‹ Essais de philosophie (volume 2)Chapitre 11 sur 42 · CLASSIFICATION GÉNÉRALE DES JUGEMENTS · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION GÉNÉRALE DES JUGEMENTS

$. I. Des jngements primitifs.

Les premiers jugements dans Tordre rationnel sont les jugements primitifs.

Les jugements primitifs sont ou logiques^ ou ontologiques, ou psychologiques.

i''. Les jugements primitifs logiques sont ceux qui sont purement et rigoureusement rationnels, c'est-à-dire qui seraient vrais d'une raison abstraite, ou d'une raison antérieure à toute existence , si une telle raison était possible ; pure hypothèse de la raison spéculative. Ces jugements primitifs sont dits logiques, parce qu'ils sont les lois de la raison indépendantes de l'être , c'est-à'-dire qu'ils sont logiques en acte, et ontologiques seulei^ent en puissance.

Âristote a découvert le premier de ces jugements , ou du moins c'est lui qui a donné le premier rang dans la science au principe de contradiction sous cette forme : « Il est impossible que le même attri- « but appartienne^ et n'appartienne pas au même ft sujet , dans le même temps , sous le même rapport. » (Ou plus brièvement : « La même chose ne peut en (c même temps être et n'être pas. » Ou bien encore : (c L'affirmation et la négation ne peuvent être vraies u en même temps du même sujet, n )

Ce jugement primitif es( à la fois le principe rationnel de toute chose et de tout jugement. Aucun être n^est possible, aucune raison n'est possible, que sous la condition et sous l'empire de ce juge-

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ment. Aussi esUil donné par Aristote comme prln-' cipe de l'ontologie dans sa Métaphysique^ et comme principe de la logique dans sa Logique \ De même aussi il peut recevoir diverses formes , et prendre tantôt celle-ci : Ce qui est est; tantôt celle-là : L* attribut ne peut être contradictoire au sujet. On trouvera dans les auteurs des formules difiërente»; mais ces formules , qui sont différentes , reviennent au même en raison de l'universalité du principe qu'elles expriment^ et leur diversité résulte précisément de ce qu'on peut tour à tour prendre ce principe comme loi de l'existence on comme loi de la pensée^ comme forme de l'être ensemble et du connaître 9 comme règle de la possibilité des choses et de celle du jugement ^ expression des choses; preuve nouvelle et fondamentale de l'accord et de l'union de la réalité et de la raison.

Ce principe est nécessairement indémontrable, car il est l'origine et le garant de toute démonstration ; et la notion d'un jugement primitif logique est celle d'un jugement qui ne suppose nécessairement aucune connaissance antérieure, et n'implique logiquement aucun jugement supérieur.

Leibnitz a la gloire d'avoir posé un principe mis par Ats philosophes au même rang que le principe de contradiction ; c'est le principe de la raison sujffisante : a rien n'existe sans une raison d'exister u ; raison suffisante, comme le dit Leibnitz, ou détermi-

• MeUphys., liv. IV, J. III- VUT, et liv. XI, $. Y.^Logig., Categ,, XHI. Sermen., ch- VII et VlII. — Anafyt. posL, liv. I, ch. III. Yoyez aussi Criiiq, de la raison pure ^ Logiq, transcend., Ut. Il, sect. I, et dans le premier Tolnme, l'Ewai lY, p. 577.

nanie, comme le veut Kant, peu ^nporte ici. Sous les deux forme», ce principe est non-seulement la règle de l'être comme possible y mais encore la loi de la raison dans le jugement. Car, de même que le principe de contradiction est la base et la condition de tout jugement en lui-même, aucun jugement ne pourrait être rattaché à un autre, ni par conséquent aucune connaissance dérivée d'une autrâ connaissance, si le premier jugement n'était la raison du second, la première connaissance la raison de la seconde. Ici encore l'ontologie et la logij^e reconnaissent l'empire d'un même principe, et l'être suppose la même condition que le connaître ^

Ces deux jugements primitifs logiques, les seuls qui jusqu'ici aient été admis comme tels par un nombre suffisant d'autorités philosophiques, sont synthétiques, immédiats, nécessaires, absolus^

Ils sont synthétiques ou productifs de connaissance ; car l'idée d'être n'est pas identique à l'idée de ne pouvoir avoir d'attribut contradictoire. Exister et avoir une raison d'exister ne sont pas non plus identiques.

Le principe de contradiction et celui de la raison suffisante peuvent être conçus l'un et l'autre comme ayant pour sujet ce qui esti

Ce qui est ne peut nétre pas sans cesserai être ce qui esL

» LeibniU, Mediiationes de cognitione, veriiate etideis, — Kant, Logiq-f introd. yi; et Disserlaiion sur les premiers principes de la connaissance me'tapltjrsique , analysée par M. TisBot, dans l'appendice IX de sa tradoction de la Logique. — Cousin , III* leçon de son Cours d'histoire delà philos, mod^t 1 816-18 17.

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Ce qui est m peut être sans une raison détre.

Or, ce qui est ou Tétre est la notion universelle^ ment enfermée dans tout jugement quelconque, général ou particulier, primitif ou secondaire. La notion d'être ne pénètre dans l'esprit que sous la forme d'un être actuel et déterminé. Originairement, c'est la perception interne ou externe qui la donne , non pas dans l'abstrait, mais sous le concret. Tout jugement exprime que quelque chose est quelque chose sous la condition du principe de contradiction. Mais l'être perçu est un phénomène; l'être conçu une substance; l'être abstrait une idée, laquelle idée résume ce jugement qu'un être est ce qu'il est. Serait-ce donc là un jugement identique, et par conséquent analytique ? A la forme on pourrait le croire; car il pourrait k la rigueur se rédiger ainsi : ce qui est est* Mais assurément cette expression même est une vaine tautologie, ou elle signifie qu'à l'idée dec^ qui est, simple idée de l'objet d'une perception possible , s'ajoute l'idée de ne pouvoir être iiutremeut qu'il n'est sans cesser d'être ce qui est. Le sujet est un existant quelconque, donné ou possible, perçu ou conçu ; le jugement est la condition de cette existence, et s'il est vrai que nul ne peut penser un existant sans le penser implicite^ ment comme conforme au principe de contradiction, ce n'est qu'une preuve de l'autorité universelle de ce même principe. Par ce principe l'être pris comme donné ou contingent dans le sujet est pris comme nécessaire dans l'attribut. Le^ principe de contradiction ajoute donc à la connaissance ; il est donc synthétique.

DU JUGSMBNT. 137

Gela est plus clair encore du principe de la raison suffisante. L'idée de la raison d'exister est une addition k l'idëe d'existence ^ quoique la raison d'exister soit une condition inséparable de l'existence même.

Ces jugements sont immédiats ^ non pas sans doute que nous en acquérions directement la connaissance expresse , et qu'ils se présentent d'eux-mêmes à l'intuition. Les circonstances psychologiques de leur interyentiondansTintelligence les enveloppent au contraire et les déguisent pour la raison qui leur obéit sans le savoir. Mais ils sont immédiats en ce sensqu'aucune expérience antérieure n'est nécessaire pour les employer^ et qu'au contraire ils sont spontanément et sans déduction ni induction appliqués et impliqués dans tous les jugements de l'expérience elle-même.

Ils sont nécessaires ; c'est ce qui ressort de toutes les parties de cette analyse ; et la noiion de l'être qui est tout à la fois ce qu'il est et ce qu'il n'est pas , ou de l'être qui existe sans qu'il y ait aucune raison de son existence^ est le non-sens le plus évident qui se puisse concevoir.

Enfin ils sont absolus ; c'est-à-dire qu'ils ne supposent logiquement y comme condition nécessaire de leur vérité, l'existence d'aucun objet actuel , non plus que d'aucune connaissance particulière ou d'aucun principe plus général. Nous avons vu qu'ils étaient vrais avant l'ontologie, et que rien ne serait, qu'ils seraient les lois du possible.

!k'^. Les jugements primitifs ontologiques sont ceux qui ne supposent nécessairement, comme titre de leur vérité, aucune connaissance antérieure ^

]S8 B8SAI Vin.

mais qui ne sont vrais qu'en tadt qu'applicables à des êtres actuels. Quand Tétre devient actuel , c'està-dire passe de la pure puissance à l'acte i il ne peut se réaliser que sous la loi des principes ontologi* ques.

Exemples : « Tout phénomène a un principe durrahle et invariable qui est V objet lui-même ou la substance, n -^ Jugement de substantialité^

fc Tout ce qui commence d'exister a une cause. » •— Jugement de causalité.

Ces jugements sont synthétiques, immédiats, nécessaires, absolus.

a. Us sont synthétiques ou productifs de connaissance ; car l'attribut n'en est pas contenu dans le sujet.

En effet, le phénomène n'est, à vrai dire, que ce qui tombe sous les sens oti sous la conscience ; la substance n'y tombe pas ; elle n'est donc pas donnée à la manière du j^énomène. Mais du phénomène , c'est-à-dire de l'impression sensible ou de Taperception consciencieuse, le jugement conclut la substance. Le phénomène est le connu , la substance l'inconnu pour l'observation , sinon pour la raison ; le phénomène est le sujet, la substance l'attribut '• Le jugement de substantialité est donc productif de connaissance ou synthétique*

Tout ce qui commence d exister, c'est-à-dire tout événement n'est encore que phénoménal. L'idée de cause n'est point présente dans l'impression sensible produite par la manifestation d'une chose qui com-

' Yoyâz notre obiçrvation p. 98 et 99.

DU JUOSMSNT. 130

mence^^l'an évèoement qui arrive. L'œil de la semibilité ou de la conscience ne \oit pas la cause. Le jugement seul l'affirme k l'aspect de l'événement ; c'est une attribution qu'il lui fait ; il ajoute une connaissance ; il est synthétique.

b. Ces jugements sont immédiats^ c'estià-dire qu'ils ne supposent aucun jugement intermédiaire. Us admettent la donnée de la sensation ou de la conscience qui est plutôt uu élément de connaissance qu'une connaissance proprement dite, et ils la convertissent directement en connaissance. Le sujet réel de ces jugements est une intuition, non une idée. C'est par là surtout que ces jugements sont primitifs.

. Ainsi les phénomènes ne sont , à yrai dire , que ces effets si familiers et si connus qui se passent en nous, soit à l'occasion des objets sensibles, soit à l'occasion des c^érations intérieures , et desquels il résulte que nous sommes avertis de leur existence. Or ces modifications, prises à part de tout jugement , ne donnent pas une idée ; car cette idée serait celle du moi, ou celle du non^moi, celle d'une substance, ou celle d'une qualité, lesquelles toutes supposent un jugement; et cependant cette sorte de modification est le sujet du jugement de substantialité. Ce jugement s'appuie donc à nu sur l'élément donné par la sensibilité ou la conscience ; il est donc immédiat.

De même pour le jugement de causalité. Un événement qui commence à avoir lieu, et qui, abstraction faite de tout jugement, produit une impression, se manifeste aux sens. Aucune idée antérieure n'est

nécessaire pour l'induction de la cause. Le jugement

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de causai! té pose donc directement sur le phénomène^ il est immédiat.

c. Ces mémesjugementsprimitifssont nécessaires, c'est-à-dire que le contraire en est contradictoire ou incompatible avec la raison.

En effet, les phénomènes sans la substance, c'està-dire les apparitions sans quelque chose qui apparaisse , c'est la notion de rien qui soit quelque chose. C'est une notion contradictoire. Que le phénomène persiste ou change, il suppose une substance, ou il est l'effet sans cesse répété d'une cause toujours subsistante, c'est-à-dire que le miracle de la création se reproduit à tous les instants. Mais, dans ce cas même, Dieu serait la substance de toutes les qualités ; iLy a donc quelque chose ; le néant n'apparaît pas.

Si les phénomènes ne sont pas les qualités d'une substance, ils sont les effets d'une cause, et alors la substance et la cause se confondent. Dans tous les cas , des phénomènes changeants ne peuvent changer sans cause. La succession en est arbitraire ou nécessaire. Or c'est un fait de conscience qu'ellen'est point arbitraire; il ne dépend pas de moi qu'un boulet de canon soit au même instant au point de départ et au point d'arrivée, encore moins qu'il arrive avant d'être parti , ou parte avant d'être arrivé. La succession est donc nécessaire ou du moins soustraite à mon libre arbitre. En doutez-vous? Essayez d'intervertir même par la pensée l'ordre de cette succession, vous ne le pouvez. Il y a donc une succession nécessaire. Or la succession nécessaire est l'expression de la relation de cause et d'effet. Un changement sans cause est absurde. Pourquoi ? Il n'est pas be-

soin d'en donner aucune raison ^ cela est ainsi ; si cela était autrement , il n'y aurait plus de raison humaine. L'évidence qui rend le doute impossible , la vérité qui ne permet pas Texception , sont les marques de la nécessité des jugements.

d. Enfin les jugements dont nous parlons sont absolus. En général^ on en peut dire autant des jugements nécessaires; caria raison ne leur peut attribuer de vérité relative. Cependant on doit observer qu'ils supposent plus ou moins de données antérieures sans lesquelles ils ne seraient pas nécessaires. La conclusion rationnelle de prémisses contingentes est nécessaire , elle n^est pas absolue^ puisqu'elle dépend de ses prémisses.

Les jugements primitifs ne supposent absolument qu'une donnée d'expérience , et cette expérience ne leur sert pas de preuve^ mais d'occasion. Lorsqu'ils se révèlent à nous^ ils sont empreints d'une vérité indépendante de la circonstance qui les a suscités. Ils ne seraient pas portés sans elle , mais sans elle ils seraient vrais. Ainsi la connaissance que nous en avons n'est pas absolue , mais la vérité en est absolue. Historiquement , ils viennent a posteriori / rationnellement^ ce sont des jugements a priori^

En efiet ^ il n'y aurait nul phénomène pour nous que le phénomène supposerait toujours la substance. Rien sous nos yeux n'aurait jamais commencé d'exister, que ce qui commence d'exister nécessiterait toujours une cause : c'est le caractère de l'absolu.

Cet absolu n'est pourtant pas l'absolu logique : nous avons vu qu'il y avait un primitif logique qui

Û% ESSAI VIÏI.

précède le primitif ontologique. Dès que l'objet de l'ontologie commence^ c'est*à-dire dès qu'il y a quelque chose , il n'y a rien qu'en conformité des principes ontologiques ; ils sont donc a priori et absolus , puisqu'ils sont la condition de l'être possible ; mais ils reconnaissent comme axiomes supérieurs les deux principes de contradiction et de la raison suflisante. Toutefois , comme il est Tisible que le jugement de substantialité se rapporte au premier, et le jugement de causalité au second , il semble que les deux jugements primitifs ne soient que les principes primitifs logiques, passés de la sphère purement rationnelle dans la sphère ontologique, ou de la puissance à l'acte. U y aurait là certainement une recherche bien intéressante à entreprendre,

S*. Après ces jugements rigoureusement primitifs, viennent les jugements primitifs psychologiques. Ceux-ci ne supposent nécessairement aucune connaissance antérieure , ma» ils impliquent logiquement quelque jugement supérieur ou plus général.

Exemples : ce Les phénomènes intérieurs dont feu conscience appartiennent au moi, » Jugement du moi.

« Les phénomènes extérieurs dont foi sensation appartiennent au non-moi. » Jugement du non-moi.

Ces jugements primitif psychologiques sont synthétiques; on peut encore dire qu'ils sont immédiats et nécessaires, mais non d'une nécessité absolue. Si le jugement de substance n'existait pas, ib seraient peut-être encore des jugements nécessaires

à notre nature, non des conceptions .nécessaires de notre raison.

a* Us supposent les jugements primitifs absolus , ils les supposent rationnellement; car ils ne sujh posent pas que nous en ayons une connkissance positive et rëfléchie; psychologiquement^ ils précèdent dans la conscience les jugements de substan* tialité et de causalité^ on plutât ils sont suggérés en même temps; mais ils enyric^pent ceux ««ci elles appliquent.

Logiquement donc ils les supposent. Qu'est-ce en efiët que le jugement du moî? c'est celui-ci : Les phé^ nomènes eoctérieurs dont, fai conscience , nppar^ tiennent à une substance qui est moi; c'est4i<-dire qui est le je qui a conscience. Et le jugement du non^moi revient à ceci : Les phénomènes extérieurs dont fai sensa^'on^ appartiennent à une substance qui rtest pas moi , c'est-i-dire qui n'est pas le n qui a sensation. Le Jugement de substantialité est donc impliqué dans ces jugemmts^ les premiers de tous peut-être dans la série des faits psychologiques. Le même raisonnement s'appliquerait aux juge* ments du moi comme cause , et du non-moi ccunme cause ; car Tun et l'autre peurent être connus comme cause aussi bien que comme substance. Le jugement de causalité en est alors le principe logiquement né&cessaire.

Mais ces jugemeots rationnellement présupposés ti'ont pas en ei^t été expressément prononcés ; ils pcih vent n'être qu'implicites dans l'esprit. Une connaissance distincte^ une conscience réfléchie de pareils principes est un commencement de philosophie^ et

144 ESSAI vin.

l'homme; en général; n'est qu'implicitement philosophe.

C'est là ce qui nous fait refuser aux jugements primitifs psychologiques le titre de jugements absolus. Les juPmenfs du moi et du non-moi ne sont pas même logiquement immédiats; car sans les notions implicites; mais nécessaires de substance et de cause, ils seraient sans valeur logique. Us ne sont pas absolus ; car si les jugements de cause et de substance n'étaient pas vrais, leur vérité serait problématique.

b. Ils sont synthétiques; car ils ajoutent une connaissance à celle qu'ils supposent. Ainsi; le jugement du moi n'est pas simplement celui-ci : « Les phénomènes intérieurs appartiennent à une subs tance, n Il ne serait alors que la répétition analytique et la particularisa tion du jugement primitif de substance : mais il donne dans l'attribut l'idée de substance, plus de moi; la substance dont il s'agit est celle qui est moi. De même, dans le jugement du non-moi^ la substance est celle qui n'est pas moi. La sub-tance moi et la substance non-moi, voilà les deux connaissances nouvelles que nous donnent les jugements dont il est question; ils réalisent les jugements primitifs rationnels; ils y ajoutent l'existence effective que ceux-ci ne supposent pas; car, n'y eût-il rien; ceux-ci seraient vrais*

c. Les jugements primitifs psychologiques sont immédiats en fait ou psychologiquement; car ils reposent directement sur les données expérimentales : entre la sensation ou la conscience et eux il n'y a pas d'intermédiaire. Dans la dureté du solide je perçois le sujet résistant ou l'extérieur; dans l'acte de

DU JUGEMBMT. 145

la pensée je perçois le sujet pensant : ce sont des notions directes; la preuve, c'est que lorsqu'on s'efforce de les faire indirectes ou de les déduire^ oii les obscurcit et on les ébranle.

d. Us sont nécessaires en ce sens qu'ils sont indubitables. Que les qualités extérieures de l'être appartiennent au moi, c'est ce que la cpnsciehce dément; et qu'elles n'appartiennent pas à quelque chose 9 c'est ce que la raison ne peut soufirir. La conscience et la sensation une fois données , plus le jugement de snbstantialité^ l'existence de l'extériorité nous apparaît comme une vérité nécessaire; mais cette nécessité n'est pas absolue^ elle est relative aux révélations de la conscience et de la sensation; il pourrait n'exister que le moi, et point de non*moi; cela ne répugne point absolument à la raison; c'est le fait de la sensation et de la conscience, l'opposition du sentiment de l'Intérieur et du sentiment de l'extérieur qui nous manifeste qu'il y a un non-moi : mais le fait une fois posé, le jugement est nécessaire. De méme^ mon * existence n'est pas nécessaire, le non-moi pourrait être seul au monde, le moi pourrait ne pas être; c'est parce que ses opérations me sont attestées par la conscience, que je juge nécessairement qu'il existe, mais non qu'il existe nécessairement : cette nécessité n'est donc pas absolue.

Ce qui ne veut pas dire, remarquez-le bien, que la réalité du moi et du non-moi soit toute relative à ma perception, et consiste uniquement dans ma pei*ception elle-même; cela signifie seulement que leur réalité n'est pas indépendante de notre percep- II. 10

146 E8SÀI vin.

tion, quant à la connaissance que nous en avons; nous ne sommes sûrs qu'ils existent que grâce à notre perception. Si cette perception n'avait pas lieu ^ que deviendraient le moi et le non-moi ? Sans conscience^ qu'es^ce que moi et non-moi ? Au contraire , je ne serais pas ià pour porter le jugement de substance et de cause y que ces jugements n'en seraient pas moins mrais ; ainsi le veut la raison absolue. Les vérités de l'ordre de l'existence du moi et du non-moi exigent au contraire la condition de là nature humaine.

Cette condition posée, on peut faire fond sur ces vérités; on peut même accorder aux disciples de fteid que ces existences sont absolues , en ce sens qu'elles ne sont pas purement subjectives , en ce sens encore qu'elles sont vraies en elles-mêmes. Mais ce genre d'absolu est un absolu de fait , et i'absolu des vérités rigoureusement primitives est nn absolu de droit. Cette distinction est importante.

U en résulte que l'on pourrait appeler les jugement primitifs rationnels jugements primitifs de droit, et les jugements primitifs psychologiques jugements primitifs de fait. €e serait peut-être la qualification la plus juste.

§. II. Des jugements non primitifs.

Les jugements primitifs cautionnent tous les autres jugements; eux seuls les rendent possibles.

Une énumération exacte des jugements primitifs serait la meilleure et la vi*aie table des catégories. C'est une œuvre qu'il n'est pas impossible que la philosophie accomplisse un jour. On peut soupçonner

DU JUGEMBMT. }47

df^avance que celte table ne comprendrait pas tc^ules les calëgories des auteurs. Celles-ci se rapporlein en partie h des jugements très-généraux , m^is subordonii(és k d'autres connaissances.

Les jagemenls prrmi tifs sont les mêmes que nous avons appelés jugemenU élémentaires proprement dits. Leur part est faite;

lï reste maintenant lea jugements non prhniti& qui comprennent ;

Les jugements synthétiques élémentaires improprement dits ou non primitifs;

Les jugements synthétiques non élémentaires ;

Les jugements analytiques tant élémentaires que non élémentaires.

Ces trois sortes de jugements prises ensemble comprennent toutes les sortes de jugements, moins les jugements primitîfej elles comprennent les jugements généraux , particuliers, permanents, momentanés , actuels , possibles. Leur multitude conibnd rimaginatioii \

U est tout à fait impossible de les compter , mais il ne lest pas de les classer. Indiquons quelques principes de classification.

L Le principe de division qui se pî^ésente le premier distingue les jugements synthétiques et les jugements analytiques.

Le principe de division qui se présente le second les partage en jugements nécessaires et en jugements continjgents.

Le premier est relatif à la quantité de la counais-

« Sur les diverses espèces de jugements, on peut consulter les traités de Logique, mais surtout la Logique de Kant. ch. II , et la

sauce contenue dans le jugement , le second à la qualité de la connaissance.

I**. Le jugement synthétique ajoute a la quantité de la connaissance. Tout corps est pesant. Ce jugement transforme l'idée de corps qu'on peut représenter ainsi : corps = substance + étendue -^ figure f en ridée que nous figurerons ainsi : corps = sub^ stance + étendue + fig^r^ + pesanteur. Après le jugement^ il y a une idée de plus dans l'idée de corps.

Dans le jugement analytique, la quantité de la connaissance ne change pas. Tout corps est étendu^ revient à ceci : corps = substance H- étendue. Ce jugement ne fait donc que décomposer l'idée corps, il n'y ajoute rien. Seulement il peut là rendre plus claire; il peut donc faire quelque chose à la qualité de la connaissance.

2°. La qualité de la connaissance est seule inté-*ressée dans la considération de la nécessité ou de la contingence des jugements. Tout corps est étendu, est un jugement nécessaire; il donne une connaissance dont le contraire implique. Tout corps estpC" sant, est un jugement dont le contraire n'a rien qui répugne à la raison. C'est une vérité d'observation, non de raison. C'est une connaissance expérimentale et parlant contingente.

On doit voir d'avance que les jugements analytiques sont toujours nécessaires, mais d'une nécessité relative. Étant donné le sujet, ou ne peut se dispenser d'en affirmer l'attribut , puisque l'attribut

Cviiiq» de la raison pure, lo^ig* tra/ifcend,, liv. I, ch. I, sect- II. \o}cïr£sîailViIlJ, §. 11.

n'est que Texpression déyeloppée du sujet qui est supposé donné.

La plupart des jugements synthétiques sont au contraire contingents; ils ajoutent, sur la foi de Tintuilion , en vertu de l'expérience ou du raisonnement , une connaissance à la connaissance du sujet qui ne la contenait pas nécessairement. Us ne sont donc pas nécessaires , au moins pour le plus grand nombre; car nous avons vu que les jugements primitifs les plus rigoureusement nécessaires sont cependant synthétiques. C'est précisément ce qui leur assjgne un rang h part; c'est en cela que consiste ce qui les fait jugements primitifs. C'est cette merveille qui, jusqu'à nos jours, n'avait point été assez re-marquée, et qui, bien constatée, bouleverse tous les systèmes sur l'origine des connaissances humaines.

Mais il faut remarquer que , dans le temps , tout jugement n'est pas constamment analytique, ni constamment synthétique.

Les jugements analytiques le sont essentiellement. Tout corps est étendu , tout effet a une cause', ne peuvent cesser d'être des jugements analytiques. Cependant, on peut concevoir que des jugements analytiques essentiellement ne le paraissent pas actuellement , par rapport à celui qui les entend , ou que du moins ils soient pour lui productifs de connaissance. Si ses idées ne sont pas nettes , si son attention est faible , le jugement analytique peut lui donner une idée nouvelle. Ainsi , combien de gens qui n'ont jamais réfléchi que l'idée de corps implique celle à! étendue , ni peut-être que \^ effet comprend l'idée de cause ï Ces jugements analytiques de droit

IfiO E6SAI Vin.

peuvent donc être ou paraître synthétiques de fait* Mais nous appelons en général analytiques ceux qui le sont essentiellement^ ceux dans lesquels le sujet est tel que l'esprit doit naturellement y voir l'attribut renfermé^ ou que, tout au moins, il reconnaît qu'il y était renfermé, dès que le jugement lui est prononcé.

Le jugement est essentiellement synthétique > lorsqu'il ajoute, par l'attribut, une connaissance nouvelle à l'idée du sujet. Mais une fois cette connaissance acquise , elle entre dans l'idée du sujet ^ elle s'y incorpore , et alors le jugement , originairement synthétique, parait analytique quand il est répété. Synthétique de droit, il est analytique de fait; Ainsi, le jugement toul corps est pesant est bien certainement synthétique d'origine; mais il nous est si familier, l'expérience de la pesanteur universelle revient si souvent, que nous ne séparons plus l'idée de pesanteur de celle de corps ^ et le jugement tout corps est pesant nous parait se borner à analyser le siyet.

De Jà nous pouvons tirer les distinctions suivantes :

A. Tout jugement qui exprime par l'attribut une QOfliiaîssance cqmprise nécessairement dans le sujet pour qu'on en puisse juger , est analytique de droit ( ou essentiellement ). — Exemples : Toul corps est étendu. ^^ Pierre est un homme.

B. Tout jugement qui ajoute une connaissance non comprise nécessairement dans l'idée du sujet pQur en juger, à la connaissance quelconque que nous en avons, est synthétique de droit (ou essen-

DU JCGfiBfENT. 151

tiellement]). — Exemples : Tout corps est pesant.— Pierre est majeur»

C. Tout jugement qui extrait du sujet une connaissance déjà comprise efiectivementdansridée que celui qui juge a du sujets est analytique de fait. — Exemples : Tout corps ( étant donné que l'idée de pesanteur est pour moi liée à celle de corps ) est pesant, — Pierre ( que je sais être mon fils)^^^ mon

fils.

D. Tout jugement qui ajoute par l'attribut une connaissance nouvelle h la connaissance efiective et antérieure que celui qui juge avait du sujet , est synthétique de fait. — Exemples : Tout corps ( étant donné que je n'ai jamais réfléchi à ce que c'est que le corps ) est étendu. — Pedro ( étant donné que je ne sais pas que Pedro est un nom d'homme ) est un

. homme.

a. Les jugements analytiques de droit sont toujours nécessaires.

b. Les jugements synthétiques de droit sont rarement nécessaires. *

c. Les jugements qui ne sont analogiques que de fait sont rarement nécessaires.

d. Les jugements qui ne sont synthétiques que de fait sont toujours nécessaires.

Nous allons voir comment les jugements très-simples dont Pierre est le sujet, peuvent être tantôt analytiques, tantôt synthétiques, soit de droit, soit de fait , et alternativement nécessaires ou contingents.

I**. Je me suppose au degré le plus infime de connaissance ; je ne sais ce que c'est que Pierre. Pierre

152 ESSAI vm.

est pour moi un son , un son articulé; voila tout ce que j'en connais^ et j'exprime cette connaissance par le jugement suivant : Pierre est un son articulé. Ce jugement est analytique de fait et de droit , car il exprime tout ce que je connais du sujet Pierre. Si je n'en connaissais cela, je n'en connaîtrais rien du tout, puisque je suis supposé n'en connaître rien de plus.

Ainsi , dans ce jugement , l'attribut est identique au sujet. Or toute proposition identique est nécessaire, en vertu du principe connu sous le nom de principe de contradiction.

2". Supposez maintenant que je sois placé dans des circonstances telles que je vienne à porter ce jugement : Pierre est un liomme. Assurément ce n'est pas de l'idée de Pierre, idée égale pour moi à celle de son articulé, que j'ai pu tirer cet attribut; je ne le déduis pas du sujet , je l'y ajoute. Le jugement est synthétique de droit et défait; il n'est pas nécessaire.

5°. Par I& suite je répète ce jugement ; je dis par exemple : ce Pierre est un homme y il faut donc quil connaisse ses deçoirs. m Ou bien : « Pierre est un homme y comment s^ étonner de ses défauts , etc. Dans ces raisonnements, le jugement Pierre est un homme, revient h celui-ci : Pierre (que je sais être un homme) est un Aomme,* jugement analytique de fait et de droit. De fait, car je sais que l'idée de Pierre contient l'idée à! homme. De droit, car si j'ignorais que Pierre est un homme, je croirais que c'est un son; j'aurais donc une idée de Pierre , substantiellement différente de Pierre j je n'en aurais

DU JUGEMENT. l53

pas la connaissance indispensable pour en juger; la connaissance indispensable comprend au moins la substance.

4**. Pourvu de cette connaissance , je puis être conduit à porter les jugements suivants :

a. Pierre est un être.

b. Pierre est bon.

c. Pierre a été créé.

d. Pierre est un être pensante

a. -—Le premier jugement , Pierre (qui est' un homme) est un être, est un jugement analytique de droit et de fait; car l'idée d'homme contient nécessairement et inséparablement l'idée à! être.

b. — Le second jugement, Pierre (qui est un homme) e&t bon, est synthétique de droit et de fait; car l'idée d'homme ne donne pas nécessairement ridée de bonté ^ et", par la supposition, je suis censé ne savoir rien de Pierre^ sinon qu'il est un homme.

c. — Le troisième jugement , Pierre ( qui est un homme) a été créé, est synthétique de droit, mais il peut être analytique de fait. Il est synthétique de droit, car on peut, à la rigueur, avoir l'idée de V homme f sans savoir qu'il a été créé, témoin les enfants et même les Anciens, qui n'ont jamais eu d'idée bien nette de la création. Il peut être analytique de fait, car au temps ou nous vivons en général, ridée di homme est inséparable de celle de créature.

d. — Le quatrième jugement , Pierre (qui est un homme) est un être pensant, peut, dans certains cas, être considéré comme synthétique de fait, bien qu'analytique de droit. 11 faut pour cela me supposer assez ignorant pour ne pas admettre la pensée

164 BMikl YIH.

comine un étément nécessaire de Tidée d'homme* Dans oelte hypothèse > au Heu d'etiraire du sujet l'attribut, je croirai l'y ajouter; mais en général > cette sorte de jugement , ou plutôt ce oas de jugement, synthétique de fait $ analytique de droite est comme impossible^ car le jugement analytique de droit est celui qui extrait un attribut indispensable à la connaissance suffisante du sujet. Or^ il ne saurait en même temps être synthétique de fait; car il faudrait pour cela ajouter une connaissance indispensabljB* Si j'ai le sujet, j'ai la connaissance indispensable qui est l'attribut du jugement analytique de droit; je ne puis donc l'ajouter puisque je l'ai, et si je n'ai paa dans le sujet cette connaissance indispensable, je n'ai pas le sujet, et je ne puis ajouter la connaissance, attribut du jugement synthétique, au sujet que je n'ai pas. Seulement il arrive quelquefois que faute de nous rendre bien compte de nos idées et de les bien exprimer , certains jugements nous font l'illusion d'être analytiques de droit et synthétiques de fait. Nous imaginons qu'ils nous donnent la connaissance parce qu'ils la précisent et la formulent. La métaphysique , qui passe son temps à éclaircir des idées nécessaires, produit souvent cet effet. Tel est ce jugement ; Pierre ( qui est fiomme) pense. Quoique chacun connaisse en fait la pensée, et la regarde implicitement comme un attribut essentiel de l'espèce humaine, cependant on peut, dans de certaines conditions intellectuelles , ne s'être jamais dit que Thcmimc est essentiellement pensant^ n'avoir jamais attaché une idée distincte à ce mot: la pensée. Par conséquent, il serait permis desup-

DU I0GËMB2VT. ISft

poser le cas x>ù ce jugement parailrail donner une connaissance nouvelle^ et se présenterait ain^i comme synthétique de fait.

II, Après les distinctiom que nous avons établies i lâ distinction h plus importante est peut-être celle de« ji^ements généraux et des jugements particuliers. Elle a beaucoup occupé les logiciens $ nous n'y insisterons pas longtemps.

« Les trois angles d'un triangle sont égaucc à deusF droits. Ihut ce qm commence d'exister a une causée Il rCy a point de corps qui ne puisse être mit Tous les hommes sont sujets à Verreur. » Voilà des jugements généraux»

i< La terre est un sphéroïde. Ce triangle est équi" latéral. Ces jeunes gens sont passionnés. Pierre taille sa phmie. >» Voilà des jugements particuliers.

Cependant on doit entrevoir qu'il y aurait encore 2}ien àtB distinctions à faire ^ tant entre ces divers jugements généraux ^ qu'entre ces divers jugements particuliers^ Bornons-nous à les indiquer.

D'abord on remarquera que la généralité ou la particularité des jugements n'est pas .une chose absolue. Ainsi ce jugettient , les Polonais sont mobiles, est gépéral par rapport à celui-çI , ce Polonais est mobile* Il est particulier* relativc^ment à cet autre : Les hommes sont mobiles.

Autre exemple ; Dans un triangle isocèle^ les angles opposés w^x côtés égaux sont égaux. Ce jugement est général en ce sens qu'il s'applique sans, exception à tous les triangles isocèles , mais il n'est pas général en ce senfs qu'il ne s'applique pas à tous les triangles , comme celui-ci : Dans tout triangle ^

156 ESSAI vni.

un côté quelconque est plus petit que la somme des

deux autres.

Distinguons la généralité absolue et la particularité absolue. La vérité est une. Pierre frappe Paul. Le premier de ces jugements est général^ rigoureusement général; le second, rigoureusement particulier.

Décomposons le premier, i"*. Le sujet , la vérité, est un terme général; c'est la vérité considérée d'une manière absolue. Ce terme est plus général que ne le serait celui-ci , toutes les vérités, qui ne signifie qu'une généralité collective ^ inférieure a la généralité absolue, o?. L'attribut qui consiste à être une, est également une idée générale qui ne suppose ni n'exprime rien de particulier ni d'individuel. Ce terme est donc en lui-même d'une généralité absolue. 5®. Le verbe l'applique au premier terme , et par là il détermine celui-rci ; mais le verbe est signifie ici , non une existence actuelle, mais une existence essentielle. La généralité du terme est évidente. En quoi consiste-t-elle ? En ce qu'il n'exprime et ne suppose rien de circonstanciel, rien de déterminé dans le temps. Mais cela résulte de ce que les deux termes qu'il unit sont généraux.

Dans le second jugement, le sujet est un nom profre 9 Pierre; Vatirihntf frappant Paul, est un acte particulier^ un fait actuel concernant un individu. Le lien qui sert à unir ées deux termes n'exprime par conséquent qu'une existence actuelle.

Nous appellerons le jugement général sans exception, du nom spécial de jugement universel, et le jugement exactement particulier sera \e jugement

DU JUGEMBlfT. 157

individuel. Entre ces deux extrêmes se placeront bien des sortes de jugements généraux et de jugements particuliers, tnais la généralité, comme la par^ ticularité, en sera relative et non absolue.

D'après cette analyse , il faut distinguer la généralité des termes du jugement et la généralité di; jugement; l'une n'est pas l'autre.

En effet ^ la généralité du sujet ne fait pas celle du jugement. Ce jugement : la vérité est l'objet des re* cherches de Malebranche, est un jugement particulier. Cependant quel terme plus général que celuici , la vérité?

La généralité du moyen terme ne fait pas celle du jugement^ car elle dépend des autres termes. Ce mot est signifie l'existence essentielle ou actuelle» permanente ou momentanée, selon les idées qu'il sert à unir. Ainsi , dans ces propositions : La vérité BST une. Pierre est malade , le mot est s'applique diversement.

Enfin , la généralité de l'attribut ne fait pas seule la généralité du jugement. Pierre est substance^ n'est pas un jugement général. Il faut même ajouter que l'attribut est toujours général jusqu'à un certain point , ou du moins plus général avant qu'après le jugement ; c'est le jugement qui le particularise en l'attachant au sujet. Dans celui-ci : Pierrefrappe Paul y V^tttihvit frappant Paul est général en ce sens qu'il est attribuable à des sujets divers et indé« terminés ; mais cependant il n'est pas vraiment général en ce sens qu'il exprime un acte^ et un acte relatif à un individu.

En quoi donc consiste la généralité^ je dis la gé-

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