DE LA. JLLTIÈRE. SB
aoraît; être transformée «n uniTersalitë physique : dès que je le réalise par la pensée, je le conçois matériel : il ne peut arriver à l'existence sans se matérialiser. L'espace de la nature, différent de l'e^ce de la sensibilité transcendantale, est donc relatif et implique la matière.
Mais qu' entendrons-nous par cette expression, espace matériel? Quand l'espace cesse d'être absolu et immobile, il devient l'espace déterminé; la détoraination de l'espace suppose la mcAîlité. Qu'on y poue bien^ l'espace rigourensement immobile, c'est-à-dire vide de mouTement, exclut toute division, tonte position; la forme, le lieu, l'étendue, rien de tout cela n'est concevable daus l'espace sans la conception du moavenaent.
Si TOUS considérez la détermination de l'espace cenlement c<Hnme possible, n à l'aide d'une mobilité sni^sée vous admettez imaginairement le lien, la forme, l'étendue, d'un seul mot la.rehtion dans l'espace, vous construisez par supposition un monde qui n'apparaît qu'à la ctmoeption , non à la sensibilité. La science de ce monde-là , cette i^ysiqne de la figure idéale, c'est la science mathématique; elle |danç sur l'expérience » elle La domine sans la maîtriser, die la règle sans la ccmtemr tout entière; mais elle la précède, et c'est pour cela qu'elle est ime acàence a priori ,• elle mesure, et la mcsui'e suppose le rdatif; mais fiie mesm:<e ce qui n'est que possible, l'abstrait non le concret, i'idéal non le réel, et c'est pour cela qu'elle est une .science d'une vérité absolue. Tel est le sens de la dcnomiuation de science exacte.
De l'idéal passons a« réd. Si la couç^tion de
2gfr ESSAI IX.
mouvement est nécessaire aux mathématiques, comment ne le serait-elle pas à la contemplation de l'espace réellement relatif et déterminé^ de l'espace matériel? Il n'y a point, même pour le géomètre , dans l'espace indéfini, de positions relatives sans l'idée antécédente de mouvement, et la géométrie ne considère que des positions relatives. Deux points même mathématiques, que dis-je^ le point mathé* ma tique tout seul suppose la mobilité. Pour concevoir ce qui est ici et non point là , pour déterminer l'espace en un mot, il faut renoncer à l'idée de l'immobilité rigoureuse de l'espace, et la géométrie ne définit d'ordinaire le point qu'à l'aide du mouvement. Faisons plus, rendons l'espace accessible aux sens, créons l'étendue réelle : aussitôt naît la matière, c'est-à-dire la chose accessible aux sens. Comment la définirons-nous? par l'étendue? mais l'étendue, ou ce qui fait que la substance occupe un lieu, suppose le point, et le point suppose le mouvement. La matière est en métaphysique la chose accessible aux sens ; mais en physique , que sera-t-elle ? le mobile dans l'espace. Dès que l'espace se remplit, c'est-à-dire dès qu'il cesse d'être pur et absolu, il est mobile; l'espace mobile luimême est l'espace matériel ; le premier caractère de la matière est donc la mobilité. Encore une fois, toute détermination dans l'espace a pour antécédent nécessaire la possibilité du mouvement. Qu'est donc la matière? le mobile.
Le mouvement est percevable; il ne l'est que dans l'espace sensible. L'expérience donne le mouvement. Le mouvement perçu, le mouvement pour l'expérience est le changement des relations d'une
chose par rapport à un espace donné. Le monvement en physique est donc tout relatif. Il n'y a que deux mouvements possibles, le mouvement en ligne droite 9 ou le mouvement en ligne courbe. Dans le mouvement, deux choses seulement à considérer, la direction et la vitesse. Le passage d'un point a un autre par le mouvement rectiligne ou le retour au même point par le circulaire, ce qui fait la direction; la durée de ce changement, ce qui fait la vitesse; tout cela est relatif. La matière étant considérée seulement comme un point mobile, le mouvement n'est que la description d'un espace. Les lois générales du mouvement , telles qu'on les pose au début de la mécanique , seraient donc les premières règles de ce premier degré de la physique abstraite. Une de ces lois est que le mouvement n'est diminué ou détruit que par un autre mouvement.
Mais de l'idée de mouvement à l'idée de force il n'y a qu'un pas; et si la matière est le mobile dans l'espace, elle n'est matière qu'en tant que remplissant l'espace. Remplir l'espace, c'est être étendu, ou plutôt impénétrable, suivant le langage ordinaire aux philosophes. Gela veut dire que la matière est le mobile qui résiste à tout mobile tendant a remplir un même espace donné. Résister par son mouvement à un mouvement, c'est déjà un fait dynamique. La matière même ne saurait remplir l'espace par sa seule existence; être impénétrable, c'est occuper un espace déterminé, c'est occuper une place et déplacer tout ce qui l'occuperait, c'est s'étendre. L'impénétrabilité, la solidité suppose donc un mouvement. La réaction , opposée par la matière en tant qu'impénétrable à la péné- II. 19
tratiou de toute matière autre qui tend à la remplacer f ne se conçoit que par un mouvement qui en détruise un autre. Or, point da mouvemeat saxe causer la cause du mouvement^ la cause motrice s'appelle force. La matérialité implique donc la force.
Orj la foi:ce ne peut être conçue qu'en tant qu'elle pousse ou qu'elle attire. L'impulsion ou l'attraction • tel est nécessairement le mode d'aclion de la force. La force par laquelle la matière s'étend dans l'espace , est impulsive; et comme résistant à une autre force impubive qui tend à déplacer la matière, elle est répulsive. Force d'extension , d'expansion, de répulsion ^ tel est doue le nom qui désigne dans son mode d'action la. première force constitutive de la matièi^e. C'est l' élasticité originelle ou primitive , principe ou type de cette élasticité observable et mesurable dont les physiciens font une propriété des corps.
La force répulsive ou d'extension n'a pcûnt une intensité réellement et effectivement infinie. Mais la matière remplit l'espace par une force de toutes ses parties , dont Ténergie expansive a un certain degré au delà duquel on en peut concevoir d'autres h l'infini. Or le degré d'intaisité réelle de cette force n'est ni un maximum ni un minimum^ On peut donc toujours concevoir une force plus gi^ande , qui lui est opposée, et qui, par conséquent, fera occuper h la matière un moindre espace. La matière peut par compression perdre de son extension ; elle peut être indéfiniment comprimée, mais non pénétrée. £n effet ^ la force expansive croit à mesure qu elle est resserrée dans un moindre • espace* Comprimée
DB là. MXtlinii. Sf^
daiis un espace infiniment petit, elle serait infinie. Mais comme il en serait de la force comprimante ainsi que de l'expansive, comme on pourrait toujours la concevoir plus grande qu'un degré donné, elle ne serait jamais actuellement infinie, et la matière ne peut être réduite à un espace infiniment petit. L'imr pénétrabilité de la matière est donc absolue.
La pénétrabilité relative ou dynamique, ou plutôt la compressibilité , «uppose la matière contenue dans mi espace vide. Et, en eflèt, au delà de la sub. •tance matérielle, rien ne peut être conçu que l'espace même. L'epace est mathématiquement, non physiquement divisible à l'infini ; étant incapable dt mouvement, il ne peut être divisé, mais seulement distingué. Ui mouvement pat lequel une partie d'une matière cesse d'en être une partie , s'appelle division ; mais la partie divisée ne cesse ni d'être matière ni d'être substance. Or, comment la division est-eUe possible ?
La division est à la fois une conception et un fait Comme conception, rien de plus sim^e. Tout espace rempli de matière est mobile par lui-même , et par conséquent divisible, c'est-à-dire conçu divisible. L'espace pur n'est que nwthématiquement divisiblel'espace relatif, c'esfr-à-dire matériel, est supposé l'être réellement. Donnez le mouvement etl'éten^ due, la division est possible; en fait, comment s'accomplit-elle? Dans l'espace pur infiniment divi- «a»le, s'étend ]& matière en vertu des forces répnt sives de chacune de ses parties, c'est-à-dire de chacun des points matériels dans l'espace. Chaque point dans l'espace contenant une force répulsive étant par conséquent mobile par lui-même, peut être se-
paré par division physique. Si un point ne pouvait être séparé^ il cesserait d'être mobile; or, c'est ce qui est contraire à la supposition. La divisibilité physique de la matière semble donc s'étendre aussi loin que la divisibilité mathématique de l'espace.
La difficulté est celle-ci : la divisibilité de la matière à l'infini conduit à la multitude infinie de ses parties. Or, une multitude infinie ne peut être une chose absolue. Comment concevoir un tout avec une infinité de parties, soit le grand tout matériel , soit le tout d'un corps , soit le tout d'une partie? Il faut donc renoncer à la divisibilité infinie de l'espace des mathématiciens , ou conclure que ni l'espace ni la matière n'a la propriété d'une chose en soi , et leur enlever, comme Kant hésite peu à le faire , l'existence substantielle pour les réduire à l'existence phénoménale.
S'il est vrai qu'aucun mouvement ne puisse être détioiit que par un autre mouvement, aucune force arrêtée que par une autre force, la force extensive n'étant point illimitée dans ses effets, est combattue nécessairement par une force opposée , force compressive , force de cohésion , force qui retient ou attire les parties de la matière repoussées par la première force. L'existence de la force répulsive entraîne celle d'une force attractive, car la première ne saurait être circonscrite par elle-même. Toute matière a donc besoin pour exister d'une force contraire à la force expansive, et qui ne peut résider dans une autre matière. Car la matière prise dans son ensemble , remplit tout le vide , et doit avoir en elle-même ses conditions d'existence. La force attractive, agissant comme une force comprimante^
^^ l-K MATIJEBE. 293
est donc constitutive ainsi que la force répulsive ; et si elle est plus difficilement admise, c'est qu'elle ne se témoigne point aux sens , notamment att toucher, qui n'est sensible qu'à la pulsation , à la dureté^ à la pression.
La force répulsive et la force attractive sont donc essentielles également à l'existence de la matière. Elles en constituent la possibilité ; et si la possibilité même de ces forces est inexplicable y c'est par cela même qu'elles sont constitutives. Elles sont nécessaires, ne recherchons pas comment elles sont possibles.
Si la matière n'était douée que de la force expan* sive, ses parties se fuiraient à l'infini. Elle se dilaterait, se disséminerait satts limite; elle s'évaporerait absolument. Ciomme aussi y dans le cas où la force attractive agirait seule ^ la cohésion n'aurait pas de bornes , le resserrement de la matière serait infini ; en un mot , elle se réduirait au point mathématique. Ainsi, sans l'une ou l'autre de ces deux forces primitives, la matière s'anéantirait; Fespace serait vide.
Géométriquement, les divisions de la matière ou plutôt de l'espace sont des figures. Elles se terminent par des lignes. Le contact de ces lignes est la communauté de limites de deux espaces. Au sens physique, le contact est l'action et la réaction immédiate de l'impénétrabilité. Lorsque les divisions de la matière se touchent, elles se résistent ou s'attirent; c'est l'action au contact. Quand une ma* tière agit sur une autre sans contact, il y a action à distance, laquelle peut n'être pas moins immédiate.
en ce sens qu'elle n'exige Tinterposition d'aucun milien matériel et s'opère à travers le vide . L'action de la force attractive est une action à distance; étant nécessaire au contact physique , il faut bien qu'elle en soit indépendante. En vain dit-on que la matière ne peut agir là où elle n'est pas. Si une chose ne pouvait agir qu'au lieu où elle ést^ il faudrait que la chose sur laquelle elle agit fût en elle. A vrai dire^ il n'y aurait plus d'action au contact^ il n'y aurait pas à proprement parler d'action. Le point de contact entre deux corps qui se touchent , est^ en effet , un point où n'est ni l'un ni l'autre. Donc l'action à distance est possible , ou l'attraction n'existe pas. Le contact ne résulte que du jeu des forces répulsives , c'est-à-dire de l'action récipiroque de l'impénétrabilité^ laquelle exclut toute action^ si ce n'est l'opposition ou résistance mutuelle , ce qui ne donne lieu qu'à l'immobilité relative. Si donc l'attraction existe^ et son existence est nécessaire, elle agit à distance , et elle ne peut être confondue avec une impulsion qui pourrait produire les mêmes phénomènes que l'attraction de Newton. 11 a eu tort , ce grand observateur, dé ne pas affirmer l'attraction , de la supposer seulement. Ce qui l'a fait hésiter, c'est qu'il a considéré les choses mathématiquement. Le monde, considéré comme un système mathématique , pourrait, à la rigueur, s'expliquer par l'impulsion : il n'en est pas de même du monde* physique. Si l'attraction n'est pas réelle, comment Newton peut-il dire qu'elle est proportionnelle à la quantité de la matière ? Évidemment , Tattractiou n'est pas une hypothèse, et elle agit à distance.
DE Ut iULtlÂRE. 99S
Newton n*a-t*il pas jKfanis ce mode (factioB , lorstju'il a constaté ia porosité des corps les.{J«s denses, et affirmé le vide au sem de la colxésion?
La force motrice par laquelle une matière agit «ur une autre k la surface commune du contact , sera dite superficielle; celle par laquelle une matière pelit a^r sur les parties d^une autre ou au delà de cette même surface, sera dite pénétrante. La r^ul-* sion est une force superficielle y et l'attraction une force pénétrante; car la répulsion ne s'opère qu'entre les surfaces qui se touchent , ou entre les parties distantes^ à Taide des matières interposées. Mais ia force attractÎTc ^ traversant soit le TÎde ^ soit les matières intermédiaires , s'étend dans l'espace indé-7 finiment ^ et puisqu'elle diminue avec la distance , elle ne peut jamais être nulle. L'attraction est donc rigoureusement universelle.
De la combinaison de ces deux forces , «qui se li-mitent , résulte la possibilité de l'espace rempli à un certain degré; ce d^é est fixé par le rapport de la force attractive à la force répulsive. Ainsi se construit la conception djmamique de la matière comme d'un inobile qui remplit l'espace. Elle ne le remplit que dans une certaine mesure. Il n'est pas vide, il n'est pas plein , dans le sens absolu. Il est rempli dans une proportion dont les éléments sont l'inten** site des forces , leur direction et la quantité de l'es* pace. C'est une question du ressort des mathéma*tiques. .
Il résulte de tout cela que la propriété générale de la matière prise abstraitement , est la mobilité ; que le mobile réel dans Vespace, est ce qu'on appelle le solide ( l'étendu , l'impénétrable ) ;
Qu'en se réalisant dans l'espace , en le rendant matériel et empirique^ en le remplissant, il le remplit par la force répulsive ou d'extension ; >
Que cette force s'étendrait sans limite et ferait évanouir tout contour matériel , si elle n'était contre-balancée ;
Que ce qui est négatif par rapport à cette force , que sa limitation ou la cause en vertu de laquelle elle est contenue > est la force attractive;
Que celle-ci , dominant tout l'espace , anéantirait toute solidité • si elle n'était contenue :
Que l'une est circoncrite par l'autre;
Et qu'ainsi l'espace est rempli jusqu'à un certain point.
Ainsi la dynamique de la nature matérielle vous donne ce principe que le tout réel accessible aux sens doit être considéré comme une force. Telle est la notion effective et physique qui , dans la science naturelle, doit être substituée à la conception stérile de l'impénétrabilité absolue ; et cette notion engendre aussitôt celle d'une force attractive, comme l'autre condition de la possibilité de la matière.
L'espace est ainsi rempli ; il peut donc être conçu comme plein , mais seulement à un certain degré. La force répulsive se mesurant par degrés , la force attractive par la quantité de la matière , l'une agissant au contact superficiel , l'autre de toutes les parties a toutes les parties , la réplétion de l'espace n'est pas absolue; elle est continue , perpétuelle , mais variable, inégale , c'est-4i-dire susceptible de plus ou de moins; c'est une grandeur intensive. Prenez une certaine quantité d'air sous un même volume, ayant selon son poids plus ou moins grand , plus ou moins
d'élasticité. Le plus ou moins de poids indique la quantité de la matière qui manifeste et règle la force de l'attraction. Le plus ou moinsd'élasticité exprime le plus ou moins de force répulsive ^ propostionnellement à la comjpression ^ c'est-à-dire au degré auquel l'espace est rempli. Or ^ comme c'est la force répulsive qui remplit l'espace , elle est susceptible de degré. Sous un volume plus grand, la même quantité de matière aurait le même poids , et partant la même attraction. Mais elle aurait moins d'élasticité et remplirait moins d'espace.
$. in. Conséquences.
Il resterait à déduire des conditions constitutives de la matière , la possibilité de ses différences spécifiques. Voici comme on pourrait, selon Kant, essayer de rendre raison de la diversité des matières.
La matière engendre les co^s. Le corps n'est que la matière entre des limites déterminées , ou la matière figurée. L'espace conçu ainsi est la figure de la géométrie. Considéré dans la réalité physique, mais considéré par abstraction et dans sa quantité , il est le volume du corps ; et le degré auquel est rempli cet espace déterminé,- est la solidité ou densité. La solidité est plus ou moins grande, c'est-à-dire que l'espace peut être r^fli^li à des degrés inégaux ; mais il y a solidité partout où il y a espace rempli , en admettant toutefois que la matière spécifiquement similaire dans sa totalité, ne diffère que par l'intensité des forces.
L'attraction , agissant au contact ou à une distance très-petite , s'appelle cohésion , force qui se mani- ' feste sans cesse, et qui est acceptée comme une pro-
SdS ESSiLI IX.
priété unirerseile de la matière. Mais ii qu'elle n'est pas unÎTerselle aa même sens que Fafc» traction primitire ; car elle ne l'est pas en ce sens qu'elle agisse universellement , mais en ce sens qne toute matière en est pourvue. Elle n'est pas non pins comme l'attraction une force pénétrante. Elle n'est donc pas primitive , mais dérivée ; et elle se combine avec les différents degrés de consistance entre la rigidité et la fluidité. Il semble que le caractèrede cette sorte d'attraction soit d'être une force agissant entre les surfaces, et dont l'intensité plus ou moins grande donne les divers degrés de consistance.
Il est également une élasticité dérivée, comparable, mais non semblable aux forces constitutives. C'est la faculté que possède une matière de reprendre son volume et sa figure, quand cesse d'agir la force mo* trice qui avait changé l'un et l'autre. Cette élasticité est expansive ou attnactive. Attractive , lorsqu'elle fait reprendre au corps la figure antérieure , sans accroissement de volume, après une expansion accidentelle ; et dans ce cas , elle est toujours dérivée. Expansive , lorsqu'elle rend au corps tout le volume que la compression lui avait fait perdre 9 et alors elle est originelle ou dérivée , originelle dans les fluides élastiques, dérivée dans les corro dilatés par la chaleur.
Les corps ont une action m uns sur Les autres. Lorsqu'ils sont en mouvement , elle est mécanique ; lorsqu'ils sont en repos , elle est chimique , mais l'action et la réaction chimique des corps en repos donnent lieu à des mouvements. Il y a pénétration dans cette sorte de combinaison. Elle occasionne des variations de volume en plus ou en moins , sui#vaut le rapport des forces attractives aux répulsives.
DE liA MlTlèRB. 299
f&tjf tout cela n'est enoore q^e l'expression des faits , et cependant Kant y croit iptrevoir une explî-> cation de la différence spécifîijue des matières. Deux explications sontpossibles : l'une mécanique , Tautre purement dynamique. La première est celle qui suppose comme éléments de la matière des corpuscules indÎTisibles , qui agissent à travers des espaces ▼ides^ en raison de la iSgure et de la force dont ils sont pourvus. Ces machines primitives sont les tftomes ^ et la théorie atomistique rend ainsi raison des fiiits , à condition qu'on lui accorde le principe de l'impénétrabilité absolue f l'absolue similarité de la matière première , la cohésion insécable des corpuscules primaires, la détermination immutable de leur figure 5 une forae imprimée du dehors , enfin , la dissémination des espaces vides que laissent entre eux les atomes et dont la quantité fait la consistance des matières. La théorie dynamique réclame un moins g^nd nombre d'hypothèses. Suivant elle> les difi%rents degrés de la force répulsive constituent toutes les difiërences spécifiques des matières. Cette force , en efiêt, bien différente en cela de la force attractive^ est indépendante de la quantité de la matière , et par conséquent son rapport avec la force attractive toujours proportionnelle a la quantité matérielle , varie incessamment. Et de là toutes \ç» différences de consistance f de constitution sensible de la matière, depuis l'éther, s'il existe, où la force répulsive serait beaucoup plus grandepar rappot^tà la force attractive que dans aucune matière à nous connue , jusqu'au métal le plus dur qui présente , grâce à des proportions inverses, des apparences tout opposées. C'est ainsi que la métaphysique naturelle , par la théorie
dynamique I construit la conception de la ia|iière , c'est-à-dire la préoare pour les mathématiques, seules capables après elle d'évaluer les propriétés par lesquelles telle ou telle matière remplit l'espace d'une manière déterminée.
Dans la physique expérimentale , deux faits principaux nous sont attestés relativement à la constitution intime de la matière et à la nature spécifique des corps ; c'est en chimie la loi des proportions définies, en minéralogie, la cristallisation. L'un et l'autre fait nous mettent sur la voie de la conception des particules élémentaires de la matière, comme de grandeurs constantes et de figures invariables. C'est à peu près là expérimentalement tout ce qu'on sait de l'atome. Or, l'affinité ou force chimique parait se rapporter à l'attraction capillaire qui elle-même parait se dériver de l'attrsiction générale; et c'est aussi à une sorte d'attraction sous le nom de cohésion que se rattachent les phénomènes de la cristallographie. Il est donc permis d'expliquer ou du moins de présumer qu'on peut expliquer par le jeu des forces primitives et leur rapport fuutuel les diversités spécifiques et les lois constantes de la constitution des corps. La théorie atomistique peut être ainsi réduite, et l'on a vu d'ailleurs dans le cours de cet Essai que la combinaison de forces attractives et répulsives était une notion nécessaire à celle de l'atome. Nous nous bornerons à ces vues générales qui pourraient conduire aux recherches les plus intéressantes.
Nous devons, d'ailleurs, faire observer que la théorie dynamique dont nous exposons ici les pro-
babilit^> n'exclut pas absoloment le vide. Elle admet l'ëther, s'il le faut, mais elle ne l'exige pas. Bille fait agir la force attractive à travers le vide; mais ce vide, elle ne le perçoit, elle ne le constate nulle part. L'expérience ne lui donne que des espaces comparativement vides, qui peuvent être remplis à un degrë inégal par la force expansive. Le vide n'est nécessaire à la philosophie dynamique que comme donnée a priori.
La dynamique, bien qu'elle nous donn&t les forces constitutives de la matière, pouvait la considérer en repos. Toute l'exertion de ces deux forces aboutissait à l'espace rempli. Mais le mouvement n'est pas seulement distribué dans le tout matériel ; il est communiqué d'une matière à une autre. Le monde du mouvement communiqué n'est plus un système simplement dynamique, c'est un système mécanique. La matière n'est plus alors seulement le mobile dans l'espace, mais le mobile, en tant qu'il a la force motrice.
Ici lagrandeurdumouvementnepentplas'comme précédemment être évaluée par sa seule vitesse. 11 faut apprécier ensemble et ta vitesse du mouvement et la quantité du mobile. L'ensemble de toutes les parties d'un mobile agissant en commun dans un espace déterminé , c'est la masse ; une masse d'une figure déterminée est un corps, au sens uircaniijuc. La mécanique considère la vitesse et la ui:i3sc; lautefors elle ne peut, à raison de l'exlrémi: divisiJjilité de la matière, mesurer sa masse par le nornln r <li: se» parties, mais par la quantité de mouvenu ni it vilcssc égale et donnée. Une même force proj'^'Ut diiiis h:
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3ÊBt ta&aou
même t^nps dem: masse» à des distances iiié|;BAte|
la nasse est en raiscm inverse de h distance,
La xiiéGanii{iie a ^ selon Kaul > des lob fondâmes!» taies ^ dont trois sont à peu. près les mêmes que kl» lois générales dn monremcnt données par Kefwlon ^,
I^ Ikaas tons les. ehaaagenwAtt du monde phjr-» siqoe, la quantité de la matière est inTariable«
Cela résulte^ en métaphysique , de la notion seule de la substance. Dans la physique^ aucune expé»^ rîence^ aucune observation ne déttote la naissance ou l'extinction de la substance matérielle. Tout change y rien ne périt ^ c'est un vieil axiome de la physique. Il n'y a que les objets du sens interne auxquels cet axiome ne s's^lique point impérieuses ment.
a*. Tout changement de la matière a une. cauae extérieure. Par conséquent, tout corps persiste dans son état de r^os ou de mouvement» avec m^ne direction et même vitesse, s'il n'est forcé à dbanger d'état par l'action d'une cause extérieure (Nevirton).
Cette loi se rapporte à la notion de causalité , comme la première à la notion de substance ; elle est évidente au même titre. Elle est la vraie loi d'inertie. Elle présente la matière comme non agissante par elle-même , c'est-à-^ire comme dépourvue de la vie. La vie n'est , en effet , que la faculté de se déterminer par un principe interne .pour une substance à l'action , pour une substance déterminée au changement , pour une substance matérielle au repos ou au mouvement. Or, rien de tout cela n'ap-
' Philos, nui. prineip* mfithcm, — AxiomeUasi^ legts motus»
DE là. BlÂ.TlàRE. 303
|Bralt cUns le» représenUtioa& do sens externe ; It matière, en tant qae matière , n'est conçue avec aurcane de ce» déterminations. La cause externe e&t dcMic la fie du monde pb^siqueen général. L'inertie de la matière ne doit pas étie autrement entendue.
3°. Dans toute communication de mouvement, l'action et la réaction scmt constamment égales et contraires (Newton).
C'est an principe de mécanii^ue proprement dite, dont la démonstration facile n'est pas nécessaire ict. Cette loi, qu'on pourrait ^peler loi d'antagonisme, e&ce la force d'inertie des auteurs , et ne se concilÈe tpi'aTec la théorie qui définit la matière par le moitvement, et restitue à la force l'empire du monde physique.
Après aToir ainsi développé toutes les conditions premières , toutes les propriétés générales de la matière, il resterait à la mettre «n rapport avec la sensiLilité, et à la convertir en objet d'expérience. i^ors naîtraient les lois du monde phénoménal. Or, le monde , comme phcoomène , peut être observé sous deux rapports. On peut se demander comment le phénomène est conciliable avec la constitution de l'esprit humain; en d'autres termes, commcut les données de l'un et les conditions de l'autre peuvei être ramenées à un ensemlWe cohércut et légui" et c'est là un problème de mélapliysique ou d gique pure, dont la solution hasardeuse est] propre à dou& éclairer sur la eonslituliou de l esprit que sur celle de la nature ; ou liieti la raiM sans entrer en défiance de ses principes, sans i quiéter des lacunes forcées qui résullciit de la diu rencedu connaissant au connu, j
le concours de rexpérience et de la réflexion, le système cosmologique à un système rationnel , soit qu'elle le décrive dans le langage naturel avec les couleurs et les reliefs de la réalité, soit qu^elIe l'expose comme un plan abstrait, avec les traits de la géométrie et les signes de l'algèbre.
Disons quelques mots de ces deux vues du système du monde.
Kant appelle la première la pliénoménologie ; ce nom désigne la science des conditions auxquelles la matière devient observable, ou le mobile, sujet à l'expérience. Il ne s'agit plus des conditions psychologiques, maisdes conditions phénoménales. Ce n'est pas non plus la question de savoir si , quand la matière se témoigne aux sens , c'est-à-dire quand le phénomène est changé en expérience, le pensé est changé en réel. Cette question l'egarde la nature humaine plus que la nature inanimée, et bien qu'il y aille de la réalité de celle-ci , elle importe encore plus à celle-là ; car en la tranchant , on décide de l'autorité de ses facultés, et les questions de droit passent avant les questions de fait. Mais la phénoménologie s'enquiert des conditions du mouvement perçu par les sens. Elle étudie ces questions difficiles, si chères aux anciens, non moins qu'aux physiciens du siècle de Descartes. Le mouvement est-il chose apparente ou réelle, absolue ou relative? Est-il possible, et comment l'est-il? Est-^il commun à l'espace et à la matière qui le remplit? Nous laisserons de côté ces questions qu'éclaircit à peine la subtilité la plus pénétrante. U suffira de dire qu'il résulte de tout ce qui a été exposé qu'il n'existe que le mouvement relatif, le mouvement absolu ne pouvant
être que celui de l' universalité des choses , qui ne laisserait riep en dehors des mobiles qu'il entraînerait ai^ec lui. Or^ c'est la une conception qui répugne. En effet , un tel mouvement supposerait toujours un espace pur, un vide absolu. Or, ou cet espace est réel , et le mouvement alors lui est relatif, ou cet espace n'est qu'une conception nécessaire, et une idée pure ne peut être le contenant, le champ , le corrélatif d'un phénomène empirique. Donc point de mouvement absolu. Ainsi par une triste conséquence, la science de la nature aboutirait à un vide incompréhensible , et s'il fallait en croire la philosophie transcendantale , toutes lés fois que la raison veut dépasser les données dans lesquelles lui est présentée la nature des choses , elle irait se heurter contre ses propres conditions , et au delà des phénomènes ne rencontrerait qu'elle-même.
Mais hors de ces doutes de la critique idéaliste, il est ime science des phénomènes qui suppose la réalité, et qui décrit et explique la nature comme si elle existait. Les Anglais, d'après Newton , l'appellent la philosophie naturelle. C'est la vraie physique générale. Ce serait un travail intéressant que de la rattacher aux principes que nous venons d'exposer. Ce ne serait plus , il est vrai, traiter de la matière, mais du monde. Les notions primitives qui servent de fondement au système du monde, sont la substance et la cause , d'où la stabilité et l'ordre. A ces données de la raison , la sensibilité ou la perception en général joint l'espace, l'étendue, le mouvement et la figm^e, ou la matière. A l'aide de ces deux ordres de données , l'observation et l'induction recherchent et constatent les lois du sy»» II. 20
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tème et ks ipropriétés de$ oorps* Au point où les jcieDoe» wut panreiiuet, ce aérait un bel ouTrt^ qae rexpotition Tniment philosophique du système Âi monde» Ce semit «ree {Jus de sagesse , avec une pins l^itime confiance, accomplir Tcenvre de laquelle Deseartes a dit : « Après aroir rgeté ce que ce nous avions autrefois reçu en noire créance, avant c( que de l'avoir suffisamment examiné , puisque la êc raison toute pure nous a fourni assez de lumière <r pour nous faire découvrir quelques principes des i< choses maCérielles^ et qu'elle nous les a présentés a avec tant d'évidence , que nous ne saurions plus ir douter de leur vérité , il faut matntemnt essayer « si nous pourrons déduire de ces seuls principes « l'expUcation de tous les phénomènes , c'est-à-dire a des efiets qui sont en la nature , et que nous aperce cevons par l'entremise de nos sens. Nous ' oom^ Ci mencerons par ceux qui sont les plus généraux et « dont tous les autres dépendant, à savoir par l'ad- (c mirable structure de ce monde visible ' . n