APPLICATION DES RÈGLES DE LA MÉTHODE
A LA QUESTION DE l'exISTEMCE DE l'eSPRIT.
Rien n'a été plus souvent nié dans la théorie et reconnu dans la pratique que les idées qui viennent d'être exposées. Les philosophes^ trompés par le scepticisme^ le sensualisme ou l'idéalisme, ont delà peine à les bien saisir. Les savants de tout ordre , entraînés par la nécessité de spéculer en dehors de l'empirisme, auraient encore bien plus de peine à ne pas user, dans leur science , de la liberté qu'ils refusent à l'esprit humain.
Ainsi les philosophes nient ces vérités , lorsqu'ils disent, comme Locke ou Condillac, Darv^in ou Cabanis, que tout vient des sens; lorsqu'ils insinuent ou laissent croire, comme les psychologistes d'Édimbom^g, que toute connaissance est croyance expérimentale , et que la vérité résulte de notre foi naturelle dans nos facultés; lorsqu'avec Hume ou avec Kant, ils supposent illégitimes toutes nos connaissances absolues, comme étant purement subjectives, les unes par rapport à la sensibilité, les autres -a la raison.
' Descai*tes, t. XL Règles pour la direction de P esprit, Reg. III. —Locke. De V entendement humain, liv. IV, ch. II, $.7. — Gooiin. Cours de P histoire de la philosophie. 1829, t. II, 23* leçon, et la préface de la traduction de Reid par M. Jouffroy, p. CCVIII.
> Mais combien de fois par une inconséquence roblrgëe^ tous les philosophes, tous les savants, .'tous les expérimentateurs ont- ils été entraînés hors du cercle étroit de l'induction expérimentale ! Quant aux métaphysiciens , il suffît qu'ils admettent la logique ou qu'ils l'emploient, pour qu'ils soient conyaincus par le fait d'accepter, en dehors de l'expérience , des vérités absolues et une 4X>nnaissàncer8tionnellis; or, la logique, quelle philosophie en fait plus grande consommation que -le scepticisme? Si les mathématiciens sont sceptiques, ce ne peut être que sur les résultats de l'expérience et aux dépens des sciences naturelles; car •ils sont les croyants exclusifs de la science rationoaelle, et ne sortent guère, sMls le veulent, de la i sphère de l'absolu. Enfin, les physiciens, les naturalistes eux-mêmes sont obligés de recourir tantôt à la logique, tantôt aux mathématiques, et ils savent quelque chose de plus que des faits bien observés.
. Arrivons à la conclusion qui nous intéresse, et interrogeons maintenant la philosophie qui se donne pour seule fidèle à la méthode expérimentale, et qui ne connaît pas d'autre organe de la vérité. Nous avons prouvé par avance au matérialisme qu'il se trompe sur la question de la méthode. Ajoutons quil est infidèle à son erreur, ne se contenant pas dans les limites de la méthode à laquelle il se réduit lui-même.
En elBfèt, accordons un moment ce que nous avons nié, qu'il n'y ait pas d'autre moyen de découverte et d^autre source de certitude que l'expé- Tience inductive ou l'induction expérimentale, et n. 29
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que toutes- les science» soient rëductîbleft aux scieuees ph]^iques^ une première question se prëseote : rexpérience donne -rt-^-eUe le matérîalisBK 2 ou mieux* t le matérialisme est*ii fondé amr ï'min/y lion expërimentaW? Un <le nos Essais a été consacré à la native., Cependant , à présent que Ja méthode indnctive nous est mieux connue^ c^ prenons la question.
Les phénoinènes externçsp ou. «appréciables pv les sens» nous autorisent et nous déterminent. a induire une substance de ces phénomènes , subalance dont , les propriétés, en sont les canses di^ rectes* Parmi ces phénomènes sont oeux de la TÎe accessible aux sena. L'observatioa nous condbait.à fes attribuer à une substance » c'est le oorpa; l'organisation du corps n'est que l'ensemble et la coordination des propriétés destinées à rendre €its phénomènes posaiUes. Ceci est une induction expéiûmentale» &oit. Les phénomènes iiilcrnesy c'eslà-Klire les phénomènes obseryables seulement pomr la conscience^ serent par le même procédé , et en vertu de la même loi, rapportés h une snbstaneé de ces mêmes phénomènes , sabstance dcmt le» pco^ priélés en seront les causes». Voilà une indueftion çzpériivaatale correqiondaote^ identique à la peécédente y et c'est jinque - là qu'on peal mener la méthode induetlve des naturalistes
Maintenant faut-â ajouter que la Aibstanee dei phénomènes du second ordre est la même que la wbstance des phénomènes du premier ? £at*ce une induction iégitimei. scientifique, déterminante 2 Four qu'il eu fût ûnaî^ il &udrait^ dana l'hjpolhès^où nous sommes , que lexpérienoe suggérât cette inr
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dnction* Or , jamais rexpérîence ne donne directty ment les phénomènes externe» comme confondot avec les phénomènes intomes . Gomment le feraitdie en efièt? Les {nremiers sont perçus au mojea des sens y les seconds au moyen de la conscience; U cotiscienoe n'atteint pas les premiers an xxunm durectement, ni la sensibilité les seconds» Quelle ftcolté expérimentale, ou quelle expérience peut donc les confondre et les identifia? Ce ne sera m jL'expérience iatame qui ne voit pas les uns, ni l'expérience externe qui ne voît pas les autres» U £mt donc que ce soit une faculté snpérieore aux ^collés de l'expérience ^ et que cette conclusion ne s'opère pas en Y^tu d'une induction directe, d'une induction expérimeutafe proprement dite. Ainsi^ YdJà qui est daîr, la méthode inductire directe ne donne pas l'unité de substance au sens du matérialisme. Quelles sont donc les inductions d'une autre s<M*te ou les raisonnements par suite desqueb on établit cette conclusion ? On peut les ramaaer aux deux inductions suivantes :
i"". La sensibilité ne nous fait connaître que des corps, ou, en d'autres termes, par la sensation, aious ne connaissons que l'existence corporelle. Or, la sensation est notre seul moj^en de connaissancei, ou nous fait seule connaître des réalités certaine». Donc il faut tout ri^porler, même les phénomènes internes, à des existences corporelles.
3". Les phénomènes internes sont détermina par des phénomènes, c^ses de sensation, et aboompagnés d'un phénomène sensible permanent , l'action vitale des organes. Donc les uns et les
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autres sont lies comme causes et efiëts, et par conséqueût identiques de nature.
Tous les systèmes matérialistes, en tant qu'appuyés sur Texpérience, reviennent a Tune ou à Tau-* ire dé ces inductions. ^
Or 9 la première n'est pas conforme aux règles de la méthode inductive. Ce n'est pas un farit d'expérience que la sensation soit notre seule source dé connaissance; ce n'est pas non plus un fait d'expérience que nous ne concevions que des existences corporelles. Entre ces deux jugements d'expérience : la sensation, nous fait connaître des pkénomèn^ externes, la conscience nous fait connaître d^ phénomènes internes , ce n'est pas • un jugement d'expérience qui peut établir cette jonction que l'une et l'autre par conséquent n'attestent qu'une existence corporelle. Ce n'est pas non plus le raisonnement pur; la logique ne conclut pas de ce que les phénomènes externes attestent par la sensatioa une existence corporelle , que les phénomènes internes attestent par la conscience une eicistence corporelle. U faut absolument, pour amener cette conclusion , introduire d'autres jugements qui .viennent d'une autre source. Tels seraient les principes, qu'il n'y a d'autre existence possible q[ue celle dont ime sensation est le gage; — que l'existence attestée par la sensation étant la seule certaine, toute autre existence doit être identifiée avec elle ; — que la conscience est une illusion, ou du moins ndl^eut être en fait qu^un. phénomène corporel, tout autre étant inconcevable pour la raison. Mais aucun de ces principes n'est
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un pur produit de la méthode inductive ; ils ne résultent nécessairement d'aucune expérience ; œ sont plutôt dès idées rationnelles , des propositions transcendantes.
. ^ Quant à la seconde induction , elle porte bien stot des données expérimentales; c'est un fait d'expérience que la succession ou la .simultanéité des phé- \ nomènes internes par rapport à certains phénomènes externes ; mais qu'il ea résulte l'identité de l'agent imn^édiat ou du sujet substantiel des uns et des autres^ ce n'est pas une induction expérimentale; c'est, si l'on veut, un jugement de la raison en yerta d'un des principes suivants, qu'il ne faut pas multiplier les êtres ou les causes sans nécessité; -~ que des phénomènes qui se succèdent et qui sont liés les uns aux autres , appartiennent nécessaire^ jnent à un seul et même être, et par conséquent à une substance homogène; -—que l'ignorance înTÎncible où nous sommes de la nature des substances^ nenous permet pas d'affirmer leur diversité, ni l'in* compatibilité de certains modes comme coexistants dans un même sujet : — - toutes propositions qui > vraies ou fausses, ne peuvent être réduites aux simples conclusions inductives des sciences d'obser^ vation , et qui nécessitent l'intervention d'un principe plus absolu, la raison.
£n deux mots , conclure de ce que les aliments introduits dans l'estomac en sortent convertis en matériaux divejcs tous connus, tous . observables > qu'il se passe dans l'estomac une opération physique qu'on nomme digestion^ et que par conséquent la digestion est une fonction propre de l'estomac , est une induction r^ulière ; car tout ici etHri
gène f tout ae rédnii à des phénomènes de même nature , k des résultais observaUes. C!onclàre de ce q«e la pensée ne peut aToir lieu sans b présence , la Tie et l'action du cerveau, qu'elle soit une propriété du cerveau y. lorsque ni l'opération en ellemème , ni 9es résultats ^ ni sa valeur, ni sa destination , m son essence , n'ont de rapport observable cm concevable avec les éléments ou les changements du cerveau ; ce n'est pas évidemment la même chose, ce n'est pas le même procédé scientifique ; c'est ajouter à l'induction plus qu'elle ne contient expérimentalement et logiquement, et une telle concluikm, quand même elle serait vraie, ne serait ni une application valable ni un produit exdusi^ilé Ift pure méthode inductive. Le matérialisme, sous ce npport, dépasse donc ses prémisses.
Il n'est donc pas plus une dérivation prudente , qu'une conséquence forcée de Texpérience et de l'observation. Destiné à compléter la science expérimentale , en lui donnant une unité qu'elle ne saurait trouver en elle-même et que la raison seule lui apporte^ il est une doctrine ontoto** gique appuyée sur des principes en dehors de l'expérience. Le matérialisme, encore une fois,, c'est l'unité de substance. Or, sur quoi se fonde le principe de l'unité de substance , sinon sur des'pro* positions purement d<^matiques plus ou moins aemblables à celles qui séduisaient Spinosa ? Rappeles-vous^n quelque^-tmes. « Deux substances uyant des attributs différents n'ont rien de conmmji entre elles, n (f 11 ne peut j avoir dans l'univers deux ou i^usieurs substances de même nature ou d# même attribut* » u Une substance ne peut être
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prodaiie {lar «ne antre sdbstance. ») Tontes ces proposilioos et viiigt antres qui , tissues géométrie qaement ensemble, composent la trame 4u spino-sîsme, sont assurément des produits plus ou moins heureux du raisonnemeDt, et ne peuvent se réduire à de simples pereeptiens objectives. Au fond, tout, matérîalisoie, iûÈrrïi moins savant que le spinosisme, a . besoin , pomr être, soutenu , de la vérité de quelques priiictpes absolus, tek que ceux-ci :. tf Rien n'existe que ce qui est ou peut être acoes<> sible aux «eus. n Ou Jbicn : «Rien n'est vrai que les ji^^ents induits de l'expérience immédiate* » Om encore c « La substance n'est. întdligîble que matérielle, n Or, ces assertions sont gratuites, ou du moins ne peuvent trouver leur titre que dans Ja raison , et non dans anonne preuve « sensible ; car aUégûer une preuve sensible serait décider la question par la question; et d'ailleurs, par les preuves sensibles même, c'est la raison , non l'expérieooe qu'on chercbe à convaincre.
La discussion nous conduit donc à reconnaître : i*..que la méthode d'observation entendue au sens rigoureux, n'est p» Tunique méthode des sciences ; a*, qae cenxrla mêmes qui soutiennent le contraire, s'écartent de cette méthode toutes les fois qu'ils oui un système à établir , et n'y rentrent que lorsqu'ils veulent ou récuser leurs adversaires , on dé-^ dîner une argumentation qui leur dépfatt.
Ainsi, le matérialisme en premier lien, commet une erreur de méthode, quand il oppose pour ai^ipunent pvesqve unique aux deetrines contraires, qu'elles ne sont i^as établies exclusivement tomuMs lui par la méthode expérimentale, ee qui seraû
qu'il n'aurait rien prouvé contre elles. En second; lieii^ lorsqu'il est dogmatique, il est néoessairemeiitt infidèle à la méthode de l'observation et forcé de Is^) dépasser. • . *.
Montrons au contraire comment la philosophie'* de l'esprit est conforme dans sa méthode aux pro- cédés usités et nécessaires de toutes les sciences.
Qu'est-ce que l'esprit? Une réponse complète* etabsolue à cette question est aussi impossible qu'une « réponse à cette autre question : Qu'est-ce que le^ corps? L'essence de la substance, ou, pour parler le langage bizarre et rigoureux de la scholastique , la quiddité absolue est impénétrable. Mais la notion' de l'esprit est un fait dans la raison humaine : chacun parle de son esprit, et ne croit point parler de^ son corps; chacun prononce des phrases analogues: à celle-ci : « C'est mon esprit qui est malade et non ' mon corps. — Le courage d'esprit est plus néces** saire que la force de corps. «— U y a des esprits, enfoncés dans la matière. — Le corps est le tyran ou l'esclave de l'esprit. » Tout le monde a donc quelque idée des deux substances, et la-multitude irréiiéchie admet aisément, naturellement, la notion et la croyance d'un être spirituel, intellectuel, âiental, moral , pensant , comme on voudra l'appeler , quL use du corps *et qui veille à sa conservation , sansêtre cependant la force qui l'organise, le âéYeloppe> et l'entretient. L'homme n'est pas naturellement) matérialiste. Cette idée usuelle de la dualité de notre être , et les croyances) qui s'y lient^ sont en meta* physique ce que sont en géométrie les notions anpi* riques de tout le monde sur les ronds et les carrés ,> sur les lignes, les sur&ces et les solides. i
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CVst au moment où tous voulez approfondir ces^ idées, les rendre lucides et complètes, que vous vous apercevez de ce qui leur manque sous ce rap-> port, et de la difficulté de ks ramener a une intel** îigibîliié absolue : alors le doute peut vous saisir et bientôt engendrer la négation , et bientôt vous entraîner à la poursuite de quelque système qui semble vous délivrer des difficultés en les remplaçant par d'autres. Le matérialisme est un de ces systèmes; le matérialisme est une explication; il appartient à la science. Si nous lisons l'histoire de la philosophie 9 nous le rencontrons aussitôt sur notre chemin; si nous nous bornons k la philoso* pfaie de la question même, voyons si nous le rencontrerons également. Refaisons la science à notre tour j et pour un moment sans la chercher dans les livres.
Nous avons accordé que toute science débu* tait chronologiquement par l'observation. Nous observons de la couleur, de la figure, de la solidité, ou plutôt un extérieur coloré, figuré, solide; c^est quelque chose. Nous observons aussi des sentiments, des pensées, des volontés, ou plutôt un intérieur sentant, pensant, voulant; c'est encore quelque chose. Ainsi, nous connaissons quelque chose qui est coloré, etc., quelque chose qui est sentant, etc. : voilà une double con*naissance expérimentale; et dans cette connaissance est déjà compris un jugement implicite, le jugement attributif d'existence au support des phénomènes. En observant et les phénomènes externes et les phàiomènes internes , je juge que pour les uns et les autres l'objet phénoménal existe; c'est
le principe de sulislantialîté a l'état natif* En soi, œ n'est point encore là de la sdence; mais ce 4jae^ nofos en disons est de la science; car le propre de 1» philosophie étant d'être la science de la connais sance même ^ il j a toujours distinction nécessaire et facile confusion enti*e elle et son objet. Ce que nous décrivons ici n'est pas scientifique ^inais nous le décrivons^ nous essayons du moins d^ le décrire scientifiquement.
La connaissance implicite que nous venons de décrire peut être reprise par l'analyse. Si vous faites subir à ces faits l'épreuve que nous avons appelée, d'après un savant anglab, l'analyse du phénomène^ c'estr-k-dire si vous cherchez à faire la décomposition exacte de ce qui se passe dans les opérations que nous venons de rappeler, et la revue des principes qui y sont nécessairement en jeu, des indnctîons qiii s'y rattachent sans intermédiaire, vous élèverez la connaissance à un état plus scientifique^ vous obtiendrez , ou à peu près , ce qu'enseignent les Écossais sur la perception et la conscience ; vous aurez la philosophie inductive de l'esprit humain. U serait oiseux de la résumer ici.
Mais si vous approfondissez davantage, Tousre* mai^uerez que les attributs reconnus par Tobser'vation au quelque chose coloré et figuré, en d'autres termes , que les qualités de la substance des phénomènes externes ^ telles que Fexpérience les révèle , se transforment en qualités plus rationnelles , en œ sens que c'est la raison qui les induit des qualités empiriques, comme la divisibilité,, la di vérité , la pluralité, etc. C'est ce que nous exprimerons par un mot en disant cpie la substance des phénomènes
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estemes est multiple. Elle ne peut être tout ce qu'elle est , 81 elle n'est multiple ^ c'est-à-dire sus-* oeptibie de parties ; c'est là un jugement de la raison . La substance des phénomènes internes , le moi est donné pour la conscience et dans la conscience comme identique. Soit qu'on l'observé aux prises airec la multitude variée des objets sensibles > soit qu'on l'étudié dans la diversité de ses opérations oa de ses pouvoirs y soit qu'on le suive dans la suceessiôn de ses actes ou de ses états^ soit enfin qu'on le montre liant et déliant, concentrant tout ce qui est d'origine diverse, distribuant tout ce qui est simultanément donné, il est identique. L'identité est ce que témoigne la conscience inséparable de la mémoire, car la conscience sans la mémoire est comme le point mathématique , toute existence étant durée. Cette identité, la i^ison déclare qu'elle ne va pas sans la simplicité, l'indivisibilité, l'exclusion des parties ou dé la multiplicité. Le mot de ht conscience , c'est l'identité ; le mot de la raison ^ c^^t l'unité. La raison établit l'unité soit par la méthode intuitive , soit par les démonstrations qui lui sont propres, et pour lesquelles nous renvoyons aux livres élémentaires. Dans les deux cas , l'unité est un postulat ' rationnel, c'est-à-dire que les phénomènes étant donnés avec toutes leurs inducUons expérimentales , l'unité est exigée ou posée par la raison comme en étant la condition. C'est la raison qui dit : Ce qui est tout ce que l'observation apeiv çoit, tout ce que la psjrchok^ie démêle dans Tin-
. ' « Principe qm détermine une action possible dans laquelle on « suppose que la manière de Vexécuter est immédiatement cer- « tasne. » Kaat. Logiq, eh. Il, $. 58.
spection de l'esprit humain, est nécessairement un; Ceci est une vérité nécessaire pour la raison, vérité scientifique dans la forme et dans le fond, comme toutes les vérités nécessaires que nous avons vu, soit la méthode intuitive, soit la méthode déduc^ tive donner aux autres sciences. Il n'y a rien là que d'exactement conforme à la marche que noua avons ensemble suivie et retracée en courant sui: le chemin des sciences physiques et mathématiques.
Quelque chose avec multiplicité ou la substance multiple, et quelque chose avec unité ou la sub-* stance une, c'est ce que la science appellera des noms vulgaires de matière et d'esprit; et elle se trouvera ainsi avoir systématisé la. croyance du genre humain. U y a là une démonstration, démonr stration a posteriori^ en ce sens qu'elle se sert des matériaux de l'observation et des données de la phi-losophie inductive ; a pnorî ^ en tant qu'elle leur impose de par la raison ce que la raison voit nécessairement dans ces données , et sans autre preuve que celle qui résulte de la satisfaction d'eUe*méme« Nous avons vu que toute science procède ainsi ; la philosophie ne pouvait procéder autrement.
Mais il ne suffit pas d'affii^mer , il sera convenable d'analyser et de vérifier cette déduction dans toutes ses parties. C'est peut-^tre l'unique moyen de faire bien comprendre les idées que nous avons exprimées un peu synthétiquement sur la méthode. Ce serait un travail long et minutieux^ mais bien utilei qu'un commentaire logique, ou, pour parler comme Kant, critique, qui suivrait pied à pied toutes les grandes expositions systématiques dont se composent les sciences. Nous allons essayer cet examen
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sur nOQs^inéiaè, Âpi^s ub expdsé synthétique de la th^rie- de i'existence de l'esprit, nous reprendrons'en détail cet exposé et cette théorie, et nous essaierons et passerons au contrôle tous les anneaux de la chaîne. Le lecteur aura l'indulgence de se rappeler q[u'un tel travail ne peut être intéressant ^tj[ae paf son but.