‹ Essais de philosophie (volume 2)Chapitre 34 sur 42 · CONSÉQUENCES SPÉCULATIVES · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES SPÉCULATIVES

A l'aide de ces distinctions dernières^ on pourra pleinement comprendre et juger la méthode , la certitude, l'expression et la portée de la démonstra* tion qui fait l'objet de cet Essai. Il s'agit d'une mérité vulgaire, mais la plus précieuse que l'humanité possède sur la terre.

Cependant nous n'aurions pas épuisé la richesse de r esprit humain , nous n'aurions pas indiqué la fécondité de la question en présence de laquelle nons l'aTons placé, si nous laissions croire que"* tout se borne aux déductions plus ou moins rigoureuses qui Tiennent d'être exposées et discutées , et que la science n'a pas quelque chose de plus à recueillir de son perpétuel travail sur un fond aussi fertile que la doctrine des deux substances.

On a pu remarquer que la recherche des caractères fondamentaux du principe pensant nous a conduit à la constatation de la- liberté et de la volonté, c'est-à-dire sur le seuil de la morale. La morale a aussi sa métaphysique. La considération de l'absolu dans l'esprit humain, l'opposition du fini et de l'infini , enfin la morale même envisagée dans son origine et dans son but, nous conduiraient également à la métaphysique de la religion. Le spiritualisme ne peut être jamais séparé absolument de la religion ni de la morale, et ce serait un travail intéressant que la recherche de ce qu'il peut y avoir ainii de certain au même titre, intuitivement et dëd " u. 1

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ment, dans la morale et dans la religion, au seul point de vue du spiritualisme.

Mais ce n'est pas tout. La raison a, en sus de toutes les fonctions que nous avons énmnérëes, de toutes les facultés que nous lui avons attribuées^ un pouvoir ou un don, celui de la spéculation. C'est la plus hasardeuse de ses prérogatives , et , chose remarquable, celle dont pendant des siècles elle a le plus abusé, parce que c'était dans les sciences la seule, ou peu s'en faut, dont elle usât. Le ciel nous préserve de prétendre lui en interdire l'usage, quoique par le temps qui court elle en fit peut-être bon marché. La spéculation n'est pas en vogue, honnis peut-être c^ns la science sociale , dans la philosophie de l'histoire : encore là se donne-t-elle pour observatrice et croît-elle constater des faits. Mais Ih ou ailleurs, nous pensons que la spéculation est légitime, à detnc conditions toutefois, c'est qu'elle ne sera pas seule , et qu'elle ne commencera pas. Quand, dans une science , l'esprit a épuisé tout ce queses facultésse«condftires et la raison dans aes intuitions immédiates ou ses déduetSons rigoureuses peuvent lui donner, en loissant dans Tineonnu, dans le douteux, dans l'obscur, tout oe qui est à ce compte obscur, douteux, inconnu) il est bien libre de reprendra par sa poi»aanoe de spéeulation toutes ces parties délaissées , et d'entreprmdre ^ vojragas de découvertes sur ces mers dont il n'a pas la carte. Soit qu'il suive quel» que» indttotienafaible^y quelques analogies vagues , aoit que s*abandannant a la liberté des hjpothèses i il -procède a psiwi en vertu de Taotivité spontanée», et non de la légi^iatioii primordiale de sa liaison, U peut se risquer à oonjecturer ,, à deviner, à anticiper

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la 'vérité, n la rencontrera peat^tre, il trouvera peut-être de& vérités qu'il ne cherchait paa> il déve» loppera la science i ea montrant mieux te qui lui manque^il la perfectionnera , même en tentant vainement de b compléter. Une seule règle doit lui rester présente , c'est que tout ce qu'il pensera , tout ce qu'il supposera 9 tout ce qu'il inventera dans cette nouvelle exertimi de ses forces , ne doit obtenir créance et prendre place dans Li science qu'autant qu'il ne sera point arrivé à des résultats contradic- .toires avec les vérités plus humbles et |dus solides que lui auront fournies les méthodes de certitude et de précision. De même que nous avons vu que la science méthodique doit justifier le sens commun , mais qu'en le justifiant elle le redresse, l'épure et le complète; de même la science spéculative doit se mettre d'accord avec la science méthodique; mats en s'accordant avec celle-ci , il se peut aussi qu'elle la modifie, la régularise et renrichisse. Les sciences physiques et mathématiques ont eu souvçnt de ces heureuses fortunes. La réflexion et la raison ont éclairé l'empirisme, confirmé l'expérience, en la faisant mieux comprendre ; puis la spéculation , l'hypothèse I l'induction gratuite ont à leur tour agrandi le domaine de la science de la réflexion et de la raison. Mais si rien n'est plus séduisant ni plus glorieux , rien n'est plus compromettant pour l'esprit humain que cet essor de la raison en liberté. La science roé« thodique peut s'élever très-haut, mais c'est un ballon captif j la science spéculative coupe le filj en perdant de vue la terre , saura- t^el le s'oriaiHw dans les cieux? —

Cette comparaison nous oppiend que

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