DE LA MÉTHODE INDUCTIVE
Les mathématiques ne doivent pas leur certitude à la méthode expérimentale^ et les mathématiques sont nécessaires à ' la physique. La logique ne doit pas sa certitude à la méthode expérimentale, et la logique est nécessaire à la physique, aux mathématiques, à toutes les sciences. Les ma thém,a tiques et la logique même ont des premiers principes qui ne sont point de pures vérités d'expérience ; ces premiers principes appartiennent à la métaphysique ou à la philosophie proprement dite ; la méthode expérimentale n'est donc pas exclusivement dominante en philosophie. Ce sont là, nous le croyons du moins, des vérités solidement établies.
Cependant, il doit rester quelque doute, ou plutôt quelque embarras dans l'esprit de ceux qui se rappelleront ce que les Écossais^ ce que* M. Cousin ont dit, ce que nous avons dit nous-méme de l'observation et de l'induction. Proscrivons-nous, dédaignons-nous l'observation? non certainement; d'abord toute connaisance débute en fait par des perceptions; et déplus, pour savoir et pour comprendre, il faut faire attention aux perceptions, c'est-à-dire observer; car enfin, il faut bien savoir de quoi il s'agit. Rejetons-nous l'induction après l'avoir conseillée, et la dégradons-nous du titre dj procédé scientifique? nullement; et nous devons ici péné-
DE l'esprit. 409
trer plus avant dans rintimité logique de la méthode inductive.
Ce n'est pas en effet la méthode expérimentale seulement^ si Ton entend par celle-ci l'empirisme, c'est la logique inductive que les interprètes éclairés des doctrines de Bacon appliquées à la philosophie ont prétendu substituer aux méthodes de la scholastique. Suivant eux, les philosophes les plus épris des droits de Tintelligence pure , Descartes par exemple^ n'ont avancé la science que par d'heureuses inductions , et le génie de Bacon plane sur la métaphysique comme sur tout le reste. Il importe ici de se bien expliquer et d'éviter toute méprise.
Nous pourrions nous contenter de remarquer que l'induction étant de sa nature une conclusion du particulier au général , se rappi-oche beaucoup de l'analogie^ se confond presque avec elle; et comme de l'aveu des plus habiles promoteurs de la philosophie inductive, il n'existe entre l'analogie et l'expérience qu'une différence de degré et non de nature % tout ce que nous avons dit de l'expérience s'appliquerait légitimement^ a l'induction ', celle-ci ne serait donc pas l'unique flambeau de la science. Mais nous ne pouvons nous en tenir à ces généralités; nous risquerions de paraître jeter sur la philosophie inductive un discrédit dont pourrait profiter le scepticisme. 11 faut donc qu'on nous permette d'établir avec la dernière précision la théorie •de la démonstration^ celle de l'induction," et de déterminer ainsi la juste part de l'expérience ; mais pour cela, il faut braver la défaveur et peut«étre le
• D. Stewart. Pfuios. de tcsp. hum., T. III, ch. IV, sect.jV.
ridicule de citer la logique d'Aristote. Demandona cette grâce et essayons ' •
Qu'un jugement général ou particulier, proTenant de l'expérience ou d'une autre source , nous soit donné sous forme de proposition ; si l'on en conclut quelque cliose f Cette conclusion p qui sera elle-même tm jugement dU proposition, ne se ratta-^ chera à la première qu'à l'aide d'une autre propo* sitiôn exprimée ou sous-èntendue^ qui sera comme le lien de la première à la seconde. Le chei^al est mortetp dofic les animaux sont mortels '• -^Ou bien; Les animaux sont mortels, donc le chei^al est mor^ tel. I)ans chacun de ces raisonnemetits , les deux propositions sont unies par une troisième non exprimée : Or le cheml est un animaL Gell&-ci sert de lien, pour rattacher dans le premier cas, à une proposition particulière une oonolusion plus gén^ raie | dans le second, à une proposition générale , une conclusion particulière. 11 est évident que dans les deux cas, sans la proposition intermédiaire, la conclusion ne serait pas légitime, elle ne serait pas vraie , elle ne serait pas même possible. Trois propositions ainsi enchaînées constituent Un raisonnement énoncé, disoiis le mot, un syllogisme.
Deux propositions quelconques étant données, chercher si Tune est ou peut être la conclusion de l'autre , c'est donc chercher si une proposition in-
' Lft théoritt d« ià déitiomu^ttoti et dft Tiadactioa m itt>afe dani là logique d'Arifitote^ AnàtyL piiih.^ lib. II, «ap. XXIII; AnafyU posL, lib. I, cap. XVIII, lib. II, cap. V. Topic, lib. I, càp. XIÎ. Ëlié a été expodée de nouveau pat* M. RavaissOn, dam ma Eisai iUfla ^tlttph. d'Atist , lib» III, ch. It.
' C'est-à-dire il n'y a pas incompatibilité' entre tanimaliit' et la mortalité' , et non pas lotit animal est morteL
DB L'BftPRIT. 411
MnttédiAtl^ eèt ]iOssibte^ dai)s laquelle un des termes de Tune soit uni à un des termes de l'autre | or^ c'est te ^« l'idMtkien des termes feît aisënlent dé-
Uh syllogisme est Une démonstration^ La ^opô^ éllioti démontrée > ti'est la eonelusîon; la eonelu^- Bidn> «'est Teitj^esàion d'au rapport entre deux CËMHàaa dotin^. Aitasî > potLv ne tious attacher qu'âh Mecoâd t^^temjje, ce qufe je veux MTbir^ c'est si le ekéi^ wt inJOftdy' ce qu^îl faut démontrer ^ c'est que /ë ^ckef^i est nmrtél. Noué supposons donnée «ëtte ^f^mière pMposttion : ïhnt tmimàl est mo^ Uîs ^àbttttni&ni nous foornirà»t-eUe k coilolusioil ? Par la proposition que le chenal est nA anifnal, <è'êst<4-dirë >p^ une j^ropositîon où animal, un des lefine^de ta j^temièt^ propositioti ok de la majeure» ê«it nui À tkêMly ttn des termes de la conclusion. jfJfnkMtl^ tËlinte qtti ne te troure point dans la condttsiôttv mais qui est commun aux deux {H-emières pTo^oëitfons > est donc le terme mojtsn entre les deul autres termi^ qui sb rencoiitrelit séparément An» iêl deuk pr^smièties propositions^ et qui ne se IroU^T^nt iiéUflts qvte grâce à lui dans la cohclusion. Siê lsi> «tt logique , Timportahce de l'invention du fiiçyeki tl^i^éi A est B; or B est G; donc A est G. <jle qui (hit lé lien de A éfc de C^ c'est B \ B est donc d'ililë grande valeur pour le raisonnement» il en ftlt tout le nerf} mats ce qui impoite finalement à là conubiisance^ c'est A et G. La logique tient gratid
' Je sais Tordre des lettres dans Àristote. L'expression aristotélique serait, en ejQTet : « La mortalité (A) est dahs animal (B) ; Tanimalité (B) dahs cheval (C) ; h tnortàiité(A) dans clitiTAl(G). AÉ, &t.
Ad. n
41St ESSAI X.
compte du moyen ^ et la science > du produit ou de la conclusion*
En thèse générale^ la conclusion suppose la connaissance des deux prémisses ; si elles sont connues, rien de plus simple que d'en tirer la conclusion. Si celle-ci et la majeure sont seules connues , on Tient de voir qu'on trouve aisément la .mineure, puisqu'à rinspection des termes, la définition de ces termes, s'ils sont préalablement définis, ou l'expérience, si l'on examine les objets définis et non les définitions, fait connaître dans le sujet de la conclusion un attribut de plus exprimé par le moyen terme. Dans l'exemple, il n'y a qu'à voir si la chei^al est un am^ mal, si B est dans G.
Voilà pour la mineure et la conclusion ; mais la majeure, il est évident qu'il faut qu'elle soit donnée, elle est le principe de la démonstration ; elle ne peut se déduire de la conclusion, ni de la mineure; elle ne ressort pas de la démonstration, précisément parce qu'elle en est le principe. Ainsi , dans la démonstration la plus simple, le principe n'est ni démontré ni démontrable par la démonstration même. Il faut donc, je le répète, que la majeure soit donnée : elle peut être donnée en étant dérivée d'une autre démonstration , c'est^-à-dire en étant la conclusion d'un autre syllogisme; c'est le cas le plus commun. Mais après avoir extrait une démonstration d'une démonstration, un syllogisme d'un syllogisme, si vous ne voulez tomber dans une recherche à l'infini, vous serez obligé de vous aiTéter une fois à une majeure qui ne supposera ni démonstration, ni syllogisme antérieur, qui sera vraiment un principe. Comment sera-t-elle donnée? évidemment, elle ne
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peQt l'élre que de deux façons : ou par l'expérience immédiate, ou a priori par la raison. Dans le premier cas, c'est un jugement particulier et empirique. Ceux qui n'admettent point de jugement a priori, sont ainsi obligés d'assigner pour tous principes, de science à l'esprit humain , des perceptions particulières. Ce n'est pas le lieu de revenir sur cette question, plus d'une fois traitée. Notons seulement ce point, que dans toute dëmonsti'ation donnée, la majeure est indémontrée , et que toute série de démonstrations remonte nécessairement à un principe indénronlrable.
Nous Tenons d'analyser le procédé déductif (apodictique des Grecs ). Recherchons maintenant ce que c'est que le procédé inductif ( épagogique ).
Si d'une conclusion et d'une mineure connues il est impossible de faire sortir, par une déduction syllogistique, ta majeure ou le principe général de la démonstration, il suit qu'au cas où l'on arrive- ' rait Cendant à la poser , à l'aide seulement de ces deux données, ce serait par une méthode nouvelle, qui ne naîtrait pas du syllogisme proprement dit. Nous avons : Le cheval est un animal; donc lèchevalest mortel. Évidemment, pour que cela soit vrai, il faut que tout animal soit mortel. Connaissant les lois du syllogisme, je puis bien me dire qu'il en doit être ainsi, et que si la conclu.sloii est vraii;, cest qu'elle a une telle majeure cl ijnc ctaie majeure est légitime. Mais la conclusion ne me galantit pas la légitimité de cette m:ij<:ui'c, comme cette majeure garantirait cette conclusion : clic nela démontre pas. En un mot, de ce que le cheval est mortel, et de ce que le cheval eatjto animât , je
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ne peai( conolupe que tout animal soft marieh Je ne peux le oonelure, je peux Tinduire. L'indttoUau est prc^rement cette Hiétkode nouvelle qui> ren^- ▼ersant le syllogisme, tirq la majeure de la comparaison de la mineure 0% de la conGluskm. TcUe est rinduction proprement dite, Tinduotion des logiciens. Il est clair que c'est un procédé kaaarrdeux , un procédé imparfkit '. Pour qu'unie majeway principe général de démonstration , soit conclue d'une conclusion et d'une minenra, il faut que le sujet de la conclusion soit l'équivalent du moyen terme; il faut qu'on puisse substituer à ee aujet tous les cas particuliers compris dans Textemion du moyen terme ; il faut enfin que Ton puisse indifféremment jitre animal ou chenal, et que tout oe qui est vrai de che^fal soit vrai â^ animal. Or, comment des deux données tirer légitimement one proposition générale? comment , sans aucune addition; convertir la mineure le cheifal est un animal en cette proposition : Chswil équUtaut à animal dans tous les cas particuliers du genrp animal? Il est évident que c'est là une conversion qui n'est pas légitime, une opération qui n'est pas rigoureuse; et de là le caractère général de l'induction, caractère qui persiste sous toutes les formes qu'elle peut prendre* Des deux propositions donnéQ3, il ne résulte qu'une analogie ; c'est par analogie qu'on peut conclure de la mortalité du cheval k celle des animaux. Lia conclusion par analogie ne diffère pas sensiblement de l'induction *» Il suit que la démpnstratiop et l'in-
* Logiq. de Port-Royal, III, ch. XIX, 9, ch. XX, 4. *. Kant a cependant distingué Pinduction et l'analogie. LHine est pour lui la conclusion de plusteon choses d'une espèce k tsutos les
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dnction s'opposent^ fane allant du principe à là conséqwiicç , Fautre de la conséquence au principe.
On remarquera que nous ne disons pas que des deux prQpo^lttons données^ l'une comme conclusIoQ^ l'autre comme mineuEe, on ne pourra rien conclure; mak qu'on ne p'rra pas conclure une majeure. Ainsi , de cette conclusion , le cheml est mortel p de cette mineure^ le cheval est animal, on pourra bien tir^ cette proposition , donc quelque animal est mortel^ Mais ce n*est pas la majeure du ^Qc^lsme en questiçn, c^est la conclusion d'un nouveau syllogisme , où la condusion du premier d<&yient majeure , la mineure restant la même. Mais pour adjoindre valablement à nos données^ sous forme de conclusion^ ce principe^ tout animal est mortel^ î! faut Tinteryention d'une expérience illimitée > il f9Ut une énuipération complète de tous les cas particuliers du genre animal j aboutissant Il prguTer que tous 1^ animaux sont comme le chwal. Or^ cette énnmération complète est généralement impossible; on est obligé de se contenter d^obaerrer le plus grand nombre ou un grand nombre d^ 0as ^ ou mieux , de s'assurer quil n'y a pas d'exception connue. Telle est la base de l'induotioD^ et Ton voit démonstrativement qu'elle n'est pas un procédé rigoureux : elle sert cependant de support il toutes les sciences naturelles. Sous quelqiic forme que se produise un raisonnement fondé
^<e«t«qpèees l'antre, U coDrlnstnw lAe ploaienn prafriétég onmmiww k4»»f^iQ$^ 4g tpcine cgpècc^ am autre» pro|MAétés QD taat ^'appartenant auméme principe (Zog/^., ch. II, sect. lU, $. 84)« Mais ce u^est pas là nne.diflirence radicale»
sur l'induction^ il peut ^ en dernière analyse ^ être ramené à la forme d'un syllogisme en règle, dont la majeure serait générale, et la conclusion particulière, et que l'induction intervertit en inférant la majeure des deux autres propositions au moyen d'une généralisation plus ou moins fondée, mais qui n'est jamais rigOBreusement légitime en logique , étant appuyée sur l'analogie ou sur xme éuumération peut-être incomplète de cas particuliers. Dans la réalité, la nature nous présente les faits dans cet ordre inverse de l'ordre logique, dans un ordre où une vérité particulière doit donner en déduction des généralités. S'il n'y avait, on doit le comprendre, d'auti^es moyens de prouver et de connaître que la perception, l'analogie, la généralisation et le raisonnement inductif, les connaissances humaines perdraient en étendue, en solidité, en autorité; plus de science proprement dite; la démonstration pécherait par la base ; elle serait une pure forme, un moyen d'enchaîner symétriquement des conjectm'es, et de leur donner une apparence 'scientifique. Toute la connaissance humaine ressemblerait à ces systèmes hypothétiques, hasardés, mais bien déduits, qui surgissent si souvent dans l'histoire des sciences pour briller et disparaître en quelques joints. Mais il n'en est pas ainsi.
On vient de voir que la déduction descend du principe à la conséquence, et que l'induction remonte de la conséquence au principe; l'une va du genre à l'individu, l'autre de l'individu au genre. En d'autreis termes, l'induction généralise, en prenant pour point de départ une conclusion élémen-
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taire oa une première et Immédiate indoction tirée d'uu jugement particulier, comme cette proposition tout chewil esi mortel conclue de la perception de la mort if un chei^aL Les logiciens ont raison de dire qu'a la rigueur une telle conclusion n'est qu'une présomption logique, ou un raisonnement empirique '
Il faut user des notions ainsi obtenues avec beaucoup de circonspection, et les i^érifier sans cesse. On devrait même pousser à cet égard le scepticisme plus loin, s'il n'y avait pas, hors de la logique, des principes qui intelriennent dans la connaissance humaine pour l'afiermir, et qui, étant du même ordre que ceux qui fondent la logique même, communiquent plus de consistance et de certitude aux inductions régulières de l'expérience. Nous avons déjà vu en effet que la démonstration supposait, c'est-à-dire démontrait en qi^elque manière l'existence de principes indémontrables. Il est d'ailleurs évident que l'induction, entendue comme elle vient de l'être , ne pourrait jamais donner que des propositions générales et non universelles. Or la science veut de l'universel, et il y a en effet de l'universel; telles entre autres les vérités logiques. La logique par son existence et par sa nature prouve donc des principes de science dont elle ne i^end pas raison , et dont elle est dérivée , ne pouvant être une gêné* ralisation de l'expérience.
Les accusations tant répétées contre la méthode
syllogistique d' Aristote ne seraient entièrement justes
' Kant. Logiq, , ioc. cit. Il n'y avait de rigonrenx que ceUe conclasion, le cheval est mort, donc il ùait mortel i et cette aatre , donc un cheval peut être mortel. Ab actu od passe*
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que s'il avait réduit au syllogisme tous nos moyens méthodiques de oonnaissanoe* Orj il n'en est rien. Aristote met en opposition avec le syllogisme , nais sur la même ligne ^ l'induction. Quoiqu'il rappelle syllogisme inductif ou épagogique ^ il la distingue cependant du syllogisme proprement dit; il Yoit là nos deux uniques moyens de certitude. Or, comme^ selon lui , le syllogisme ne donne pas les principes, il faut bien que ce soit l'induction. Us sont en effet pour lui des inductions de Pexpérience. loi^ Aristote pose avec une précision qu'on n'a point surpassée^ les bases du système de la philosophie des sensations, u L'àme^ ditril, a bien la sensation du particulier, mais la sensation s'élève à l'universel. * »
Sans examiner comment cette damière opinion s^accorde avec d'autres parties de la philosophie d' Aristote , notamment avec l'existence des notions universelles et nécessaires dont il fiiit lui--inéme tant d'estime et d*emploî , nous dirons que si Ton n'admet comme lui que ces deux méthodes, la déduction et l'induction , la première ne pouvant donner, en fait de vérités nécessaires, que des vérités subordonnées à des principes non déduits , ceux-ci doivent alors être induits , et il suit que l'induction a deux caractères ou se présente sous deux formes : elle donne tantôt des généralisations de l'expérience, tantôt des principes universels. Mais dans ce dernier cas, elle déroge évidemment aux règles de Ja logi-
' Voy. le ch. XXIIl du liv. III des Prem. analyt., dans la ti'aductHMi de M. Balhélcmy St.«Hilidr« ; Logiq^^ t. II, et le ch* X£t 4n Uf . U de« AnalyL seo. , dans Tanalys^ du même aat«ur. D^ fo logiq, d'JristoU » t, I » pariia Q , flOCt. I.
que, et sort pour ainsi dire de sa natura. D'où il résulte qu'il fiiut ou trouver un nom pour une autre source de connaissance que la déduction et . l'induction , ou distinguer deux induotions. Ainsi indépendamment des conclusions ordinaires du particulier an général fondées sur l'expérience et Fana* logie^ il y a des principes qui ne proviennent pas de la démonstration , et qui cependant se concluent ou s'induisent , comme on voudra , avec une immanquable exactitude^ dès que l'expérience provoque l'application d'un jugement universel. C'est alors une induction d'un nouveau genre f si l'on tient a ce mot y et qu'on pourrait appeler transcendantale pour la distinguer de l'induction expérimentale.
Mais ce n'est pas là l'induction Baconienne^ ce n'est pas celle de la philosophie inductive. Je crois qu'on peut ramener à cinq les divers bbob donnés à ce mot d'induction dans les recherches de la phikn aophie moderne.
i^ L'induction en général, celle dont les anciens nous ont exposé la théorie, est proprement, ainsi qu'on Ta vu , le raisonnement par analogie. Nous en avons décomposé le'mécauisme. Toute l'école aristotélique , toute la soholastique en a donné la même idée. Je ne citerai qu'une définition dont Fan* teur est célèbre : u L'induction , dit Âbélard , est cette alimentation dans laquelle on lire des particularités la preuve d'une autre particularité sem*blable ( comparticuiare ) , ou d'une généralité qui leur est commune \ »
a^ L'induction de Bacon n'est pas celle des logi-
• Dialectica, pars III, Topic. Œuvres inédites d'AMard, pupar M. C!ou8iii.
420i ESSAI X.
ciens. Celle-ci, il la méprise et la répudie. Elle est puérile , précaire , "vicieuse; ses conclusions sont en péril à la première exception qui la contredit. Il ne s'étonne pas que les dialecticiens n'en parlent qu'en passant; ce qui le surprend, c'est que des esprits aussi subtils aient prétendu imposer au monde un procédé aussi grossier. Loin de reproduire la nature, cette induction la torture et la travestit. Mais il met tout son espoir dans l'induction corrigée, dans une induction véritable, qui n'a pas encore été essayée, qui sera la clef et comme la formule de la nature. De même que la logique ancienne atteignait tout par le syllogisme , la logique nouvelle embi^assera tout par l'induction. — Cette induction , qu'est-elle cependant ?
C'est ce qu'il n'est pas aisé de savoir, même en lisant attentivement Bacon dont nous ne faisons guère que rapporter les expressions.
Suivant lui, l'ancienne induction, l'induction vulgaire procède par la simple énumération des cas particuliers, puis elle conclut. Elle n'est donc tout au plus qu'une conjecture probable. Conunent se fier à l'expérience et à la mémoire d'un seul homme, et s'assurer qu'un fait contradictoire ne lui soit pas resté inconnu? Cette méthode vient d'un empressement passionné d'arriver ù des théories dogmatiques, d'une précipitation à généraliser qui dédaigne l'examen patient et prolongé des faits. Par un seul et même acte de l'esprit , l'induction vulgaire trouve et juge, constate et prononce. Comme la sensibilité qui en même temps saisit l'objet et l'af&rme , elle passe sans intermédiaire aux jugements les plus généraux, elle saute des cas particuliers aux axiomes;
et purs, sur des principes obtenus aussi témérairement, pris comme vérité immuable, la science scholastique forme les principes secondaires, les jugements moyens, auxquels elle arrive par le pur syllogisme > et que la logique lui donne indépendamment des faits. Elle a donc erré, quant à la nature et quant à l'usage de l'induction ; car d'une part elle en a fait l'instrument immédiat des principes universels seulement; de l'autre elle a tout réduit à une opération frivole qui se compose de l'énumération et de la conclusion.
- L'induction véritable, qui n'a de commun avec i'autre que le nom, et qu'il faut imaginer en6n, • {excogiianda) ^ celle dont Platon seul s'est quelque peu servi en traitant des idées et de la définition, observe les sens, serre de près la nature, s'identifie en quelque sorte avec elle. Elle la décompose, en analysant l'expérience, en opérant les conclusions et les réfections convenables , c'est-a-dire en faisant la part du positif et celle du négatif. De l'expérience seule, même de l'expérience savante, on ne doit attendre que de minces résultats; mais les plus grands et les plus précieux doivent être espérés d'une méthode nouvelle qui, s'attachant aux faits, s^y arrêtant avec une attention patiente, en extrait sûrement et régulièrement des jugements qui ne les excèdent pas. Lentement et comme d'échelons en échelons , cette méthode monte -des cas particuliers aux principes ou lois les moins générales , puis aux moyennes, puis aux supérieures, puis enfin aux universelles ' .
« Instaurât, magn. Distrib, oper, , I, De\augm, scient. , lib. V,'
4tl ' BSSâl X.
Ainsi des denx indactions , a Tone des sensaitioiis cr el des faits particaliers Tole aux axiomes les plus irgéDéraux^ et les prend ensuite comme règles «pour troUTer les principes moyens; l'antre des « sensations et des faits particuliers dérive les cr axiomes , en montant lentement et par degrés aux «axiomes les plus généraux. ••• L'une et l'autre « débutent donc par le sensible et le particulier, et fr ne se reposent que dans TuniTersel* Mais l'une ne cr faitqu'^eorer rexpérienceen courant , et l'autre (c s'y attache et procède avec ordre. Dès le principe, « Tune établit des généralités abstraites et inutiles ; ce l'autre s'élève graduellemçnt à ce qu'il j a de plus tr réellement Connu dans les choses de la nature...» <f Or il est impossible que des règles trouvées en ar- H gumentant , déduites logiquement d'axiomes ab* cr straits , servent à !n découverte de nouveaux prb* fc cédés de l'art. Car la subtilité de la nature surpasse tv à beaucoup d'égards toute la subtilité de l'esprit ir d'argumentation* Mais des lois extraites conveua* K blement et régulièrement des faits particuliers, « en indiquent à leur tour de nouveaux , et sont <c comme des signaux de la natui^e* Ainsi les sciences a deviennent vraiment actives'* m
Quelqu'un demandera, ajoute Bacon > si nous ne parlons que de la philosophie naturelle, ou si nous considérons aussi les autres sciences, logiques, éthiques , politiques , comme devant élre vraiment constituées par notre méthode : oui, nous entendons
cap. II. Nov, organ, f lib. l, aphor. CIII-CVI , lib. II, aphor. XI-XXI. Cogitât, et vis, de interpret. nat. XIV. Partis instaiiraiionis secundœ dclineat, et argum. ' iVpt*. organ., lib. I. apfiot^, XiX> XXIÏ» XXIV.
DB L'BtKlT. 418
parier de toutes ces sciences. L'induction embnsse tout\
Telle est ^ en revenant maintes fois et sur les mêmes pensées et sur les marnes expressions , F idée que donne Bacon de sa célèbre méthode. Ses disoi** pies ^ ses interprètes ont pensé comme lui qu'elle était essentieUeiaient neuve , et comme lui admia une diflërence totale entre l'induction de ses prédéces^ aeors et celle qu'il préconise. L'une et l'autre ne se ressemblent guère que de nom , dit un babile* éditeur français*. Sur ce points presque tous les écrivains an^is sont d'accord ; car il £illait bien que Bacon eût fieiit une découverte.
5\ L'induction I selon les Écossais, n'est pas V expérience même. Elle est l'action de la raison sur rezpérienoei la lexique de l'expérience^ le principe qui donne à l'expérience un sens et une valeur^ Ce n'est pas la simple énumération de tous les ois de l'expérience ^ et la simple reconnaissance d'une cinconstanœ on d'an £iit commun à tous les cas expé»rimentés. Ce ne serait là qu'une opération pour ainsi dire statistique; d'ailleurs, elle donnerait le passé, elle ne donnerait pas l'avenir. L'induction est quelque chose de plus. Toutes les fois que nous avons vu deux &it8 se suivre constamment dans le cours de la nature^ l'aïqparition de l'un noua inspire immédiateineni; la conception et la crojance de l'autre ; le premier devient le signe naturel dn se^ cond ; nous croyons naturellement que ce qui s'est toujours fiiit se fera toujours, et cette croyance
' ibid. Aphor. , GXXYU.
' M. BottOtet» daaa rmtfodtti^n da loai.IIdissoédttioaée Bacon, i834*
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n'étant fondée ni sur la connaissance i ni sur la
probabilité, est un principe de Tesprit humain. La science de Texpérience n'est autre chose que l'interprétation des signes naturels, et elle n'est possible et valable qu'en vertu de cette foi que nous portons à la continuité des connexions que l'expérience nous révèle entre certains faits. C'est ce principe que Reid a appelé, faute dun meilleur nom, dit-il, principe d'induction. Il domine la.raison humaine dans toutes ses recherches sur la nature. L'emploi régulier de ce principe est la méthode d'induction , la logique inductive, celle dont Bacon a développé l'esprit, indiqué les principes, célébré la puissance; celle dont Newton a posé les r^les et réalisé par le fait les plus marveilleuses promesses. Ce principe repose sur ce double jugement: l'univers est gouverné par des lois stables, et par des lois générales. Qui nous a appris ce fait? notre nature elle-même, il est indémontrable. « L'induction , dit le plus exact et le plus puissant ce des interprètes de la philosophie écossaise % nous ce donne à la fois l'avenir et l'analogie. Son caracff tère propre est de conclure du particulier au géfc néral, et par là elle est diamétralement opposée h ce la déduction ou au raisonnement pur qui conclut (( toujours du général au particulier. Elle fait qu'il ce y a en quelque sorte deux raisons humaines qui H ont chacune leurs principes , leurs règles et leur
' M. Royer-GoUard, Fragments théoriques, YI, à la fin du tom. lY des Œuvres de Reid^ publiées par M. Jouffroj. Yojez aussi Reid loi-même, Rtchtrches sur t entendement humain, ch. YI, sect. XXIY, et D. Stewart, Philosoph. de Vesp* humain, t III, ch. II, sect. Y et ch. lY.
rr logique. La logique du raisonnement pur est celle u d'Âristote et de la géométrie, selon laquelle toute u proposition certaine remonte par une chaîne non t< interrompue à un principe évident en soi. La locc gique du raisonnement inductif a été crééq par cf Bacon dans le Novum organum ; les quatre règles (c de Newton, Regulœ philosophandi , en sont les (f principes les plus généraux. Elle est bien plus dif- (c cile et bien plus utile que l'autre ; car la philosoii phie ]!iaturelle et la philosophie de l'esprit humain ce étant des sciences de pure induction, la logique de (c l'induction est l'instrument de toutes les découw Tcrtes qu'on y peut faire »• m
4**. Mais le même philosophe qui nouf a si bien exposé l'induction des Écossais, et qui ne là' distingue pas en principe de celle de Bacon , en a lui-même introduit une autre que nous avons aussi invoquée souvent, et qui appartient à la psychologie \ L'induction de M. Royer-Goïlard est le procédé par lequel nous transférons hors de nous dans la perception ce que nous n'avons pu observer qu'en nousmêmes. Ainsi lorsque l'étendue se manifeste à nos sens, nous concevons nécessairement et avec une certitude absolue , dans les choses étendues , l'existence , la durée y la causalité , que les sens ne nous donnent point, mais qui ne sont données que par la conscience et la mémoire, qui ne les observent qu'en nous et comme nôtres. Comment? De quel droit? on l'ignore. C'est une loi de la nature humaine que cette induction qui, indépendante de l'expérience et du raisonnement, et libre du joug
' Fragments déjà citéf, XI, Conclusion. ^
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des hypothèses» ne permet à la pensée aucune inoertitude. Elle n'est point celle sur laquelle reposent les sciences naturelles et dont Bacon a tracé les règles ; ses jugements universels et absolus ont la force de la nécessité*
5** Enfin» on pourrait appeler induction» et nous avons souTent nous^méme appelé de ce nom l'acte par lequel on obtient une conscience dis^ tincte de ces mêmes notions qui seraient ensuite transportées du moi au non-moi* On sait qu'elles sont impliquées dans tous nos jugements. Logiquement» elles les précèdent et les dominent. Historiquement^ elles Isw sont postérieures » et ne peuvent être extraites que par la réflexion» des jugements particuliers ou médiocrement généraux dans les<quels elles sont enveloppées. Par un procédé inverse de la démonstration régulière » elles peuvent être dérivées des jugements mêmes dont elles sont les principes» et qui seraient faux si elles n'étaient vraies. C'est cette déduction rentersée à laquelle oa peut étendre le nom d'induction*
Voilà donc cinq inductions distinctes. Faut^il y voir cinq opérations différentes » cinq procédés qui n'ont de commun que le nom? Alor^s cette communauté de nom serait un inconvénient et une faute. Ou bien n'y a-t-il là que des définitions et des emplois divers d'une seule et même opération intellectuelle? C'est cette deroièi*e opinion que favoriserait le principe de l'unité de méthode soutenu par ceux«là'mémes qui ont tenu à distinguer dans l'induction » et qui ne veulent pas assimiler celle de Bacon à celle d'Aristote.
Celle-ci» lepi^mier des cinq procédés» a été plus
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haut analyaée logiquement. Qael est mq caractère propre ? Le même que M. Rôyer*CoUard attribue à rînduction des Écossais , elle est une conclusion du particuliw au général. Si, la oonAidërant en elleméme^ on veut la ramener aux formes d'un raison** nement , c'est un syllogisme renversé et par là même imparfait, la conclusion d'un syllogisme ne devant pas être plus générale que ses prémisses» Les propositions générales véritablement induites , sont con-« dues de l'expérience^ c'eBt«à*dire de la revue et de la comparaison des faits. Logiquement» elles ne sont donc l^itimes et certaines que si la revue a été com» plète; or f c'est ce dont il est presque toujours impossible de s'assurer» à moins qu'il ne s'agisse d'une coUeotion d'individus numérable dans un moment déterminé, c'estr*a-dire d'une collection de pure convention. Ainsi l'on peut former une induction générale, portei* un jugement commun sur tous les membres d'un tribunal » sur toutes les plantes d'un herbier , parce que ce sont là des collections con^ ventionnelles et arbitraires» des espèces artificielles et données , non des espèces ou des genres formés nécessairement par voie de généralisation indéfinie» Mais toute conclusion générale déduite d'une comparaison entre les hommes ou entre les plantes en général» n'est pas rigoureuse en logique ou démonstrative» et pour cette raison doit être induite et non déduite. Prenons un exemple daiis la chimie» et transportons-nous à une époque moins avancée de la science. Cette proposition : ce Tous les oxydes métalliques sont susceptibles de former des sels eu se Combinant avec lesacides n » était, il y a soixante ans » une induction conjecturale » certaine seulement