‹ Essais de philosophieChapitre 2 sur 28 · LS · texte numérisé non relu

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ÉTAT DE LA PHILOSOPHIE EN FRANCE. 81 avons été entendu, il doit être manifeste qu'elle na aucun sens. | hi

Que veut-on dire, lorsqu'on avance que les objets de la philosophie ne sont pas connaïssables? Rien, si ce n’est qu'ils ne sont point visibles > pas autre chose ; or, qui parle de les voir ? il s’agit de les penser. Prétendrait-on que les idées ne sont pas du domaine de la pensée? Alors à quoi, ou plutôt avec quoi faut-il penser ? Comment l’homme pense-t-il en effet, si ce n’est à l’aide des idées premières ? Or, ces idées sont-elles dans les objets extérieurs de ses sensations , dans l'effet nerveux que ces objets produisent en lui, ou plutôt ne sont-elles pas le développement naturel de son intelligence à l'aspect du monde sensible? L'homme moral ne vit que par les idées premières, et c’est par elles que sa raison dirige ses sens et commande à ses organes. Notre nature intellectuelle communique avec la nature extérieure par uu certain milieu. Son union avec ce milieu est inexplicable ; mais les phénomènes qui se passent en elle à l’occasion du monde et des organes, n’ont avec ceux-Ci aucun rapport d'essence et d'identité. Parlà, lui parviennent, sans la pénétrer, sans altérer sa nature, des données qu’elle s’'approprie par une mystérieuse opération. Elle est le centre où tous les rayons convergent, et qui reste un point indivisible.

Si l’on tente maintenant de faire un partage entre les idées, pour attribuer la certitude à celles qui semblent, dit-on, les images immédiates des objets extérieurs, et la refuser à celles que les recherches les plus ingénieuses rattachent malaisément aux sen-

à Nr 6

La 82 de: ESSAI LI. .

sations, On nous lance inutilement dans un travail sans terme. On peut défier l’idéologue le plus clairvoyant, l'analyste le plus subtil, de déterminer le point où cesse la certitude que nos idées, suivant eux, empruntent du voisinage, et, pour ainsi parler, du contact de la sensation. Peuvent-ils seulement donner une bonne raison de s'assurer davantage dans les idées venues à leur avis directement des sens, que dans les idécs formées ou modifiées par l’activité propre de l'esprit ? Qui ne sait, en effet, que ces deux sortes d'idées se,corrigent réciproquement? Enfin, comment détermineraient-ils la valeur qui reste aux idées venues des sens, une fois séparées de ce que la raison y ajoute de son propre fonds? ni cémiéhes

‘À entendre les savants quand ils attaquent la métaphysique, il semble que tout soit sensible dans les sciences, et que l'esprit n’y mette rien du sien. Si, comme ils le veulent, l'observation externe donnait seule et toute seule les vérités certaines, la part qui leur en resterait serait incroyablement petite. Regardez de tous vos yeux, armez-vous des instruments les plus délicats, puis n'interrogez et ne . croyez que vos sens; que connaîtrez-vous, même de la nature physique? Si peu de chose que vous en rougirez. Soyez sùr qu’en l'étudiant, en la conce- : vant, vous lui prétez plus que vous ne recevez d’elle. Il y a plus de distance des idées avec lesquelles vous faites la science, aux matériaux extérieurs dé la science, que du.sens du livre aux caractères du livre. La nature n’est que la lettre peinte ; la sensation la voit, l'intelligence la lit : voilà, la science.

Qui en fournit maintenant la plus belle part? N’estce pas l'intelligence au moyen des idées? Or, l'intelligence et les idées sont invisibles. : : :

Passez en revue toutes les sciences , et cherchez s’il en est une qui se compose entièrement de don: nées sensibles , ou qui doive à celles qu'elle contient toute sa solidité, s’il en est une qui n’ajoute pas à cé qui se voit, ce qui se comprend. Serait-ce l’astrono-: mie ? mais d’où vient sa valeur ? de ce qu’elle est le spectacle du ciel, ou la théorie du ciel ? Et la théorie du ciel, les sens l’ont-ils donnée? Le berger Chal: déen a tous les sens de Newton. Seraient-ce les mathématiques ? mais l’œil n’a point vu, l'oreille n’a point entendu les plus simples comme les plus élevées des vérités qu’elles établissent. La sensation n’a point donné au géomètre l’idée du point. Jamais ne s’est réalisée devant son regard celle qu'il se forme du cercle ou du triangle: jamais da sphère ne s'est sous ses yeux inscrite au cylindre pour lui révéler ses propriétés. Les signes de la langue du calcul n’ont souvent de valeur et de sens que pour la pensée. Qu'est-ce qu'une racine imaginaire ? Qu'est-ce que le symbole algébrique de l'infini ? Quelle quantité fut jamais divisée par zéro? Et quel objet mesurable à fait directement pénétrer dans esprit l’idée même de l'infini? Les mathématiques sont assurément plus rationnelles qu’expérimentales ; elles contiennent plus d’intelligible que de visible. Mais lors même que l'intelligence comprend le visible et lui découvre des propriétés , elle lui applique ses propres lois. On pourrait comparer les phénomènes sensibles aux sons d’une

langue;’ le sens n’en est pas en eux, mais dans l'esprit qui les entend. Souvent quand l'intelligence croit observer, elle se mire, ou du moins elle prête aux choses les conditions le sa propre pensée; elle est en droit de le faire assurément, mais ce droit elle le puise en elle-même, et la nature est un fait qui doit toute sa certitude à à l’autorité du témoin. |

Comment les physiciens eh admis plus que les géomètres à placer la source de toute certitude daus les faits sensibles? L'idée constante qui domine toute leur science est celle de la relation de cause et d'effet. Ils ne cherchent, ils n’observent pas autre chose que des causes et des effets. Or , l’idée de cette relation, d’où sort-elle? Des phésanligent nullement, on l’a démontré. Il faut que les physiciens le sachent; il n’y a pas plus de raison extérieure déterminante qui prouve de deux phénomènes que l’un est la cause de l’autre, qu’il n’y a lieu d’en conclure, par exemple, que Dieu existe. L’induction n’est pas démontrable par l'expérience, c’est-à-dire par la sensation ; elle ne l’est point par le raisonnement; elle est gratuite dans un cas comme dans l’autre, mais des n’en est pas moins certaine. Dans tous deux, la pensée prend sur elle. Si donc elle n’avait pas d’autres éléments de connaissance que l'expérience externe, ce serait fait de la physique tout comme de la religion, et l'objection des naturalistes DÉORre trop.

Nous sommes amenés , ce me satrihleià à ce re à tat que l'esprit humain ne peut sans suicide rejeter les idées nécessaires, ni le droit de penser à ces

Ca

ÉTAT DE LA PHILOSOPHIE EN FRANCE. 85 idées ; c’est admettre forcément la philosophie malgré le scepticisme et en dehors de l’empirisme. Elle existe donc, et le germe en repose dans le plus simple des actes intellectuels du plus simple des hommes. Il n’est aucun de ces actes qui n’implique des notions nécessaires, et une d'elles engage toutes les autres. Ce sont là des faits, et ces faits, pour être V objet de la philosophie, ne sont ni moins assurés, ni moins appréciables. On peut entièrement ignorer Jes faits chimiques , par exemple; on peut raisonner comme s’ils n’étaient pas : essayez de raisonner , de penser, de connaître, en supprimant les idées premières. Moins la chimie, le monde existe encore pour nous; supprimez les faits philosophiques és données primitives de Le raison, que devient l’homme?

- Il resterait à chercher pourquoi , avec de tels fondements , la philosophie n’a point la réputation de clarté , d'unité, de certitude, dont s’enorgueillissent les sciences mathématiques et physiques. Je crois que la difficulté et l’immensité du sujet y sont pour beaucoup. D’ailleurs il est une autre considération dont le développement appartient à notre siècle , et qui rend moins incohérente et moins incertaine l’histoire de la philosophie, en expliquant , en justifiant un peu la diversité des systèmes qu’elle a produits.

Cette diversité n’est pes en effet, aussi irrégulière, aussi capricieuse qu'on pourrait d'abord le croire. Ges systèmes ne forment point la collection de toutes les fantaisies, de toutes les tentations de la pensée, La philosophie n’est pas plus arbitraire

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que toute autre science. Le philosophe est bis près. de son objet ; il ne peut s’en détacher ni l'oublier entièrement; et comme c’est lui-même qu’il étudie, il y a toujours quelque chose de lui, c’est-à-dire. quelque chose de la nature humaine dans le portrait qu'ilen fait. On citeraït peu de systèmes philosophiques qui ne méritent attention , au moins comme. un trait, comme une ombre de leur modèle. Aussi l’histoire de la philosophie importe-t-elle plus à la philosophie que l’histoire d’une science. n'importe eu général à cette science. L'histoire des opinions de l’homme sur les plus grandes questions de Phumanité , est l’histoire de l’homme même; et comme il est l’objet de la science, son histoire fait partie de Ja science. Ainsi, la multitude des systèmes, quel-. que grande qu’elle puisse être , entre dans les cadres de la science. Il serait impossible, or il ne l’est pas, d’en faire apercevoir la liaison, et d’en extraire: quelques conclusions positives, qu’on ne pourrait encore, l’histoire à la main, soutenir que la philo= sophie n’existe pas; elle serait tout au moins l’ensemble des philosophies. Seulement, une chose res= terait à faire, c’est la philosophie des philosophes, celle qui les coordonne, les concilie et les complète. Tel est le travail auquel a paru tendre récemment lesprit philosophique. Tel est le sens de ces idées qu'il s’est attaché à répandre, et qui ont eu leur. nouveauté et leur popularité > Savoir, qu'il n’y a point d'opinions entièrement fausses, que le caractère de l’erreur est d’être PR et que tout syslème a sa part de vérité. C’est Ja une idée critique, mais elle deviendra féconde , et achèvera d’en-,

ÉTAT DE LA PHILOSOPHIE EN FRANCE. 87 fanter une philosophie dont elle fait pressentir les caractères dominants, savoir, Pimpartialité et l’univérsalité: Cette philosophie, quand on la considère

dans son principe, on l'appelle rationalisme; éclectisme, quand on regarde à sa formation: Les siècles lui donneront le nom qui lui restera. |

Mais pour qu’elle ne demeure pas au-dessous de sa destinée, il importe qu’elle connaisse tous ses droits, et, nous devons l’avouer , si quelque chose pêut faire douter de son avenir, c’est sa timidité. Elle est timide encore , non à juger, mais à conclure ; la Sen cependant n’a de prix que comme une voie plus sûre d'arriver au dogmatisme. Au reste, lhésitation est naturelle, elle s ébliqhe par l’état

“des esprits, auquel la philosophie contemporaine doit la naissance. Éprouvés par l’absolue domination des systèmes divers, ils en ont reconnu l’insuffisance et le danger. Las d'être subjugués par les idées exclusives, ils sont en garde contre toute croyance forte et décidée. L'impartialité, qui est une vertu de la raison, a, tout en préservant du fanatisme ou de la duperie, l'inconvénient d’affaiblir le ressort de la conviction , et peut aisément dégénérer en RANIENOROES C’est l’écueil que nous de=, vons éviter.

Il est arrivé plus d’une fois, soit à des écoles, soit à des individus, d'atteindre à cette largeur d'intelligence accessible à tous les systèmes, à cette universalité critique qui les pénètre tous. Tel paraît avoir été le caractère de quelques sectes éclectiques des premiers siècles. Tel encore, à beaucoup d’égards, fat Baylé, dont la raison étendue et flexi-:

88 ESSAI I, ble portait le signe éclatant du génie éclectique, l'intelligence de toutes les opinions. Cependant il

n'a rien élabli, et ne pouvait rien établir; car il

n’entrait dans les systèmes que pour en connaître le côté faible, et ne les rapprochait souvent que pour les ruiner les uns par les autres. Esprit d’une froideur désespérante, plus amoureux de la logique que de la vérité, il ne s’attachait à saisir que le bien ou le mal raisonner, sans s'inquiéter du fond méme des questions on des doctrines. L'éclectisme de Bayle était un éclectisme de scepticisme. Mais n’en pourrait-on concevoir un autre qui examinerait les systèmes, moins pour chercher dans chacun ce qu'il y a de faux, que pour surprendre ce qu’il y a de vrai ;

qui donnerait audience à toutes les opinions, non

pour les mettre hors de cour , Mais pour leur faire droit ou les concilier ; qui les étudierait toutes pour en extraire quelque chose de substantiel , de permanent ct de général, en élaguant ce qui est gratuit, partiel et passager; qui, loin d’opposer les doctrines aux doctrines pour les ébranler, ne les com

parerait que pour les vérifier l’une par l’autre, et

les compléter en les combinant? Pour attemdre ce but, il faudrait étudier les systèmes en eux-mêmes,

c’est-à-dire dans leur rapport aux réalités ; et l’étude: des systèmes, l’histoire de. la philosophie, devien-

draient en même temps l'étude et l’histoire des choses philosophiques. Ce serait Ià un éclectisme dogmatique. ji ds

Et déjà un changement, qui n’est en faveur ni du scepticisme ni de l'indifférence, ne s’est-il pas accompli dans le domaine philosophique? Sans contre-

dit, des doctrines fixes, absolues, complètes , ne sont pas établies , mais une direction s’est manifestée. La critique a ébranlé les dogmes de la philosophie précédente, elle a fait pénétrer le doute là où régnait la certitude. Mais ces dogmes n’étaient-ils pas eux-mêmes la négation de vérités sublimes ou nécessaires ? Cette certitude ne reposait-elle pas sur l’omission des faits fondamentaux de la pensée? Et ici ébranler, n’était-ce pas relever? Le doute n’étaitil pas un retour à Ja foi? En effet, on ne peut contester qu’une réaction morale ne se fasse sentir contre les petites doctrines d’une philosophie restrictive. Sans rien nier de ce qu'on a découvert, l'esprit du siècle porte à reprendre, en l’épurant, une part de ce qu on avait rejeté. A en juger par les faits, la philosophie qui favorise cette réaction, tend à édifier plus qu’à détruire.

- Ce n’est pas tout; dans l’essence même de la philosophie nouvelle, ilest facile d’apercevoir un principe puissant et dogmatique. Elle admet, nous l’avons vu, que l’objet de la philosophie existe, et que l’esprit humain a droit d’en connaître. Elle le pose en fait, et ce fait est indéniable, C’est établir en même temps ce qu’on donne comme les deux procédés élémentaires de la science, l’observation et l'induction. Ce qui veut dire encore 1°. qu’il y a des faits que la raison est apte à constater, 2°. qu’elle est en droit de travailler sur ces faits. C’est déclarer la souveraineté de la raison; et de là découlent le libre examen des systèmes, comme aussi toutes les libertés philosophiques, religieuses, politiques.

Proclamer l'examen universel, n’exclure aucune

90 nd A ARINANTAE

époque, aucun pays, aucune école , aucune question, c'est proclamer la liberté et l'impartialité de l'esprit humain. Tels sont, en effet, les caractères extérieurs les plus remarquables de la philosophie qui s’est peu à peu élevée parmi nous en présence de celle du xvin* siècle, triomphante dans ses | œuvres, chancelante dans ses principes. Si celle:ci doit périr, que la raison et la science se rassurent À son héritière est née. Ce que l’une a fait, l’autre le respectera ; elle ne sera envers celle qui l’a précédée ni sans égards , ni sans reconnaissance. Il en est de la philosophie de nos pères comme de la Révolution; l’ingratitude et l'aveuglement pourraient seuls contester ses bienfaits ou attenter à son ouvrage ; seules, la passion et la superstition pourraient ap prouver tous ses principes et asservir à ses traditions l’indépendance des générations nouvelles. Quiconque aime son temps et son pays doit parler avec une sorte d’orgueil de cette forme puissante et populaire que prit, il y a plus d’un demi-siècle, l’esprit français, s'apprétant à remuer par ses œuvres le monde enchanté de ses idées. La philosophie de Voltaire fut un moment toute la grandeur de la France. Mais aujourd’hui on juge ce qu’on admire, et le choix de la raison n’est plus enchaîné par le passé. Aucun précédent n’est un droit > quoique tous les précédents soient des titres. Lors donc que de tant de côtés la philosophie de l'analyse et de la sensation est attaquée, et qu'elle n’est plus guère défendue que par ceux qui ne sont pas philosophes, ne craignons pas, en passant du côté de ses adversaires % de déserter la philosophie. Ailleurs, nous trouverons

même amour de toute liberté, même respect des. souvenirs nationaux , égale indépendance, et, ce semble, plus de boit, plus d’universalité, plus de science, une plus complète intelligence et de la nature et de l’histoire de l'humanité. Après tout, la philosophie n’est pas une cause que l’on soutienne par honneur, un parti que l’on suive par fidélité. Où. est le vrai, là est le drapeau. La raison n’est plus libre dès qu’elle voit la vérité, et l’acte le plus éminent de sa puissance est comme le signal de sa soumission.

La critique attentive et sévère à laquelle ont été soumis les systèmes chers au dernier siècle, en a: montré les lacunes et l’insuffisæfe. Ils ont succombé

dans nos écoles; et la littérature, la poésie, la poli-:

tique même les répudient et cherchent d’autres

principes. Ce n’est que dans les sciences expérimen-: tales qu ils tiennent encore, et qu’ en émigrant de la métaphysique, ils ont trouvé un honorable asile. Dans les idées morales, dans les principes de.

conduite d’une partie des masses, il est impossible aussi de méconnaitre leur influènce, et ils continuent de dominer souvent, là même où l’on

ne les professe pas. Il y a donc encore en eux une puissance assez grande pour qu’il soit toujours utile:

de la discuter. In’est pas temps, pour la vraie phi-

losophie, de renoncer à la critique. Qu’elle n'oublie

pas cependant qu’elle a plus à faire, et qu'elle a

entrepris davantage ; nous attendons, nous exi-:

geons d’elle des résultats posilifs et de solides créations. Le temps actuel offre le spectacle d'une grande et périlleuse expérience. L'idée est venue aux

hommes de n’être gouvernés que par la raison. Ils menacent de ne plus reconnaître d'autre autorité, Quelle tâche pour la raison, et par conséquent pour la philosophie qui n’est que la raison élevée à sa plus haute puissance! Si elle se bornait à rester observatrice , critique, historienne, la remplirait-elle, cette tâche immense? Il ne nous le paraît pas , et nous lui prévoyons de plus hautes obligations, puisqu'elle accepte une plus grande responsabilité. On ne gouverne le monde qu'avec des croyances. Des croyances, le genre humain en demande à la raison, et la raison invoque la philosophie. La philosophie répondra-t-elle ? | | si

Nous n’osons espérer que l'on trouve quelques mots de la réponse attendue, dans les Essais que l’on va lire. Cependant, quoique la plupart soient consa- crés à l'exposition et à la critique de certaines doctrines , on s’apercevra peut-être qu'ils ne sont l’expression ni de l’incrédulité ni du scepticisme, et que notre but est plutôt de raffermir que d’ébranler, de rallier que de diviser les esprits. :

Il nous a paru, après avoir parcouru d’un coup. d'œil général le terrain sur lequel guerroyent aujourd’hui les sectes philosophiques, qu’il était possible, et qu'il serait utile de faire connaître avec exactitude leurs principaux systèmes et d’en pré senter à toutes les classes de lecteurs une notion un peu substantielle, que seules des études spéciales ou les leçons des écoles pourraient aujourd’hui leur donner. Du côté du spiritualisme, nous avons choisi Descartes, Reid et Kant, comme les trois chefs de secte qui le représentaient le mieux, et qui offraient

ÉTAT DE LA PHILOSOPHIE EN FRANCE. 93 le plus de richesses à l’avidité de l’esprit. Après avoir, dans trois Essais séparés, analysé et commenté leurs doctrines , nous nous sommes efforcé, dans un quatrième, ds montrer une partie de ce qu'il en devait rester de solide et d’essentiel, et de rattacher des conclusions communes à des systèmes qui semblent si différents. Une fois pourvu de ces données positives, que nous voudrions avoir élevées pour le lecteur à l’état de convictions, nous avons ouvért la discussion avec les doctrines qui continuent l’œuvre de Locke, et du ont représenté , de nos jours, l’une Coudillacy c’est l’idéologie, l’autre Helvétius, c’est la physiologie DS Rr à la métaphysique. Cette polémique remplit deux Essais. Enfin, les dissertations qui terminent l’ouvrage ont pour objet de résoudre, selon nos forces, quelques questions , ou d’éclaircir du moins quelques points, obscurs de la science , à l’aide de la méthode et des idées que nous aurons nous- même exposées dans nos Essais critiques. Tous ces Essais réunis sont loin de former un traité de philosophie; mais cependant, nous serions tristement surpris si le lecteur n’y voyait autre chose que des pensées détachées. Notre ambition serait de lui donner, non pas un livre, mais les fragments d’un livre.

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