; la raison est solidaire avec eux. Il est dans ses conditions d'existence que ces jugements soient vrais. Us le sont en toute hypothèse, indépendamment de toute application. Ce sont des vérités absolues. Les jugements marqués de ce caractère sont des juge-^ ments nécessaires.
Ainsi les jugements primitifs sont synthétiques et nécessaires.
Nous en savons assez maintenant pour construire scientifiquement, c'est-à-dire rationnellement; le tableau de tous nos jugements.
DU jrtrGBMBnT. las