‹ Essais de philosophieChapitre 19 sur 28 · QE · texte numérisé non relu

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bien plus : pour. objet de caractériser les doctrines s que de les enseigner, d’inspirer. le. goût des. .questions “philosophiques, que. de les raides Mais pourtant il faut donner une idée de la manière dont

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14la. dialectique est t proprement ‘8 par tie c de se logique qui traite du raïsonnement. De là le nom de dialectique transcendantale donné par Kant'à cette partie de son livre où il traite de lémploi que la raison pure fait des formes pures de la sensibilitéet des formes pures. de l'entendement. Comme ces: formes sont des intuitions, des idées, dés jugements , on peut dire qu'il résulte de leur ‘emploi des aléontèmente purs. Touté science strictement rationnelle ; l'métaphysique par. exemple, s appuie de ces: sortes de raisonnements. On peut donc appeler dialectique transcendantale [le science sh tique qui les analyse, et qui juge ainsi de Tusage e et dela por tée de Ja raison pure: Tout te “chapitre. est, à proprement parlér, l’ésamen de la validité des sciences métaphysique proprement: dites. :

KANT.. 401 les principes de la philosophie critique s'appliquent à ces questions. Là encore elle. a beaucoup innové.

L'ouvrage capital de Kant s'appelle Critique de la raison pure. Esthétique et logique sont les noms des premières parties du livre, de celles que nous venons d'extraire. La raison pure a été décomposée dans ses premiers éléments. Il reste à la voir en action ; c’est l’objet du reste de l'ouvrage, savoir, de la seconde partie de la logique, ou de la dialectique, et de la méthodologie. Un ouvrage particulier est consacré à la morale ( Critique de la raison pratique).

On a vu la sensibilité, l’entendement, l’idée, le jugement. La raison conclut un jugement de deux autres jugements. C’est proprement le raisonnement. Quoique raisonner soit l'office spécial de la raison, sans doute on ne peut la réduire à cette fonction ; la raison comprend tout ce qui précède. Elle emploie et suppose tous les faits, toutes les lois, toutes les facultés dont nous avons tracé le tableau. Cependant les opérations qui lui sont propres pourraient s'appeler les raisonnements purs. Ils supposent les catégories, c’est-à-dire les conceptions pures et les jugements purs ; mais ils peuvent être considérés à part de l’expérience ; ils ne sont même purs qu'à ce prix. Toutefois, ils donnent naissance à des conclusions dogmatiques, à des connaissances toutes rationnelles. C’est du moins la tendance, sinon la prérogative de la raison pure, que de raisonner a priori. Elle ne se borne pas à l’emploi régulier des formes pures de la sensibilité et de l’entendement, combinées avec la matière de l'intui-

tion. Éllé isole les conceptions dé l'entétidémiént , les combine entre elles, et du rapprochement abstrait de leurs principes déduit une science spéculative. Comme d’étroites limites cernent nos facultés, comme un lien étroit les unit, peut-être en agissant ainsi là raison pure empiète-t-elle hors de leur légitime domaine. Si elle le fait, il est bon du moins qu’elle le sache. La dialectique transcendantale à pour but dé le lui apprendre.

Dañs un langage figoüreux, ôn à pu appeler la dialectique la logique dé l’appärence , c'est-à-dire la théorie critique d’une science toute de formes. L’appäarence d’ailleurs n’est ni la vérité, ni la faussété. Quelle qu’éllé soit , ellé st, ainisi que la vé= rité, nôn dans l’objet en tañit qu'il ést pereu, ñôû dans l’enteñdement en tant qu'il est lé moyen général de coticevoir, mais dais le jugéménñt porté par l'enteridetient sûi l’objet. Les sens ne se trompent. point, car ils né jugerit point. Dans les lois de l’enténdement, il n’y à pas plüs d'erreur que dans üne représentation des séns. Où doné chercher là fausseté où la vérité dé la connaissance ? Si elle est d'accord avec les lois dé l’étitendement, éét äcéord né éonstitué que lé formel de la vérité, où la vérité de forme. L'erreur n’est donc hi dâns l’enténdemient, ni dans la sensibilité, imais dans queélqüe influence secrèté dé l’un sur l’aütre, c’est-à-dire dans le jugement qui résulte dé l'application de l’ün à l’autre. L'intelligence est sémbläble at corps ën mouvémeñt qui irait toujours en lignée droite, si un aütre corps ne venait infléchir sà direction. L'érréur peut être coiñiparée à la diagonale, résultante de déux

| KANT, 403 forces, L’apparence peut donc être divisée en apparènée erpiriqué et eh apparéncé transcendantale. LA prèmièré est dans l’usagé empirique des lois de l’entendement; la seconde est celle qui résulte de l’émploi formellement régulier des principes purs de l'intelligence , hors du dôrhaine de l'expérience, 11 y a dans notre raison des règles qui ont tout à fait l'air de principes objectifs: La propension subjec: tive à opéret de certaines synthèsés pures au moyen de ces principes, se prend aisément pour une nécessité objective des déterminations des choses en soi. C’est une illusion naturelle et inévitable, un élément ou une faculté principale de l'esprit humain. La critique transcendantale; en la taxant d’apparence, n’a point la prétention de la détruire. Ainsi reconnaissons avec Kant qu’il y a en nous uné inclination à construire dés connaissances sür le seul fondement de l’activité de la raison: Nous ayons besoin de systématiser nos connaissances ; c’est-àdire de léur donner l'unité et la totalité. Ce penchaht est invincible; il équivaut à une nécessité intérieure: Sôrtant ainsi de la sphère de hos facultés, nous arrogeons à toutes nos conceptions une valeur objective ; nous y ajoutons une foi parfaite. Ces inductions hardies du subjectif à l'objectif sont naturelles à l'esprit; et commé nétessaires à la raison ; elles lui donnent quelque repos ; une sorte de satisfaction, et servent de principes à presque toutes lé$ sciences: Seulement il faut bien Comprendre qu’elles n’ont ni une vérité complète ; ni une certitüde rigoureuse, ni une autorité absolue. Elles seriblent des besoins plutôt que des droits de l'esprit

humain. Elles sont l'expression de cette faculté suprême, de cette tendance à l'absolu , instinct téméraire, mais indestructible de notre nature intelligente. De .

C’est cette tendance qui égare si souvent les philosophes, lorsqu'ils bâtissent des systèmes hyperphysiques, lorsqu'ils veulent rendre raison de l'existence des choses, représenter dogmatiquement leur essence, enfin statuer sur des objets qui ne sont pas de la compétence de la science humaine. Cette même tendance se reconnaît encore dans une foule de notions, d’axiomes, de raisonnements qui semblent beaucoup moins hasardés que les systèmes, et dans lesquels l’esprit se complaît et se repose, quoiqu’ils soient de véritables entreprises de la raison sur l'inconnu. gs

Ainsi l’on dit : « La matière est divisible à l’in-

fini, parce qu'autrement elle ne pourrait point exister dans l’espace. » Si l’on veut dire qu’étant donné l’espace, qui est purement subjectif, la chose ne peut être conçue autrement, point d'objection. Si l’on veut dire encore que l'expérience ne nous montre jamais que des composés, et partant ne nous conduit jamais jusqu’à l’indivisible, jusqu’au simple, il faut encore l’accorder. Dans ces deux sens, c’est-à-dire subjectivement et empiriquement, la proposition est vraie. Mais l’est-elle objectivement et comme proposition ontologique? Qui peut le savoir? On ne saurait dire que la matière en ellemême soit essentiellement divisible à l'infini, car c’est ce qui échappe à nos moyens de connaitre. On ne peut affirmer le simple comme réel, puisque l'ex-

KANT: 405 périence ne nous le montré pas; ni le nier, puisqu'il peut être renfermé dans la chose elle-même, asile impénétrable à nos regards. Lors donc que nous prenons pour vraie objectivement la proposition précitée, nous tombons dans une illusion transcendantale.

Autre exemple. Nous concevons un être nécessaire, un être parfait, le plus réel de tous; et de ce que nous le concevons, nous induisons qu’il existe ; car il ne serait ni nécessaire, ni parfait, s’il lui manquait l'existence. C’est la preuve que Descartes a donnée de l'existence de Dieu. Cette preuve conclut d’une possibilité logique à une existence réelle. De .ce qu’une idée a besoin de supposer l'existence pour être complète, on infère que l’objet de cette idée subsiste. On passe ainsi gratuitement du subjectif à l'objectif. La preuve de Descartes est encore une illusion transcendantale.

C’est dans la raison pure, dans la raison proprement dite, qu’il faut chercher l'apparence transcendantale , source de toutes les affirmations ontologiques. |

L'entendement est la faculté des règles. On pourrait définir la raison, la faculté des principes : : à l’une les règles de l'expérience, à l’autre les principes des règles. La raison a son usage purement formel, ou sa fonction logique; elle a sa fonction transcendantale, c’est-à-dire que par son activité

: Le mot principe ne signifie pas la même chose ici que dans la théorie de l’entendement où nous l'avons souvent employé pour rendre le mot allemand Grundsatz ; ici le texte emploie le mot fran-

çais. Fe %

406 ESSADAT.

propre elle enfante des conceptions, elle engendre des principes qu'elle érige en connaissances absolues. Ces conceptions transcendantales seront les eonceptions rationnelles, pour les distinguer des conceptions pures de l’entendement. C’est à ces conceptions rationnelles que Kant réserve le nom d'idées, en prenant ce mot dans un sens qui offre quelque analogie avec celui que lui donne Plaion!. L'idée est:ôn ce sens le type idéal, ou, d’un seul mot, l'idéal. A suivre rigoureusement le langage de Kant, ee que les philosophes français appellent indistinetement idée, ce que les Écossais proscrivent sous ce nom , pourrait s'appeler représentation. En tant que liée à une perception objective, la représentation est une connaissance, Cette connaissance ‘est ou intuition, ou conception. L'intuition se Fapportant immédiatement à l’objet, est nécessairement particulière; la conception ne s'y rapporte que médiatement , et quand elle est pure, elle pourrait s'appeler spécialement notion, 3 La conception qui est comme susçitée par les no-

‘ On trouvera sans doute que nous n’aurions pas dû donner au concept pur ( Begriff) le nom d'idée. Nous l'avons fait pour nous rapprocher de la langue de la philosophie française , et pour conserver à la doctrine de Kant l'ordre qu'il avait emprunté aux psychologies ordinaires. 1 s’est attaché, en eflet, à suivre la division

commune, sensation, idée, jngenerts raisonnement, méthode, et à la reproduire dans la psyc ologie transcendantale. 19. Sensation ; sensibilité. ( Esthétique transcendantale.) 2°. Idée ; idées pures.

5. Jugement ; jugements purs. pi 4°. Raisonnement; raison pure, conceptions rationnelles. ( Dialectique transcendantale.) ; 5°, Méthode. ( Méhoglosie transcendantale.)

(Logique transcendantale.)

KANT, 497 tions seules, qui dépasse la possibilité de l'expérience, qui est le pur produit de la raison pure, et qui, bien qu'issue d’un pouvoir purement formel, affecte naturellement l'autorité d’une connaissance réelle, est la conception rationnelle, l'idée transcendantale, l’idée proprement dite, |

Le titre commun des idées entendues dans ce sens, c'est l'absolu, L'absolu est le caractère ou de la chose prise en soi et de ce qu’elle vaut intrinsèquement, ou de la chose valable à tous égards et sous tous les rapports, Ce qui est possible en soi peut n'être pas possible à tous égards et sous tous les rapports, Ge dont l'opposé est impossible à tous égards et sous tous les rapports (et non pas seulement intrinsèquement impossible ), est absolument nécessaire, Tel est Je véritable absolu, La raison pure ose s'élever à cet absolu. L'unité qui résulte de l'usage de l’entendement, celle qu’il conçoit de lui-même et qu'il impose à toute synthèse des catégories, est seulement conçue. Elle est intellectuelle, c'est-à-dire qu'elle est un principe général et virtuel de l'entendement relativement à l'expérience possible, Elle est en un mot une pensée, mais non pas une conclusion. L'unité rationnelle, au contraire, celle que la raison pure s'est réservée, et qu'elle conçoit, lorsqu'elle tend à embrasser toutes les conditions d’un objet quelconque de la pensée dans un tout

absolu, auquel ne peut correspondre aucun multiple de l'intuition, aucune expérience actuelle ni possible, est un principe transcendant , une conclusion que la raison tire de l’entendement à elle même. C’est la conception de la vérité en soi,

. Le'‘tout absolu ou l’idée étant un maximum , aucune réalité ne lui peut être adéquate. L'idée n’est donc qu’une idée, ou si l’on veut, un problème sans solution. Cependant comme règle de l’intelligence pratique, elle a une valeur applicable , “elle est une condition, elle dirige et agrandit l’entendement ; elle ne fait pas connaître un objet de plus, mais elle avance et perfectionne la connaissance de l’objet. Ainsi elle importe dans l’activité pratique de l'esprit humain; elle la féconde et la guide. Cest ce qui se montre surtout avec éclat dans la morale. Là l’idéal est bien certainement la règle du réel. |

Les idées transcendantales appartiennent à la raison pure. La raison pure est au delà de l’entendement pur. Les conceptions qu’elle conclut de celles de l’entendement pur, et la connaissance qu’elle tire ainsi d'elle-même, appartiennent à une synthèse absolue, et non à cette synthèse condition nelle à laquelle l’entendement pur reste toujours attaché. Nous avons assez dit qu'il n’établit ni ne connaît rien à lui seul.

Mais quoique les idées de la raison pure diffèrent de celles du pur entendement, il faut en présenter le système, comme on a dressé celui des catégories; et une déduction que nous ne pouvons que résumer, conduit Kant à ramener les idées transcendantalés à trois classes ou à trois chefs : 1°. l'unité absolue du sujet pensant; 2°, l'unité absolue de la série de toutes les conditions du phénomène; 3°, l’unité absolue des conditions de tous les objets possibles de la pensée en général. Ces trois unités sont

KANT. 409 l'âme humaine, le monde, Dieu ; de là trois sciences transcendantales : la psychologie rationnelle, la cosmologie rationnelle et la théologie rationnelle. Toutes ces sciences ainsi conçues sout des sciences métaphysiques, c’est-à-dire contenant des principes au delà de l'expérience. Toutes ces sciences sont ontologiques, c’est-à-dire qu’elles prêtent, en vertu de la raison seule, la réalité aux conceptions de la raison. Pour elles, la pensée de l’être tient lieu de preuve à l’être, et la raison est, sinon égale, au moins homogène à la vérité. LE

C’est sous le bénéfice des réserves dictées par la philosophie critique que Kant admet ces sciences audacieuses. Il les critique, c’est-à-dire qu’il discerne avec rigueur tous les ordres de pensées et de connaissances que possède l'esprit humain. Il donne à chaque ordre son domaine, il établit la valeur de chaque sorte de certitude , et ainsi tour à tour ébranle ou consolide , affaiblit ou fortifie les connaissances qu’il passe en revue. Il est impossible de le suivre dans les détails de cette scrupuleuse inspection. Il suffit d’en signaler le résultat le plus général, c’est un air de paradoxe donné à toutes les croyances capitales de l'esprit humain.

Et comment n’en serait-il pas ainsi, lorsqu'on a osé prendre le parti de les décomposer en illusions et en apparences, et de contester tout caractère de droit aux conceptions spontanées et inévitables de | la raison ?

Par une loi de sa nature, en effet, la raison ramène à l’unité toutes ses connaissances , et agrandissant incessamment la synthèse de ses intuitions ,

de ses conceptions, de ses jugements, produit spontanément des conclusions universelles , auxquelles elle souserit. Telles sont les solutions des grandes questions métaphysiques, de celles qui touchent au monde, à l'âme, à Dien. Dans tontes ces solutions, c’est-à-dire dans tous les systèmes philosophiques, la raison affecte l'absolu. Or, tont ce que l’entendement ou la sensibilité lui fournit, étant subjectif, est conditionnel, Ainsi l'absolu n’en peut provenir, L'absolu dont se paie la raison n’est donc pas de bonaloi , la prétention à l'absolu est illégitime. Il s'ensuit qu'il y a contradiction dans la nature humaine, nécessité et impossibilité de l'absolu, C'est, à mon gré, et sous d’autres noms l'amour de l'infini dans un être fini,

Kant poursuit et développe sa thèse par la critique des principes et des preuves les plus répandues sur les points principaux du spiritualisme , de la cosmologie, de la théologie. Sur tous ces points, il s'attache à convainere la raison d’excès de pouvoir et même de contradiction, et l'on doit avouer qu’il réussit en général à montrer qu’en ces matières l'esprit humain a tantôt mêlé le noumène avec le phénomène, tantôt pris & priori ce qui n'est qu'a posteriori, tantôt vu dans l'intuition ce qui n’est que dans la pensée ; tantôt résolu par la logique ce qui était du ressort, de l'expérience, presque toujours confondu le subjectif avec l'objectif, le transcendantal avec l’empirique, et, par un égoïsme prér somptueux, faconné les choses à l'image du moi. C'est ainsi que sous le nom de paralogismes, d'antinomies , d'antithèses, Kant attaque les démonstra-

KANF: LE tions scientifiques des croyances les plus chères à la raison, et que bientôt, avec un calme effrayant , il semble se précipiter dans un brutal scepticisme.

C’est du moins la conséquence logique de cette partie importante de la dialectique transcendantale qui répond à la métaphysique proprement dite. H faudrait un nouvel essai, aussi étendu que celui-ci, pour l’exposer de facon suffisante; quelques traits esquissés exciteront peut-être une curiosité que nous renonçons À satisfaire.

Les phénomènes sont hornés et conditionuels. Les notions sont subjectives, c’est-à-dire relatives au sujet. Elles ne sont absolues que pour lui; c'est encore une manière d’être conditionnelles. Lors donc que l'esprit humain cherche une connaissance absolue, il franchit ses limites, il eède à un penchant qui paraît lui avoir été donné dans un but pratique, et tout à la fois pour entretenir son activité et appuyer sa faiblesse,

. Cest ce qu'il fait, lorsqu'il s'efforce de connaître l'objet en lui-même; ordinaire ambition de l'otas logie rationnelle. 4

Appliquée à l'âme prise comme objet, l'ontplogie cherche le sujet absolu de la pensée. C'est [a psycho: logie rationnelle; science impossible. L'âme ne peut être connue comme cause de la conscience, mais seulement comme phénomène de conscience. Tout ce qu'on afirme de l'âme en ellemême, comme la simplicité, la spiritualité, etc., on ne peut l’afirmer que du moi, c'est-à-dire de l'intuition de l'âme, c’est-à-dire encore de l'âme prise comme phénomène. Il ne peut y avoir au-dessps de

la psycholologie empirique qu’ une psychologie transcendantale, ou bornée au ‘subjectif. .e

Pour avoir observé des milliers de phénomènes,

on prétend connaître la totalité des faits , et se repré-

‘ senter l’univers comme un tout absolu. Telle est l’idée favorite de la cosmologie rationnelle. C’est sur ce fondement qu’elle établit qu’il n’existe qu’un seul univers ; que ce monde est fini , accidentel, etc. Autant de nécessités subjectives érigées en lois BSD lues , autant d'illusions transcendantales. La cosmoidée rationnelle est une témérité.

Enfin, oserons-nous répéter ce que Kant a osé dire? Lorsque la raison s'élève à l'être primitif, et qu’au lieu de le prendre comme une idée qui lui est nécessaire, comme le complément de toutes ses pensées, enfin comme l’objet d’une irrésistible croyance, elle prétend et le prouver et le définir d’une manière absolue, elle tombe encore dans l'arbitraire et le gratuit. Toutes les démonstrations de l’existence de Dieu sont entachées d’illusion transcendantale. La théologie rationnelle est impossible:

Il faut se hâter d'ajouter que l'intérdit que Kant jette ici sur des sciences et des croyances si tentantes pour l'esprit humain, retombe d’un plus grand poids « encore sur les tristes opinions qui nient ce que ces sciences affirment. En contestant ou plutôt en limitant la valeur et la portée des croyances dogmatiques , il condamne péremptoirement toutes ces théories non moins hasardées et plus contraires à la logique, aux apparences expérimentales, aux penchants de notre nature; en se défiant de nos sciences

KANT. 413 ontologiques, il met à néant et le sensualisme, et le matérialisme, et l’athéisme, toutes solutions gra- : tuites et grossières des plus précieux problèmes. Il ne leur trouve ni fondement ni excuse.

S'il est téméraire de dire dans un sens ontologique : « La matière est essentiellement divisible à l'infini ; » — « L'âme est une substance spirituelle; » — « Le monde est unique, soumis à des lois con- stantes ; » — Dieu est une substance infinie; » au moins faut-il convenir que ces propositions contentent l'esprit , qu’elles sont empreintes d’une nécessité tout au moins subjective, que la raison ne peut s'empêcher de les concevoir, de les admettre au moins logiquement, qu’elles donnent un air plus complet à nos connaissances , qu’enfin elles éclaircissent bien des difficultés, servent à résoudre provisoirement bien des problèmes, et sous un point de vue pratique offrent des appuis utiles soit pour les recherches de l'esprit, soit pour la sécurité de la raison , soit enfin pour la conduite de la vie. L’esprit est en droit de croire et de penser ces choses, quoiqu'il n’ait aucune certitude démontrable qu’absolument elles soient vraies. Elles le sont pour l'homme.

En revanche il est aussi téméraire pour le moins de dire : « La matière n’est qu’une apparence ; » — « L'âme est un organe; » — « Le monde est gouverné par le hasard ; » — « Dieu n’est que le nom d’une aveugle fatalité. » Ces propositions ne sont certainement pas plus susceptibles de démonstration , quant à leur vérité objective. Elles visent à statuer par l'expérience sur des questions qu'au-

44 EsbAi tv.

Cuné éxpériènee né peut émbrasséf dans leur entier dé plus, elles fe éoncordént pas avec les instincts de là raison; et là iutilént én quelque sorte, en élaguant des édñééptions 4bsolües Qui lui Sont haturelles ét failières ; au point d'étrè comptéés parmi les ñotions les plus populaires dé l'humanité. Chose rémarquablé ; cétté sciéñée touté spéculative, toute idéalé, est plus pratiqué qué les sciences limitées âüx coaissances émpiriques ; elle convient mieux au sens Commun, ét satisfait mieux l’hôtfimé sim plé et irréfléchi. Gélui qui s’en tiendrait éxelusive- Miént à l’empirismé mäârchérait dans les ténèbres, ét sa vie serait une continuelle inconséquénce. Quoi qW'il en soit, la raison est ainsi faite qu’elle tend incessamment à imposer ses propres formés aux intuitions. Elle lés léür impose en effet, non pas Comme moyens dè Conhäître, cé qui serait pure ent transcendantal, mais cofnme les lois mémés des choses que les intuitions lui maniféstent. Of, ceci n’ést plus l’œuvre d’une raison transééhdantalé, mais d’uné raison #ranscéndante. Caÿ il ÿ à une différénée grave entre ces deux mots. Le trañscendañtäl n’est que l’itnagé du transcendant; il lé rend possible , mais non légitime. L'homme a des idées ét dés éohhaissances subjectivés , et il én raisonnée éérûme si elles étaient objéttives ; mais s’il a soinde sé fappeler qu’elles ne lesoht pas, tout céla èst pürémênt trañs- Cendantal. Dés connaissances véritablérent ét légitimementobjéctives seraiént desconnaissanéés trañscendantes. Téllés séraiént celles de l'Êtré absolu, celles dé Dieu. Transcendaht ne peut se diré; à bôh droit, que de lui. Lie tiänscéndantal est 1e traniscen-

KANT. 415 dant rélatifà l'hofniné, ou lé transcendant impros prément dit, en deux mots lé tränscendant sûbjéctif.

La métaphysique est essentiellement né Science transcenidanté ; la philôsophié critique est trañsééndantale. C'est-à-dire que l’une aspire à éohnaiître l'objectif, le réel en soi, le noumène, l'absolu, et l’äutré se réduit au subjectif, aux faits de éonscience, aux lois intellectuelles et âu phéioômène. L'une ne sé sépare pas de l’ontologie ; l’autre se boïñe à la psychologie, dont elle reträhché toute recherche sûr lé moi pris Substantiellement. C’est én quelque sorte une sclené descriptivé de la suncturé de l'âne, ét rien de plus. La science trañscendanté, au conitairé, préténd savoir ce que l'âme et toute chose sont éh elles-mémes, ét commént éllés sont; ét il faut convenir qué dans une cértainié mestre cé n’ést pas seulement la prétention dés savants, des penseurs de profession, c’est la préténtiô coimune de l'hünianité. Presque tous les jugements dont l’homme se sert pour se conduire, sont transééndahts. Leib-

“hitz est transcéhidant quañd il invente et décrit les ônädes; mais lé génre humain l’est également d'intention, lorsqu'il dit que le corail est rouge ét le marbre froid. |

Mises en prévéhtion dé faux où plutôt d'usurpation, les idées transcendäntes se réduisént aux idées trañscéñidantalés. Mais ainsi restrèintes, cés idées, et lès connaissañces qu'elles apportent, Sont ütiles et valables. Les illusions qu'elles Mme suggèréhit üe sont pas dés illusions par rapport à Moi; l’usagé en est légitime, nécessaire même, pourvu qu'ôh ait toujours présent ce je né sais quoi de

416 ESSAL IV.

problématique qui s'attache à des prononcés. dans lesquels, par notre nature même, nous sommes tout à la fois juges et témoins.

A cette restriction près, les idées spéculatives sc sont des conséquences rigoureuses de la pure raison. Elles la remplissent, File la fortifient. Ce sont des croyances rationnelles qu’il fautreconnaître pour des faits. Dieu et l’immortalité, par exemple, sont des idées inaliénables pour la raison. Ce sont des armes qu’elle ne rendra jamais.

Ici nous terminons l'examen des principes de la philosophie de Kant. Peut-être cet exposé suffit-il pour donner une idée de sa théorie de l’homme intellectuel. . C’est en effet l'intelligence seule et ses moyens de

connaître qu’on a étudiés jusqu'ici. Au delà, c’est-àdire dans la sphère de l’homme moral, un nouvel ordre de connaissances s'ouvre; la pratique commence, et aussitôt plusieurs des idées spéculatives de la pure raison trouvent leur explication et leur emploi ; les croyances rationnelles cessent de paraitre gratuites et superflues ; et même dans ce sens l’on pourrait dire que la foi de l’homme est justifiée

ar ses œuvres

Le lien de l’homme intellectuel à due moral, de la pure raison à la raison pratique, est dans l'idée et la conscience de la liberté morale. Ces mots veulent dire que l’on se représente la volonté comme

n'étant point soumise à la détermination de la nature. Cela veut dire encore que le moi apparaît comme possédant une causalité qui lui est propre. L'idée de la liberté morale est une idée rationnelle, mais elle a une base, c’est la conscience de la raison

KANT. 417 pratique, conscience aussi certaine que la conscience de la raison pure. L’ idéal dela raison pratique est une loi, la loi morale, Subjective originairement , cette loi se traduit en règle objective, et la raison se l’imposé à elle-même. Mais comme elle ne la puisée dans aucune expérience , dans aucun objet sensible, comme elle ne la produit pas spéculatiyement, telle qu'un simple fruit de son activité logique, comme enfin le caractère de nécessité de cette loi pour la raison ne permet de la rattacher à rien d’accidentel, c’est-à-dire à aucun phénomène, il faut bien que la raison la trouve en elle-même. La raison pense une loi générale, pratique et obligatoire. Pour être pratiquement obligatoire , une loi pensée suppose une volonté libre. La liberté morale et une loi absolue sont donc deux corrélatifs nécessaires. Elles se rapprochent et se combinent dans l’unité synthétique de la conscience. C'est là ce que Kant appelait l'autonomie de la volonté. C’est la traduction de ces mots de saint Paul : « L'homme est une loi pour lui-même. »

La loi morale est catégorique, elle commande une obéisnige implicite.

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