‹ Essais de philosophie (volume 2)Chapitre 7 sur 42 · IDÉE GÉNËIUULE DU JUGEAIENT · texte numérisé non relu

IDÉE GÉNËIUULE DU JUGEAIENT

Pierre est bon.

Achille tire son épée.

Cet or contient du cuivre.

Le fer est pesant.

La Tertu est aimable par elle-même.

Pauvreté n'est pas vice.

Tout corps est étendu.

Deux et deux font quatre.

Dans la proportion géométrique y le produit des extrêmes est égal au produit des moyens.

Un côté quelconque du triangle est plus petit que la somme des deux autres.

Tout ce qui commec^ce d'exister, a une cause.

Ces propositions sont des jugements ; les propositions sont des jugements • énoncés.

On peut remarquer qi le dans toutes ces propositions ^ il est dit qu'une cWse en est ou n'en est pas une autre. Ainsi dansa: n jugement, on pense ou on nomme deux choses, e t l'on pense ou l'on dit que Tune est ou n'est pas l'a .utre. Il y a donc à distinguer dans le jugement.

1**, La chose qu'est ou n'est pas l'autre j

a^. La chose que la première est ou n'est pas;

5*. Le rapport entre l'une et l'autre, qui consiste en ce que l'une est ou n'est pas l'autre.

C'est ce qu'on peut appeler les trois termes d'une proposition.

Exemples : Pierre est bon. Pierre, premier terme, ou la chose qui est ou n'est pas l'autre; hon^ second terme, ou la chose que l'autre est ou n'est pas; estf terme moyen, ou l'expression du rapport (négatif ou positif) entre le premier et le second terme ; c'est le verbe.

jichille tire son épée équivaut à Âcfdlle est ti^ rant son épée. jichille, premier terme; tirant son épée, second terme; est, verbe.

Pauvreté riest pas vice. Pauçretéj premier terme; vice, second terme; n est pas, verbe

(A -I- B)«=A*+ aAB + B». (A+B)% premier terme; A* + :2 AB + B', second terme; =, verbe.

Vn côté quelconque du triangle est plus petit que la somme des deux autres. Un côté du triangle, premier terme; plus petit que la somme des deux autres, second terme; est, verbe.

On appelle ordinairement le premier terme, le sujet; le second terme, l'attribut ou le prédicat; et le terme intermédiaire, la copule ou le verbe*

Maintenant, qu'est-ce que le jugement?

On peut dire que le jugement est l'acte par lequel une chose est affii^née ou niée d'une autre. Cette définition est la définition ordinaire des anciennes logiques. Elle se recommande par son antiquité, et le

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nom d'Aristote la protège. Voici les expresiiom méines d'Aristote :

« L'oraison est une yoii^ signifiant quelque chose (c de composé , dont les partie^ séparées ont aussi « une signification • » • « Vénopciation (proposition) (( est une oraison qui affirme ou qui niet « # » • EUe c( énonce une chose a^ec une nutre t ou saps iino au- K tre# • • » Elle est donc uue voix qui signifie qu'une c( chose est présente ou n'est pas présente dans une « autre* • • • • L'affirmation énonce une chose d'une (f autre ; la négation énonce une chose sans une au- (f tre '. >i

Cette définitioui Port<-Royal la traduit en ces termes : (( Après avoir conçu les choses par nos idées ^ c( nous comparons ces idées ensemble f et trouvant a que les unes conviennent entre elles et que les au- (( très ne conviennent pas , nous les lions et délions, a ce qui s'appelle nffirmer ou nier , et gépéralement ({juger *.ii

On dirait que cette définition a engendré celle de Locke : u Le jugement consiste à joindre des idées «dans l'esprit, ou k les séparer l'une de l'autre, (I lorsqu'on ne voit pas qu'il y ait entre elles une conte venance ou une difconvenance certaine , mais cr qu'on le présume '* >i

Suivant Hobbes , a la proposition est un discours cr composé de deux nom3 réunis par nn verbe , par « lequel on exprime que Ton connaît que le second

' Aristûte, Organ. iib, de inUrpretatione ^ V, i, 5, 6. — TI, i (édition de Bahle» T. U, p. ^t)- * Logique, part. H, th, IIL ' tûcke, Â#<u iur Untçmkmenl humain, liv. lY» d|. XIV.

DU lUGBIlBIfT. 87

« nom est le nom de la même chose dont le premier (( est aussi le nom ^ on ^ oe qui revient au même y que « le prœiier nom est contenu dans le second ^ . d

Pe la définttiop d^ Locke et de celle de Hobbes Condillac a lût la sienne.

«r Quand ^ dit-il^ nous comparons nos idées, la CI oomeience que nous en avons nous les fait con- H naître comme étant les mêmes par les endroits que « nous les considérons , ce que nous manifestons en « liant ces idées par le mot ai ^ ^ ce qui s'appelle affir- N mer i ou hîen elle nous les fait connaître comme (I n'étant pas les mêmes , ce que nous manifestons en (fies séparant par c^s mots n'est pas, ce qui s'appelle « nier. Cette double opération est ce qu'on appelle «juger*.»

H Apercevoir des ressemblances et des difiërenir ces y c'est juger. Le jugement n'est donc encore a que sensations ' . Juger n'est qu'apercevoir un rap- If port entre deux idées que l'on compare ^. Une f( proposition identique est celle où la même idée ffest affirmée d'elle-même , et par conséquent

ff toute vérité est une proposition identique

«f une proposition n'est que le fiéveloppement d'une H idée complexe en tout ou en partie. Elle ne fiiit cf donc qu'énoncer ce qu'on suppose déjà renfermé

' Hobbes, Élànents de pliilosophie^ part, i, CompuUiUo (logique), ch. m. Tradaction de M. de Tracy, T. IV de» Éicmcnts d'Idéoîof^ie»

* Condillac , Essai sur Forigine des connaissances hunuûncs , part I, sect. Il, ch. yni.

' Logique i part. I , cb. VII. -

♦ Grammaire^ part, I, ch. IV.

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« dans cette idée ; elle se borne donc à afiirtner ii que le même est le même ' . »

Dans ces passages, et mieux encore, dans les ouvrages d'où ils sont extraits^ on voit que la convenance ou la disconvenance des idées qui , suivant Locke, sert de base au jugement, a été transformée par Gondillac en égalité ou identité; et le jugement, selon lui, n'est qu'une équation de termes identiques.

La faculté déjuger n'est, pour M. de Tracy, que la faculté de sentir un rapport entre nos idées. Ce rapport n'est pas l'identité , il n'est pas la convenance; c'est, pour ainsi parler, le rapport du contenant au contenu. Mais comme il est senti , juger c'est encore sentir •.

L'école allemande définit le jugement l'acte de w la conscience par lequel X et Y, en tant qu'objets ce déterminés et distincts de la conscience, sont ce combinés en une conscience unique et détermicc née Z '. » — Uu bien — cr Dans le jugement deux t< idées sont placées vis-à-vis l'une de l'autre, et ce rapportées l'une à l'autre, ce qui fait paraître si c( elles s'accordent ou non dans leurs caractères*. »— Ou enfin — « Un jugement est la détermination du « rapport mutuel de deux ou plusieurs concepts pour « l'usage de la connaissance^. »

' Art de penser, part. I, ch. X.

» Voyez TEBsai VI.

" Salomon Maimon, Propedeutiqut à une nouvelle théorie de la pensek, ch. II, J. 3.

* Egchenmayer, Psychologie, part. I, ch. IX, §. ii8. Matthi» , Manuel de philosophie, traduit par M. Poret. Paris,

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Toutes ces définitions offrent entre elles de grandes analogies. Elles pourraient se rapprocher au point de se confondre, hormis peut-être celle de Gondillac qui ajoute aux autres une idée de plus^ et réduit le rapport des deux termes à l'identité. Son erreur nous parait grave ; mais quant aux autres définitions , il n'en est aucune qui ne soit acceptable. Si cependant il fallait choisir, notre choix serait pour la première de toutes , pour celle des anciennes logiques. Elle n'est ni scientifique, ni' profonde; c'est la définition que donne le bon sens.

Mais parmi ces définitions, une seule est-elle complète? En Toici deux autres :

« Le jugement , dit Kant , est la fonction de l'unité cr entre nos représentations. »

(c Nous entendons par jugement^ dit Reid, toute « détermination de l'esprit, relativement à la vérité « ou à la fausseté de tout ce qui peut être exprimé a par une proposition '. » Cette définition revient à celle de Bossuet : u Juger, c'est prononcer au dedans (f de soi sur le vrai et sur le faux '. »

Ces deux définitions ajoutent aux notions que les premières nous donnaient des notions nouvelles.

Quand on sait que la proposition affirme ou nie une chose d'une autre , énonce un rapport de convenance ou de disconvenance entre toutes deux, présente la seconde comme contenue ou non dans la première , enfin , exprime ou exclut la combinai-

' Voyez les Essais IV et III , p. 3a4 et 218 du T. I ; Kant, Critique de la raison pure ^ loglqae trans., i'* section, liv. I, ch. I, art. i;Reid^ Essais sur les faculiù intellectuelles, VI, ch. III.

* Bossuet, Connaissance de Dieu et de soi-même.

flO BSftAI VIII.

son de deux idées, ou ne oonnalt encore, oe me semble, et d'une manière très^éqérale, que le méd^ nisme ou la forme du jugement. On a plutdt la définition de la proposition que celle du jugement.

Or, en faisant ce que fait la jMropoaition i que faisons-nous? Qu'est*^oe que le jugement en luimême? Quelle eat Tesaence de Topération? No\is venons de voir quelle en est la forme ; mais que se passe*t-il dans cette opération , et quelle est la fa»culte qui s'y rapporte ?

Kant a répondu ; que la réponse soît bonne ou mauvaise, obscure ou claire, il n'importe iei; le point, c'est qu'il a tenté de nous faire connaître l'opération en elle-^méme<

Mais cette opération, quel en est le sens, le but , le résultat définitif? Au moyen du jugement que se passe-t-il , et au moyen de ce qui se passe qu'arrive^ t--il? Qu'est-ce que l'esprit accomplit par le jugement? Reid essaie de nous le dire» L'esprit, dit^il, se détermine, il décide une question de vérité ou de fausseté. Ceci est encore un élément nouveau dans la connaissance du jugement.

Elle n'était donc pas complète. Aurions^nous la connaissance complète du levier, si l'on nous avait seulement dit : a Le levier est une barre inflexible, (f droite ou courbe, dont un des points est fixe et ce ofire un point d'appui autour duquel elle peut (( tourner librement ? » Nous ne connaîtrions que l'extérieur du levier, ce qu'on en voit , non ce qu'on en comprend. La plupart des définitions précitées ne nous en apprennent guère plus du jugement.

II faut donc ajouter qcielque chose à la description

DU JuamiiiT. M

du levier. Il fnut dire que « si des forces saut ap- « pliquëes à ses deux extrémités , elles peuvent réar- (i gir l'une Bur l'autre par le moyen de sa rigidité^ « e% sp combattre mutuellement en l'appuyant « contre le point d'appui, i» Yoilà ce qui se passe dans l'action du levier. Cm pourrait se comparer au degré de oonnaissance que donne la définition du jugement selon Kant.

Mais enfin ^i vous ajoutes que « dans le levier on a emploie une certaine force dont on dispo^e ^ ou (( la nuuâonçe, pour équilibrer ou vainere une u autre force dont on n'est pas maître ^ OMlaràic êisUmce » j vous aureii du levier une idée à peu près complète I et une connaissance équivalente à celle que vous laissa du jugement la définition de Reid ajoutée ii toutes les définitions précédentes.

Four éclfiircir et compléter cette connaissance , pour l'ériger en théorie i nous devons considérer le jugfiment sow divers points dç vue , étudier dans le jugement la forme et le fond % répondre au moins à ces deiKX question^ t Qu'est-ce qu'un jugement (opération)? Qu'eptrce que le jugemwt (faculté) ?

DU JUGQHEjrT CONjSIDËRË DANS SA FORME,

ou DE LA PROPOSITION.

Analyser up jugement en particulieri c'est an^r lyser une proposition. La proposition > en effet, est l'expression du jugement y et l'on peut la considérer

inâépwd«mment soit de l'acte par lequel elle a été

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produite, soit de l'occasion qui Ta suggérée , c'està-dire de son origine psychologique et de son origine accidentelle. On peut également faire abstraction de sa valeur intrinsèque p de la foi qui lui est due et de celle qui lui est donnée , c'est-à-dire de sa vérité réelle ou supposée. Ce point de vue ainsi restreint est, en général, celui des logiciens; c'est le nôtre en ce moment.

On peut concevoir une proposition sans la croire, sans la prononcer, sans proprement la juger ; la preuve , c'est que l'on conçoit également des propositions contradictoires. Le fer est pesant ^ le fer est impondérable ^ sont deux assertions également concevables. La partie est plus grande que le tout est, du premier coup d'œil, une proposition fausse, mais très-intelligible. Nous comprenons ce que c'est que partie y ce que c'est que tout , ce que c'est que plus grande; le matériel de cette proposition se comprend donc parfaitement. C'est la pensée qui est inintelligible, ou plutôt qui est absurde.

La proposition , prise dans cette neutralité , sans égard à son origine ou à sa valeur, nous occupe seule ici. Nous ne voulons qu'en décomposer les matériaux.

La logique ordinaire a raison ; il y a trois termes dans toute proposition, dans celle-ci : Pierre est bon y comme dans celle-là : Les vertus que nous ne dewns ni à T éducation , ni à T expérience, ni à la raison , sont un don gratuit de la Providence.

De ces trois termes , celui dont on affirme ' s'ap-

' Pour ploB de simplicité, je lappoierû constamment tous les

DU JUGEHBirr. 93

pelle ordinairement le sujet , celui qui est affirmé du premier V attribut.

Le second terme est affirmé du premier comme attribut j c'est-à-<lire qu'il lui est attribue'; le verbe est le signe de Vattribution. Fixons le sens de ces mots attribut j attribuer ^ attribution. La logique latine dit prœdicatum^ prcedicare, prœcUcatio. De ces trois mots^ nous n'avons qat prédicat, encore est-il assez peu usité. Les Grecs disaient originairement catégorie, dont ils avaient le verbe et tous les dérivés ; nous n'avons pas d'expression spéciale.

On a voulu remplacer un seul mot par une définition. On a dit que la proposition exprimait un rapport de convenance ou de disconuénance entre deux idées ^ ou énonçait que Tune était ou n'était pas contenue dans l'autre . Être contenu ou rapport de conç^enance, c'est une définition de l'expression être r attribut. Une idée serait donc V attribut d'une autre ^ parce qu'elle lui est unie par un rapport de convenance, ou parce qu'elle y est contenue. Ces expressions supposent chacune une théorie conforme du jugement y et ne sont justes que si la théorie à laquelle chacune appartient est vraie. Nous ne sommes pas encore en mesure de faire une théorie du jugement ; mais avant toute théorie^ voyons si les expressions conviennent , en effet ^ à toute proposition (supposée affirmative).

. Faut-il dire que l'attribut est toujours contenu dans le sujet? que l'attribut est toujours dans un rapport de convenance avec le sujet?

jugements affirmatifs. Il sera facile ensuite d'appliqaer les règles da jugement affirmatif an jugement négatif.

94 BMÀi riît.

On peut considéra le rajet i et en gédéml tout terme d'une proposition y soit oomme titi mot p aoit comme une idée » soit oomme un objet réel* Sous ces trois rapports , le sujet conU9ntA\ nécessairement l'attribut?

Dans ce jugement Pierre est bon , le sujet, comme mot, est un nom-propre, il ne contient ni bonté, ni méchanceté. SI vous disiez : Tout substantif est un nom, peut-être seraifr^il vrai que le nom est compris dans le substantif; mais le mot Pierre ne con^ tient assurément pas la bonté.

La vertu est une ombre; cette proposition est très-régulière. Peut-on dire que Tidée de vertu eon^ U^me l'idée iFétre une ombre ? Il faudrait pour cela que ce fût ou l'idée réelle et absolue de la vertu, ou bien que ce (ùt au moins l'idée que s'en forme celui qui juge* Si ce doit être Tidée générale de vertu , il n'entre assurément dans aucune définition , dans au* oune analyse de la vertu, Tidée qu'elle est Une ombre. On peut savoir très^bien oe que c'est que la vertu, et n'avoir jamais ni pensé , ni dit, ni lu, ni entendu dire qu'elle fftt une ombre. Il faut donc se borner à soutenir que telle est l'idée actuelle et per-> sonnelle de celui qui juge ; alors ce n'est pas dans le sujet qu'est contenu l'attribut, c'est dans la pensée de celui qui répète le blasphème de Brutus à la ba*taille de Philippes. Or nous considérons ici la pro*position isolément; ce n'est pas de son idée de vertu que veut parler celui qui juge ; c'est bien de la vertu elle-même. Dans la proposition , évidemment i^erlu signifie le sentimentdu devoir, l'amoar et la pratique de la justice , de la sagesse , la fidélité à la vérité et à

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sa parole 9 etc.> enfin tout ce qui compose la i^^/fu. De tout cela ^ la proposition affirme que c'est une ombte.

Enfin , considère<-t-«on dans le sujet non le mot , non Tidëe , mais l'être réel j il est érident que l'attribut n'j est pas contenu. Soit cette proposition s Médor est mon chien ^ on ne petit dire avec propriété que dans l'individu Médor soit contenue l'idée ou l'élément d'être mon thien. La sphère est la forme de la terre. L'objet sphère peut y ainsi que tous les objets géométriques, être par&itement connu, et dans cette parfaite connaissance, égale àTobjet luimême , ne sera pas contenue la circonstance que la forme de la terre est sphérique. Ce n'est point un des éléments de la sphère.

Ainsi , soit comme mot , soit comme idée , soit comme être , h sujet ne contient pas proprement et essentiellement l'attribut. Ainsi l'expression idée contenue par une autre, substituée au mot attribut, n'est exacte qu'à la condition qu'on ne prenne pas littéralement ce mot contenir, et qu'on entende seulement par idée contenue, celle qui appartient à une autre par un lien quelconque , comme circonstance, propriété , qualité , relation , conséquence, résultat, ou d'un seul mot comme attribut. Ce n'est que fîgurément qu'on peut confondre le rapport de V attribut au sujet avec le rapport du contenu au contenant.

Le définira-t-on mieux en l'appelant rapport de cowenance? Ce mot de com^enance est bien vague. Signifîe*t-il une convenance morale et légitime, quod decet, ce qui se doit? Socrate est prisonnier , mon frère est méchant, sont des propositions irré-

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prochables, et assurément il n'est pas convenable que Socraie soit prisonnier et que mon frère soit méchant. S'agit-il de simple convenance par opposition à obligation , ou nécessité? mais dans le jugement : le tout est plus grand que la partie^ il n'est pas question seulement d'un attribut com^enable pour le toutj mais d'un attribut nécessaire. Le mot contenance signifie donc ici que l'une des idées comparées convient à l'autre comme V attribut au sujet ; il faut entendre convenance dans le sens de rapport cC attribution. La convenance des idées est donc une expression qui n'explique rien , qui ne définit rien ^ qui a besoin , pour être éclaircie^ de l'expression qu'elle remplace. Nous aurions autant gagné à nous contenter du mot attribut.

S'il fallait à toute force définir l'attribut^ je dirais que c'est la chose ou l'idée qui appartient à une autre , soit comme élément , soit comme qualité, soit comme relation, soit comme circonstance. Mais une définition ne semble pas absolument nécessaire. Tout le monde sait ce que c'est que la proposition. Dans la proposition^ un terme est attribué à un autre; le rapport qui les unit est un rapport d!atlri^ bution. J'entends ces mots attribué^ attribution ^ dans un sens spécial, propre, technique, qui m'est éclairci , qui m'est révélé par la connaissance intuitive et nécessaire que j'ai du jugement. Si donc l'on me demande la définition de ces mots, je dirai qu'ils servent à exprimer le rapport qui lie les deux termes d'un jugement. Qu'est-cequ'attribuer? C'est affirmer une chose d'une autre. Qu'est-ce que juger ouaffirraer? c'est ce que vous savez. Lorsqu'il s'agit d'une opéra-

tion aussi naturelle 5 aussi familière , aussi essentielle à l'esprit humain, on peut, sans crainte de n'être pas compris , se refuser a toute déGnition et faire appel à la conscience. Tout homme en son bon sens sait ce que c'est que juger, dès qu'on le lui a dit; et on ne peut le lui mieux dire qu'en citant sa conscience en témoignage, comme on ne peut lui bien apprendre ce que c'est que le rouge et le bleu qu'en lui montrant du rouge et du bleu. Ce n'est point par la définition que se connaissent les sensations , non plus qu'aucune opération de l'esprit.

Étant donné que vous savez ce que c'est que juger, nous appellerons attribuer l'acte qui se consomtne en jugeant. Nous dirons que le jugement est un acte attributifs sans avoir d'autre prétention que d'exprimer et non d'expliquer ce qui se passe dans le jugement.

Pierre est bon. Pierre est le sujet, bon est l'attribut, ^^^ le signe d'attribution; on peut appeler ainsi la copule des anciennes logiques. Ce terme est la marque du jugement , le lien logique, l'expression du rapport jugé, le signe judiciaire en un mot. Il se trouve implicitement ou explicitement dans toute proposition. L'y insérer, c'est la faire, c'est juger.

On peut remarquer qu'il y a beaucoup de rapport entre cette analyse de la proposition et l'analyse qu'en donne la grammaire. Pierre est bon. Pierre est le substantif, est le verbe, bon l'adjectif. 5wéstantifest la même chose que sujet ; car, dans toute proposition , le sujet est une substance ou pris substantiellement. Adjectif est analogue à l'attribut; car adjectif est ce qui s'ajoute ^ et ce qui s'ajoute ou

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