M8AI X
à a'âever preiqfiie sans examen anx généralitéa, aux principes apécalatifs qui dominaient dans les livrea, et dont lea dëduotiona rianpliasaient et oon^poaaient alors presque toutes les acienoea. Les faits ne aer^ vaientque d'exemples , rarement même daignattH>n les citer; cm les choisissait en tus du principe^ au lieu de modeler le principe sur ]ea faits, U est donc ^vrai que l'induction était méprbée^ qu'on a'y arrêtait à peine , qu'on en méconnaissait et les règles^ et l'esprit^ et l'utilité} en ce sens, Bacon a bien renouvelé la méthode des sdenœs, maia il n'a pas renouvelé rindnction« U y a rappelé les esprita , eu montrant comment il fallait raisonner sur Texpé^ rience. U a donc remis en honneur la sdeiiee indaotive, il ne Ta pas inventée. Son induction ne difiere pas de celle de ses prédécesseurs; seulement il prescrit de l'employer;^ et on ne l'employait ps. U enseigne comment il en faut nser^ et on ne le savait pas. U change tout autour de lui , il ne crée rien. U m'est impossible de trouver dans le chapitra consacré par DugaldSteworl à opposer l'induction d'Art»tote à celle de Bacon, d'autre distinction réelle qu'une difiërence dans la conduite'. Bacon n'a pai découvert l'induction ; il a découvert qu'elle était utile , et il a montré à quelles conditions. Mais après tout, lorsqu'il donne lui-même un speeimen d'induotion j en faisant b recherche de la nature de la chaleur, inquisiîio de fùrma calidi, il indique d'abord tous les phénomènes de chaleur a étudier, puis tous ceux de privation de chaleur, ou les faits et les faits nésatifs : ensuite il dresse une
• PhaosophU de r esprit humain, t. HI? ch. IV, «ect. II.
DE L'BSPaiT. 431
ttible des degrés ou des diveiMs formes de la chaleur dans les coi^i puis, il montre tout cequ'il faut distinguer et rejeter de la nature du chaud , et enfin il présente de premières tuduotions| ce qu'il appelle une première vendange. C'est dire qu'il procède par rénnmération ; seulement cette énumération est mieux ordonnée > plus analytique , aussi complète que possible. C'est de la méthode d'induction bien oondnite *.
Ainsi ^ rinduction de Bacon n'est que l'induction d' Aristote , peu employée par Ariatote , n^ligée par toutes ses é(xAes , oubliée par le moyen âge. Maiu-« tenant^ l'induction des Écossais est«^lle bien celle de Bacon? Ils le disent, ils appellent Bacon le père des sciences indue tives ; la philosophie, ou suivant eux, la science de l'esprit humain, n'est qu'une sdence inductive; et du point de Tue de la pure lo*gique , il est bien Trai que l'induction ne parait pas dans leurs mains autre chose que ce que leurs devanciers ont ainsi nommé. Mais les Écossais ne sont pas seulement logiciens ; nous avons vu que la logique toute seule ne validait pas Finduction , et que les propositions induotives ne se laissaient pas mettre régulièrement en argument. Mous en avons conclu que l'induction pourrai t bien avoir un autre principe. Ce principe, s'il n'est pas logique, il doit être psychologique. La logique elle^^méme l'est bien en un sens; la raison étant ainsi faite que toute liaison logique entre une proposition et une autre lui semble constituer une certitude nécessaire. La nécessité est le caractère des vérités logiques; ce caractère parait
manquer en général aux vérités inductives. D'où, vient donc la croyance qu'elles obtiennefbt , et même leur puissante certitude? L'expérience^ aidée de la mémoire 9 n'engage que le passé. D'où ,vient que l'induction préjuge l'avenir ? Quelle est cette foi naturelle f absolue , dans le retour des mêmes efiets après les mêmes causes^ dans la continuité des mêmes phénomènes y au milieu des mêmes circonstances? 'Tel çst le principe psychologique de l'induction. Nous sommes ainsi constitués que nous croyons fermement et que nous croyons raisonnablement croire à l'identité de ce qui est identique. De ce principe viennent toutes les inductions , et voilà pouix|uoi^ tandis que la déduction semble le principe des vérités nécessaires, on dit que Finduction est celui des vérités contingentes. Ainsi , une expérience étant donnée, nous concluons sans preuve, sans raisonnement , sans incertitude, qu'elle se reproduira dans les mêmes circonstances. Telle est l'induction la plus pure et la plus certaine. Far suite et comme à l'imitation de celle-là , nous tirons la même conclusion, lors même qu'il ne s'agit pas de l'objet iden-tique, mais de l'objet pareil en des circonstances semblables ; ce que nous avons pensé des objets pareils, nous le pensons ensuite des objets analogues; puis nous concluons des connus aux inconnus , et de l'expérience faite à l'expérience à faire.
L'expérience indique, je suppose, que tous les oxydes métalliques, en se combinant avec les acides, forment des sels. J'ai donné cet exemple pour hire connaître l'induction commune. C'est ce qu'on peut appeler un jugement collectif, un- axiome moyen , comme parle Bacon. Cependant, ce jugement^ quel-
que restreinte qu'en soit la généralité , suppose des inductions pins simples encore et moins générales. D'abord y celle qui s'applique aux divers oxydes du même métal ; celle-ci est de tout point semblable à la première j quoique moins générale et par conséquent antérieure. L'incertitude^ l'imperfection de ce raisonnement , vient de l'impossibilité absolue de démontrer qu'on ait expérimenté toutes les espèces d'oxydes métalliques^ ou même toutes les espèces d'oxydes d'un même métal. L'induction n'est donc rigoureusement valable qu'autant qu'il est sous-entendu qu'elle ne s'applique qu'aux oxydes connus; alors elle vaut le syllogisme et se confond avec lui. Mais cette induction même en suppose deux autres. L'une y c'est que l'échantillon d'un oxyde étant donné , on a dû conclure d'une de ses propriétés constatées qu'elle se retrouverait dans tous les autres individus de odéme espèce; l'autre, plus radicale encore , c'est que de l'expérience actuelle qui révèle une propriété dans un individu d'un oxyde donnée il est légitime de conclure que cette propriété est permanente ^t ou qu'on l'eût constatée antérieurement^ et qu'on la retrouverait plus tard, quelle que fût l'époque de l'observation. Cette dernière induction est l'induction primitive qui sert de baseà toutes les autres, et que les Écossais ont mise en lumière, du moins comme fait psychologique, comme principe de foi naturelle dans la permanence et dans l'identité de la nature de tout être donné. Tel morceau d'oxyde de fer a formé un sel avec l'acide sulfurique; il se comportera toujours ainsi dans les mêmes circonstances : on pourrait appeler cette induction l'induction d'identité. Celle qui conclut II. 28
f4t4 mua tx.
ed^un individu à un autre indÎTldu identîcpae de-i|»» ture^ GomBie de tel écliantilloii d^oxyde de fer à là iaati^ëchantiUon , serait Fioductioii d'homqgénéit^, ^Iwio {MIS seulement, ocumne le veut Stewàrt, Texpérieace proprement dite; car Feiipérienoe est la cou* dition et la base commune de tous ces raisonna 4&en€s '•
-Ces deux ioductions différent s0ns dôute>et surtout la^premièref en certitude, en spontanéité, en antOrite, de celle de Bacon, c'esC^à-^dire des inductions-dè la science proprement dite; mais le pn>cédé Ic^^ique est le même. Seulement, elles sontplus élémentaire»; dles tiennent immédiatement , par des racines jpsy^ chologiques ', au fond même de Tesprit humain^, ^t «pioiqu'elles aient besoin dVne expârienee quelconque rpour s^opérei* dans Teapriti elles n'empruntent pasleur.preuve àl'ei^périence. Ce n'est pas pour avoir retrouvé à diverses époques les êtres avec la même nature, que nous croyons à la durée de oette natuM identique. L'ei^p^rience nous sert à constater quelle est cette nature , et non que cette nature est invariable dans les mêmes circonstances. Nous n'e^j^ rimentons que pour voir si' le corps est bien connu , et non, si une fois bien connu, il changera d'esseikee. jit priori j nous jugeons Tessence immutable, et c'est au contraire Tcxpérience qui nous iqpprend à ne ,pas« prodiguer cette immutabilité en supposant partout l'identité des essences , et à connaître leurs difierenees. Un enfant croit d'autant plus à la nkémeté des choses qu'il a moins d'expérience, et il s'attend naturellement au retour de ce qu'il a vu.
' PhilosoplUe de t esprit humain, t. III, ch. IV, «cet. IV.
iBt(poiiylMtttt96ftfBkBK iadocftiomciiaeiiawëtoâieiis^ ffmé» ïdftM h ihÊiâme de Ja idîdkdiqw, «eniieia; .tnmrihttiégriflmeoldéfeetMiites r-ooamie»A%teiit>pM jBwnHltililfiîiiirTmnnTr dfanonslrâtrre.
lA^vèg -aimîr toènola île 'nnUûmki à >«ii «nMfe
JodWida ^hamogànc., CkiâQCfebn «onchit (Rune jes-
{pècesà Aiwi^ffèoe^rdert^lle ttese d*<XLyée^4e'f{etè.
iftfUe «lÉre» «liMe^ dnrpratoxyile au (letttoKyde^'tm
*4fe irosjdeidei fier à .Ftîeijdede o«iwe/Cet*e iadna-
tion exige, pour se légitimer , une répétition des
•ttHl«elUMSipi^éQèleol6suGette*Ià«<i<é^ besoin
udb r^mméntion .des espèces , et s'il s'ingit d'es-
*fki^ dont 1r QDUection *iie soit* pas essentielle*
rflsent.jd^Me, coaune oelle des xnnydesj dtsquris il
itst'ioipQSuUe d^sffiraieriju'ils sôi^it tous ^nmis ,
-dle'Xifife me oanse nonreUe d'inoertttcide. Cky^en-
4biit: plus sera granid le nombre des oxydes nîétaUi^
:i|aes auxfi|nek tm aura expérisientalenient reconnu
4a]iroprtéîté.ekerdiéey'pks F induction, paraîtra lé-
^timffOÊmt ^appliaableaux oxydes métalliques à dé-
4mxfnt, M *aasis aurons un de cesprjncipes induits,
tnude aes jugements imermédiaires dontBacon a«n-
(fitt£^)le»Tra»aiiéde déformation. Gène flont ni des
]«igements< démoiuitratifs 9 ni des fi^ganettls néees*
diatres, mlâs daayogemenu^'wie haute prè|>ab$Kté ,
spii ^équinanl dans: la pratique à la oertitude- C'est
IKmr cette ândttciion qw St^art 'Vaudrait qu'on i^-
serviti Je. ^naau dianàlogie ; on ^pourrai t l'appeler , • sùi*
vant les cas, Vauduction de genre ou.<d-espeae. ^
Fan en reokevche'ie principe ,' on* le * trouvera , je
|ie»e^dafis'iexnâncjq[)edes inducticms élémentaires
d'identité et d'homogénéité. ' Elle en est oommeiie
développement.,, coflaafê Teietension expérimentale;
mais ici encore , c'est la psychologie qui constate ce penchant intellectuel à conclure sans preuve formelle die l'expérience des connus à l'expérience des inconnus sur la foi de l'analogie. L'expérience le justifie souvent et lui sert de preuve ; mais elle n'est pas' l'origine de ce penchant; il est certainement un des instincts de l'intelligence; je le regarde^ non pas comme une loi de la raison pure, mais comme une des conditions et un des moyens de la raison pratique.
Ce n'est pas tout; ce pouvoir de l'induction' par analogie y nous retendons au delà de ces limites mêmes. On a vu que Bacon se plaignait qu'on déduisît sjUogistiquemeht les principes secondaires d'une induction hasardée, érigée en vérité universelle. Il proposait avec beaucoup de raison de conclure par analogie certains résultais probables de résultats analogues déjà obtenus. Alors l'induction devient de plus en plus conjecturale. C'est ainsi qu'après avoir con- ' staté que tous les oxydes métalliques forment des sels avec les acides , il a été naturel et plausible de conclure que les terres et les alcalis , ayant la même propriété, étaient des oxydes métalliques. Cette sorte d'induction logiquement conjecturale est un effet encore plus éloigné du pouvoir primitif d'induction de l'esprit humain. Mais elle est souvent, comme dans l'exemple, confirmée par l'expérience, et elle diffère des premières en ce que , bien que conforme aux penchants naturels de l'intelligence, elle suppose toujours un acte original , une initiative propre de l'esprit qui la conçoit, et signale spécialement la sagacité inductive des esprits faits pour les découvertes. On pourrait^ afin de la distinguer de la précé-
dente 9 appeler celle-là induction d'analogie expérimentale, celle^i^ induction d'analogie conjecturale.
Il n'y a, du reate^ qu'une dîfi^nce de degré entre l'un et l'autre procédé logique. La divination dans les sciences n'est jamais au fond qu'une anticipation fondée sur l'analogie ; point de prédictions , il n'y a- que des inductions.
Maintenant la quatrième induction , due à M. Royer- GoUard^ est celle qui conclut du dedans au dehors, du subjectif à l'objectif, et qui prend dans les données mêmes du moi le type des lois essentielles des choses. Cette théorie n'est que le développement de cette pensée de Leibnitz^ que l'âme « ne connaît les « êtres qui sont hors d'elle qu'au mc^en des choses c< qui sont en elle-même '. » Sans attaquer cette théorie qui est elle-même une ingénieuse induction > remarquons qu'elle ne serait après tout que la de* scription d'un fait psychologique, et l'exposition de l'origine historique des inductions fondamentales qui sou tiennent toutes nos connaissances empiriques. Elle n'introduirait pas un nouveau principe logique dans l'entendement, elle ne changerait pas le caractère logique de l'induction. Celle-ci resterait toujours une conclusion du particulier au général , que la dialectique taxerait d'hypothétique et de gratuite , toutes les fois qu'elle serait disposée à méconnaître les lois absolues de la raison , qui servedt de titre k la dialectique même. D'ailleurs , en admettant que l'honune, pour transporter au monde les notions de substance , de durée , de causalité y ekt besoin.de
' Bxiema non cognoscii nisi per ea quœ sunt in semet ipsa. Yoyei JNraiiy t. II, p. i5 et t. IV* p. aSi,
tkMi8^.el>cpi'aiii9Î noiiB']i'aiÉ:*imi»«fint cpMMcalflrUl fpîttGÎi^ sde rHttdtwtf<wfce%*>inWU A» frâMÎîi mi piias'priflMtiC €More^ Ceqn^'il y a dtttrat , VcsT^^pw^ par la conscience de nos propretiaeMvJKiwcowoe» ¥0iia ïiABessaireaient nom: existeanev iV0m dwfe , nok*^(iBiiMili4é^ et non nidhweiitnoaBiwaoïiWWi niécessa^reiiient ^ mais» noas Ies< oonœiroiia ctmÊ[iam otfcessaÎMfcr Ce qui eatcootitigenti^ c'est qveitt «né ekisie; mais le uoi donnée ks^notiotti* naistani d^èlèssHBiémies ^ et se V&m yemt ks^ appder dMiadM» tiemêf ce som en eflEet des indnetioo» nécessaîreft^ L'attia«oe dr ces deux ntola tarodUtra^ peH)Mtntu« OMisent resprit. Mais d^ ^ quaad nom ^mnm parli dé l'indoction d'identité , nous avons été bien prëi âe définir une ' indaction . ttéeessaiFe* Cependant, M^ Royer-CloMard ^ an». risque de qfoetqoe înconsé* .^ence , n'a paa cvaint de rëduim à desiospk» pv6* semiptioBs toutes les indactions aaaiérieares a lA sienne. Au fond , celleKîi est plutât «n principe né^ Gesfla»re de l'activité de Feaprit humain cp'elle n'est en eUe-BBéme un axrottie nëœsaaiarev C'est «se op^ , ration , ce n'est paa une Térsté. .Maîa cette opéfation suppose ou donne de certaines vérités absolues, les lois de la substance , de la cause , etcX'est de cetles^et «p'il faut examiner si elles sont indnctîres; c'eal ce que nous déciderons en traitant de la cinquième eftpèce d*induclion«
Celle-ci est supérieure a toutes les autres. La plup^r.t des philosophes que nous avons nommés conviennent que la conscience . nous ^mggjete
DIT i;mmut.
1». iMiliov.di nexislenœ ot'cb k ^buie dten pvfa»cipe cpi!ik apipdlettt inor. Celto sof^geMâmi pM^ sans i^ruidt ajins. de moU t é^ra appelée iiM^iollev. QiMiqae nftttveye, qaelqœ irrésistible' <]u'ellê soîiv elle naît àVcoçasioB de pi|énoamie& cooliiigeiili et paiti^icrs^ Les finie dont noastfrom ooasoieiiçe jie sont pas nécessaires'; nous povnoiis ne pas étrei S^il^est viw que par une loi de là pensée , oa plmdt par lacenstitolion de notre nature, nous y pnisÎMis h^ notion nniveiseUe d'existence , de substance, de cansaKté^ c'est tonjours, à considéier l9gii|iiemeiit ¥opératioB, une conclusion du particolter au gé^érak Je pense^ donc je suis^ suppose une majeure générale^ tùut ee <pd pense estj et méoie un principe pins gé^ néral Picore » tout acte suppose un agenU C'est donc là une induction , sch qu'on la considère comme une -dériration naturelle de l'expérience consciencieuse ^ soit qu'on y voie un syllogisme renversé , ca^ on a TU que ces deux fermes peuvent être données à IMur ilnotion. Mais ceUe*-ei est la véritable induction primitive. EUe naît de la conscience , et eUe nait, je crois, aussi de la perception. Bien que je soif inrèt à concéder à M. Royer^Collard que \e sentt«ment des inductions du moi contribue à faciliter Ja conception des mêmes principes dans le nonr moi , j'avoue que la conception de la substance ou de la cause me parait également nécessaire, soit que je l'applique au monde objectif, soit que je Tap* plique au monde subjectif • Quoi qu'il en soit, la xkécessité est le caractère commun de ces notions pri^ mhives; et comme par leui^univei^alité même elles ne peuvent être une pure induction de l'expérience^ comme dles ne peuvent pas davantage être une
440 ESSiii X.
déduction du syllogisme^ il faut qu'elles viennent d'une induction primitive, transcendantale, ainsique nous l'avons appelée» d'une induction a priori, si l'on peut ainsi parler. C'est que l'homme est encore autre chose qu'un phénomène psychologique , autre chose qu'un mécanisme logique* Au«dessus de la psycho** logie et de la logique , il y a la raison pure qui contient et connaît les principes de tout. Ces principes sont enga|;és dans les conceptions les plus simples du moi et du non-moi ; ils dominent la conscience et la perception, et c'est par là et en ce sens qu'ils ont pu être appelés innés. Si l'on décomposait lesdites conceptions sous la forme de raisonnements abstraits, il faudrait leur donner ces principes pour majeures. Les conceptions dont il s'agit sont donc une application ou dérivation de ces principes ; c'est ce que l'École appelle une subsompiiondes premiers principes.
Or, encore une fois , ces principes ne pouvant être obtenus distinctement qu'en remontant du particulier au général , peuvent être assimilés sous ce rapport à des inductions y et Ton trouvera . souvent cette expression ainsi employée. Si de la perception ou de la conscience nous concluons la substance , psychologiquement et en fait , c'est une induction ; logiquement et en droit, ce devrait être un syllogisme. Induire , c'est conclure un principe ; ce qui , en bonne dialectique , n'est pas une opération régu« lière. Mais quand le principe est universel et nécessaire , c'est une opération obligée; puisque la rajson individuelle n'existe qu'a posteriori, il faut bien qu'elle remonte la logique pour atteindre ce qui est a priori. Non-seulement Thomme est fait ainsi ^
mais on peut démontrer qu'il ne saurait être autrer ment.
L'indaction des vérités nécessaires et primitives est donc une opération à part , supérieure à toutes les autres, et qui sert de type et de base même aux inductions d'un autre ordre. Ainsi notamment , celle que nous avons nommée l'induction d'identité se rattache à l'induction de la substance. Si c'est tine loi de la pensée que de substraire aux phénomènes un principe permanent , c'est une notion inséparable de cette notion de substance que celle de la nature permanente de cette même substance. Eu général ce qui est contient substance et accidents; mais l'être proprement dit , c'est la substance. Toute substance persiste , elle a une nature ; c'est l'essence* Ainsi être, substance, essence , sont des notions qui se touchent de fort près; et s'il est possible de les séparer par l'abstraction, il est impossible d'en concevoir l'objet divisé. Tout être est une substance, et une substance ne serait pas une substance si elle n'avait une essence; c'est de l'essence que résulte la possibilité des qualités , ou plutôt c'est cette possibilité même. Ce n'est donc pas sans raison que la scho« lastique confondait souvent l'être, la substance et l'essence, et traduisait indifféremment la première catégorie d'Aristote par esse, existentia , usia (du grec ousia), substantia, essentia , natura. Il suit que ce que nous avons nommé l'induction d'identité, se rapportant à la notion de l'essence , laquelle se confond avec la loi de la substance, a pour principe cette dernière loi qui a souvent été assimilée elle-même à une induction.
C'est une induction ; car voir dans un phénomène
4# ESSM^ X*.
^rticulîj^ die la coDscnfiOce », \^ umi{i^eA^i^m Pexistence, c'est-à-dtre là substance, c'esl, sft.l!<)D veut; par hypothèse coBsîdiicQt: œla ccmaie^iipe shaple opéra tlop logique ^, conclure du psurt^c^Jî^ im
C'est une induction j. çoi? puiser dan» b fJn^vwptfQ^ dfun phénomène ex^^ne cette i^étTa^iiotioiiy.oMJi^ transporter du subjectif à robJ6Ql;if', c!es( §mo«9 conclure du |j>ai:ticuiier au généi^J*.
C'est une induction; car dans tous les oas o'ert ériger une suggestion naturelle en. ootiou^ uoivi^i?? selle et nécessaire , ce çpx est toi^wra ooncljByev dji particulier au général..
M%is il ne faut pas. pour cela confondrele^direrçM sortes d'inductions <pie nous avons^ distlugHii^ df 8^ près les auteurs* Seulement il £siul motiver 09$ distinctions et en réduire le nombre.
P'abord le caractère logique de l'indactio» esjt commun à toutes; c'est ce qui JMStificx ou dumoiça excuse la communauté de nom*
Toutefois l'induction proprement dite est b pvcH niière, x^elle d'Âristote« Elle nediiïere pas esseii,U^^ lement de celle de Bacojp, quoique Bacon en ail mieux connu, mieux expliqué, on pourrait du?« découvert l'emploi , les règles et la portée.
Celle des Écossais serait celle de Bacon, s'ils n'avaient fait qu'appliquer celle-ci sciemment et méthodiquement ji l'étude de l'esprit humain; mai^ par cette application même ils Tout rendue da Ipgique psychologique; et non-seulement ils ont créé par elle à leuv manièi'e la psychologie, iiiaU ila ont découvert en elle un fait psychologique du pwno^ Biier prdrç, en tapt qt^'elle est la fcfrme logique de
«ttr«tta€S3 i^pératioBs:' priandTe» t^^ nélseftsaîre» â» ISbiprk buaMini 9&v» te rappwT, leur induetîôif êÊÊRamàè-eMe d^lfaeo» sr^ec laquelle ils* Kaicon*^ twMJfetft'; ' et cetf#*of diflere Kiën moms q[ii'frs ne PïimV femë de ccfie fTAristote, de laquelle ils là dxsttniiuefi»*
Les deux Mrles d^ièductiidiis que nous arons éSs^ tia|[ttëes- après ees^ denic-4ft> ne sont d^xe^ quli une faiTcstigaflkm plus* reculée^ plus profbndè , des opé-^ rations de Fesprit humaîn; elles nous- fbnt remontrer pHi à pew à nndudiott prrmitiTe.
iUnfti, eft tenant eompto <ie h persktanee du ca^ raolèrel6giquederindeietion, cm pourrait se borner à' ^tingMt : I*. Ftnductioii logique proprement dKte f appli^jttée oof non appitqicee sott aux abstrae* tioBsv Mîi aux faits; mëtkode gén^Ie des sciences; a*. Finituetian psychologique qui se découyre par rappliealton de la première à l'esprit humain , et qui est eMe-méme une opëra^on nécessaire et fbn*^ damentale de l'esprit hmnain.
A celle-ci, h caractère logique de l'induclîon n^appartient en général que par supposition; c'est larèfleaLion qui le lui attribue; car dans le fait, elle ne s'opère pas sous forme dialectique, et elle se réalise primitiTement sous forme d'intuition.
C'est ce qui est vrai , surtout de Tinduction primitive ou transcendantale, source et type de tonte induction psychologique, et qui dans la i-éaltté n'a rien des formes du raisonnement : c'est Tacte implicite de la raison dans la conscience et la per- Gteption.
Si maintenant nou^ voulons revenir h la question de méthode qui nou&a conduit à toute» ces reoher^
ches sar l'inductioD^ nous trouverons que dès la création de la logique, le vrai avait été vu et dit. « Il y a , dit Âristote , deux sortes de méthodes dia- « lectiques, l'induction et le syllogisme. On a dit... (c ce qu'est le syllogisme; l'induction est un passage u du particulier au général*. .. L'induction se fait « mieux croire du vulgaire ; elle est plus claire et ce plus facilement comprise par la sen^tion ; le syl- (( logisme au contraire est plus impérieux et plus a énergique dans la discussion ^ »
Et peut-être trouvera-t-on que le créateur de la logique n'a pas tout à fait ignoré ce qu'il y a de supérieur à la logique même dans cette question , si l'on veut bien faire attention aux paroles suivantes : (( C'est évidemment une nécessité pour nous (c d'arriver par induction à la connaissance des pre* i< miers principes; car c'est ainsi que la sensation u elle-même arrive à nous donner le général. Mais « comme parmi les facultés de l'âme , les unes sont « toujours vraies et que les autres peuvent être « fausses, la conjecture par exemple et le raison- (( nement; comme la science et l'intelligence sont (f éternellement vraies , et qu'il n'y a rien de supéir rieur à la science que l'entendement lui-même ; (( comme en outre les principes sont plus évidents (( que les démonstrations, et que toute science rei< pose sur la raison y il s'ensuit qu'il n'y a pas i< de science pour les principes, parce qu'il ne peut ce y avoir que l'entendement qui soit plus vrai que (( la science. L'entendement s'applique donc aux (C principes, et cela même nous prouve que le prin-
' Topîc.y Tiv. I, ch. Xn. — Traduction de M. Barthélémy Saint- Hîlaire. De la logique iPjiristotey 2* part.» ch. YI.
DB L'SSPRIT. 445
* (( cipe de la démonstration n'est pas une dëmon- ' a stration , et qu'en un mot il n'y a pas de science « de la science. S'il n'y a donc au delà de la science u aucun genre de vérité, c'est l'entendement qui est , ce le principe de la science : ainsi , il est lé principe (c du principe , et tout principe est dans un rapport c< analogue relativement à tous les objets qui le con- « cernent *. »
Si maintenant on nous demande ce qu'il faut penser de la méthode inductive considérée comme l'organe universel des sciences, nous répondrons en distinguant profondément les inductions que nous avons nommées primitives des inductions expérimentales, très-légitimes et très-utiles d'ailleurs, source des sciences naturelles; et nous n'admettrons pas, à 1 aide d'une équivoque dans les termes, qu'il n'y ait que des sciences inductives. D'abord, dans les sciences même les plus expérimentales, la logique déductive est à chaque instant nécessaire; si elle ne donne ni les faits ni les principales lois natm^elles, elle est indispensable pour exploiter et ces faits et ces lois. L'observation procède sans cesse par le syllogisme, et l'empirisme est dialectique. La méthode n'est donc pas exclusivement inductive ou déductive. En second lieu, indépendamment de la déduction et de l'induction, il y a un élément supérieur de connaissance, il y a la raison pure dont les procédés peuvent, dans la forme, être comparés indifféremment à l'induction et à la déduction , mais qui cependant «st à part, fournit aux sciences leurs principes et domine la déduction, l'induction et
' Analjrt. sec. liv. II, ch. XIX. — Même UadactioD, 2« partie ch. V. '
m6 rame
J^éSasféariuMi^^Je ^''îiingpttefliteniietuiaBto&^iùiilm^y ,Mt ^aiiipeii4e:toiit«0da,tiMroe'q|Hu'il n'j' ta mwaise .êûuaaeoiowne^m nAtmmetVkaamae ybumaminiHai^ . téJdemum. BlAÎfi 'b:^paa*t ip1ii$'imiSOÎn8,^;BnMieifpie ees
i4M[iriUteraii«e 'le »ai»Mcce. i Aâosl, )hieiiii{iie*le6 mu- .avenirs ide. Veii^fèjBMie^
matiques , elles ne peuvent s'appeler use Mante f^ssfperîinenilalQ; de.iBân«»f.-Jbien'qiieJadédttfiti6D et •.ks vérités ujiivwselki ne «oient ;pasr.ëiraiigèros ,à«4a oWolqgLGiy elle ae ssuuraît.;éUpe>noiiiflGiée<ùne MÎcoœ tvationnelle.
LadéoaoïMtiation f]«î;]plNii s'ay^^âqiier^usx TéiiCés 0Q}pir^]iies et qulien fait^méme sortir des mérités joéce&saîres du second ordre r n'est cependant -ébiée a toute -aa hauteur que lorsqiMi, envplpjée à «des «vérités ^ nécessaires du. presoier ordre , :elle a iponr ijpremiers princjpes, nendes psoposîtioDs expérimeDttale^, mais des axioBMs; alôns eUeestrin^bramott «et le signe d'nne soîeace e»cAe. Maîsiittie scienoe tcigourrasement eacaOe^estOBe seîence rigowooaa- 4nent abstiraite ou idéale^ c'^st-ÎHdlne^qm né^à'tp- <{)lique qu'à de) pures, possiUIilës, qu'à .îdes ^tres de ^finition : telles les n^atliéaiatiques «t'k logîqne. JU jra des sciences. uixte§^^desi sciences «uoînsi pure^, .mais moins étroites^ moins â^iiiétri|[}ue9> mais moins Tide$, quioiit tout à la fois unefaime.et laae matière ^ sciences de i3éalité,||>lus difficiles et aussi eerlaines, q]ii ne sont ■ pas ^ purement expénumenftdbif m de simples^ généralisât ions de t Tinduction ; eUes sont à mes ^ yeux les plus véritablement phîioeophiques. Elles combinent la . psychcdqgie avec la lo^ gique, pour arriver à rontologie, puis Fontolo^c
tinii«Miiq!M)9ée ihrec lés tnAthëmatîqties etH^histoire iNMi^^i ^t ^éUfss arment li la physique ihéorétl^ que, à la cosmologie et à /l^ilthropologie rationnelles. Ce sont ces sciences qu'on dénaturerait^ qu'on annullerait presque,'èn les condamnant à Fem* ploi d'une méthode exclusive. Selon noua, il y a dans la raison i'élément intuitif, l'élément déductif, l'élément ittdtictîf qtti, réunis <et combinés, font la possibilité et la valeur.de toutes ries scrâaces <huqiaines.
Au fond, tout se résout eo intuition; aettlentaU, Tintuition, toi^urs directe en elle-inétne> s'obtieiy; directement ou indirectement. Qoaud éle s'obtient indirectement, elle s'obtient, par l'induction ou par Ta déduction;. par l'induction, (^nd d'utte intuition particulière ou relative se coackit une intuition générale ou absolue jipar la déduction , quattd d'une intuition générale se conclut une itituition particulière; mais l'induotion elle-mène aspirant toujours h devenir déduction , ceux-là n'ont pas tant erré qui, tels que Bescartes et Loeke, ont dit que les deux voies, pour arriver à la science ^éta΀ltt Finiuition et la d^uoiion. Il est évident que dans rintuition, tous deux coipprenaient l'intuition in* ductive; l'un, quand il voyait s»s déduction l'existence dans la pensée; l'autre, quand il rattacbait toute la connaissance à la sensation. Les Êcosaaîs n*ont fait qu'une chose, c'est de remarquer que l'intuition par l'observation procédait dans la métaphysique comme dans la, physique, et que la dénomination de; philosophie indnctive (ils auraient pu dire' en ^ un sens philosophie naturelle ) pouvait s*^ pliquer aux recherches sur l'esprit humain comme
à toutes les recherches de l'esprit humain , en tant qu'elles portaient sur des faits; et de là l'intuition, l'induction 9 la déduction '.