‹ Essais de philosophie (volume 2)Chapitre 14 sur 42 · B96AI IX · texte numérisé non relu

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lion Tulgaire et naturelle. Il faut comparer celle-ci à celle-là f afin que Tune soit moins confuse et l'autre moins hypothétique.

La philosophie pourrait à la yérité se contenter pour elle-même d'étudier la notion usuelle , de la ramener à ses éléments , pour la considérer dans sa plus grande généralité, telle qu'elle est explicitement ou implicitement dans l'esprit de tout homme quel qu'il soit. Ce procédé est bon , il suffirait à la philo* Sophie; il mène au yrai. Mais la philosophie n'est pas seule, elle est entourée, pressée par d'autres sciences , les sciences physiques , par exemple. Or ce procédé n'est pas le leur, il ne les satisferait pas, il ne mettrait pas la philosophie en mesure de les convaincre, ni même de discuter avantageusement avec elles; car il faudrait qu'elle commençât par les forcer de consentir à sa méthode ; or ce serait déjà décider la question au fond ; généralement ce que l'on conteste à la philosophie, ce sont ses moyens de connaître. Elle a tout à légitimer, même la validité de sa méthode.

Laissons donc de côté toute question de préséance , et conseillons à la philosophie de faire les premiers pas et d'aller chercher les autres sur leur terrain. Renonçons à démêler ce qu'est en elle-inême la notion de matière et d'esprit, ou ce que par les procédés philosophiques on peut savoir de la matière et de l'esprit; demandons aux sciences physiques ellesmêmes l'idée qu'elles en donnent ; et nous verrons ensuite ce qu'on peut faire de cette idée.

Cet Essai roulara spécialement sur la notion de la matière. Cette préférence lui est bien drfe. N'est^lle pas le dieu auquel sacrifient toutes les sciences?

D'aîUenrs , il est Trai que Thomme a de très^bonne heure I grâce à la résistance de la matière , grâce à la sensation de solidité, une notion prompte et directe du monde extérieur , alors qu'il n'a encore que la conscience de l'intérieur , et aucune notion de l'esprit. Cette dernière notion est indirecte , réfléchie , et ne parvient jamais à être aussi distincte que le paraît naturellement celle des corps.

Cette marche plaira aux sciences physiques auxquelles il nous convient de faire en ce moment les avances. Cest pour elles la seule marche expérimentale. Comme les besoins de notre nature nous permettent de nous contenter de la conscience des choses de l'intérieur, c'est-à-dire d'une connaissance assez confuse , tandis que nous avons de très-bonne heure une idée qui nous semble très-nette des choses extérieures, la méthode qui prend dans cette idée son point de départ et sa certitude première , est dite par excellence expérimentale. Dans le vrai , elle ne l'est ni plus ni moins qu'une autre , car l'expérience nous atteste aussi bien pour le moins nos opérations internes que nos impressions sensibles, et celles-ci, d'ailleurs , ne sont pas si externes qu'elles le paraissent. Mais enfin , cette méthode n'est point mauvaise pour l'objet que nous nous proposons. Elle ne l'est même jamais que lorsqu'elle est exclusive.

De tout cela , au reste , les savants ne conçoivent aucun souci. Ils prennent en général comme certains les objets des sciences physiques. Ces sciences acceptent leurs objets comme des données , et pour elles rien n'est subjectif; en cela , elles ont le sens commun pour elles. Cependant, comme il faut bien commencer, il est rare qu'elles ne débutent point

par qneiques idées générales sur • la matière » idées appropriées toutefois à celles des propriétés des corps qu'elles ont dessein d'étudier. Suivons leur marche sans la critiquer^ et tenons fidèlement registre de toutes les notions que nous recueillerons sur leurs pas.

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