REID
iCes* qualités ont ce “privilége d'étre plus perçues que : -senties. Habituellement, nous les prenons comme les conditions des choses, et nous ne les remarquons pas ; elles vont sans dire. Les sensations qu’elles produisent, on les cpu de toujours, on ne les nomme jamais.
- Tout cela justifie de plus en plus la distinction de la sensation et de la perception, qui, bien que constamment liées dans l’expérience, peuvent être jusqu’à un certain point disjointes par le moi. Impression organique et affection du moi, voilà la sensation; conception et croyance, voilà la perception.
La perception compte d’autres objets immédiats que les qualités des corps. Tels sont d’abord certains états de notre propre corps, états douloureux ou agréables, dans lesquels l'analyse nous montrera deux choses , l’affection et sa cause. Ces deux faits sont tellement unis qu’on les distingue peu et qu'ils ne portent souvent qu'un nom. Ainsi le mal de dents est à la fois le nom de la douleur qu'il fait éprouver, et du désordre physique qui la cause. Mais la douleur est dans l’âme et sa cause dans l’organe. L'une est la sensation ; nous avons la perception de l'autre. Comme la sensation, dans ce cas et les cas semblables, domine la perception, les notions de l'état pathologique du corps peuvent être classées avec celles des qualités secondes.
Reid ajoute à cette classification les notions que nous perceyons par les sens, de ces attributs des
secondes, a traité la question avec développement, — Z'ssais philosophiques, traduction de M. Huret, Ess. IE, chap. 1, sect. 11, Nous reviendrons sur ce point dans l’Æssa sur la rites
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corps qu’on appelle forces. Certains effets très-connus qui se produisent soit dans les corps bruts, soit dans les corps organisés, nous obligent à leur assigner des causes sous ce nom de forces ( cohésion , attraction, affinité, forces vitales, etc.). Ce sont des causes inconnues d’effets connus; mais cependant nous ne pouvons en proscrire la notion , elle résulte immédiatement de la perception de ces effets. Et comme ces sortes de notions sont obscures et relatives, comme elles ont trait à des causes désignées par les mêmes noms que leurs effets, cette analogie avec les qualités secondes engage encore Reid à classer avec ces dernières les forces que nous concevons dans la nature. Es Doit dt dif us Ainsi, à ses yeux, les qualités des corps révélées à nos sens se divisent en qualités manifestes et en qualités occultes, les unes dont la nature se dévoile immédiatement à nous, les autres qui ne témoignent que leur existence et dont la nature reste inconnue: De quelque nature que soient les qualités sensibles, nous les rapportons nécessairement à un sujet qui n’est point elles, mais qui n'existe pas sans elles. Nous ne savons rien de ce sujet, sinon qu'il existe, qu'il est quelque chose, que ce quelque chose a ces qualités , et que, hors de ce quelque chose, elles ne peuvent exister. L'idée de ce quelque chose, qu'ici nous nommons matière ou substance matérielle ; n’est point une illusion. Elle est conforme au sentiment naturel ; elle domine toutes les langues qui toutes distinguent des adjectifs et des substantifs. La relation des qualités au sujet ne se confond ni avec celle de l'effet à la cause, ni avec celle du moyen au
37 REID. ati but. C’est une notion qui résulte infailliblement du développement de nos facultés. Car si le témoi« gnage des sens nous sert à la concevoir, ce n’ést point la sensation qui nous la donne, ce n’est point même la perception seule, car élle ne voit x travers ia sensation que les qualités sensibles. Par une nécessité non moins certaine, la raison voit le support de ces qualités ; c’est un jugement naturel.
Faut-il en conclure qu'il soit un préjugé général? La nature se trompe-t-elle? Une notion qui est le résultat infaillible du développement de nos facultés , est-elle un rêve? Il serait difficile de l’admettre, et de faire fond ensuite sur aucune de nos facultés. Car, remarquez-le bien, l'existence de la matière n’est pas une illusion des sens, c’est une conception de lesprit. Il faut même un certain développement intellectuel pour concevoir la relation de l’attribut à la substance. Reid se montre très-porté à croire que le jugement qui affirme la matière, ainsi que plusieurs autres jugements au sujet de la matière, doit être dérivé de quelque autre source que le témoignage des sens. Telle est la notion de la divisibilité à l'infini ; telles surtout ces vues de l'esprit : «Il est impossible que deux corps occupent à la fois le même lieu. » —« Il est également impossible qu’un corps soit en même temps dans des lieux différents, » « Ce sont, ditil, des vérités nécessaires, et par con- « séquent elles ne sont point données par les sens ÿ « car les sens ne témoignent que de ce qui est et « non de ce qui doit être nécessairement. » Et après avoir dit ces mots remarquables, Reid s’arréte et ne conclut pas. | é
« La matière est quelque chose détendu, de solide, de mobile et de figuré. » Partout où nos yeux pénètrent, ils la rencontrent; elle occupe l’espace. Mais si c’est à l’aide de la matière que nous percevons l’espace, nous ne percevons aucune qualité première des corps sans que l’espace se présente comme un accessoire nécessaire de cétte qualité. Point d’étendue, de mouvement, de cohésion, point de corps enfin s’il n’y a de l’espace. La vue, le toucher en introduisent seuls la notion dans l'esprit ; non-seulement les objets le manifestent indirectement à nos sens, mais ils nous suggèrent la persuasion de son existence. Et non-seulement nous ne pouvons concevoir qu'il n'existe pas, puisque J’anéantissement même des corps qui le remplissent le laisserait subsister sous le nom de vide ; mais encore nous ne pouvons lui concevoir de bornes , et la notion d’espace est inséparable de celle d’infini. De là, un contraste remarquable; c’est que, tandis que rien west plus satisfaisant que la contemplation des portions de l’espace, puisque la géométrie ne considère pas autre chose, l’espace illimité, l’espace absolu est un abîme pour l'esprit. ue. ré
Il faut donc reconnaître que la notion de l'espace; bien qu’elle ne semble pouvoir s’introduire dans l'esprit qu'à la suite de celle des corps, en devient indépendante dès qu’elle a pénétré dans l’esprit ; elle y tient ferme après l'anéantissement de tous les objets qui l’ont fait concevoir, et même elle y grandit jusqu’à l’immehsité; mais c’est l’immensité du vide. Voilà donc une-notion inséparable de l'esprit, qui se rapporte hors de nous à un vide infini! Ge mystère
REID. | 913 a des profondeurs où ne peut porter le regard humain. , Reid se plaît souvent ainsi à se récuser devant les questions imposantes. Ce n’est pas scepticisme > C est au contraire crainte du scepticisme et besoin de croire. Il n’est pas très-exigeant sur les motifs de la croyance; et pourvu que ces motifs lui paraissent constants et la croyance naturelle, il est satisfait. Il reconnait plusieurs sortes d’évidence; mais toutes ont pour lui un caractère commun, c’est de nous déterminer à croire, les unes, de cette croyance complète qu'on nomme certitude ; les autres, d’une croyance moins achevée et qui varie selon les circonstances. Ainsi la conscience, la raison , la mémoire, les sens nous persuadent tour à tour, et ont le droit de nous persuader. De là plusieurs sortes d’évidence, toutes raisonnables en ce sens qu'il est raisonnable de recevoir toutes les instructions que la nature nous donne par des moyens divers. Audessus cependant de tous les'genres d’évidence s'élève l'évidence des axiomes, c’est-à-dire celle qui s'attache aux vérités nécessaires, qui ne sont limitées ni par le temps, ni par le lieu, mais qui doivent être vraies dans tous les points de l’espace et de la durée. Toutefois, si certaines vérités peuvent être comparées à celles-là, telles sont assurément celles qui ne sont pas déduites d’une vérité antérieure , les vérités directes ou immédiatement saisissables, celles qui reposent sur la conscience et sur la perception. Sous ce rapport, l'existence des objets sensibles est un axiome de la nature humaine.