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néralîté rigoarense? Est-ce dans la présence des mots dits gënéranit? Mais dans le jugement partionlier cet homme est malade, homme est an nom général, malade un terme général , en tant qu'indétermmé. Est-ce dans la présence des idées de genres? mais les Wées sont tour à tour des idées de genre et d'espèce; il n'y a rien là de fire ni de certain. Est-ce dans la généralité de l'idée comprise dans le premier on le second terme? mais nous avons tu comment une idée très-générale, celle de substance , pouvait entrer dans un jugement particulier : Pierre est sub^ stance.
Les conditions d'un jugement universel sont que • le sujet soit une idée générale prise dans un 8en« universel^ et elle est prise dans un sens universel à raison de l'attribut, et l'attribut ne prend le sujet dans un sens universel, qu'aukmt qu'il ne contient rien d'actueK Ces conditions sent donc au nombre de deux : i"". généralité du sujet; a"*, point de détermination dans le temps dans aucun terme.
Ainsi soit ce jugement : Pierre est substance. 11 n'y a dkns l'attribut aucune détermination dans le temps; mais le sujet n'est pas une idée générale.
Et dans cet autre jugement : la vérité est fabjet du Hi^re de Malebranche^ le sujet est bien une idée générale; mais l'attribM contient une cïéterminatîon dans le temps. Comment cette détermination se reconnail-elle ? en observant comment Tattribut modifie le terme est/ il le modifie suivant qu'il comporte l'existence actuelle ou l'existence essentielle.
Pour que ces conditions soient remplies, il n'est pas nécessaire que le sujet soit tel qu'on ne puisse con-
Dû JUGEMENT. Ift9
cevoîr une ^néralité plus grande , il suffit qu'il $oit gënéraL Ainsi, les théorèmes : les trois angles d'un triangle sont égaux à deux^droits , dans le triangle isocèle les angles opposés aux côtés égaux sont égaux, sont tous dieux des jugements généraux , quoique le triangle isocèle soît «me idée moins générale que celle de triangle.
Voioi des exemples qui résument et mettent en relief toutes les diifik^ences que nous aTons ob* sestrées.
i^. Le triangle est une figure dont Paire est égale au produit de sa base par la moitié de sa Jiauteur^ Ce jugement est général absolument , ou universel. Sujet : le triangle f idée gén^le; attribut : figure dont V aire y etc.^ idée générale sans détermination de temps ; veii^e : existence formelle ou essentielle et non actuelle.
2®. Le tncmgle isocèle est une figure dans la^ quelle les angles opposés aux côtés égaux sont égaux ; jvtgement universel par lui-même, bien qu'il porte sur un sujet moins général que le précédent.
5?. Les triangles ont trois angles , dont la somme est égale à deux angles droits. Ce jugement, par la forme, n*est que d'une généralité collectives Cendant, comme fl est de la nature àes vérités géométriques d'avoir une généralité absolue > il exerce sur l'esprit l'empire d'une proposition universelle; mais la forme en est mauvaise. Tout naturellement cette forme a été bannie des mathématiques, ce qui est une preuve entre mille qu'elles ne sont point une science qui procède par des expériences additioiinées et gé- < néralisées en forme de règle. Tel eftt au contraire
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le procédé et ie langage des sciences physiques. Ainsi f on dit très-bien : les orbes des planètes sont des ellipses dont le soleil occupe un des foyers. G'^st la première des lois de Kepler.
4'. Les triangles ^ formés par les cristallisations prismatiques de tel minéral^ sont équilatéraux» Jugement d'une généralité collective et relative : elle est collective^ car elle ne résulte que de l'addition des cas particuliers; c'est un résultat de nombreuses expériences. Elle est relative, car il s'agit d'une certaine espèce de triangles actuels. Le jugement n'est général que par rapport à chacun de ces triangles ; il serait particulier par rapport au triangle en général. Quant à la forme de la proposition, c'est celle qui convient le mieux aux sciences d'observation. Cependant 9 h mesure qu'un plus grand nombre de cas observés vient augmenter la gêné-* ralité du jugement , comme l'esprit a la faculté de donner la forme absolue à ses conceptions, et qu'il aime à le faire, on convertit en propositions universelles les propositions collectives , et l'on dit : Talun cristallise en octaèdres ; le chei^alasix inci' siçes et six molaires y au lieu de dire les aluns ou les chevaux y ce qui serait plus rigoureusement exact, si par la forme absolue l'homme ne rendait témoignage de cette croyance catégorique qui est en lui, et qui le porte à affirmer la stabilité et l'universalité des lois de la nature.
5°. Les triangles de cette édition d'Euclide sont mal faits. Jugement collectif, mais particulier, i
6°* Ce triangle est équilatéraL Jugement particulier^ quoique l'attribut soit général.
7*. Ce triangle est celui que trace Paul. Jugement absolument particulier , ou individuel.
On a vu que la détermination du temps influe beaucoup sur la généralité ou particularité de nos jugements; cependant, on peut aussi considérer isolément cette détermination, et l'on trouvera là encore un nouveau principe de classification.
Ainsi y le triangle a trois angles égaux à deux droits et Paul mesure ce triangle ^ ne sont pas seulement un jugement universel et un jugement individuel; le premier est, on peut le dire, universel dans le temps, c'est-à-dire éternel; l'autre, individuel dans le temps, c'est-à-dire rigoureusement actuel ou instantané. L'un sera vrai à tout jamais, l'autre n'est vrai qu'une fois dans les mêmes circonstances. Entre ces deux limites, nous trouverons des jugements qui embrassent un temps plus ou moins long. Nous en distinguons de deux sortes : les uns qui embrassent une durée indéfinie, comme celui-ci : le fer est fusible , Saturne est entouré d^uri anneau y les hommes sont mobiles ; les autres qui ne comportent qu'une durée qui n'est pas indéfinie, comme Caîus est vissant , Pierre est jeune y la Suisse est en guerre.
Nous ne pousserons pas plus loin l'étude des classifications du jugement; celles que nous ayons indiquées nous suggèrent une seule observation , et la voici .
Les jugements éternels sont universels; les jugements universels et éternels sont nécessaires, j'entends rigoureusement nécessaires : ces trois caractères ne sont en effet que trois formes de l'absolu : II. il
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on pourrait Ica énoncer par ces seuk mots, ce sont des jugements absolus, savoir les vérités les plus élevées auxquelles il nous soit donné d'atteindre.
On ne peut citer qu'une classe de vérités du aeiéme ordre qui ne remplisseot pas toutes tes cMiditiaiM ; ce sont les vérité» qui concernent Dieu ^ ce sont ks jugements par lesquels noua afilmions ses attributs. Les jugements qui concernent Dieu sont particuliers ; car à parler logique, l'idée de Dieu est indivtdnelle , et cependant les jugçnœnls dont il est le sujet sont généraux, nécessaires, absolus. Dieu est une existence j en général , toute» les existences sont contingentes; la sienne est néeessaire; c'est paor là même qu'il est Dien, l'être iiéce8saire« Viàée de Dieu n'est point primitive ^ mais dédnile; cellea de substance et de cause la dominent; elle ne se fonde inmiédiatemcnt sur anémie intuition sensible, sur aucune aperceplion de la conscience ; elle ne se rapporte donc à aucun fait psychologique, et cependant elle participe de l'empire des vérités primitives; elle est éternelfe | elle porte un caractère d'abscAu* Il suffît d'avoir remarqué ce £arit; ce n'est point le lieu de montrer comment pur sa nature même la notion de Dieu doit tiécessaireoMUt déroger aux lois des antres notions. L'incomprébensible de k nature de Dieu réside précisément dans cette aUiance de k nécessité et de l'existence, de l'infini et de l'aduely de k suJb^aoace et de l'absofat.
OU JUGEMfiHT GQNSIPÉaÉ COMME FACULTÉ,
Tout ce qui ?îent d*étre dit a pu faire connaître ce qui se passe dans le Jugement. Les éléments dont il se comfiose sont maintenant bien déterminés; mais par quelle force» en Ter tu de quoi son t^ ils .combinés ? quelle est la faculté déjuger?
La nature de nos facultés est impénétrable* La raison des choses est un mjstère qui défierait même une intelligence supériem^e à celle de l'homme. Comment se &itril que l'homme ait le pouvoir de juger? autani vaut demander comment il se fait que la matière ^oit étendue j que la aubstance ait des qualités f et que U bleu soît bleu.
Ce que nous savons de mieux de nos facultés^ c'est qu'elles sont« Faits primitifs de l'esprit humain^ elles n'ontpourtant pas une existence substantielle^ car il n'y a de substance que le moi et le non-moî^ le moi eomnmniquant «ivec le non-moi par aes £icultés^ ie CMm-iBoî «communicable au moi par ses qualités^
Spoatanéaeni , ^ataitenrait ^ le moi rapporte un &it ^ sensation 4m de conscience à un autre £iit ; il les combina, et il ae reconnsiU le xlroit «comme la méeesêilé de ies oamlayuier. £t il connaît que cette eomibinaison est l^xpreiiîoa de la vérité, il conuait la vérité par celte combinaison même* Ses opéralicmsqtti viennent Jie ses acuités , aes facultés qui neaont que ses propres manières d'agir^ lui servent «A'ifiilintinn à la nottnaiasance des choaes^ la com-
municatlon sensible et matérielle est un milieu obscur que l'esprit illumine. II y a comme un mur entre les objets et nous. Par lé jeu de nos facultés , ce mur devient diaphane. Toutes les comparaisons des anciens philosophes sont menteuses ; nos pensées ne sont pas des reflets de la réalité; l'esprit n'est pas un tableau magique, c'est un transparent. A travers nos pensées, nous voyons les objets voilés, pâlis, obscurs, mais ce sont les objets eux-mêmes.
Le jugement est le flambeau intérieur ; sa lumière est pure, si elle n'est vive, et elle suffit pour nous conduire. Mais comment luit*elle en nous ? qui l'allume? Questions insolubles et vaines, réelles cependant, et que nous avons raison de poser, ne fût-ce que pour bien savoir qu'elles sont insolubles, car cela môme les constate et les certifie. L'esprit humain peut poser toutes les questions. C'est la preuve de son origine, de son autre avenir. C'est la preuve que la vérité n'est qu'ajournée pour lui.
Quoi qu'il en soit, il est certain que ses connais* sances , si on les poursuit jusque dans leur principe, si on les somme au nom de la logique , sont toutes aussi gratuites que ce que nous appelons des hypothèses. La raison humaine est une continuelle hypothèse. Mais cette hypothèse est armée d'une autorité irrésistible ; mais la logique qui s'efforce de l'ébranler, est, avant de la combattre, obligée de recevoir ses armes de la raison elle-même, et la reconnaît pour juge en la récusant.
11 en est ainsi de toutes nos facultés. Résignonsnous donc a voir sans sm^prise et sans défiance le jugement se porter d'un objet à l'autre pour les unir
d'un lien qui semble arbitraire, du moins qui ne se motive pas. Nos jugements synthétiques sont autant de ponts jetés sans échafaud. Le jugement est, ou peu s'en faut, spontané. Moyennant de certaines données, il s'accomplit, il part, il se détend comme un ressort. Par qpelle force? De quel droit? je l'ignore; mais ce que je sais, c'est qu'il est aussi impossible que la plupart de nos jugements ne soient point portés , qu'il l'est d'en rendre raison ; c'est qu'il est aussi inipossible d'en rendre raison que de les révoquer en doute. Un jugement se prouve par sa propre aflGirmation. Nos facultés se garantissent elles-mêmes , et en appellent de ce qu'elles affirment à ce qu'elles perçoivent. Pourquoi dites-vous que cet événement a une cause? parce qu'il a une cause. Pourquoi dites-vous que ce fruit est rouge ? parce qu'il est rouge. Dites du moins que c'est vous qui le dites. Oui^ mais je le dis parce que cela est.
Il €st donc impossible de trouver ni le fil directeur, ni le titre légal de nos jugements. Ils semblent se former arbitrairement, mais cet arbitraire se règle involontairement sur la réalité. Nous paraissons conclure au hasard , mais nos conclusions sont les rapports des choses. La haute définition que Montesquieu a donnée de la loi est la définition de nos pensées ; nos pensées , lois écrites des lois naturelles de l'univers I
Le jugement, considéré sans égard à la validité de ses prononcés , le jugement pris comme faculté , est une synthèse naturelle absolument inexplicable, qui est pour nous parce qu'elle est et comme elle est. Il forme des combinaisons avec les éléments de la
1(JS ssdÂi rm.
sensation et de la conscience. Ce» combinaisons sont des idées. H peot les décomposer ensuite, mais il n'est analyse qae parce qa*il a été synthèse. La synthèse est sa forme essentielle et natm*elle ; Tanalyse, sa forme réflëchie , on la réaction qui suit Faction. Cest le sens de la définition de Kant citée au oom* mencement. « Le jugement est la fonction de Tunité cr entre nos représentations diverses. »
DU JUGEMENT CONSIDÉRÉ DANS SA RÈGLE, OD Ds LA yétin et de la fausseté des JooEMEirrs.
De fait 9 les combinaisons appelées jugements sont des actes de Pesprit , nous en avons la conscience. Leur réalité n*est pas attaquable; mais la vérité des jugements n*est pas la réalité de leur existence, elle est leur conformité k la réalité qu'ils font connaître. Ils ne la font connaître qu'en raison de cette conformité même. De fait encore , l'esprit humain croit a celte conformité, et il a la conviction d'y croire à bon droit. Mais en droit cette conviction est-elle une preuve? En fait, ne sait-il pas luimême qu'elle est souvent une erreur?
Ces deux objections ou questions qui peuvent chacune mener au doute, sont fort difl^rentes. La première suppose que la foi due par Fesprit humain à Fesprît humain pourrait bien être une pétition de principe. La seconde demande s'il peut être certain de quoi que ce soit, ayant la certitude que ses oerti» tudes sont souvent illusohres.
DU lUÔEMKNT. iW
La première est robjectlon radicale du scepticlsme. Elle ruine la seconde , car si l'esprit humain est sans titre, non a cause de ses erreurs, mais faute de preuves , il ne peut pas même constater ses erreurs , et il ne peut être certain même de n'être pas ' infaillible. Et la seconde a son tour se retourne contre la première, car sî nous pouvons toujours nous tromper, s! notre failllbilité est indubitable , cela même est d'une certitude absolue, et l'esprit humain est sûr de quelque chose. Ainsi je me refuse aux deux questions , et les laisse se détruire l'une par l'autre.
Mais ce que je ne puis nier, c'est que l'esprit humain ne croie à la vérité de ses jugements, et ne soit également certain qu'il se trompe souvent. L'homme est capable de vérité et n'est pas infaillible.
De celte double conviction, la première est un jugement enveloppé dans tous nos jugements. C'est un principe de notre nature que la foi dans nos facultés. Ce principe est inséparable de nos facultés mêmes. La pensée de la possibilité de l'erreur est plus réfléchie , mats elle peut se déduire également , soit de la contemplation de nos facultés, dont la limita-* tion est une intuition certaine, soit de rexpérience de nos erreurs.
Il y a donc des jugements vrais et des jugements faux , et il n'est pas impossible que des jugements tenus pour vrais soient faux ; cependant il y en a de certains. Vollh le pour et le contre, le fort et le faible de la raison humaine.
En quoi consiste la vérité et la fausseté des jugements ? Vérité^ fausseté, ce sont là de ces notions
communes , qui peuvent se passer d'une définition ; sans doute , la science, pour être complète , doit déterminer les éléments et les conditions des idées de vérité et de fausseté; mais ce n'est nullement nécessaire pour les avoir et les comprendre. Contentonsnous de dire avec Bossuet : « le vrai , c'est ce qui « est ; le faux, c'est ce qui n'est pas. » Ce jugement : pieu est bon^ est vrai. Pourquoi ? parce que cela est. Ce jugement : la pensée est un solide , est faux. Pourquoi ? parce que cela n'est pas.
Mais à quel signe reconnaître le vrai et le faux ? quelle règle pour le discerner ? Avant de répondre, je demanderai si c'est le scepticisme qui m'interroge. Si c'est lui, je me tais. Que lui dirais-je? Tout est incertain , et le signe même de la vérité et de la fausseté doit être délusoire comme toute pensée humaine. Discutons-nous sensément , et scepticisme à part , la question suppose ou qu'il existe un signe cerbain, une marque infaillible de la vérité, ou que par une étude approfondie des causes de l'erreur, nous pouvons l'éviter ou la corriger.
Un signe certain , une marque infaillible ! Si une pareille chose existait, elle serait connue. Car pour que ce critère fût ce qu'on suppose , il faudrait qu'il se reconnût sans effort et sans étude. Mais dès qu'on en fait un objet de recherche, l'incertitude est inévitable. En effet, nos facultés continuent de n'être pas infaillibles, source d'erreur sans cesse renaissante; et si la certitude absolue est quelque part, elle est dans les notions communes, non dans les opinions systématiques. Or c'est une opinion systématique qu'on exige, quand on demande la décou-
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verte de ce qu'ignore le genre humain. La recherche exigée est donc Impossible, Car elle suppose que la lumière de la raison ne suffit pas , puisqu'on réclame quelque chose de mieux, un guide plus sûr, une lumière plus éclatante ; or c'est à la raison même qu'on s'adresse. La demande est contradictoire.
Reste la ressource d'étudier la cause de l'erreur. Nos souvenirs sont inexacts, dit l'idéologie. Triste retiiède ! £nseignez*nous alors l'art de rendre la mémoire infaillible, ou de discerner les souvenirs fidèles et les souvenirs mensongers. A qui d'ailleurs persuader que pour les jugements qui ne portent pas sur des événements passés, l'esprit, lorsqu'il est sain et calme , ne soit pas à tous les moments également capable de bien juger ? Il s'agit de savoir si Dieu existe , si la vertu est préférable à la richesse ; qui songera à consulter sa mémoire? En vérité, l'idéologie est singulière.
La cause principale de nos erreurs f c'est la précipitation à juger; ainsi parlent presque tous ]es philosophes. J'aime mieux cette explication ; elle est plausible , elle est souvent vraie. On y ajoute que la précipitation à juger vient de notre orgueil, et làdessus Descartes impute nos erreurs k la volonté plus qu'à l'entendement , et Malebranche y heureux de la découverte , fait , ou peu s'en faut , de l'erreur un péché. J'y consens , mais alors àpprenez-moi le secret d'éviter le péché, de me soustraire à l'orgueil, de me préserver de la précipitation. Voilà tous nos livres de logique transformés en traités de morale '.
' Cette doctrine de l'origine de Terreur a été adoptée en gêné-
lyo ESSAI vm.
Nul douto qa6 nos passions ne snboment trop souvent notre jugement ^ nous <n:*oyons ce qui les flatte, et tel pense se consacrer au culte de la yérité, qui ne sacrifie qu'aux Tains difsirs ^ idoles de son cœur. Mais ce sont là les causes indirectes de Ter* reur , et qui nous la rendent plus facile. L'orgueil accompagne l'esprit de système ^ il lui prête de son opiniâtreté* L'orgueil hftte nos conclusions, il ne permet pas cette lenteur et cette sévérité d'examen qui attestent une sage défiance de nous-mêmes. Mais quoil je ne vois là que des dispositions propices k Terreur, et j'en cherche la cause directe. Je pense dq la précipitation h juger tout le mal qu'en disent Descprtes et Locke ; mais la vérité est-elle donc une affaire de temps , et n'a*t»on jamais vu 4'erreurs modestement conçues et longuement méditées?
11 y a des esprits propres à l'erreur. L'erreur est rillusion de la .raison , et le faux jugement n'est souvent qu'une faiblesse de l'esprit. Etre présomptueux, trancher légèrement sont une chose; se tromper, mal juger, en sont une autre» Avec les conseils de la morale , il y a les principes de la mé« thode; et ces principes généralement sages, cette méthode généralement bonne depuis Bacon et Des«« cartes , sont encore les meilleurs préservatifs de Terreur. Cependant , quelle est l'efficacité de cette partie de la science? que lui devrez^vous? une plus
rai par les théologiens. « Le sens, dit Bossuet, est forcé de se trom- « per. L'entendement n'est jamais forcé à errer, jamais il u'erre qae «( faute dV(:|ention, et p'il juge mal en suivant trop vite le sens et « les passions qui en naissent, il redressera son jugement pourvu « (ju'une droite volonté le rende attentif à son oJjjet et à lui-même.» ( Connaissance de Dieu et de soi-même.)
DU lOGÉimirr. t^l
grande probabilité de porter des jugements vrais. Tout cela touche à la question y mais ce n*est pas la question. Celle qui nous préoccupe est psycholo* gique. er Tout jugement est , selon Heid^ une déter*^ (t mination de Tesprit relativement à la vérité. » Eh bien y comment pouvons-pous nous déterminer relatwement à la vérité ? Le jugement en lui->méme peut étreconsidéréJudépendamment de toute vérité. On peut le prendre comme un mécanisme. Cette fitculté spontanée qui le produit pourrait être in*» dépendante de celle de distinguer s'il est vrai ou feux y et aussi indifférente h la vérité ou k Tetreui' que Test par exemple la faculté de l'association des idées. Toutes nos facultés , considérées abstraite^ ment et en elles-mêmes, peuvent être supposées in« difiërentes au vrai et au fau?:. On ne voit pas qu'il y ait dans chacune d'elles le principe de leur bon ou mauvais usage. La sensation, la perception, l'idée , iVttention, n*ont point juridiction les unes sur les autres, ne peuvent se gouverner mutuellement, se faire les unes aux autres leur part. Le jugement lui-même est quelque chose de neutre | un jqgement faux est un jugement tout comme un vrai ; la comn binaison d*idées qui constitue l'un et l'autre peut se concevoir et s'exprimer également. Cependant, il y a en nous quelque chose qui approuve l'un et condamne l'autre. Il y a un principe qui discerne le vrai dû faux dans les jugements, qui ne les fait pqs, mai^ qui les juge, comme- il juge la sensation , la perception , toutes nos facultés. H y a pour chacune et pour toutes k la fois une faculté supérieure qui les surveille 9 les emploie, les dirige, leur assigne leur
17S ESSAI vni.
rôle , limite leur portée et leur sert de commun arbitre. Cette faculté régulatrice, incomparable arec aucune autre , et négligée de presque tous les analystes de l'esprit humain, porte pourtant un nom bien connu , c'est la raison. Elle n'est point, comme on dit, le résultat du jeu r^;ulier de toutes nos facultés ; car le moyen que celles-ci jouent régulièrement ^ s'il n'existe un principe qui les domine et les ordonne? Ce principe est dans le moi. Le moi, en tant qu'il est considéré dans cette faculté suprême , s'appelle la raison.
* Les autres facultés sont indispensables à la raison , mais elles ne sont pour elle que des moyens; elle les emploie. Elle ne leur doit aucun compte ; elle décide du vrai , du faux , du bien , du mal , et elle se sent faite pour en décider légitimement; elle attribue à ses décisions une réalité qui ne se fonde que sur la persuasion de celui qui les prononce. La raison de chacun se croit en communauté avec la raison universelle. Elle dit : « Ceci est raisonnable, cela ne l'est pas. » Avoir raison , c'est avoir la raison pour soi. Et quelle raison? non pas la vôtre , ni la mienne, mais celle qui est la raison véritable, savoir la raison absolue. Qu'est«ce donc que la raison dans l'homme? La faculté de l'absolu.
Le scepticisme se récriera , le criticisme dénoncera les empiétements de la vérité subjective. Peu m'importe , je ne déduis ni ne démontre, je raconte un fait. Ce caractère d'absolu est bien remarquable dans la raison ; elle pèse et mesure tout ; elle possède l'étalon normal , elle est l'essayeur universel. Elle contrôle tous nos jugements et poinçonne toutes
DU JUGBMENT. 173
nos idées. Je ne sais si c'est son droite mais c'est son métier y et on la laisse faire.
Sans doute elle se trompe souvent, elle le sait^ elle s'en accuse, car elle se juge; nouvelle preuve qu'il y a en elle quelque chose d'absolu. Qu'on décline sa compétence, qu'on insulte ses oracles, la dialectique le permet; la raison même s'y prête jusqu'à un certain point; mais elle se venge et reprend son droit en déterminant de fait les convictions rebelles , elle se laisse nier et se fait obéir.
Ce caractère d'absolu, d'impersonnel , qui signale la raison , trahit son origine ^ et justifie cette participation à la raison divine à laquelle elle prétend. « C'était la vraie lumière qui éclaire tout homme « venant au monde'. »
Maintenant vous me demandez comment ily^ a des jugements vrais et des jugements faux. Demandez-le à la raison, juge du vrai et du faux, loi pour l'esprit, parce qu'elle interprète une loi absolue dout elle se sait inspirée. 11 y a là une faculté spéciale de la vérité ; et recherchez comment elle sait que ceci est la réalité , cela l'erreur, vous ne découvrirez rien , sinon qu'elle le sait parce qu'elle le sait , et elle le sait parce qu'elle est faite pour le savoir. Comment l'ouïe nous donne-t-elle les sons et l'odorat les odeurs? Comment le jugement est-il faitpom* combiner les idées , la mémoire pour les reproduire? Il y a là quelque chose de spécial et de primitif. La «déduction trouve là son terme.
La raison n'est donc pas essentiellement le juge-
' Saiût Jean » !> 9.
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menl. he$ jugements lui sont soumis; elle préside au jugemeut comme au reste; mais cependant comme c'est par les jugements qu'elle parle p elle se confond dans ie langage avec le jugement. L'iiomme judicieux diffère peu de Thomme raisonnahle.
Toutes ces assertions n'ont pas^ je pense , besoin de nombreuses preuFCs, L'expérience journalière y le langage usuel ^ les confirment. Aentres en vousmême un moment, et vous y entendrez celle voix, cette Toix impérieuse cpii donne l'ordre aux facultés* Voici deux jugements : u Touîes les choses étert" f( dwes sont des substances. Tcuies les suJbsianoes M s&sU des choses éiendues. » Tous deux cgmme jugements sont réguliers » irréprochables; les termes en sont clairs , déterminés , concordants; cependant vous disœmeB que le premier leul est vrai , que l'autre ne Test pas , paree qu'il entraîne la négation de l'existence des esprits. Comment discemez-vous cela? Est-ce parla ^nsatioa, par l'utlantion, par lu mémoire? La mémoire et l'attention peuvent vous servir à le discerner, mais assurément elles ne le discernent pas ellesHraémes. il dut donc une Caculté spéciale.
Voici deux sensations : de ces deux ikun , l'une esl artificielle, l'^u^re naturelle, c'cat une épreuve que Ton veut fisiire ^ il fiinl; oboisir. Les denx «ensations sont pareilles à s'y tromper. Mais des deux fleurs, l'une est trempée de rosée ; c'est la fausse , je le décide aussitôt. Si c'eût été ia vraie , on aurais eu aoin de ressuyé»* de peur qu'dle ne fût reconnue. Est-ce la sensation qui décide ? Non , au moyen d'un raisonnement je corrige mes sensations^ «t /quelque
DU lUfifittllNT. 175
dtkosê (sn moi prononce qu'il vaut mieua: en croire ce raisonnement que l'impression des sens.
Je JDaè rappelle deux souTenirs ^ ils iont contradictoires; mais l'un^ qui est le moins vif ^ cftdre Avec met» atstre» notionâ i l'autre , qui me semble d'hier^ ootitr»*iê toutes mes idées. Je donne tort au second , et me rends à celui4à* Ce n'est pas la mémoire qui prononce, ainsi.
La tour carrée me parait rôude | mata je sais qu'elle ^t carrée , et contre mea sensations je déclare qu'elle eàt carrée. Qui donc s'interpose entre , la sensation et la métnoire , et donne à celle<-ci {^in de cauie contre celle-là ? Quelque chose apparemment qui n'est ni la mémoire ^ ni la sensation.
^nfin il s'agit d'une question métaphysique. Par une dédnetioiA claire et suivie > on me conduit à ntie certains» solution > qui mâme ne me répugne pas* Je résîsl^ cependant^ je résiste^ car je suis d'anris qué ce ti'est point par voie de déduction) mais psor yow d'observatiou que la question doit être résolue* QiKm|ue le raisonnement soit sans réplique , il ne me subjugue pas^ et je prononce que œ n'est ]ias la bosme méthode* Qui fait ce choix en moi ? une Gaftaîneîntiktton intellectuelle^ une faculté ^ciale«
hat uéce^itë et l'e^isteiice de Oétie fecuUé spéciale édkteart à chaque pas j et justement parce qu'elle est «lie lacfulté r c'est asseis faire pour elle que de tnontf^<|a'elle est^ ee qu'elle est^ ce qu'elle n'est pas ^ à quoi elle sert* Mais comment est-il possible qu'elle dÎMserne le vrai du fauk , qu'elle mette à leur rang chacune des autres facultés? parce qu'elle est faite pwar eda^ Et comment ae Uiuil qu'uae b^ lamoée
en pousse une autre , et que la lumière éclaire les objets?
La raison existe ;
Elle discerne le vrai du faux;
Elle dirige, contrôlei ordonne les autres facultés ;
Elle s'élève au-dessus de tout ce qui est accidentel , apparent , personnel , subjectif;
Elle tend toujours à l'absolu.
Ce sont là des £siits; on peut très-arbitrairement les déclarer trompeurs, on ne peut les déclarer faux. C'est peut-éti*e une grande arrogance , mais il n^est pas d'homme si humble et si borné qui ne se croie participant de la raison étemelle. Quiconque dit : j'ai raison, entend dire quelque chose de. plus que s'il disait : je suis de mon avis.
C'est pourtant de cette conviction que les hommes ont douté. Ils se sont fait une étude de se dépouiller de cette irrésistible présomption; ils ont mis la gloire de leur raison à ravaler la raison humaine au point de n'être que l'accident personnel d'une sensibilité variable. D'orgueilleux philosophes ont volontairement renoncé à cette rassurante prérogative à laquelle se confie le plus obscur paysan. La philosophie s'est trouvée trop riche de moyens de connaître, et elle a jeté aux flots du doute le trésor de l'esprit humain. Chargée de le fortifier et de Téclairer, elle a mutilé l'homme et lui a crevé les yeux , et puis elle lui a dit : Marche et conduis-toi. Que de pei^s, que d'efforts pour démontrer ce que jamais personne n'est parvenu à croire , pour établir ce que démentent les premières paroles d'un enfant dans son berceau ! Que de soins ingénieux pour ôter à la morale.
à la foi^ à la science^ leur valeur et leur appui ^ et pour rendre Thomme beaucoup plus ignorant et plus petit que ne l'ayait fait la nature I Et c'est la même philosophie qui se Tante d'avoir émancipé le genre humain I