II
g4 B^9AI VH.
force modifie plus la madère que h, force humaine ? Chimiquement, quel corps la modifie plus que l'anitnal qui se l'assimile? Goâime au5si quelle aeiion aafoissaiité> Iwrîble iftiéme; lés eorpsinot^ahiques ne peuvent-ils pas eiereèr sur Ifes corps organisés I II semblerait que l'action n'est JaÉaais plils énergique qu'entre les iiétérogènes»
IMbts il faudrait s'entendre sur l'hétérogénéité; c'ei^t uAe expression dont le sens varie suivant l'ordure d'idées dans lequel on raisonne^ Les hétérogène^ de la mécàniquié ixe sont pas ceux de la chimie^ et uile définitioii générale serait difficile. C'est avèe les physiologistes , e'est avec M-. Broussais que nous discutons. Pour ceux qui ne croient qu'à la matière > il n'y à dans tout ce qui existe rien de plus hétérogène que ce qu^ils appellent les impondérables et les cok'ps pesants, Or^ admettent-ils l'action dés «mpondérableh sur les corps pesants? Ils Tadmettent au poinl d'^exjplj^per presque tout par elle. Voila , certes > une grande dissemblance ; l'impondérable agir sur le pîesant! c'est la négation de l'axiottie^y le sembkble agit seul sur le seaaJïlable.
Mais qu'estrce qu'un impondérable? C'est un corps sans pesanteur. C'est un corps; car que se^ iuit««e? un esprit ? Kous pourrions , nous y dire de tses folies ; niais les physiologistes ne nous feraient pas si beau jehi. C'est donc un corps^ et un corps sans pesanteur^ non pas un corps pesant dont la pe^ santeur serait abtolument insensible ; car qu'est-'ôe qu'me pesanteur insensible ? une pesanteur qui ne pèse pas. La pesanteur n'est pas une qualité absolue de la matière ; l'idée de pesanteur est relative à
DE LA PHYSIOUmm IirrBLLECTUELLE. S6
l'homme. La pesanteur est un effet d'une propriété qui pettirétre elle-même n'est point absolue. Peser suppose une sensation. Les impondérables sont donc les corps sans pesanteur. Tout le inonde sait d'aile leurs qu'ils sont invisibles, intangibles, et ainsi', pour les sens du moins , immatérieh. Or qu'est-ce qu'un corps aini^i conçu? Ce qui lui reste des qualités de la matière est insaisissable , et il y a bien da mystère dans ces mots , la matière électrique ou le fluide lumineurit. Je n'en conteste pourtant pas l'existence ; je demande seulement si la nature de ces corps \\e devrait pas donner de grands soucis , de ^andes défiances aux physiologistes, et si eHe ne devrait pas élre saluée de leur part de la déclaration superbement humble qu'ils ne comprennent |Mtô ce qu'oA veut dire quand on en parle.
Et k nature de ces corps n'est pas tout ; reste leur
action. Qu'est-ce que cette action? B est bien -aisé
d'unir ensemble les mrots suivants : te Nous ne
-r( vons que par l'excitation. L'excitabilité est
*« tenue par le calorique etToxygène ; . . . l'électricité
'u joue aussi un grand rôle.... Les impondérables
•K «donnent ii la maftière cérébrale la pmissance de
a produire ces phénomènes vitaux. Le moi se passe
« parovL dans les impondérables. Le<concours d'une
H matière vivante et des impondérables peut être
fc donné comme cause appréciable du sentir et du
««tooi*. » Maïs en vérité qu'est-ce que cela ^ètft
dire comme explication? Ce n'est qu'une traduction,
encore Crèswhasardée , des phénomènes. C'e^ Tex*-
' T. ï, p. a45, a47.-- T. M, p. 71, 475, 974, vfi.
pression de quelques apparences combinées avec quelcnies hypothèses , expression destinée à représenter systématiquement desiaits certains ; mais je ne vois d'ailleurs rien de plijs concevable dans tout cela que dans l'union de l'âme et du corps.
On me répondra ce que j'ai dit moi-même i que toutes les théories des faits un peu compliqués de la physiologie, de la chimie, de la physique, se réduisent à aes descriptions de mouvement , et le mouvement à des phénomènes d'attraction ou de répulsion , peut-être même d'impulsion seulement; et l'on en conclura que l'action et la réaction des corps entre eux se bornant à des phénomènes de mouvement , quoique mystérieuse dans ses eflèts , est aussi admissible que les phénomènes les plus simples des forces mécaniques. Ainsi l'on expliquera tout par le mouvement. Mais d'abord quoi de plus obscur que le mouvement? Que n'en a-t-on pas dit chez les Grecs , que n'en a-t-on pas dit chez les modernes , jusqu'à ce que Galilée s'avisât d'en rechercher les lois au lieu d'en scruter la nature? Puis, est-ce donc chose si intelligible que l'action purement mécanique d'un corps sur un autre , pom' qu'on y trouve encore la cause et l'essence même du sentiment et de la pensée ? L'impulsion , la plus simple impulsion elle-même est impénétrable; et en assimilant à l'impidsion le phénomène de la perception ou de la volonté, on croira l'avoir mieux comprise I Mais n'est-ce pas expliquer obscunan au moins per obscurum; et parce que vous ne s^vez pas pourquoi ni comment une bille pousse une bille , saurez-vous mieux comment le corps et l'esprit agissent l'un sm'
l'autre^ quand vous aurez dit qu'il se passe entre eux la même chose qu'entre les deux billes ' ?
Ne sortons pas de cet ordre d'exemples. Presque tous les physiciens admettent des forces. S'ib les supposent distinctes des corps y voilà des existences incorporelles^ actives cependant et agissant sur les corps^ et produisant des phénomènes sensibles. Cest la même difficulté que celle de Faction de Fàme sur le corps. Si cette difficulté n^an*éte pas quand il s'agit de mouvement inorganique ^ elle ne doit pas arrêter en physiologie; car il est naturel d'induire du spectacle de l'activité humaine que le principe de cette activité est une force en même temps qu'une intelligence. Mais il est vrai que M. Broussais n'admet la force qu'avec répugnance , même dans Tordre physique '. Accordons-lui tout; il n'y a point de force ^ il n'y a que des êtres forts ^ comme il n'y a d'étendue ou de solidité que dans le concret. Ces êtres forts sont les atomes actifs. Les atomes actifs sont les derniers éléments des corps ayant en eux-mêmes, comme conditions de leur existence, toutes les propriétés nécessaires pour produire les phénomènes sans nombre de l'univers , depuis le mouvement de diastole et de systole du cœur jusqu'à la course elliptique du soleil autour du foyer in-connu de son incommensurable orbite, depuis
' Cet argument a été parfaitemeat développé dans un ouvrage remarquable et peu connu que nous avons eu souvent sous les yeux en composant cet Essai, Doctrine des rapports da physique et du moral, par F. Bérard ( i vol. in-8^ Paris, i8a3). C'est une réfutation de Cabanis et un traité de psychologie.
• De r Irritation, préface, p. nv, uvi^ ixxv, UXYl. — T. I, p.5i6, 566 T. II, p. 69.
sa BsaAi vn.
l'adhérence réciproque des imperceptibles fossiles à cent quatre*viDgt*sept millions par grain dans le tripoli de Bohème , jusqu'à la conception nerveuse de Vautre vie dans la protubérance cérébral^ dq Vidéalité. Mais alors ^ je le demande , est*-ce là » je ne dis pas une science , une explication , je ne dis pas une expression philosophique , mais une description intelligible et de sens commun ? Qu'est-K^e qu'une physique qui se réduit à dire : Il n'y a que des corps sans force distincte et constitués de manière à produire tout ce qui se passe? Ce n'est pas là une science I c'est la négation de toute science; c'est le système des qualités occultes dans sa plus grande nudité i c'e^t le mystère affirmé en langage mystérieuxf
; Une seule lumière luit au milieu de ces ténèbres. Point d'âme > point d'esprit, point de forces ; mais il y a une cause première et ihconnue , et c'est parce que cette cause existe que les choses sont comme eUes sont. De ses propriétés , de ses lois^ de sa na^ ture, de son action , d'elle^ en Un mot^ résulte l'ordre que nous voyons. Le monde est son phéno* mènct Faute de pouvoir montrer que la matière soit intelligente par elle-même , c'est-à-dire en vertu seulement de ses propriétés et des agents physiques qui l'animent , on admet en sus l'action de la cause première, et sur cette action invisible , inconnue , indescriptible , on reporte tout ce qu'on n'ose expliquer par la Mmple puissance des causes connues. On charge le premier principe de tout ce qu'à elle seule la matière en mouvement ne saurait donn^. C'est lui qui s'irrite et qui se meut , qui sent et qui pçose ,
DE LA PHYSI0{<69ip |l|fSLLECTUELLE. 99
ç{fin« tous les èt,Tt» organisés j si|n]^es mao^iine^dûRt il e^t l6 moteui* immédiat et cpmQiup j fonzMf ^i* VQT^es 4^ l'Êtrq imique et suprême.
Sis quidem signis aiguë hœc exempla seeuii, Bs$€ ofdbus ptarUm divitus mentis, et haustus Mthereos di^erc ; Veun^ namgue ire per omn^ Terrqsque, iraciusque maris ^ cœlumqueprqfund\an; Hinc pecudes f armenta, viros, genus omne^erarum, Çuômqme sibi tenues naseenUm arç^ere wtas s Sciiiçet I^UQ re4^^^i'i^9 4^ resoluiq referri Omnia ; nec morfi essp locum, sedviva polare Sideris in numéro atque alto succederê cœlo.
Or I s^itron bien comment s'appelle cettQ opinion? elle s'appellq le panthéisme. M. Broussais est pai)f« théiste. Comment l'éy iterait-^il ? Il ne Teut pas dç principe spirituel individuel ; le spiritualisme çst w^ roman dont le héros est un homme déguisé \ Rçs^ç 1^ matérialisme; mais le matérialisme « rédmt it la physique expérimentale; est trop insuffisant* "Uoxyn gènf^ t le calorique , l'électricité ont beau faire , iUf nç peuTçpt tpul: faire. Il fau|: quelque chose de plus, il faut une cause au delà de tous ces agents , qi|i se n^tt^ en rapport avec l'homme dans }e mîlien nerveux, dans l'albumine irritable \ Ce recours à l'action de la cause première pour expUquer 1q# phénomènes immédiats, cette ascension sans ipter* médiairede l'individuçl au général, c'est proprem^Pt le panthéisme. Le matérialisme y conduit nécessaire^ ment lesi esprits distingués, car en lui-même il n'çst pas ^ne position tenable.
Quoi qu'il en soit, cette cause supérieure aux phë*
* T.II,p.i82, i86.
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nomènes agit sur le monde .matériel et datis le monde matériel , sans être observable y sans avoir à l'existence qu'on lui reconnaît d'autre titre que d'être exigée par la raison \ Comme nécessité logique f cette cause suprême se £ait admettre d'autorité ; on ne lui dispute plus la réalité, quoiqu'elle n'ait au<cun des attributs de la nature matérielle , ni l'action, quoiqu'elle doive agir sur cette nature matérielle dont elle est si différente. Que deviennent après une telle concession la plupart des objections péremptoires dirigées contre le spiritualisme? Que devient cette impossibilité prétendue d'admettre quoi que ce soit de dépourvu, des apparences corporelles, et de l'admettre agissant sur le monde des apparences corporelles ? Elle tombe , et l'argument principal du ma* tériâlisme perd sa validité universelle.
Ne dites donc plus que l'esprit ne peut agir sur le corps , puisque votre cause Aon phénoménale produit les phénomènes, et inobservable dans le monde, agit sur le monde observable; il n'est ni plus absurde, ni plus contradictoire, ni plus difficile de concevoir dans l'homme une force intelligente et voulante , une cause, un principe, un être inconnu et invisible, mais attesté par ses phénomènes immédiats , comme la substance corporelle par ses qualités ou apparences sensibles qui sont ses phénomènes. L'idée
' Nous disons par la raison , puisque cette notion se forme, suivant Bronssais, en vertu de la causalité, faculté supérieure et réflective. Mais cette faculté agissant par l'induction spontanée et non par suite d'une perception directe , il l'appelle sentiment. « On ne peut remonter que par le sentiment à on mobile supérieur aux impondérables. » (T. I, p. 569.)
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d'un tel agent n'est pas plus négative que celle d'une cause suprême conclue par induction de Tordre de ce monde, mais qu'on n'assimile à aucun phénomène de ce monde ; jamais inaccessible aux sens n'a été synonyme de néant. Dire que l'esprit ne peut agir sur le corps parce que le négatif ne peut agir sur le positif % c'est décider la question par la question; l'esprit n'est négatif que s'il n'existe pas. Parce qu'en métaphysique on arrive souvent à l'idée de substance spirituelle par l'élimination , et si l'on veut par la négation des phénomènes ou qualités de la matière, il ne s'ensuit pas que l'être spirituel soit négatif. IN'étrepas telle ou telle chose n'équivaut pas à n'être rien , et ce n'est point nier un être que de le définir par ce qu'il n'est pas. D'ailleurs, quand on dit avec Descartes : l'esprit est inétendu, on entend surtout qu'il est un. La substance une, sujet des phénomènes du sentiment et de la pensée, c'est une idée positive, non une n^ation. Ce n'est pas une négation en logique , et pour la traiter comme telle en ontologie, il faudrait avoir prouvé qu'elle n'existé pas, or c^est ce qui est resté à démontrer.
Conclusion. Les physiologistes, et M. Brpussais en particulier, n'entreprennent de prouver leur thèse que par des objections a priori contre la thèse contraire. Nous croyons qu'il résulte de cet examen que de ces objections, les unes sont supprimées, les autres sont af&iblies, et que celles-ci, en tant qu'elles subsistent, sont démontrées communes à tous les systèmes. C'est ce que résument les propositions suivantes :
' De ïlrritaUon, T, H, cb. VI, seci. VI, p. 65.
4a i(tôAi ¥11.
i"". Si la contraction e$t la forme générale 4e l'aotîon de la matière cérébrale^ il n'y a nulle identité, nulle analogie percevable entre un nerf çontraqté ^t, un phénomène de peméq.
a"". L'assertion qui confond avec lea phénmnme^ » d'inn^rration les phénomènes intellectuels et mor9ui9 ne repose donc sur aucune observation directe, 3oit interne^ soit externe» soil 4^s sens^ soit de la conscience. Et comme d'ailleurs elle ne résulte d'au^ Gune des lois de la raison , elle est gratuite*
S"". Ce p'est donc pas un procédé légitime de la science I une application régulière de la méthode expérimentale que de nier des causes spéciales ou des sujets spéciaux pour des efiêta qu phénomènes spé^ ciaux» quand d'ailleurs on admet des causes incon» nues s des actions mystérieuses, ou tout au moins une cause première dont l'action et la nature sont impénétrables*
4^ Toutes les objections préalables que l'on dirige contre l'existence et l'action d'un principe pensant| retombent ainsi sur le matérialisme quand il n'est pas athée.
£|^, ]L'unité du moi à travers ses phénomènes suppose l'unité de substance* L'unité de substance du Uioi étant nécessaire , sa liaison avec les organes de^ vient le fait donné par l'expérieqce. Comment s'o^ père cette liaison, comment est-elle possible? là est le mystère.
6*". Cette liaison étant admise, les organes étant une condition de l'action de l'intelligence, toutes les suites de l'état des organes pour l'intelligenoei tous les faits connus de réaction du physique $w iç il^Qral;
sont des choses fort naturelles^ qui concordent avec l'hypothèse d'une liaison, aussi bien qu'avec l'hypothèse d'une confusion.
7"*. Quant au rapport entre le physique et le moral y on peut renoncer à l'expliquer , il le faut vckèm^f et la tentative de le représenter par les pro-c priétës seules de la matière , d'une part ne réussit pas, de l'autre excède la portée de la science. Le comment reste dans tom les cas un mystère impé« nëtrable.
8^.* Il est plus obscur dans l'hypothèse du ma-» térialisme. Il y a dans cette hypothèse plus qu'obs* curité, il y a contradiction avec les phénomènes, La matière n*a jamais l'unité du moi ; les phénomènes du moi n'ont rien de commun avec les qua» lités de la matière.
En définitive et supposition pour supposition ; tout se réduit à savoir quelle hypothèse est plus admissible, de celle d'un être intelligent , uni par une relation mystérieuse avec le corps, ou de cçUe de la matière étendue et multiple, pourvue de la propriété mystérieuse de sentir, de penser et de raisonner, c'est-à-dire de faire acte d'unité en vertu d'un simple arrangement de parties. Or le mystère de Faction d'un principe de nature inconnue sur h| matière dont il est distinct, a pour précédent, pour type ou pour analogue, le i^iy stère de l'action non contestée soit des forces, soit des causes prôi^ mières sur le monde; tandis que le mystère da la matière intelligente est en contradiction avec tous les phénomènes, autant qu'avec la raison .
44 ESSAI vil.