‹ Essais de philosophie (volume 2)Chapitre 31 sur 42 · DÉMONSTRATION SYSTÉMATIQUE DE L'EXISTENCE · texte numérisé non relu

DÉMONSTRATION SYSTÉMATIQUE DE L'EXISTENCE

Il y a «quelque chose ; c'est une vérité nécessaire; le n&mt implique»

S'il y a quelque chose , ce qui est est nécessaire^ ment intelligent on non intelligent.

U y a quelque chose dMntelligent ; c'est une vérité -certaine, c'est une intuition directe delà conscience; ,¥érité de fait qui s'élève à la nécessité, comme conséquence nécessaire d'une vérité de fait qui n'est pas nécessaire , la . conscience.

' L'intelligent est nécessairement le soi comprenant ce qui n'est pas soi. Rationnellement, dès qu'il y a un. moi, il y a un non^moi.^

La notion même dé l'intelligent existant suppose un autre terme , et par conséquent un rapport , et ce rapport suppose un moyen de communiquer. L'infdligence réelle, existante, suppose un moyen de communiquer atec ce qui n'est pas elle , autrementt die ne conipren/drait pas; elle serait par conséquent comme si elle n'existait pas. Elle ne se constate que .par son acte, et elle est constatée par la conscience ; donc elle est actuelle , donc il y a un compréhensible

4se Bsaài x«

ou un oomiM'isy danc il y a yn moyen de oommmor cation entre le oomprenaoït et le compris. Ce sootjà des yérités nécessaires^ Fintellig^noe étant donnée^

Or, le moyen de communication^ c'est le saoliment ou la sensibilité. En fait, l'inlelligadt est n^ cessairement sensible. L'existence de la sensibilité eil une vérité d'expérience; la nécessité deson existence^ comme moyen de communication » est une vérité de raison . C'est la forme ou la nature de ce moyen qui est une vérité empirique.

Le mot sensible se prend dans deux acceptions, il signifie ce qui sent, ce qui est senti. Dans les deux acceptions , le sensible était en ce monde nécessaire à l'intelligent. Pour que l'intelligent comprtl, 1 fallait qu'il fût capable de sentir ; pour que le compris fût compris, il fallait qu'il fût sosœptible d'être senti , ou accessible aux sens.

Comment se réalise en fait le sensible? Le coi»préhensible on le compris est accessible aux sens», c'est-à-dire que du quelque chose qui est bors de l'intelligent , il apparaît des {dbénomènes : <^esS là «ne vérité de fait , aussi amscienciéusement attestée que l'existence de l'intelligent , et de plus, dans use pleine concordance logique avec les conditions d'Mtion de l'intelligence. Les phénomènes pris dansleur ensemble manifestent un extérieur étendn à un intérieur intelligent.

Comment se réalise et s'opère le ùât de b sensibilité? Il se réalise à l'aide d'une portion de rextérienr étendu , qui y l'expérience l'atteste, est l'instr muent nécessaire de la sensibilité. C'est l'appareil de la senÂ* bilité ou le corps oi^nique. Il est étendu , il esipbènoménal , il est accessible aox^ sens , comme Textes

BB L'BMRIT. <M3

xieur oompréhaisible ; il en fait partie par sa nature» De plos^^ il e»t disposé de manière à ébrerinstrament 4e la sensibilité^ et comme tel ^ lié ^ uni à l'intell^ ^ent, de aorte que la sensibilité paraît résider en loi. U n'^est pas le moi f mais il est au moi. L'intelli^ ^ence en commimication avec le comprébensible par un non-moi qui est à elle, c'est-à-dire l'intelligent aensiUe au moyen de l'organisme, tel est en sul>stance l'individu humain ou l'homme terrestre.

Si le compréhensible n'était accessible aux sens ^ •il ne serait pas compris ; si l'intelligent n'avait la sensibilité I il ne coniprendrait pas ; s'il n^y avait mi moyen de communication entre eux, ils seraient l'an pour l'autre «(«mie s'ib n'étaient pas. C'est là ce qui fait la merveille et la grandeur de la senaibi- Mlé , et, par occasion, Texcuse de la philosophie des sensations»

Si le tnùyea de communication ou l'appareil sen- .ttble n'était pas dans nue certaine communauté avec Jes'deox termes, on' peut dii^ que, étant donné ce monde phëmxnâDal , il ne serait pas ce qu'il doit être : .inâudion fondée sut* la cause finale. U était inductivement nécessaire qu'il fût phénoménal, comme le DonHBKM, c'^t^à-dire étendu, et adapté au moi par «ne coniHîtation spéciale et exceptionnelle , en d'aittrts terme», modifiable, et, ai l'on veut, irritable p^ jes deux pôles, c'est-à-dire susceptible d'être afiecté pttT l'action des- objets et par l'action du moi intet

Pour cela , U fallait que le moi intelligent fût pasp* siS et actif, par ra|^port à son médium sensible. ]1 fisUait qu'il fût passif, en ce sens que les modifications ou aflfectioBs du corps missent nécessairement en

jeu la sensibilité. Mais aussi , soit pour diriger ses organes et avec eux 'ses sensations de manière k comprendre , soit pour conserver Tintégi'ilé et la disponibilité de ces mêmes organes^ il fallait qu'il fût actif par rapport à eux , c'est4i-dire qu'il put agîir sur eux comme une force. Une intelligence pourvue de force , ou agissant sur les organes et par eux sur ce qu'elle comprend ^ donne ou suppose le moi to* lontaire.

J'ai dit que l'extérieur pris dans son ensemble ou le compréhensible apparaissait comme un phénomène d'étendue. Ce phénomène est limité. Ce qui en appa-* raît n'apparaît pas lout entier dans le même temps , ni dans le même lieu; tout ce qui pourrait apparaître n'apparaît pas à l'intelligent sensible.

Ce qui apparaît^ ou le phénoménal étendu ^ n'apparaît qu'aulant qu'il le faut pour les sensations à l'aide desquelles l'intelligent le comprend. L'intelligent comprend dans le phénoménal plus qu'il ne sent. Il comprend d'abord que le phénoménal existe, puis qu'il existe quelque chose de plus que le pfaënomenai , puis enfin qu'il y a de l'existant non phéno^menai. Comprendre le compréhensible ou connaître, c'est cela même; c'est connaître qu'il existe quelque chose qui est le phénoménal , à savoir l'être inconnu si ce n'est comme existant et comme phénoménal, et qu'au delà de l'être phénoménal , 41 y Si encore de l'être inconnu , à savoir de l'être nécessaire et de l'être possible. La sensibilité ne donne donc le compréhensible qu'en tant que phénoménal; rintelligent, dans le phénoménal, comprend comme existant le compréhensible. Qu'il y ait quelque chose de plus que le phénomène, que le phénomcn»!

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n'épuise pas tout le compréhensible ^ c'est à la fois une croyance naturelle, une induction de l'expérience, une vérité de raison , c'est-à-dire une vérité nécessaire, dès que le phénomène et l'intelligent sont donnés.

S'il y a des phénomènes, il y a des substances; s'il y a des changements , il y a des causes. Or, il y a des phénomènes, il y a des changements; ce sont la des vérités d'expérience et de conscience, ce qu'on appelle des vérités de fait. Il y a donc des substances et des causes; ce sont là des vérités nécessaires.

Le compréhensible phénoménal est connu étendu; le comprenant est nécessairement connu intelligent. Si l'un n'était étendu , il ne serait pas phénoménal pour la sensibilité; le phénomène étendu est nécessaire à la constitution de la sensibilité, ou la sensibilité est constituée à raison d'un phénomène étendu . L'intelligent est inaccessible aux sens, il n'est ni connu ni senti étendu; il n'est qu'un phénomène interne, il ne se manifeste qu'en acte et à la conscience. Or, dans l'acte d'intelligence , l'intelligent comprend l'agent intelligent ; comme dans l'étendue * phénoménale , l'intelligent comprend la substance étendue.

Tout ce qui n'est pas l'intelligent est-il substance étendue? Non, l'intelligent comprend qu'il n'est pas le seul intelligent. Qu'il y ait dans ce monde plusieurs intelligents de même nature, c'est une vérité d'expérience ; qu'indépendamment de ces intelligents semblables, il y ait en dehors ou au-dessus du monde sensible , encore de l'intelligence , ou un intelligent inconnu difierent de l'intelligent connu; c'est une vérité de raison , une induction rationnelle , et qui n. 30

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fait partie de ce que rintelligenoe oomprend ea siu de ce qu'elle perçoit.

Il est donc impossible à TititelUgent de confondre ce qui est l'intelligent avec ce qui est accessible aux sens. Le premier ne se manifeste directemeutqae par l'acte dans la conscience^ le second par l'étendue et tout ce qui la caractérise et la modifie» Le moin'est pas tout rintel%ent; mais la nonnmoi intelligent n^est point connu comme étant la sufa&tance du uon^XKÙ étendu* Lenon-moî étendu en tant qu'existant, n'a besoin que de la substance ; lorsque l'intelligent conclut desphénomràes du non^noi accessibleauxâeos ou étendu I l'existence d'ui^ non-moî intelligent ^ il ne le conclut pas à titre de substance, mais a titre de cause; c'est-ii^re <|ull se passe dans le monde sensible dea événements , de& actes qu'une analogie irrésistible , une intuition expérim^entale persuasive le force k rapporter à des agents intelligents comme lui. En outre t l'existence de ce teonde sensible , de ces agents semblables à lui^ de lui-même «nfin^ l'oblige, non plus par l'empire d'une expérience on d'une intui* tion» mais en vertude rintelligence pure et à titre de nécessité ratioacmeUe^ à admettre^ à conaairtre aa moins comme existante , de l'intelligence en debors et au->dessus de la sienne ^ de celle de ses semblables. Mais ici comme pour liii^iièfiie , c'est l'aicte -ou les conséquences de l'acte qui lai révèkntl'inteUigence. En général) ai l'action n'existaitpas, TintelUgent ae serait pas connu.

Ainsi^ l'existence d'uneaubstanoedes phénomènes étendes est une conclusion italiotoneUe d'une •cer^ taine «i^um; l'existence de Tint^Ugence ici et ailleurs est une condnaioti ratîonndle d'une autire

sature, ^intelligent ne comprend pas que, pour être étendu, rîntellîgence soît nécessaire^ ni que, pour être intelligent*, l'étendue soît requise. Il y a donc un dualisme naturel pour Tintelligence , et ce dualisme n*est que la confirmation de la dualité primitiTC et nécessaire du comprenant et du compris.

Comment le non-moi , agissant sur le non-moi étendu , agît-il ? Parce qu'il est semblable au moi intelligent.

Comment tout le non-moi non agissant et non intelligent, comment le moî et le non-moi agissants et intelligents peuvent-ils exister tels qu'ils existent? Parce qu'il ^ a un non-moi intelligent inconnu.

Mais le non-moi sensible et étendu ^ le non-moi intelligent, le moî intelligent, sont-ils une seule et ibénre substance? Aucune sensation , aucune intui-r tion, aucune induction expérimental^ , aucune loi rationnelle ne l'indique. L'intelligent ne connaît rîntellîgent que comme intelligent, l'étendu que comme étendu; rîntellîgent ne comprend pas f'é-p tendu intelligent ni fintelligent étendu; car c*est le propre de l'étendu que d'être accessible aux sens^ c'est le propre de fîntelllgent que de ne pas l'être. C'est le propre de fîntelligent que de comprendre ce qui rfest pas intelligent et ce qui est étendu; c'est le propre de l'étendu d'être compris de ce qui est intelligent et de ce qui n'est pas étendu. EnÇn le caractère de l'étendu c^ est d'être divisjblei le caractère de l'intelligent c'est d'être indivisible. L'étendu indivitAMe comme f intelligent divisible impliquent. L'un et fautre, l'un oi^ l'autre est incomnrébenilble.

Donc le dualisme est une Terité rationnelle ou nécessaire y c'est-à-dire liée tout a la fois à la notion et a l'existence de l'intelligence même.

Avant d'entreprendre l'examen critique de cette exposition^ récapitulons tout ce que nous avons obtenu par elle.

i**. Un intelligent existant et en acte, par conséquent une cause de l'intellection; car tout acte suppose un agent ou cause de l'acte. Or, un agent ou sujet de l'action, un existant dont l'intelligence est le phénomène, suppose une substance intelligente. L'intelligent est donc substance et cause.

;i\ Un moyen de communication «ntre l'intelligent et le compris; en thèse générale> le sentiment ou la sensibilité.

En puissance, c'est la sensibilité; en acte, le sentiment. Le moyen instrumental est le corps. Le sentiment de quelque chose qui n'est pas l'intelligent peut se considérer, soit comme la sensation d un phénomène étendu, soit comme la connaissance d'un connaissable existant; l'une et l'autre sont liées en fait. On exprime l'une et l'autre virtuellement en disant que l'intelligent existant est sensible.

Ea comprenant ce qui n'est pas lui , l'intelligent se connaît comprenant ; il se connaît en acte. C'est comme un sentiment ou une sensibilité de lui-même, c'est proprement la conscience. Là est le moi. C'est dans le moi et par le moi que l'intelligent comprend ou connaît qu'il est agent et existant.

3°. Un compris ou compréhensible, un connu ou connaissable, qui n'est pas Fintelligent, par conséquent un extérieur, un dehors , un non-moi , lequel

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est phénoménal, accessible aux sens, étendu. A ce titre y il est compris comme existant, comme être, comme substance.

« 4*. Dans la totalité du non-moi , plusieurs distinctions à faire. L'intelligent en distingue d'abord la partie dont il a connaissance par la sensation. Dans cette partie il distingue ensuite une portion qui est à lui, et qui est disposée de manière à servir d'intermédiaire ou d'instrument à la sensibilité; il agit sur elle et par elle sur le reste du monde sensible : c'est le corps. L'expérience qu'il a de son action lui enseigne à reconnaître ou comprendre dans le spectacle du monde extérieur des manifestations d'action semblable, supposant de semblables agents. Dans le non-moi externe , il se trouve donc d'autres intelligents qui sont, chacun par rapport à soi-même, d'autres moi-

Ainsi dans le non-moi externe, l'intelligent distingue ce qui est intelligent et qui se fait comprendre comme existant par ses actes, et ce qui se fait sentir par ses phénomènes, et comprendre en conséquence comme existant, mais non comme intelligent.

5*. Au delà du non-moi phénoménal, l'intelligent comprend un non-moi tant possible que nécessaire. Le non-moi nécessaire est compris nécessairement, tout le reste étant donné.

Ces cinq propositions contiennent les éléments fondamentaux de l'ontologie et de la psychologie, c'est-à-dire toute la matière de la métaphysique pui^. On doit apercevoir qu'il serait possible d'en mettre l'exposition sous forme de déduction , et de donner à cette déduction 'Soit la forme de la démonstration géométrique; soit la forme du syllogisme. Nous

croyons qu'au fond comme dans la forme il y a là une science.

Comment ne serait-ce pas une science? Écartons les objections du scepticisme proprement dit : d'abord nous les avons combattues ailleurs.; puis elles ruineraient^ si elles étaient fondées, l'existence de toute autre science aussi bien que celte de la métaphysique. Or, en ce moment, nous ne nous adressons qu^à ceux qui croient à des sciences, soit physiques, soit mathématiques. De ceux-ci les principales objections à craindre seraient de deux sortes. lis nous diraient que les diverses propositions contenues dans cet exposé ne sont pas de même nature, et que fondées sur des ordres de preuves difiërents , elles n'ont ni le même degré , ni la même espèce de certitude, et sont cependant présentées comme un continu logique, identiquement certain dans toutes ses parties. En second lieu y ils pourraient ajouter que la liaison logique résulte uniquement du choix des expressions , choix arbitraire en un double sens , puisque d'une part il peut être calculé pour prêter, en écartant les expressions usuelles, un air de clarté et d'exactitude à ce qui n'en aurait pas dans un langage moins abstrait et plus familier) puisque , d'autre part, il change de temps en temps, et substitue dans la trame du raisonnement une expression à une autre , au risque de créer entre les idées une liaison apparente, et de dissimuler les solutions de continuité de la déduction.

Il faut discuter ces deux ordres d'objections qui reviennent souvent dans la philosophie, et sont une des causes de l'incertitude, ou tout au moins de la dlfiiculté qu^elle présente.

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