DE LA NOTION DE LA MATIÈRE
SOIYAirr l,h. PBTSIQIK RATI01fNELI.E.
$. I. Réalitéde la matière.
Nous avons souvent remarqué que y chez les modernes , toute métaphysique est psychologique , c'est-à-dire que toute science des choses procède par la recherche et l'exposition de la manière dont nous apprenons et concevons les choses, et bien souvent ne va pas plus loin. Il y a , en effet , une difficulté très-grande , et qui semble insurmontable , à conclure de ce que nous pensons à ce qui est. Par l'étude de ce qui pense , on arrive bien à connaître ce qui est pensé , mais comment connaître ce à quoi l'on pense? Il semble que la science ainsi faite soit enfermée entre] les quatre murs de l'intelligence humaine, et que le moi lui serve de prison. Toujours fixée , toujours concentrée sur nos opérations intérieures , il semble qu'elle ne puisse en sortir et ne doive jamais atteindre qu'elles , en poursuivant les réalités. Ainsi, l'homme, en croyant observer le monde , ne découvrirait que lui-même.
Cette limitation de nos connaissances , cette ré-
duction de la science à la personnalité , cette impuissance de passer du dedans au dehors , a été ,. chose étrange ! présentée comme le triomphe de la philosophie. Depuis qu'il l'a clairement établie , l'esprit humain a été si charmé de sa découverte , qu'il s'en est Tante. Il a proclamé avec complaisance que c'était une loi nécessaire^ et il a taxé de préjugé grossier ou de rêverie fantastique toute tentative de rien affirmer an delà de nos impressions^ de nos sensations, de nos idées , ou pour parler plus rigoureusement , de nos phénomènes intérieurs et personnels. Pendant un temps, les philosophes ont semblé n'avoir d'autre ambition que de restreindre de plus en plus la portée de nos connaissances , que d'amincir davantage la feuille impalpable et fragile à laquelle ils en avaient ainsi réduit toute la réalité. Nous nous sommes proposé de montrer toutes les conséquences de cette tendance déplorable à constituer le scepticisme uni-^ versel , sous prétexte de consolider la seule véritable science; et nous avons combattu sous leurs diverses apparences les doctrines qui reviennent à ce résultat presque entièrement négatif; mais, par malheur^ il faut convenir que toute la philosophie moderne conduit là au moins par sa forme et par son langage. Quelque opinion qu'elle professe sur le fond de la question , elle est condamnée à des méthodes, à des expressions qui transforment ses connaissances en études sur les opérations de la pensée ; et quand nous-méme nous n'avons pas répudié pour elle le titre de science de l'esprit humain, n'aurions-nous pas implicitement accordé qu'elle était comme étrangère à la connaissance de la réalité des choses? U est très-difficile d'éviter cet écueil , et la préfère nce
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légitime f la nécessité inévitable qui nous attache à la méthode psychologique» entraine aujourd'hui les plus dogmatiques à prêter des armes aux objections du doute et aux soupçons de l'idéalisme.
La matière est de toutes les choses du monde celle dont il semblerait qu'il fût le plus difficile de parler sans lui attribuer une réalité substantielle , et cepen* dant, qu'on y regarde bien , depuis que nous en traitons^ avons-nous fait autre chose qu'en analyser l'idée^ que rechercher comment cette idée s'acquiert et se compose? Or , le travail sur une idée n'est qu'un travail sur un phénomène de l'intelligence ^ et il serait aisé de montrer dans les propositions ordinaires auxquelles la matière donne naissance p de simples affirmations idéologiques qui , sévèrement discutées ^ n'.enseigneraient que ce que nous faisons et non ce qu'elle est Les faits que la réflexion démêle dans la conscience sont-ils autre chose que les images fugitives de la caverne fameuse de Platon ?
U est à propos de faire voir , à l'occasion de la ma* tière^ comment procède en général l'esprit philosophique, et en exposant l'insuffisance des vérités auxquelles il conduit par ses procédés ordinaires d'analyse, d'établir la nécessité d'entreprendre davantage et peut-être les moyens d'y réussir. C'est à ces conditions seulement qu'est possible ce qu'on peut appeler, soit la métaphysique de la physique, soit la physique rationnelle ou théorétique.
Recherchons à peu près toutes les propositions auxquelles ces procédés peuvent conduire au sujet delà matière. Us vous apprendront, par exemple, que la matière est une impression — une sensation — un phénomène — * un objet -— une induction «^
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une idée* Au fait , qu'est-ce que tout cela nous ap« prend de la matière elle-^méme?
Le mouvement volontaire éprouve une résistance. Le toucher montre également quelque chose qu'on appelle aussi une résistance^ ou plutôt^ c'est cela ïnéme^ c'est cette affection qu'on nomme le toucher. La vue est une autre afièction qui se résout dans une sensation de l'étendue , sensation dont nous identifions naturellement la cause avec celle du toucher. La sensation d'étendue résistante et visible , voilà au vrai toute la matière. Nous n'en savons que cela de certain^ parce que nous ne savons rien de certain que ce que nous sentons. La matière est donc une im^ pression ou une sensation. Un sensualiste ou un idéologue conséquent n'en peut dire davantage.
Cependant les psychologistes ajoutent quelque chose. L'objet de la sensation, la cause de l'impression nous apparaît comme du dehoirs. Une apparition en grec est un phénomène. La matière est un phénomène.
Des sensations qui nous sont données nous induisons un objet extérieur et correspondant , ou si l'on veut, dans ces sensations, nous entrevoyons un objet , nous percevons un quelque chose , étendu , coloré , visible , palpable , dont nous induisons l'existence. Ainsi l'on peut dire que la matière est une perception ou une induction.
Cette perception , cette induction, ce phénomène, on vient de l'appeler objet delà sensation. Objet est-il un mot qui signifie phénomène ou réalité? Il signifie l'un et l'autre , suivant les doctrines. Si l'objet des sensations est considéré comme le support des qualités, comme la cause des impressions, il arrive peu
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à peu à Fexistence. Il est quelque chose. Or, à la suitp de la perception , de Tlnduction^ nous concevons l'objet comme quelque chose d'existant au dehors ; nous nous en faisons l'idée. Ainsi , la matière est une conception; la matière est une idée.
Jusqu'ici , rien de certain cependant , rien de positif sur la nature , même sur l'existence de la matière. Nous ne venons encore que d'exposer ce que nous sentons , ce que nous percevons , ce que nous concevons; qu'est-ce que tout cela? des opérations qui nous sont propres, des phénomènes personnels, rien que du moi ; nos expressions n'ont guère été au delà.
Remarquez-le cependant , c'est k mesure que nous nous sommes élevé au-dessus de la simple sensation que nous nous sommes approché davantage de quelque chose qui ressemble à de la réalité. La matière prise comme idée est plus près d'exister que la matière prise comm^ sensation. C'est une observation à laquelle nous demandons qu'on mette quelque prix: la raison conduit plus directement à la réalité que la sensibilité. Ce n'est pas tout à fait de même dans la vie commune et pratique. Nous croyons. à tout ce que nous sentons , nous nous fions à nos organes ; sentir et concevoir , percevoir et croire, tout cela s'accomplit simultanément , confusément , en nous; l'homme n'entre pas aisément en doute sur le témoignage de ses facultés, et un dogmatisme involontaire est le guide et l'appui de l'existence humaine. Mais aussitôt que ron décompose nos phénomènes internes, dès qu'on analyse nos opérations, on affaiblit forcément la foi qu'elles obtiennent prises en masse, on les infirme en les isolant, et dans l'analyse radicale
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des «éléments deFétre intellectuel et sensible , il s'eTapore toujours quelque chose ^ il y a toujours une perte , jamais l'homme décomposé ne pèse autant . que l'homme à l'état natif. Du moins la psychologie^ qui est l'analyse de cette chimie, parait-elle incapad)le de retrouver dans le creuset, après l'opération, tout ce qu'elle y a mis avant de la commencer. A mieux connaître comment nous savons, nous parvenons à savoir moins, et la connaissance perd quelquefois en valeur et en quantité ce qu'elle gagne en ordre et en méthode; c'est là T inconvénient notoire des analyses psychologiques. Mais je pense, et ces Essais ont souvent eu pour but de prouver que c'est encore plus la faute des savants que dé la science. Une analyse plus exacte , plus profonde , plus complète , peut réparer le mal en partie, et restaurer ce qu'aurait détruit une analyse subtile et superficielle à la fois. La psychologie , lorsqu'elle ne se borne pas à étudier des sensations , à en dériver des idées , trouve dans son propre sein des données assez fécondes pour ne pas réduire la science à la contemplation stérile d'une décoration vaine qu'on appellerait le monde , et qui n'en serait que le simulacre ; et la connaisssmce revient ainsi scientifiquement à une foi presque aussi solide, presque aussi large, que celle qui naît de l'usage instinctif et pratique de nos facultés. Ainsi donc, trois degrés dans la connaissance. Croyance du sens commun , et réalité de tout ce qui s'aperçcft et se conclut ; c'est le premier degré. Examen méthodique , analyse réfléchie et concentration de la connaissance dans le moi et ses phénomènes; c'est le second degré. Enfin, connaissance approfondie de la raison humaine et foi dans ses éléments comme
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dam les choses mêmes qu'elle représente ; c'est le troisième degré.
Four revenir à la matière^ si nous l'avons vue plus haut se réduire à une impression ou à un jugement , tomber à Tétat d'un besoin subjectif de la pensée, il résultait des principes établis d'avance dans cet ouvrage que cette impression, cejugement^ cette idée^ comme on voudra l'appeler, suppose nécessairement Texistence d'une cause ou d'un objet, et lorsque la simple nécessité du langage a forcé de la nommer un je ne sais quoi, un quel-que chose ^ qui soutient toutes les qualités, la matière a été par là même posée comme existant substantiellement. La perception de l'objet est une relation qui atteste et implique un absolu. Cause ou substance , la matière existe ; elle existe autre-* ment qu'à titre d'opération subjective, et si quelqu'un attaque cette existence sur ce fondement quo nous seuls en déposons , il oublie que l'esprit humain étant un moyen de connaissance, doit par sa nature trouver en soi ce qui n'est pas lui. S'il y a ait monde telle chose qu'une intelligence , ce doit être sa condition que d'atteindre par elle-même ce qui lui est étranger. Qu'est-ce, je le demande, qu'une intelligence, raison, ou connaissance, si ce n'est une puissance d'être en quelque manière où l'on n'est pas, de sortir de soi, de s'initier aux choses , et de se servir h soi-même de garant? Pour le philosophe qui a bien conçu cette idée , il est évident qu'à moins de se jeter dans le pyrrhonisme absolu , c'est-à-dire dans l'idiotisme, il faut croire aux réalités, et que lu matière est en effet ce quelque chose que manifestent les qualités sensibles, que supposent nos
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sensations naturelles. La matière est l'être accessible aux sens.
Noos TouloQs aller plus loin. Ce qui vient d'être dit serait déjà un embarras pour le scepticisme. Mais nous prétendons donner une autorité plus grande encore à l'existence de la matière. Établie déjà coumie une conséquence nécessaire de la perception » elle peut recevoir pour ainsi dire l'institution rationnelle^ et s'élever d'une existence de fait à une existence de droit.
En tffet qu'avons-nous dit jusqu'ici ? Pour que nous ayons des sensations > il faut bien qu'il y ait un objet extérieur $ pour supporter des qualités perce* vables , il faut bien une substance ; pour que nous apercevions quelque chose hors de nous y il faut bien quelque chose. A mon avis^ la preuve est bonne; elle suffit pour la certitude; mais enfin elle parait toute psychologique ; c'est une induction du moi. Elle est enveloppée dans toute notre connaissance du monde extériei^ ; elle la fonde en fait ; elle est l'origine expérimentale et le garant légitime de tout ce que nous savons et croyons de la nature sensible. Mais on peut aller au delk , et en dehors de toute expé* rience, trouver par là raison une conception plus absolue de l'existence , et même de la constitution de la matière ; et je vais essayer de la développer , pour qu'dile serve d'abord à la physique rationnelle^ et plus tard k la métaphysique.
Admettons avec les Écossais qu'un jugement nécessaire attaché à la sensation nous donne la foi dans une substance étendue; admettons que dans la pratique , la perception engendre ainsi la croyance à la matière. N'est-il pas vrai aussi que ce juge-
ment^ cette perception trouve la raison. disposée de façon à concevoir l'existence de la matière comme absolue , comme indépendante de toute opération ou de toute affection humaine , de telle sorte que pour la raison ce ne soit plus la sensation qui révèle la matière, mais la matière qui motive la sensation? Très-certainement l'idée de quelque chose d'existant domine promptement en nous la perception des phénomènes^ et le monde extérieur est pensé plus souvent et plus naturellement comme la cause que comme la conséquence de la sensation. La raison est prompte à rétablir l'ordre ontologique et à le faire prévaloir sur l'ordre psychologique.
L'espace est certainement nécessaire. En effet , qu'y aurait-il s'il n'y avait de l'espace ? qu'y aurait-il à la place de l'espace? rien; et qu'est-ce que rien? l'espace vide, c'est-à-dire l'espace seul. Cherchez , pensez, anéantissez le ciel et la terre, l'homme et Dieu même , l'espace subsiste encore. Si tout était né une fois, il aurait précédé la naissance de tout ; il est le contenant de la création ; il rend seul la création possible, si d'ailleurs elle est possible : il lui 'est aussi nécessaire que le créateur. Ce n'est pourtant aucune sensation, aucune perception qui nous apprend cela. Maintenant, l'espace est-il, peut-il être absolument vide? Si l'espace existe, ne contient-il rien, c'est-à-dire est-il tout à la fois quelque chose et rien ? est-il une contradiction qui allie l'existence et le néant? En fait, point d'espace sans quelque chose dedans. Du moment qu'il y a quelque chose, l'espace n'a jamais pu être absolument vide. Si toutes les chosas qui le remplissent étaient anéanties, où iraient - elles ? L'anéantissement est impossible. Si
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elles ont commencé d'exister, où étaient-elles auparavant en substance? La création absolue^ j'entends par là le passage du néant universel à la substance, est impossible. L'espace est éternel et quelque chose existe ; donc, quelque chose est étemel en lui ou avec lui. L'espace contient forcément ou le monde ou les élémients du monde. Le genre humain ne s'est pas trompé, il ne peut y avoir qu'une de ces deux choses, un univers ou un chaos. Univers ou chaos, éléments confus ou éléments ordonnés, le contenu de l'espace, enfin, se réduit à des choses qui remplissent, qui parcourent, qui habitent l'espace. La substance dans l'espace , quel nom lui donner?
L'espace existe, l'espace est nécessaire, il y a quelque chose dans l'espace; l'espace sans quelque chose serait comme rien. Maintenant, ce quelque chose est-il l'esprit pur ? non , c'est quelque chose d'étendu. La raison n'admet pas l'espace vide de toute chose propre à en occuper diverses parties : or, occuper diverses parties de l'espace^ c'est être étendu ; et quelque chose, monde ou chaos, d'étendu dans l'espace, c'est la matière. L'espace rigoureu* semient immatériel n'est donc qu'une abstraction de l'esprit. De par la raison, la perception une fois donnée, l'espace contenant quelque chose est une pensée nécessaire. Il ne s'est pas dans le temps rencontré un moment où il n'y eût l'espace , et quelque chose dans l'espace. L'intelligence et la sensibilité n'existeraient pas , que nous pensons que cela serait ainsi. Point de néant; les éléments de la matière pour le moins, sont nécessaires.
J'insiste. N'est-ce pas que le néant devenant substance , l'espace devenant matière , répugne ? Penn. 18
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sez-y , la raison vent la réalité absolue des données constituantes du monde. Jen^examinepas si la raison a autorité pour statuer sur ce point; je dis que la raison prononce que le néant dans l'espace est une conception impossible à réaliser. Ou il n'y a pasd'espace, ce qui est impossible, ou s'il y a de Fe^ce, il doit y avoir quelque chose dedans : or, quelque chose qui occupe l'espace, c'est quelque chose d'étendu; une étendue réelle ou une réalité étendue » c'est la matière. Le monde peut n'être pas nécessaire , mais la matière du monde est nécessaire. Quiconque croit sur la foi des sens à l'existence des choses extérieures^ quiconque oppose l'autorité des facultés aux arguties de l'idéalisme, est obligé de croire cela. Une fois en possession des notions fondamentales de l'existence de la nature sensible , nous connaissons , nous affirmons a priori, pour ainsi dire, que la réalité étendue , que la matière existe absolument : ce vlest plus la perception qui dit cela, c'est la raison. Ce n'est plus là une connaissance expérimentale , purement psychologique, c'est une conséquence rationnelle, une affirmation métaphysique, on axiome ontologique. C'est un des principes supérieurs de la philosophie de la physique , et il n'est pas plus permis de douter de l'existence de la matière que de l'impression qu'elle produit sur nos sens. Non-seulement nous croyons forcément a son existence, mais nous ne concevons pas qu'elle puisse naître, ni qu'elle puisse périr. Je prie qu^on Caisse attention à celte distinction. Je ne dis pas que sans nos facultés l'existence du monde serait certaine pour nous; je ne raisonne pas avec ceux qui récusent nos £M;uités. Je lis seulement, qu'une fois la sensation accomplie.
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une fois y A Ton veut^ le jugement de la pegyception porté, si Ton réfléchit sur Tespape, sur retendue, sur la matière , sur le monde, ce n'est plus la sensibilité organique ou spirituelle, c'est la raison qui nous confirme et nous atteste leur existence. Ce n'est plus à nos facultés de relation, a nos facultés perceptives, objet ordinaire des rechercbes idéologiques et même psychologiques, que nous empruntons la certitude de ces choses, c'est à nos fiicultes absolues, c'est à la raison pure qui est en nous, qui communique avec la réalité par la sensibilité organique et inorganique, mais qui lui est supérieure, et qui n'a d'humain que le fait d'être enfermée dans le moi, et par cela même imparfaite et limitée. Voilà tout ce que je dis. Ma prétention n'est pas que l'homme sache rien autrement que par lui^^méme ; mais qu'il sait quelque chose de plus que les inductions inunédiates de la sensibilité, et qu'il s'élève à des connaissances rationnelles , connaissances que le scepticisme peut attaquer en ellesmémês , s'il jeut , mais qu'il a tort de réduire à de simples perceptions. lia raison peut être comparée à un flambeau qui communique avec le dehors par une chaîne élec»trique. C'est la chaîne qui allume, mais c'est la flambeau qui éclaire*
. 5* l^- Constitution de la matière.
La matière existe donc, mais suivant qu'on l'envisage comme supportant de certaines qualités on engendrant de certains effets, on l'appelle substance ou cause. Le phénomène le plus apparent de la mar tière, c'est l'étendue; la substance étendue a toujours passé pour une bonne définition de la matière*
Il faut cependant se rendre un certain compte de ces expressions. Substance^ c'est l'être en soi; étendue, c'est ce mode de l'être qui le rend accessible aux sens. Mais la natm^e de la substance^ la nature de l'étendue, voilà des mystères impénétrables. Si cependant nous ne voyons dans la matière que cette propriété éminente d'être accessible aux sens , on peut la considérer comme agissant à la manière d'une force. La résistance du solide peut être représentée comme une force qui agit au contact. Même en physique, la solidité, la consistance des corps n'est concevable qu'à la condition d'une force de cohésion. La matière, en tant qu'accessible aux sens, pourrait donc être ratnenée à une force qui agirait au contact sur la matière organisée, et l'afiecterait diversement. Cette force serait une force de résistance. Or une force de résistance est une force qui agit du dedans au dehors y du centre à la circonférence. Une force qui agit ainsi est une force répulsive, une force d'extension ou d'expansion. L'impénétrabilité de la matière peut -elle être conçue autrement que comme l'effet d'une force extensive? C'est en vertu de l'impénétrabilité que la matière remplit l'espace ; or, remplir l'espace, c'est s'étendre dans l'espace. Uétendue n'est que le résultat de l'extension dans l'espace. Or, même en concevant, ainsi qu'il le faut faire, l'espace comme infiniment pénétrable, comme absolument dénué de résistance, l'extension de la matière suppose une force extensive. Ce qui le prouve , c'est que tout corps résiste à toute force impulsive qui tend à le déplacer. Il y résiste plus ou moins , suivant sa constitution ; il est plus ou moins compressible. Cette résistance.
cette réaction contre un mouvenient impulsif suppose un mouTement contraire et une force opposée. Qu'on y pense bien , cette force est nécessaire à l'existence de la matière^ celle-ci ne peut remplir l'espace par sa seule existence. Remplir l'espace^ encore une fois, c'est résister a tout mobile qui tendrait à entrer dans le même espace. Remplir l'espace, c'est donc réagir. Le repos exige donc l'existence d'une force, et le mouvement expansif est nécessaire à l'immobilité même. Ainsi de la résistance sensible, c'est-à-dire de la solidité percevable, nous pouvons conclure l'existence d'une force , et cette force , la présence actuelle de la matière, sa solidité en soi la suppose également. Elle ne serait pas impénétrable, c'est-à-dire qu'elle ne serait pas la matière, si elle n'était pourvue d'une force qui l'établit dans l'es*pace. On voit donc qu'à parler rationnellement, la matière n'est pas inerte ; si elle l'était dans toute la rigueur du terme, elle pourrait être comprimée au point de n'occuper aucun espace, c'est-à-dire au point de s'anéanlir matériellement. Or, puisqu'elle ne peut jamais en être réduite là, puisqu'elle résiste jusqu'à un certain point à toute force si grande qu'on la suppose, puisqu'en lui résistant elle l'absorbe, et que nous ne concevons la force absorbée que par une autre force , le mouvement détruit que par un antre mouvement , il suit que la force répulsive est inhérente à la constitution de la matière; et qu'en tant que percevable et impénétrable, la matière pourrait même être conçue réduite à cette seule force.
On répugnera sans doute à admettre cette force en exercice dans la matière immobile, dans la matière inerte. Il suffît cependant d'un changement
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simple dans Tëtat des coi'ps , pour en iaire reconnaître aisément une conséquence ou une analogie. Un corps à l'état gazeux est matière inerte^ tout aussi bien qu'un corps à l'état solide. Et pourtant quand l'eau vaporisée remplit la capacité d'un récipient quelconque , on conçoit facilement que la ten« sîon de la vapeur, que là pression qu'elle exerce sur les parois du vase est l'effet d'une force expansive. C'est en vertu de cette force qu'elle occupe la capacité où elle est contenue. Son extension , sa présence dans cet espace circonscrit est, tout le monde en convient, un effort de cette vertu constitutive de la vapeur ou du gaz. Pourquoi ne pas concevoir le même phénomène et une cause analogue dans l'eau congelée qui occupe un certain espace au sein d'un milieu quelconque , dans le solide qui par ses surfaces résiste à l'air, le déplace, ou lutte contre la pression d'un corps poussé contre elles? Évidemment ce sont des phénomènes jusqu'à certain point comparables, ils peuvent être conçus de la même manière. Gaz ou métal, fluide ou solide^ ne s'étendent dans l'espace que par leur force interne, et la chaleur elle-même qui les dilate n*est probable*ment qu'une cause qui accroît l'intensité de cet effort de la force expansive, ou qui accroît cette force même. Les physiciens l'ont reconnue, lorsqu'ils ont parlé de la force répulsive du calorique. U est même possible , quoique je ne l'affirme pas , que la chaleur latente, la force expansive, l'extension des corps dans l'espace, appartiennent au même ordre de phénomènes, et ne soient que des manifestations diverses d'une même cause. Mais quoi qu'il en soit, la dilatation des corps peut nous servir
à^supposer comment se passent les choses dans l'extension de la matière. La dilatation ne diffère d^ l'extqnsion constante que da plus au moins* L'ex« tension dans l'espace , ce qu'on appelle l'impénétrabilité, p^it n'être qu'une dilatation, un minimum on une moyenne de dilatation, si l'on veut; en lui-même, l'nn de$ phénomènes ne diffère pas de l'autre , et l'un pas plus que l'autre ne peut se conceroir hors de l'hypothèse d'une force, qui. manifeste la matière en étendue, ou dans une quantité variable d'espace.
Mais le même raisonnement prouve l'existence d'une autre force qui circonscrive la première. Si ' aucune force motrice ne réagissait contre la force répulsive, celle-K^i, purement expansive, s'étendrait sans limite. La matière se raréfierait infiniment, elle s'éparpillerait .sans terme dans l'espace , elle n'occuperait plus aucun espace déterminé. Toute matière a donc besoin d'une force contraire à la force expansive, d'une force comprimante. Cette force, qui agit en sens inverse de la force répulsive , est une force qui tend de la circonférence au centre, d'un seul mot, une force attractive. Cette force, qui diminue la force d'extension, fait seule que la matière occupe des parties déterminées de l'espace. Elle retient dans le même ,corps l'action de la force expansive ; elle résiste à la dissémination des élànents matériels. Toutes les parties de la matière semblent donc douées à la fois de deux forces contraires qui s'opposait l'une k l'autre jusqu'au point où elles se font équilibne. Toutes deux sont nécessaires , toutes deux sont des éléments essentiels de la matière et en constituent lu possibilité. L'une, la force de répulsion , se mani«»
festé plus directement aux sens, mais l'autre ne se conclut pas moins inyinciblement par voie de raisonnement. Sans l'une et l'autre, l'espace sei*ait tout à fait vide ; car sans la force répulsive , la matière irait toujours se condensant, toujours diminuant, jusqu'à disparition absolue , puisque nous ne concevons l'exertion d'une force arrêtée que par une autre. Par la même raison, sans la force attractive, la matière irait toujours se divisant, s'atténuant à l'infini , jusqu'à évaporation absolue, jusqu'à total anéantissement.
On remarquera que nous arrivons ainsi par voie de réflexion à des forces primitives qui semblent l'ori» gine de la cohésion et de Tattraction des physiciens ; et si en général ils ont vu moins clairement l'exi*stence de la forcé d'extension, cependant l'élasticité delà matière, son expansibilité qui résulte de l'agrégation de ses parties , son incompressibilité au delà de certaines limites , tous ces phénomènes observés, décrits , mesurés par eux , supposent formellement la force dont ils n'ont pas toujours prononcé le nom. Le système du monde nevftonien admet luimême deux forces , la force de projection et la force centrale^ qui ne semblent également que de nouveaux aspects, que de npuvelles manifestations des deux forces indispensables à la constitution élémentaire de la matière. Ainsi les corps distincts, pris comme des touts, seraient eux-mêmes pourvus en masse de ces deux forces constitutives. Us seraient comme les molécules du corps universel , comme les parties d'un grand tout y lancées par une force extensive, retenues par une force attractive , de la même manière que les particules élémentaires de la
matière f que les dtomes physiques da moindre so-* lide ; et les mêmes propriétés seraient les données fondamentales de l'existence de la matière en général et de son ordonnance cosmologique. L'identité de ces lois expérimentales et scientifiques du monde avec les conditions rationnelles de la matière ne serait sans doute pas l'efiet du hasard, et je soupçonne qu'on trouverait dans les vérités fondamentales de la physique plus de lois nécessaires qu'on ne croit.
Qui sait* si l'on ne pourrait conclure de là que rien n'oblige d'admettre ^ pour produire l'étendue, autre chose que la force, et qu'une substance douée de cette double force que nous venons d'expliquer, produirait les phénomènes principaux de la matière, à savoir la présence actuelle dans l'espace, l'impénétrabilité fondamentale , l'opposition sensible aux organes ? Ainsi les idées de substance et de force suffiraient à la constitution de la matière; l'étendue pourrait n'être que le nom de l'effet de la force, qu'un mode d'apparition de la matière relatif aux sens. La cause de l'étendue , sa nature,' du moins autant que nous pouvons la pénétrer, serait la force ;^ et ceci conduirait à identifier la substance et la cause. L'être réel ne serait alors essentiellement pour la physique que la force , et la force matérielle ne serait que la force rendue accessible aux sens. Il n'y a rien dans les phénomènes rappelés jusqu'ici , soit de l'esprit, soit du corps , qui paraisse incompatible avec cette théorie de la matière. Qu'on y réfléchisse, pourquoi la réalité substantielle ne se produiraitelle point par les forces motrices , aussi bien que pai les qualité inertes de l'étendue et de l'impénétrabilité?
28S ESSAI iX.
Une conséquence plus certaine, c'est que la ma* tière est essentiellement mobile, et que c'est par abstraction seulement qu'on suppose que le mouvement ne lui appartient pas nécessairement. Sans le mouvement I ou plutôt sans la force , cause dn mouvement j il n'est pas évident que l'existence actuelle de la matière fût possible ^ et peut - être qu'au lieu de dire : la matière est quelque chose d'étendu, on ferait mieux de dire : la matière est quelque chose de mobile qui occupe l'espace, mais qui l'occupe en parties déterminées^ c'est-à-dire s'y étend et s'y limite , et par conséquent résiste plus ou moins à tout autre mobile, aussi bien qu'aux oi^anes, et affecte ainsi les sens. Or la cause de pareils phénomènes peut n'être autre chose qu'une force; et comme la force se manifeste , comme elle existe, elle peut n'être pas séparable de la substance ; elle peut même n'en pas diflërer et se confondre avec elle. En d'autres termes , dans la physique rationnelle , étendue et mouvement pourraient être des faces diverses de la même chose, des modes divers de notre sensibilité, des vues diverses de notre esprit ; et de même impénétrabilité et force , et de même substance et cause. La matérialité ne serait que la force aux effets sensibles.
L'habitude inspirera la crainte que cette hypothèse n'ôte à la matière de sa réalité et ne tende à l'idéalisme. Mais d'abord la force , la cause est aussi réelle que quoi que ce soit au monde; ses phénomènes sont aussi appréciables que les qualités ordinaires de la substance. La sensation de l'étendue, si elle était produite par l'exertion d'une force, ne perdrait rien de sa valeur. L'extérieur n'en subsiste*-
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rait pas moms , et la solidité ne s'éranouirait pas. L'être serait à la fois substance et cause , ou , mieux ^ tonte substance serait cause ^ toute cause substance ; Fesprit seul les distinguerait , par défaut de pénétration plus que par besoin d'exactitude. La matière ne cesserait pas d'être étendue ^ solide , impénétrable; ce quelque chose, étendu, solide, impénétrable , resterait en possession d'une réalité absolue; mais seulement il serait convenu que la distinction de l'étendue et de la force, de la substance et de là cause , nécessaire à notre esprit , légitime comme moyen de connaissance, ne va pas au fond des choses, ne se réalise pas ontologiquement^ et n'a qu'une vérité approchée et secondaire.
Une comparaison assez imparfaite donnera quelque idée de la manière dont la force dans ce système pro* duirait le phénomène de l'étendue. Quand vous éprouvez une commotion électrique, vous êtes frappe. La percussion, c'est la sensation d'un contact, en d'autres termes, de l'impulsion de quelque chose d'étendu. Or, dans cet exemple , la cause de la percussion , l'électricité , si elle est étendue , n'a qu'une étendue inappréciable ; elle est impondérable et invisible; elle n'est pas cependant rigoureusement intangible. Donc ou l'électricité n'est rien par ellemême, ou elle est une force qui nous affecte d'une façon comparable à l'étendue. Que ce soit illusion ou vérité , peu importe ici ; ce que je veux conclm*e , c'est que nous admettons aisément , dans une expérience de physique , qu'une force dénuée des apparences ordinaires de l'étendue , ou de la matérialité, produise sur nous les effets ordinaires d'un solide en mouvement. Pourquoi donc n^admet-
trions-nous pas la même chose pour tous les phénomènes analogues? Pourquoi ne pas attribuer à l'action d'une force les sensations de l'étendue qu'on est d'ailleurs si naturellement porté à nommer des ' sensations de résistance, c'est-à-dire encore des phénomènes de force ?
Lorsqu^un rayon de lumière solaire tombe sur un corps y une partie des rayons élémentaires qui le composent est absorbée > l'autre est réfléchie. La force absorbante est attractive ; la force réfléchissante est répulslTC. Les phénomènes de l'électromagnétisme ne sont pas autre chose que des attractions et des répulsions successives. Toutes les sortes de polarisation se réduisent également à cela ; et les effets du calorique en plus ou en moins sont des dilatations ou des condensations , mouvements opposés qui su][>posent les deux forces que nous retrouvons partout. Enfin dans le choc , la transmission du mouvement n'est-elle pas accompagnée d'un repoussement qui est dû à l'élasticité, et n'apercevonsnous pas encore là quelque chose qui rappelle ces deux grandes manifestations de la force ^ attirer, repousser ? Les vibrations du son n'offrent-elles pas la même alternative de mouvement ? Et la matière organisée elle-même , avec sa faculté d'extension et de contraction successive , ne présente-t-elle pas un phénomène analogue?
Sans abuser de ces rapprochements, sans confondre des choses qui doivent être distinguées , on peut donc considérer le mouvement attractif et le mouvement répulsif comme des données générales de l'ordre actuel du monde. Et pour revenir à l'élément de la matière lui - même , si l'on veut bien
se reporter airs inductions admises dans la seconde et la troisième partie de cet Essai concernant retendue et la force, on verra qu'elles nous conduisaient toujours à la notion de l'atome , c'està-dire d'un élément physiquement intangible, dans lequel réside ime ou plusieurs forces , et qui attire ou est attiré , repousse ou est repoussé, en vertu de ces énergies inconcevables, dont il faut cependant le croire animé. Il y a sans doute des difficultés à comprendre ces différentes forces élémentaires, et des difficultés insolubles; maïs n'y en a-t-il pas également dans la conception de particules étendues et inertes à la fois , et mues en outre par des forces extrinsèques qui se croisent et se combattent? N'est-ce pas même doubler la difficulté, et n'est-il pas plus simple de réduire l'atome à la force, ainsi que l'a fait au reste plus d'un physicien?
Nous nous sommes laissé aller à déduire d'une manière générale cette théorie de la matière, sans indiquer à quel moment nous passions du rationnel au spéculatif. L'idée principale de cette théorie, vaguement et stérilement énoncée par quelques physiciens , a été développée par Rant qui a tenté par elle de constituer la métaphysique de la physique ' ; mais toujours fidèle à sa défiance philosophique, il ne lui attribue aucune valeur objective, aucune certitude absolue. Sans l'épouser comme un système démontré, nous l'avons présentée affirmativement. ^01^ allons reprendre cette idée encore une fois , et sous la forme hypothétique et rigou-
' Mtiaphysischc Anfangsgrundsœize der Naturwissenscha/Ï ; oa Elemenia jnetaphysica physictSj T. II de la traduction htine de Bom.
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reuse en même temps que préfère le philosophe de Kœnigsberg* Nous ne ferons qu'analyser sa pensée ; peut-être la saisIra-t*on mieux , ou du moins en jugera-t-on mieux la valeur dans cette nouvelle rédaction.
Mais d'abord qu'on ne nous dise pas que ces principes ne sont pas vraiment rationnels ^ parce que sans les données de l'observation externe, nous ne les eussions jamais imaginés ni conçus. U est trop clair que l'homme n'invente rien entièrement^ et Ton a vu que» soit pour construire les mathématiques , soit pour découvrir les lois essaitielles de la pensée 9 c'est-à-dire pour atteindre à des vérités a priori^ une donnée d'expérience était un préalable nécessaire ; rien donc ne serait a priori j rien ne serait purement rationnel, ^ une teUe circonstance devait entacher d'empirisme toutes nos connaissances, au point de les infirmer pour la logique pure. Il n'est pas étrange après tout que la physique, que la science de la nature, même dans sa partie transcendante, présuppose lUie in«tuition expérimentale de la nature, et ne soit possible en fait qu'à la condition de l'expérience.
C'est l'expérieuce en efièt qui nous suggère l'espace et nous donne la matière. L'expérience ne nous présente rigoureusement que l'espace déterminé; l'espace déterminé ou l'étendue emporte l'idée d'une réalité sensible, qui est la matière. Mais la matière, l'étendue, l'espace déterminé, tout cela n'est possible qu'à la condition d'un espace pur, absolu, infini, immobile. Cet espace fondamental ne peut être perçu , mais il est nécessairement conçu; par soi , il n'est rien , et son nniversalîté logique ne