‹ Essais de philosophie (volume 2)Chapitre 32 sur 42 · PRÉCÉDENTE · texte numérisé non relu

PRÉCÉDENTE

L'exposé qoe noua ^enaos da faire ^ comme tout système oa tout fragimnl de système de philosophie, eopUent en effet des idées de diverse origine » ou pour mieux dire^ des mérités de diverse nature. D'abord ^Xrcç un mal en soi? N'y a<^t-U qu'une sorte de ¥érité? Tous les logiciens^ tous les mélho^ distes n'ont-ils pas admis plusieurs genres d'évidence et de certitude? Et quand toutes ces évidences , toutes ces certitudes n'auraient pas la même valeur» cesseraient-elles pour cela de déterminer et de mériter la conviction? Toutes les pierres précieuses ne sont pas de même formation ni de même finesse; elles sont cependant toutes des pierres précieuses. L'union des preuves de fait , de raison , d'expérience» de témoignage» des certitudes absolues» des certl*tudes morales 9 des probabilités infinies» n'a été repoussée que par les sceptiques , ou par ceux qui n'admettent qu'une seule méthode* Or, encore une fois, nous ne discutons pas avec les uns» et quant aux autres , nous espérons leur avoir prouvé qu'il n'y a point de méthode exclusive* En général » l'inconvénient d'employer plusieurs natures de preuves» et de mettre sur la même ligne des vérités de diverse origine» n'est grave que lorsqu'on ne s'en aperçoit pas» et que , par une méprise trop fréquente» on croit ou l'on prétend tout établir a priori cmlattt dériver immédiatement de l'expérience» san?' '

ter qu'on a mêlé. sans cesse l'expérience et la spéculation , l'intuition et la logique , l'induction et la déduction. Mais opérer sciemment ce mélange est une chose fort simple» puisque après tout c'est ainsi qu'agit naturellement l'esprit humain; c'est pour agir ainsi qu'il est fait^ et la masse des connaissances de l'humanité se compose de perceptions» d'idées a priori j de raisonnements théoriques» de rapprochements d'expériences et de témoignages dignes de foi. Cependant il est vrai que la philosophie doit porter la lumière et l'ordre dans cette confusion , et former la science de parties composées chacune par le même procédé , autant que le permet la nécessité de tenir les matériaux d'une faculté et les idées d'une autre. Il faut toujours revenir a ce point: toute la connaissance humaine débute^ par l'expérience; la raison opère d'autorité sur les matériaux de l'cxpériepce , et y ajoute ce qui ne vient pas de l'expérience. Cette antithèse se retrouve partout» et laisse une trace ineffaçable dans toutes les œuvres de l'esprit humain.

Ainsi il est vrai que si la sensation n'était pas possible» l'homme ne saurait pas qu'il existe quelque chose en dehors de lui » et par conséquent toutes les sciences » la théodicée même » seraient impossibles. Mais il reste qu'après que la psychologie a constaté ce fait ou prononcé cet aveu, on peut par la raison poser d'une manière absolue l'existence de quelque chose. C'est un procédé à la fois familier et légitime. Familier, car les vérités les plus usuelles sont toujours traduites sous forme de vérités en soi , et celui qui dit qu'il est huit heures , n'entend pas énoncer une proposition subjective. Légitime^ car ce pi'O-

DE l'esprit. 473

cédé appliqué aux connaissances qui en sont exactement susceptibles , donne des vérités nécessaires ; nous avons cité vingt fois entre autres exemples les vérités mathématiques. Telles sont aussi , suivant nous , ces propositions : — Il y a quelque chose; — ce qui existe est ou intelligent ou non intelligent ; — Tintelligent suppose quelque chose à comprendre ; — et bien d'autres.

Les vérités de conscience ne sont pas frappées au même titre ; elles ne sont pas nécessaires ; cependant elles ne sont pas moins certaines. Que l'homme pense, qu'il soit intelligent, sensible, qu'il ait la volonté , le souvenir, et , de plus , la conscience de tout cela, ce sont autant de faits certains et de propositions irréfragables. Les données primitives de la conscience sont contingentes, en ce sens que l'homme aurait pu ne pas penser, ne pas vouloir, ne pas se souvenir, autrement dit ne pas exister, et même qu'il aurait pu exister avec un autre mode d^existence intérieure, ou du moins que nous n'avons ni la preuve , ni Tintuition du contraire. En un mot, pour nous et dans Fétat de nos connaissances , rhomme autrement qu'il n'est n'implique pas contradiction. Mais cependant parmi les vérités de fait, les vérités de conscience présentent deux caractères très-remarquables. Daboixi, elles sont l'occasion , l'application et la preuve d'exemple la plus immédiate des principales notions ou jugements a priori de la raison humaine. En second lieu, elles concordent exactement avec ces jugements et leurs inductions les plus prochaines. En efiet ces vérités de conscience, la pensée, la volonté, le souvenir, etc., suggèrent et réclament à la fois , suggèrent comme

474 BSSAJ X.

connaissance appliquiée et impliquée dans la perception de leor actualité^ réclament comme condition de leur possibilité , les notions d^existence^ de substance^ de durée, de cause, etc. Je veux dire d'aboid que si l'on considère ces dernières choses comme de simples notions ou idées^ ces idées ne font, en aucun cas , leur apparition dans l'esprit plus légitimaient qu'à propos des phénomènes internes dont il s'agit. C'est ce qu'exprime l'axiome : je pense, donc je suis, qui développé idéologiquement, revient a dire : la notion de l'acte de penser implique l'ictéc d'existence. Je veux dire de plus que si l'on considère ces mêmes notions d'existence , de substance, de durée, de cause, etc., comme des vérités, comme des réalités, elles ne sont prouvées telles par aucuiie application plus évidente et plus intime que comme conditions de la possibilité de ces phénomènes vtkternes dont nous parlons ; et c'est le sens développé de l'axiome ,je pense, donc je suis, lequel entendu ontologiquement , signi6e que pour penser il faut être et que l'existence est , à cet égard , une <:ondition nécessaire du fait de conscience \ Ainsi, bien que les phénomènes de conscience soient contingents, en ce que rien ne nous révèle jusqu'ici que l'humanité soit nécessaire, ces phénomènes suggèrent des notions nécessaires , et des applications nécessaires de ces notions. Ces notions en elles-mêmes, et prises dans leur universalité, abstraction faite de la coQ-

' Ce qai ne veot pas dira qne psychologiquement et en fait il soit nécessaira, pour dire je pense , donc je suis, d'avoir dit tout ce gui pense est. Ce n^est qn'aprcs coap que nous analysons dédaoti veinent Pinduction primitive de la conscience. Voyez Essai sur Descartes, p. i lo et iSg, et lai-même, Réponse aux instances,X., II, p. 5o5.

DE l'esprit. 475

tingence des phénomènes de conscience^ sont des vé* rîtes nécessaires. La substance^ la cause, le temps (car si la cause ou la substance existe, il y a une durée, la substance n'étant substance et la causation ne pouvant s^opérer qu'au moyen du temps ), sont des notions nécessaires par application desquelles Thumanité existe et pense. Et de plus (ce qui au fond est la même chose), les phénomènes de conscience ne sont possibles qu'à la condition de ces lois axîomatiques, et leur servent par conséquent de preuves d'exemple.

Remarquez à ce propos que si quelques philosophe%3nt dit que ces notions fondamentales, ou lois des choses et de la pensée , s'obtenaient par induction y on ne peut cependant les appeler des inductions au sens ordinaire du mot. Voici la différence.

Puisqu'il y a constamment dans les phénomènes de capillarité, de magnétisme, de pesanteur, etc., des particules ou masses de matière attirées, il y a des forces attirantes dans la capillarité, etc. Donc l'attraction est une force présente dans toutes les parties de la matière. — Voilà une induction proprement dite, une induction générale, qui, une fois obtenue, mérite créance et est invoquée comme une loi .

puisqu'il y a pensée , il y a un pensant, c'est-àdire un sujet ou un agent de la pensée. Car tout acte suppose un agent. — Cette dernière vérité universelle, si elle est induite des prémisses antérieures, n'est certainement pas une induction au même titre que la précédente ; et l'on ferait mieux d'appeler d'un autre nom l'acte de l'intelligence par lequel, à propos de Tapplication d'une notion universelle»

elle acquiert de celle-ci une connaissance explicite^ distincte et réfléchie.

Il est évident que dans le premier cas, l'induction de l'attraction n'est vraie qu'a condition que les faits énoncés dans la première proposition soient réels; car elle n'en est que la généralisation. Dans le second cas au contraire, c'est la première proposition qui n'est vraie que parce que la seconde l'est en ellemême. Mettez les deux raisonnements en syllogisme : dans l'un, l'induction de l'attraction sera la conclusion; dans l'autre, l'induction de l'existence de l'agent dans l'acte sera la majeure.

La raison pour laquelle on n'a pas toujours aperçu cette distinction , c'est qu'on peut par abstraction traiter la pi^emière vérité comme la seconde et la seconde comme la première. En effet une fois que l'expérience et le raisonnement ont bien établi l'induction de l'attraction, elle devient pour Fesprit une vérité indubitable, une loi de la science, sinon de la pensée; et par suite de ce penchant à l'absolu, qui est dans l'esprit humain , on la pose volontiers et l'on a raison de la poser comme une majeure Incontestable, et d'en déduire l'explication , quelquefois même la constatation des phénomènes. On peut très-bien dire : « L'attraction anime toute la nature; or, les phénomènes chimiques sont des phénomènes naturels; donc ils doivent être ramenés à l'attraction. » Ce raisonnement est plausible, vrai peut-être; mais il est au fond hasardé et ne repose que sur une très-forte probabilité, celle qui résulte des preuves expérimentales de Tuni^rsalité de l'attraction. Par contre, on peut, si Ton veut , construire un raisonnement comme celui-ci : « Il j a dans les détermi-

DE l'esprit. 477

nations humaines des changements^ ainsi que dans les phénomènes de la nature physique. Or, ces changements sont FouTrage d'un agent qui est pour les unes la yolonlé de l'homme, pour les autres celle de Dieu. Donc, tous les actes supposent un agent. » — Il n'y a rien d absurde dans ce raisonnement , seulement la conclusion n'a qu'accidentellement besoin d'être prouvée par la mineure; car elle est plus certaine et plus universelle que ç^tte mineure même, et devrait plutôt lui servir de preuve-. Par le premier de ces £»yllogi$mes^ on exagère, et par le second on diminue la certitude universelle dans la conclusion. Cependant l'un et l'autre raisonnement sont admissibles, et peuvent être utiles soit dans l'enseignement , soit dans la controverse. Le premier appartient a l'exposition déductive d'une science créée par l'induction , le second à une méthode qui consiste à présenter par hypothèse les vérités a priori^ comme pouvant être confirmées a posteriori ^ en les dérivant de faits acceptés pour indubitables par l'expérience commune ou le commun consentement. En un mot, c'est une faculté de l'esprit humain que de traiter les vérités contingentes comme si elles étaient absolues , et réciproquement.

Évidemment, si l'on persiste à nommer induction Topération par laquelle les notions primitives font leur premier acte d'autorité dans l'esprit, il doit rester bien entendu que c'est une induction toute spéciale, et que ces notions, bien qu'inductionnelles, en tant que suggérées par une expérience contingente, ne sont pas pour cela de simples vérités inductives. Comme connaissances réfléchies, elles peuvent être a posteriori; comme vérités, elles sont a

4)^8 BSSÂI X.

priori, (Test la faute ordinaire de l'idéologie de con* fondre sans cesse la naissance d'une idée arec sa irsleur.

Ainsi ^ il 7 a des vérités nécessaires ; îl y a des vé* rîtes de conscience. Il y a aussi des vérités qui sont nécessaires , les vérités de conscience étant données ; je neveux point dire par la des vérités nécessaires suggérées dans les vérités de conscience, mais des vérités non-absolues n'étant térités qu*a la condition c[ue les vérités de consciente existent. Ainsi, tout acte suppose un agent est une vérité nécessaire absolue. La pensée existe ( cogita ) ou V homme pense est une vérité de conscience. Le sujet pensant existe est une vérité nécessaire non absolue ^ et qui a besoin de la vérité de conscience , F homme pense. WHe est nécessaire en ce sens que si l'homme pense , le sujet pensant existe nécessairement; mais elle est subor-' donnée k une copditîon qui n'est pas nécessaire, c*est que la pensée existe. On remarquera seulement que lorsque je dis que la vérité de conscience n*est pas nécessaire , je parie en thèse absolue ; car ]a cou* science, étant toujours donnée, équivaut pour nous à un fait nécessaire , puisque son existence est la condition de la possibilité du raisonnement. L*homme ne peut penser , juger et raisonner qu'à la conditiou de s'en apercevoir. Penser et avoir conseience de la pensée est un fait indivisible. Il suit que, dans la science humaine, la pensée, la conscience d^ la pensée, Texistence de la pensée est une vérité de conscience qui équivaut a un fait nécessaire; car rintelligence n'est pas concevable autrement. U suit encore que les vérités primitives de la conscjçuce, bien que subjectives dans leur nature, peuvent être

DE L'ESHurr. 479

pnses oorane Tentés obj

(lit r4»r ^ )

dies MDt sapposées , je dis supposée»

par la raison , et non pas seuiemenl oonâtatées par rexpériençe.

Tani que b inétaplij»que peut ne se compoicr que de Tentés de Tordre de celles que nous Tenons d'exanmier ^ eile es( xuie «oîenoe démonstra tÎTe dans toute la riguenr du terme p et je crois que , dans les matlténatiques même , nous trouTerions plus de traces de données pureapœnt expérimentales que ooos n'en aTons aperçu jusqu'icu

Le «njet pensant om l'intelligent ( qu'on me permette proTisoirement la dirersité des expressions , c'est un point que nous réglerons plus tard ) ne se ooimait tel qu'en acte ou n'a conscience directe «pie de l'acte de penser. Or l'acte de penser est nécessairement l'acte de penser à quelque chose, t< L'actuair lité de l'inteUigenoe, c'est la possession deriniel*fc iig;ibk '• a La pensée , comme fiiouUé, n'est qu'une abstraction comme les qualiAés abstraites de la matière; il n'ezîate qne le sujet pensant, comme il n'iextste.qpK ia substance étendue^ et non l'ët^idne ahstnute. Tonte pensée a donc une forme et un toxkàp une fintne et irae matière. Penser , com-* prendre, connaître^ suppose donc qsdque chose de pensé , de compris , de connu. C'est assurément nai fait de oooscienee; ia conscience Ttde , c'est le néant de la oonaoieBoe; k pensée Tide, «'est k néant de la |>ettBée. L'Jmnune ne se connaît ni ne se ogobprend «qae fcwurisiianl y loa comprenant , om pensant yietyierhose, L'îaAeUi^nce est inoonceTabie

JUOBML JÊOsif^. »«. XO, 7k

Page 1