‹ Essais de philosophie (volume 2)Chapitre 23 sur 42 · II · texte numérisé non relu

II

thodtfs mêmes? Dans l'un ou l'autre cas ^ coDimeui se Jëlerininer d'avance entre les méthodes ôa> les l^rocëdlës? Comment ne pas iMonneir péniblement et ne pas souvent s'égaper? Il £siud4^ait une méthode pour trouver la bonne méthode^ un procédé* certam pour s'assuper du bon procédés Est-il u» caractère aucpue)^ une <|uestîon étant donnée, on puisse jtifev d'avance dans quelle forme elle doH être traitée^ et (|uel procédé expérimental ou intuitif, inductii^ aa déductff , en donmera le plus sûreaient la bonne solutiem ? « Il faut que nous appfenioM avaint tout^ (X dit Ar&stote j quelle sorte de' démonstoation con-^ (c vient a cbaque ob^t partieulies > car il serait (c absurde de m^r ensemble cjt la reoberebe de bi cf science et celle de sa métbode; deux choses dont ir l'aequi^tfo» présente^ de g;randes difficultés « ' n

Stous revenons ainsi à l'opinion comisiune des ^bilosophesy et biep que la cause printîtîte de V%w^ vauv philosophique tie soit pas néc^issaipoment dane nn défaut ^e méthode^ on doit admettre qucf dane la dîsenssion critiqué , toute philosophie erronée peut être rametiée p^ar abstraeiion k une erreur ^ soit clalis h ehMx dé Id méthode, seit dans l'eatfploi du pr^* eédé méthodique^

Kone cifoyoBs que cette doublé erreui' se reU*ouve dane t^ul système philos«fphique^ qui nie l'existMoe de reâprit> et oela vient ^.^Ibn nous, d'une en*eur générale sur la méthode ccmsidérée en elle-même « On KH jiigerâ si l'on vetithietilitié éet Essai, eonsacré à fe péoherehe de quelques principes sur lai méthode, et k Vappiieation de ces prtneipês a la quee* lievi de l'existenee de l'esprit^

DE. h*tsnm. 3S5

n Le lord Bctcon^ dit Leîbnitz, a CDrameneé i neltre Tari* d'expérimenter en préceptes '• n L*optmon générale est , depuis Bacon , ^^il n Y * divns ka siriences qa'aoe métliode^ la méthode expériraenlate Ainsi , da moins , rappellent les savants français ;

Bacon ne hil doone pas précisément œ nom. Ce n*est pas id le lie» d-eyposer m méthode en détail; D'^Alemberty pnmno«is, Fa esquisséeàgramds traits; et dqmis D' Akmbert , dans la patrie même de Bacon y des écriirains éminent», Plajfair , Sleirart, sir John Berscbel, M. Hallam ont d'nn commun ao^ cord y et snrec autant de clarté que d'élégance , arn^ljraé l'esprit de sa philosophie et décrit le motnrement scientifiqae qu'elle a produit ^

Ver» la fin da règne de la philosophie du mojen Age, fr cbns cette obscurité de la nature et de Fâme, l'IUnslre Bacoo, dit Hersehel , resplendît au milieu des téïïùbmê eoonne une étoile matinale qui annonce l'aurore^ i^ Le jour que précédait cette aurore est la luonîère ttyc et diffuse de kr philosophie naturelle » ou, comme nous dirions, dé hi science de la nature fdiysiqQe. Cependant , bien que cette science tieime la grande place dans les pensées de Bacon y ses leçons et ses prérisioBs iront au deEt. L'obserration et

' Nouveaux estais sur T entend, humain^ Ut. IV, ch. XII.

* D'Alemberl, Diacon» préliminaire de TEncyclopé^e, et dans VMnejehpélsey faHùdePhihsophie expérimentale.^ PkjiUr, Dis* fcrtatioo prâimMoke à VMnejrel&pœdia Britannica, «— Herschd, Discours sur f étude de la philosophie naturelle, part. II, di. II et ni. — D. Slewarty JKstoire des sciences métaphysiques et morales, l'^pavt^ leel. 1, cb. If. — H. Halbra , Histoire de la Htté^atare de ÏEurùpe pendant les t^^ zyi*«t zrii* siècles, T. III, di. m. Yoyez aussi 1m iotrodactions exactes et iatéicasantes qoe M. Booillet a mises en tête de son édition des Œuvres pbilosopliîqoes de Bacon, 5 tA ia-8| Parfs^ i835 ; e'est nn travail

356 ESSM X.

Fe^périence sont bien les prîncipales sources de la connaissance des faits. C'est par elles que les faits ou phénomènes sont. distingués^ constatés, décrits , analysés; puis, sur cette base des faits particuliers , s*élè¥e une série de généralisations inductives y trans^ formées peu à peu en lois universelles, qui par une série de raisonnements inverses redescendent des faits généraux aux faits particuliers. La méthode inductive , tel est le vrai nom de la méthode de Bacon ; aussi les Anglais ont-ils souvent donné aux sciences naturelles la dénomination de sciences inductives.' Mais ce n'est pas à elles seules que Bacon promettait une grande restauration et de saisies accroissements. Il dit en termes exprès qu'il entend soumettre éga«lement à ses vues les^utres sciences, les sciences logiques, éthiques, politiques. L'œuvre de Bacon est une réaction ; comme tous les génies cï^itiques et novateurs, le sien est polémique. 11 se jette du côté des sciences naturelles , parce que ce sont celles qui ont le plus besoin de l'expérience et celles que le moyen âge en a le plus étrangement destituées. La scholastique s'est consumée dans l'étude des choses abstraites, et elle a traité la physique même par des principes a priori. La logique est devenue avec Aristote , ou plutôt avec ses modernes commentateurs, la clef de toutes les sciences, ïorganon. Avec Bacon , la nouvelle clef, le noui^el organe sera natu* rellement l'induction, peut-être parce qu'ArIslole appelle de ce nom la contre-partie du syllogisme , et cette nouvelle logique deviendra comme le prospectus de toutes les découvertes dont s'enrichira l'esprit humain. En effet, toutes les écoles philosophiques qui se piquent d'être expérimentales , ont consenti

DE l'esprit. 367

à ratfacher au trône de Bacbn la chaîne d'or de leurs ** idées. La philosophie française du xviii* siècle lui rend plus qu'à Descartes ; Reid et surtout Stewart n'ont pas hésité à témoigner au père des méthodes naturelles la reconnaissance de la philosophie. Kant lui-même a écrit ce cpii suit : «r La philosophie doit « une partie dé son amélioration dans les temps mo- (f dernes , d'une part à une plus grande étude de la u nature y d'autre part à l'application des mathémaf< tiques à la physique. La méthode que l'étude de (c ces sciences fait contracter dans la conduite des a pensées , s'étendit aussi aux différentes parties de « la philosophie proprement dite. Le premier et le « plus grand physicien des temps modernes fut Bacon (( de Yerulam. 11 suiTit dans ses recherches la Toie de u l'expérience 9 et fixa l'attention des savants sur l'im* (( portance et la nécessité des observations et de « l'expérience pour découvrir la vérité '. » Et M. Cousin , rendant hommage à Vesprit du temps qui lui-même est î œuvre de Vesprit général du mjonde, dit en termes formels : « La méthode d'obc( servation est bonne en elle-même. • . . nous n'avons c< foi qu'a elle y nous ne pouvons rien que par elle. . . . ce La méthode est irréprochable , et elle suffit toui< jours ; mais il faut l'appliquer selon son esprit. II a ne faut qu'observer, mais il faut observer tout..., cr n faut emprunter à Bacon la méthode expérimen- (( taie , mais ne pas corrompre d'abord l'observation a en lui imposant un système. Il faut n'employer que (c la méthode d'observation y mais l'appliquer k tous ^ les faits , quels qu'ils soient^ pourvu qu'ils existent ; fc son exactitude est dans son impartialité, et l'im-

\ Logique ; introdacdoD , lY, traductioD de M. Tîssot.

358 £8&àj x:

irpartiallié tue se tranve que dans TëteiHlM. Ainsi K petttH&tre ^ ferait TaUiaBce tant redhenhée des «^cieBoes métaphysiques et pliysîijues, non par le a Mcri^œ systémàtii^ des uti^ bux MUixeA ^ nom «r par Tuuitéde leur méthode apidiqitée à des pJicacH fc mènes divers '..•«• Ici comafeeaiUearfif coHome par* (c tout 9 je me prononce pour oel4;e méthode «qui {dace a le point de départ de toute saine j^ilosopUe dasift t( l'ûliservation \*«« d

Mais M. Cousin a dit aussi : «JLa pnemièce aberRa«> i< lion de la vraie jstiéthode philosaphique frÂei^ de u Baoon. j) Nous le pensons comme lai , et œ n'est pas seulement, comme il ledit, parce «qu'en recom** mandant robservaJ/ion , Bacon n'a Jii kmt observé , ni eonnu tout ce qu'il devait observer ; c'est aassi p^rce qu il a crujou fisiit oiioire que la méiiiode d'ob* aervation était toute la méthode.

Si l'on lient voir dans Bacon le r^onautiegur de la fkilosqpJde {.Herschel )» c*est dmac seidement la philosophie natuxtelle -qu'il faut r^aidbr. Encore d'autres accompLissaient-'ils, ^us l'avoir entendu , h réforme dont il était eomnxe ie .missioaniaipe* C!ekû que Voltaire appelle Je maître ta penser de l'Italie , Galilée 9 observait et expérimentait^ il pesait etmesnrait, puis il traduisait les faits constatés en lois générales jy pendant que Bacon preaci^tvait et ;cé«lébrait la .méthode des découvertea. L'un marchsûl; f pendant que l'autiie vantait, le .mou^irement^iet nous conce:vons l'opinioti de Hume , qui daolara Galilée supérieur à. Bacon .L'un a donné des leçons^ l'autre des exemples,; l'un a été la théorie , J'iiulrte la pni«*

* Fvagpi., pi*éf. de la première édition.

* Ibid.ffiréf, de 'la seconde édition.

DE t.-'flBmiT. 9M

tiqa^^ «Miis ta«s 4euic «aos ee €OfK)Wtw , 8WS se rW 4é^o^ Vmk à f wtre , ^«ft à §MCiaÎ6 «tiaehé leur tioal 4 lagloi^^we époque durenonvetlementdesisclepoes. iGi#IUe,«^GS queBaeott, ain^i q[ue, |diu8 tarél, 9^cMrtes , foti'advenscfîre .d' Ai45tote. B osa , au mîtîea des huées de Fécck, attaquer (e maUre, et Fou tf t que ses premiières ex|>érîences sur fa .diute des graves furent sifflëes par les spectateurs, împaCJents TeugeuFsdc ffecw^ueur aristotélique. C'est un fait renMiquaUe .qu^aucun des-créaft«ars de la «cîence moderne n'àît oru |K)Uvdir inaugurer le règne de la véxitë que par des imprécations contre un des plus grands phHosopflies de ran£iquité. Tous, chacun à sa ntamère , ont entendu rappeler la science a la réalîfté , et sijbstituer l'étude patiente des questions à la passion aventureuse des solutions spéculatives ; tous se sont -conjurés contre Arirtote. Si cependant on le juge par sou Traité des Animaux, iliest comme naturaliste le père de Fobservatîon. Si l'on se ra|>pélle sa pdlëmique contre Platon au sujet des idées , et quelques passages célèbres concernant l'origine de nos connaissances , on peut voir en lui un des foudateurs du sensualisme , c' est-a-dire de la philosoplii^ qui se donnepour éminemment expérimentale. Enfin si l'on considère sa Logique, il est l'auteur de l'analyse la plus. exacte, la plus réelle, la plus évidente , d'une classe importante d'opérations intellectuellesj et depuis deux mille ans , le doute n'a pu entamer cette mécanique de la pensée. Et pourtant, ce philosophe olwervateur , empirique , démonsti^atif , a été attaqué par les plus grands esprits comme le promo»teur et le représentant de la science a priori^ de la synthèse hypothétique , de la philosophie toute spé-

culatlve qui. invente la vérité au lieu de la découvrir. C'est du moment où son empire a pris fin que Ton date en général l'avancement de la niéthode , et la scholastique , nom vulgaire du péripatéti^me des modernes, est devenue synonyme de l'illasion systématique. Âristote a été traité comme l'ennemi commun par tous ceux qui ont prétendu observer ou la nature ou la pensée.

C'est qu'Âristote n'est pas seulement l'auteur de sa Zoologie 9 de sa Logique, de sa Politique, cet esprit des lois de l'antiquité; Il n'est pas seulement le grand observateur qui décrit les animaux , la raison , les gouvernements ; il est aussi l'auteur de la Physique, de la Métaphysique , du Traité de l'âme; et dans ces ouvrages il est souvent, s'il n'est toujours, le spéculatif hardi qui prononce par le raisonnement sur ce qu'il ne peut décider par l'expérience. Certes, tout n'est pas chimère dans sa Métaphysique ,- l'exposition et la critique des divers systèmes sur les premiers principes , sont pleines de logique et de sens, et parmi ses Idées théoriques, combien n'y en a-t-il pas de vraies et de positives, bien que présentées plutôt comme des vues de la raison que comme des inductions de l'expérience ! Mais enfin c'est de la métaphysique ; de cet ouvi^ge même , la science a tiré son nom ; presque tout d'ailleurs y est énoncé a priori. Pris comme point de départ de la science^ ce livre, qui en est plutôt le terme, ne pouvait qu'égarer la science. La philosophie première n'est pas le vestibule de la philosophie. Quant à la physique d' Aristote, c'est encore de la physique dogmatique, où il est plus facile de trouver un système sur la nature que la connaissance de la nature. Bacon

DE L'EdPRIT. 361

et Galilée earent donc raison de penser qu'il n'y aurait pas de science véritable tant qu'on placerait Tautorité d'Âristote au-dessus de l'observation. L'autorité , c'est la , et non pas Aristote ou nul autre , l'ennemi commun contre lequel ont conspiré tous les philosophes modernes. L'autorité, c'est-à-dire le dogmatisme immobile , voilà ce qu'ont attaqué toute leur vie Bacon et Galilée» Nevtrton etDescartesi Leibnitz et Locke y Reid et Kant. C'est un malheur pour Aristote que d'avoir été tout-puissant, et, Gomime le dit Bacon , dictateur. Il resterait plus de choses de son empire, s'il eût été moins absolu.

Si la liberté d'examen est le caractère permanent de la science moderne, il suit nécessairement que la méthode qu'elle pratique et qu'elle affectionne doit être fondée sm^ l'observation des faits. Du moment qu'aucune autorité magistrale n'est acceptée, la spéculation doit devenir suspecte et timide. Elle obtiendrait peu de crédit, et se ferait difficilement écouter. Aussi l'esprit défiant des modernes oblige-t-il les philosophes à se tenir le plus près possible de la réalité , à en appeler sans cesse à l'expérience de tous et de chacun , à ne féconder cette expérience que par les inductions les plus immédiates, les plus vérifiables, à ne marcher jamais qu'à pas lents, par des voies accessibles, et par un chemin qu'on puisse incessamment refaire d'un sens dfins un autre, soit pour retourner au point (le départ, soit pour revenir au point d'arrivée. C'est en effet ainsi que procède en général depuis environ trois siècles la méthode scientifique. Le monde à bon droit retentit de ses louanges ; car il est rempli de ses succès.

Le dernier siècle a fait, il est vrai, des distinctions

ésms la aaelhode «Kpérimentaie. Il a Muirté mat It fiÉB^rakce epive l'analyse et la ajntlièté , €fl; ft a Tante la première oooMne 3e mo^^eo de k vérill. SaÎTimt les disciples de Lock« , d'est ^ f analpe que stat dves Iwmtes les dëoouTertes ; 'd'est par die >qae les xxmtiaiasanaes s (MfiiièFeu t de l'ordre et 4e ia dart^ eUe 'ee^ )e TéritâUe 'Organon. Le géc^ie n^e^t^ue la patienee, la partance est Tonalyse, etcd\&-<i, qui a pontr base la sensation , a pour f^nide t'a^nalogie. C'était dire en d'autres termes qae lia tnérîiode s'ap^ pujak sas* l'observatioii <et s'avafiçait par rkidkietiou. Les méthodes sjnthëtiqiiies furent doae flétri^ et proscrites. TouX: ie mojen i/ge, toute la scholastkpie fut accusée >et >conT»mcue du crime «de synthèse^ eO; faccasation (remonta jusqu'à l'iaati^té. Je ne sais si 1^ daigna même remarquer qu'Artsto<te du moins avait immtré quelque talent pour l'uiialyse. Quant à Platon f il fut convenu qu'9 ne /«n doutait point. Sa ^j^^^^q^^ ^^ subtile et qui dissémine la pensée et le raisonnement -en éléments si ténus , fut traitée comme la sytit4ièse grossière d'une imagination poétique.

Quand on Kt avec attention les ouvrages de Gondillacy si lucides d'aiUeui's, 0t d'une ai précise élépgance, ceux jie ses dignes élèves. Garât, Tracy, oiliêxne La Romiguière , on est sans «cesse arrêté par une singuliève contradiction ; leur pbltosophie qiK nBCommande l'analyse, pratique habitnelHement 4a synthèse. ^Gomment procéde-t-^lle en cifiet? Une iM)rt;ion étant donnée , pour l'édairoir 0t la vérrfer, à\e se reporte immëdiartement à 4a sensation , et «de là marchant, comme elle dit, du connu àl'inopnna, du simple au composé, -elle descende 4a sensation

DE x'eâPJOT.

à l'idée^ de l'idée h moijx» eotapkxtù ceiie <}iii Veft davantage 9 et ainsi de suite, toujoum .étendant^ développant, coni|>liq«aot l'idée d'aboi4 voisine de la sensation^ pour l'aMeuer à T^t loù la ^uesAiûB le jficptert , et jomnbrer aluai xomment «ceUe idée s'£st lonmëe. Or^ «c'est ivâdraunent là uu ;prAcédé synthétique. JI ju'je&t £Ùr^ jouv^eat jDoéme il n'^sJ; p(»> sible cpi'.à la coudixion xl'ane analyse préalable^ et Vqq ne peut .suivre de la lacine amc l>ra2i£ihes ja généalogie d'une idée , ausst bien que d'une iàmilk^ si .elle n'a été autàieuFement xe^mi^fée en reoaoB-» tant des itameaux h la aouchiD* La philasDpbie idies sensations a établi une fois pour toutes q«e tout vient de la sensation;, et .sur ce ju^iaacipe., qui lui pa* rait équivaloir à, une .analyse^ elle part a priori de la sensation pour en dériver tautes les connaissancea. Engagée lainai par ^on principe à tout expliquai, on plutôt il tout reproduire par cette Bynlkèse, elle «est souvent conduite à d'étranges onûssions , et plus souvent ce n'est qu'à force d'adresse qu'elle raLtafihe au même iil toutes 8t$ idées. Si i adoptauft une m«>cbe inverse, si, observant avec attention les idées toutes foi tes 9 elle en avak recherché ies étémenli, grâce à la sagacité de ses habiles interprètes^ dLle u'tm aurait labsé écliapper aucun ^ et faisant^ comme dU Descartesj de^ dénoMokremetits plue complets, des rei^tws plus générales^ .elle aurait démêlé des no* tions et .des principes, qu'ensuite peut«ètre «elle n'aurait su par aucun umtilice réduire à la sen&atloOi Mais «lie n'a jns assez tdécomposé, dile a négligé l'analjse.

Qu'on se rappelle bien tce que c'est que l'analj^e .:

c'est un procédé de la chimie; c'est un procédé des mathématiques.

Offrez à la chimie un mixte quelconque, dont la nature lui soit inconnue. Pour la connaître, elle l'analysera ; c'est le décomposer. Gomment s'y prendra-t-elle? Ira-t-elle choisir en dehors un élément, et ^n ter en le mettant successivement en contact avec d'autres corps, de le faire passer successivement par divers états, pour l'amener, de combinaison en combinaison, à la forme du composé donné? Ce procédé serait long, douteux, il livrerait beaucoup au hasard, et ne pourrait se justifier que par un système préconçu qui , dans tous les mixtes , ne verrait qu'un même élément primitif diversement modifié. Le système serait faux , et le succès accidentel et rare. Mais quel serait le caractère de ce procédé? celui d'un procédé de composition; il tendrait à retrouver la composition d'un corps, en essayant de le reproduire , procédé excellent pour la démontrer , mais mauvais assurément pour la découvrir. C'est le contraire de l'analyse. L'analyse prend le corps tel qu'il est, elle le traite par le feu, par l'eau , par les réactifs , et ne prétend pas le refaire avant de l'avoir connu. L'analyse des sensualistes agit précisément en sens opposé; elle est l'inverse de l'analyse chimique. Elle prend la sensation comme l'élément primitif universel , et se fie à elle pour reproduire par des combinaisons successives l'idée dont elle veut se rendre compte.

Dans les mathématiques, l'analyse, comme partout , remonte du composé au simple , et tout le monde sait que lorsqu'un problème est posé, il faut

DE L*£SPRIT. 385

d'abord ledîyiser dans tous ses éléments. Sans doute il peut arriver que>, dans le cours du calcul , les quantités subissent des transformations qui les corn-* pliquent, mais toujours le dernier terme de l'opération est en définitive une expression^ sinon simple, au moins formée d'éléments connus. Dans le fait, ce qu'on a appelé le plus communément analyse , c'est la résolution des problèmes mathématiques opérée, en les léduisant à des équations et en les traitant par la voie du calcul des grandeurs en général. En ce sens, analyse est presque synonyme d'algèbre , et c'est parce que les modernes ont perfectionné l'algèbre, et en ont fait des apj^ications trèfr-étendues , qu'on a dit si souvent que la méthode analytique était la méthode des géomètres modernes. Les anciens ont en effet exposé synthétiquement la géométrie ; les Éléments d'Euclide sont le monument le plus renommé de cette méthode qui part des définitions et des axiomes pour parvenir à la preuve des propositions, et de ces propositions prouvées à la preuve des suivantes. Le problème étant posé, on le théorème à démontrer étant donné, elle fait une construction , et puis démontre que par cette jconstruction le problème est résolu ou le théorè9ie prouvé. Cette méthode exige évidemment une re* cherche et une vérification préalables ; elle est propre à enseigner, non à découvrir; elle suppose la science et ne la crée pas. L'analyse, au coq traire , ou plutôt l'exposition analytique procède ordinairement par une hypothèse; elle admet le problème résolu, et par les conséquences qu'aurait cette solution , la vérifie ou plutôt la démontre. Au fond, c'est ainsi qu'agit l'algèbre, et toute équation est déjà une so-

cf'est^Hlire f radtaife eif qtefrfitéf Gdniraes oa iniBi^ dîatement edffttsnaittMes.

II smît qaeni TdfKifysecfctfmqae, ni Fanal^inaitAéiMl;fqife fie pettC servir cte type à edie des pfcilo^ «^es du xvi*n^ siède. CbimEieDt eTf^Nfuerons-noos la «éprise q«e nous lenr arons reprochée?

KfHil distingMP TsmûlysehïteetVMsXytei, aire, fal sfBtàèse feite et is synthèse à faire. A propre^ WÊtni parier^ kr nëfiNxle anat jf kpie est ce^ qaï procède par l'amatjse à £rire. Mais ceHb-là est nëcessafteoàeM eondanmëe à fftiomer e» marchant ; e'^eat pmr eela qtf etle a été appelée aoéthode dea décoH- ^ertea; et quand dea philosophea Temploîent dans f eaqposiliMm ,■ ctsA pour ae report^ par hypothèse SKI pmnt oâ ila éfaienf avant d'avoir tronvé lanr ajnrtèwe, et po«ir asaoeiier, en qvidqtBtesK}rîe, par na »Ëeît hkloriqve'y lediaerpleon te lecteur a Finférét et MB ttérrte delà déiroaverte. Ils refont avec Iiir le diev sikir coomie s'Ha n'étaient pas dé^ arrivés an terme. Mais d'ordinaire , noe feia qu^ila ont opéré, rérf^ IcBtent et pour leiir prcipre compte les recherche» de ertte analyse^ ii^y renoncent^ et reprenant les idées âmts Fordre inverse, Sa se servent dbs résuftaCs die Fanalyse ponr feeompoaer avec cerf rtnife. C'est cette Méthode , analylMpfedana sea antécédents , mats syn- Ibélique dans son procédé actoel , qtxf^ nosr philosophes ont appelée analyse, perce qit'dle s^appuiesur Fanalyse, et la suppose nécesanirement quoiqu'elle Opère par la aynthèse; seulement son point de départ est ou devait éfreun résuftat analytique. De Kl Tëquivoque et ht confusion dans Pidée qu'on en donoe^ dbns le nom qu^on fcn prête* Par suite on a

•f pelé ^ptt4k<Uq|ife Mule mélbode ^\ partait sons: «Mmen de soiiMia tn^^ éclakr&îes ^ oa de dé&ftUîoiis a priori y lors ménfe- qu'elle chercliait à ks sîmpfw fier f^ogres^*?eBte&t et à y relrouvet la iFëi*ité , ti)on e» le&déTeli^paiU p inaié en les creudant* Aiosî daos^ la làtigae de» écrit ain» du xvffr siècle, la méthode aiMilytiqiie est cetfe ^i si anafysé^ la sjntbétkitfe eelte ijni n'a f0a analjfsé* Peu importe ensuUe que TMle ou Tautre procède par voie <le eomposi rîon oa de décompdsîticb/ En général Tune Cootttie l'autre proeède '[^tdi par la C6fètposîiîon$ maïs l'une est guidée par Ime dÀMUnposiliôn antérieures l'autre j» |iartai>t souvent d'u» principe arbitraire p fiif^ae de marcher an hasard*. Synthétique » dans* la langiite que HoU^ mierprétons eii ce moment^ désigne donc le cairaetère d'une aaéthode qui prend sans esamen ke pFôduiis de kl synthèse du sens commun »

Dan» ces termes^ il est clair que^ bien ou nia} tmmuÈdt j la nféthode analytique est la meiUeui^ des deux> lUai» d'ailteurs^ non» somme» loin de croire que ce soit utie rà|^ absolue que de procéder analj^* tîquenlent, c'est-à-dire par voie de déc<miposition. En général^ comme dan» le» mathématiques, les deni procédés ont leur» avantage» ; il est bon de les employer snccéssiTeftient ^ de le» térifi^ l'un par l'autre) il est quelquefois inévitable et sans danger dé le» mêler et de montrer tour h tour en quoi se résimt une idée^ pui» comment se forme une autre idée i et deméftie que dan» une expérience de chimie un peu Compliquée lea phénomène» de combinaison et le» phénomètie» de âéparation se suivent , ée répondent , concourent même pour arriver à la décomposition finale I il est difficile de remonter ton^

jours ou de toujours redescendre. La progression , la régression, la digression, sont quelquefois toutes nécessaires pour atteindre la vérité.

Ce qu'il y a de particulier dans la philosophie de l'analyse française , ce qui lui donne son caractère , comme aussi ce qui Ta souvent égarée , c'est l'apr plication qu'elle a faite de l'analyse. Armée d'un principe a priori ^ la sensation^ elle a considéré celle-ci encore moins comme fait que comme idée , et de l'idée de sensation elle a prétendu dériver , toujours sous le nom d'idées, toutes les connaissances réelles ou spéculatives. Elle ne s'est pas posé ce problème : quelles sont les choses, et qu'y a-t^il de vrai? mais celui-ci : comment telle idée peut-elle être tirée de la sensation? Elle a substitué à la recherche de la vérité de nos connaissances celle de l'origine et de la génération des idées. Elle a donc fait de la philosophie , dans un sens nouveau , une science idéale , et c'est pour cela qu'on a fini tout franchement par la nommer idéologie. Or, c'est spécialement cette recherche de la formation des idées qui était l'analyse du xvm* siècle j celte analyse est le procédé idéologique. (( L'analyse , suivant la défice nition très-exacte de l'Encyclopédie , consiste à re* u monter à l'origine de nos idées , h en développer (c la génération et à en faire différentes compositions ce ou décompositions pour les comparer par tous les

' ce côtés qui peuvent en montrer les rapports. » Il est clair qu'une telle recherche peut être fort ingénieuse, parfois même très-utile, mais elle tend a dénaturer la philosophie en la changeant de science des choses

c en science des idées, et bientôt de science des idées en science des mots, puisque le catalogue de nos

DE l'esprit. 30»

idées est dans le vocabulaire y et que la formation des langues est l'histoire écrite de la formation des idées. De la sorte , toute méthode devient une langue^ toute langue est une méthode , et la philosophie peut se résoudre dans la grammaire générale. Mais ceci nous conduirait trop loin ; nous en avons dit assez pour que Ton comprenne comment , sans repousser l'analyse , en l'employant au contraire de notre mieux , nous ne professons pas l'analyse a la façon des disciples de Locke , et pourquoi nous ne pouvons regarder comme unequestion de premier ordre, comme la question fondamentale , celle du choix à faire entre la méthode analytique et la méthode synthétique. L'une et l'autre sont bonnes , puisque , dans les sciences; il faut tantôt combiner , tantôt diviser, tantôt composer , tantôt décomposer, tantôt ajouter, tantôt soustraire, tantôt diflPérentier, tantôt intégrer, et la méthode expérimentale en particulier doit dis- . tinguer les faits pour les connaître , et les remettre * ensemble pour les comprendre '.

C'est donc à celle-ci qu'il faut en revenir pour étudier dans son principe même la méthode des sciences modernes. Après tout, l'analyse elle-même du dernier siècle empruQ tait à Tobservation son principe, quand elle rattachait toute la science à la sensation, et le sensualisme s'intitulait philosophie de l'expérience. Toute L'analyse des sensations et des idées n'était qu'une induction de la sensation. Nou3 retrouvons donc encore ici ces mots sacramentels, observation ^ expérience , induction ; et nous sonunes

' Voyez sur la distiactioa de l'analyse et de la synthèse, DescarteF, T. I. Réponse aax deuxièmes objections; Newton, Mothod, in phi\ ios. naiural, ; Optic. lib. III ; Kant, Logiq., iatrod. YIII.

afuswé de; dq rkn omettre d'importéni pour notre otj^t f e^ coDtinnant de qous MUiolier h l'escftOMaD de la médiûde gui se recommande pur eea troi» lacto^

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