‹ Essais de philosophieChapitre 22 sur 28 · td is MESSE · texte numérisé non relu

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soire qui s’agite dans une goutte d’eau, et que le microscope solaire fait seul apparaître, la nature n’a d'autre garant que l'esprit de l’homme. On peut dire que la foi dans nos facultés est cette pierre du témoignage que Dieu laissa sur la terre en lui retirant sa visible présence. »

Or, maintenant qu’y'a-t-il derplus noble du spectacle ou du spectateur, de la conquête ou du conquérant, des sciences qui enrichissent l'esprit humain ou de esprit humain qui les à faites? Quelle science est au-dessus de celle de l’auteur ‘des sciences, et que deviendraient leur autorité et leur certitude si la raison manquait des moyens de faire valoir sa certitude et son autorité ? Étudier l'esprit humain, c’est au fond les étudier toutes. Affermir les bases de Ja philosophie, c’est à toutes leur donner des fondements; et malgré leur ingratitude , elles lui doivent plus qu’elles ne lui prétent. Si la philosophie n’est pas vraie, si elle est impossible, elles sont des hypothèses, d’agréables fictions; la géométrie elle-même n’est que la poésie de l’étendue ; l’astronomie, une mythologie mathématique. Non, la cer. titude de la philosophie est nécessaire aux sciences ; comme l'évidence des vérités scientifiques contribue à prouver la validité de la connaissance humaine. Si les philosophes étaient des rêveurs, les savants seraient des conteurs, et les Newton ont besoin des Descartes. Le génie de l’homme se ressent en toutes choses de l’unité de son essence; il est indivisible. Lui enlever un de ses droits, c’est attenter à tous; lui contester une de ses connaissances , c’est les ébranler toutes, et parmi les sciences humaines > il

DESCARTES ; REID ET KANT. 477 n’en est pas une qui ne soit intéressée à l’inviolabilité de la philosophie.

C’est donc une grande étude, même en présence de l’immensité, que l’étude de ce qui conçoit l’immensité. Au fond de toutes les sciences, au delà de toutes les sciences , il y a donc une science première. On s’arme vainement de ses difficultés pour combattre son existence, et les esprits qui s’efforcent de -la rabaisser, faute peut-être de s’élever jusqu’à elle, nuisent aux études mêmes qu'ils lui préfèrent, et leur ôtent quelque chose de leur dignité et de leur solidité: Si l’homme s’ignorait lui-même, il serait un livre sans lecteur, ou plutôt un livre illisible ; ; car dans toutes les sciences, c’est sa raison qu il retrouve, et il est dans tout ce qu'il sait. rw

. Ce n’est guère que. de nos jours que le s ÿstème du monde a été amené à l’état de théorie complète et incontestée, et cependant on peut dire qu ’ilexistait déjà tout entier. dans Copernic, Kepler et Newton. De même, il nous semble que le vrai système de l’esprit humain est dans Descartes, Reid et Kant. C’est aux Euler et aux Laplace de la philosophie de savoir l'y trouver, l'en extraire et lui donner l ensemble, la régularité ,; tous les caractères d’une œuvre scientifique et d’une théorie définitive.

L'ExEMPLE de Descartes a introduit dans la philosophie moderne trois idées qui l’ont souvent conduite à l’erreur : la première , c’est qu’il ne faut teir aucun compte des « opinions de ceux qui nous ont précédés ; la seconde, c’est que l’étude de nos -opérations intellectuelles est toute la science; la troisième enfin , c’est que le principe de la science doit être unique. La première a trop souvent autorisé l'ignorance en la rendant systématique. La seconde, en réduisant tout à la description des actes de l’es-

prit, a souvent fait perdre de vue la réalité des

choses, et ruiné les fondements de toute certitude. La troisième enfin , la plus hardie, la plus dangereuse de toutes , a poussé les philosophes dans l’esprit de système qui trouve toujours son mobile et son excuse dans ce malheureux amour de la raison pour l'unité. 1 TE

Nous avons vu des preuves de la fâcheuse influence de ces idées trop exclusivement suivies, dans les erreurs si sévèrement reprochées par les CAT à la philosophie de Locke ; peut-être nu théorie de l’idée, poussée à l’excès , appliquée à tout, réunit-elle toutes les conséquences fausses de la triple tendance que nous venons de signaler. Si nous pouvions ici

DE L'IDÉOLOGIE. + #79 suivre la doctrine de Locke dans son développement historique, nous le verrions concorder avec un développement logique , qui justifie et réalise la plus grande partie des imputations de la critique écossaise. La philosophie, circonscrite dans la contemplation du jeu de nos facultés, sans aucun égard à leurs objets et à leurs résultats , donnant la sensation pour principe unique à ces mêmes facultés , finit par ne peupler l’esprit.que de sensations rappelées ou généralisées, qu’elle nomme des idées. Les idées , produits d’abord, puis matériaux de nos opérations, occupent toute la capacité de l'esprit et bientôt la débordent ; les facultés, l'esprit lui-même ne sont plus que des idées ; depuis longtemps les objets extérieurs ont cessé d’être autre chose. Sur ce fondement que nous ne pouvons connaître ce que les objets sont en eux-mêmes, on fait abstraction des objets quels qu’ils soient , même des objets intellectuels. On ne recherche plus ce que c’est que la connaissance ou l'étendue, la matière ou l'esprit; mais seulement comment nous acquérons les idées d'esprit ou de matière, d’étendue ou de connaissance. La génération des idées , voilà tout le champ de la science. Tel est le dernier terme où les disciples de Locke devaient la conduire ; et ce terme une fois atteint, il ne leur restait plus qu’à avouer leur ouvrage, qu'à donner un nom nouveau à la science renouvelée. Ce qui restait à faire, ils Pont fait. Nous avons vu tomber ce vieux et vénérable nom de la philosophie , qui depuis Pythagore s'était perpétué dans le langage de tous les peuples éclairés. Parmi nos contemporains , le plus ingénieux et de

plus célèbre des successeurs de Locke a noyé la science l'idéologie :. fi

Ce nom est la justification de Reid. Il résume et formule, pour ainsi dire , toutes ses objections ; on pourrait dire qu’il les confesse. C’est le dernier mot de la doctrine à laquelle il appartient. Quand une doctrine en est là, quand elle accepte et proclame en quelque sorte ce dont on l’accuse, il faut qu’elle soit la vérité définitive, ou c’est fait d'elle; il ne lui reste plus qu’à vaincre ou à mourir.

Il y eut, aux derniers jours du dernier siècle ; un moment très-court où la Révolution française s’étant comme arrêtée, ceux qui avaient suivi ses maximes avec plus de fidélité que de prévoyance, mais avec une modération toujours louable en des temps extrêmes, s ’imaginèrent que le jour était arrivé de consolider son ouvrage et de déduire pacifiquement les heureuses conséquences de tous ses principes. Ils ne s’apercevaient pas que la Révolution s’était arrétée, parce que la réaction avait commencé ; ce qu'ils prenaient pour une halte dans le mouvement, était déjà un mouvement contraire. Leur illusion fut courte, mais elle fut entière, et confiants dans la stabilité de l’ordre politique, ils se mirent avec quel: que ardeur à reprendre les travaux paisibles de l’esprit humain. Jamais, il le leur semblait du moins , ces travaux n’avaient dû porter plus de fruits; car jamais ils n'avaient été plus libres. Les premières années de l’Institut de France se passèrent sous l’empire de ces belles espérances. L'Institut s'ouvrit

"Voyez l'introduction de l’Ideologie A in dite, par M. le comte Destutt de Tracy, etle ch. IV de sa Logique.

DE L'IDÉOLOGIE. 4st

comme le temple de cette religion scientifique, et ses œuvres devaient en porter le témoignage à Vavenir. ME * Ges espérances et ces efforts étaient sans doute honorables; mais le temps ne les épargna point, et l'erreur dut bientôt se dissiper. En philosophie, la réaction avait commencé tout comme en politique. Ceux qui soutenaient ce qu'on pourrait appeler la philosophie de la Révolution, se flattaient vainement d’un grand avenir. Ils ne vivaient déjà, ils ne pensaient plus que dans le passé; les Girondins de la littérature devaient succomber à leur tour. Hors dans les sciences physiques et mathématiques, il est resté peu de monuments de cette époque. Le plus remarquable peut-être est l'ouvrage d’un homme qui ne parut que lorsqu’elle tirait à sa fin. Le fondateur de l'idéologie, ami sincère de la vérité, esprit clair et méthodique, essaya de composer sous’ un titre nouveau un traité complet de philosophie première. Les Éléments d’'Idéologie devaient contenir en effet tout ce qu'il y a dé vrai dans la logique , la métaphysique, la morale, puis un programme encyclopédique, ou un exposé des principes généraux des connaissances humaines. Il n’y a d’achevé dans cet ouvrage que l’Idéologie proprement dite, qui correspond à la logique de Condillac ; la Grammaire générale, car la philosophie d'alors se définissait la science des idées et de leurs signes ; la Logique,complément des deux premiers ouvrages, et qui, pour le sujet, se rapporte assez bien à l4re de penser de Condillac; enfin, l'introduction du Traité de la volonté et de ses effets, lequel devait L 31

482 ESSAL VI.

se composer de deux parties, lune, sur les actions, l’autre, sur les sentiments. La première est faite , c’est un traité d'économie politique; la seconde devait être une morale; elle n’a point été publiée :. ss

Cet ouvrage est peu lu aujourd’hui. L'auteur a vu lui-même s’épuiser le filon de la mine qu’il avait découvert. et creusé. Ses traces ont été désertées ; les esprits sont entrés dans d’autres directions. Cette ÈRE FRANÇAISE, dont, il y a quarante ans, il saluait l'aurore avec une si confiante espérance”, n’a pas , je crois, répondu à son attente; ce n’est pas ce qu'il avait semé qui a porté des fruits. L'école même dans laquelle il à pu reconnaître les dernières conséquences. de ses principes, le eite avec plus de res= pect que de foi , et n’a pas conservé ce: nom MO deste d’idéologie. Un nouveau pas a été fait vers l'unité, et la science de l’ Analyse des sensations et des idées est venue se fondre et s’absorber dans la: science de l'analyse de Fappareil sensitif ; l’homme physique.est devenu l'homme tout entier; c’est plus peut-être que n’espérait l idéologie.

En même temps, la philosophie a reparu ailleurs et sous d’autres enseignes. Il: est done permis de voir dans l'idéologie le testament de la métaphysique des sensations considérée comme un. système à part. Si cette métaphysique existe encore parmi nous, elle: est là. C’est.donc là qu'il faut l'aller chercher pour la connaître une fois, avant que l'esprit humain lui

; L'ouvrage entier porte lé nom d’Éléments d'Héblogte. Nous avons suivi l'édition en cinq vol. in-18, 1825-1809:

? Grammaire, Introduction, T. II des Éléments d'Idéologie.

DE L’IDÉOLOGIE. 483 dise un dernier adieu; car désormais cessant d’être une métaphysique, elle n’est plus qu'une physiologie. Ê }

+ M. de Tracy, dont le nom inspire tant de respect, dont la mort récente a laissé tant de regrets , qui n’a consacré qu'au culte désintéressé de la vérité une vie longue et studieuse, avait donné sa dernière forme à cette philosophie, en lui imprimant un cachet de simplicité, de clarté, d'unité. C’est lui rendre hommage que de s'adresser à lui pour la bien connaître ; c’est en demander compte à son plus habile comme à son plus noble interprète.

Avant de la discuter dans ses points fondamen- -taux, restituons-lui dès abord deux conséquences évidentes et contradictoires qui sortent de ses principes. Ces deux conséquences sont l’idéalisme et le” matérialisme.

Voici pour l’idéalisme.

L'école de Reid soutient que toute doctrine qui s'oblige à prouver l'existence des corps, est nécessairement entachée d’idéalisme. L'exemple de M. de Tracy ne contredirait en rien cette assertion. Il a voulu prouver l'existence des corps, et il Pa ébranlée. Citons ses paroles :

« Nous ne pouvons jamais rien connaître que par « le sentiment et relativement à lui; nous ne con- « maissons les autres êtres que par les impressions « qu'ils nous causent, comme ils n'existent pour « nous que par ces impressions... Toutes nos con- « maissances ne sont jamais que celles de nos ma- « nières d’être et des lois qui les régissent; elles « sont toujours relatives nos moyens de sentir...

Nos impressions , nos affections, nos perceptions: enfin,.… sont pour nous les seules choses réelles et vraiment existantes ;.. lexistence réellesque nous accordons à ce que nous appelons deswétres, à commencer par nous-mêmes en tant qu'individus, n’est que d’un ordre secondaire et subordonné à celle-là... Il n’y a rien de réel et de véritablement existant pour nous dans cemonde que nos perceptions (Logique, ch. I). Nous ne connaissons jamais que nos perceptions, et nous ne voyons jamais rien dans ce monde que nos propres idées (ch. III). Nous ne voyons jamais en ce monde que nos perceptions, et toutes nos connaissances ne consistent que dans les rapports que nous découvrons entre elles... Les êtres ne:consistent pour nous que dans les impressions qu’ils nous font; nous ne leur connaissons point de substance, et nous: ne sommes point en droit de leur en supposer une;... seulement nous savons que ces êtres sont autre chose que notre vertu sentante ,.… etqu'ils en sontindépendants (ch. IV). Nous ne connaissons ce que nous appelons notre moi , que par les impressions que nous éprouvons ; il n’existe pour nous, ou nous n’existons ‘que dans ces impressions , comme nous ne .connaissons les autres êtres que par les impressions qu'ils nous causent , et ils ne consistent pour nous que dans la réunion de ces impressions (ch. V): Pour nous l'existence. des “êtres ne consiste toujours que dans le sentiment ou les sentiments que nous en avons, dans les impressions que nous en éprouvons, et dans lés conchisions que nous en tirons,

«lesquelles conclusions sont encore des perceptions «qu’ils noussoccasionnent.…. Nos idées sont tou- «jours tout pour nous... Que nos perceptions «soient toujours tout pour nous, 'cela ne peut faire « aucun doute;... nos perceptions sont toujours et « également tout pour nous, de quelque part.

« qu’elles nous viennent (ch. VI). Le néant est «étendu, puisqu'il faut faire du mouvement pour « le parcourir. Ge n’est point dire une chose absurde «mniune chose contradictoire que de dire. que le « néant est, est quelque chose, est pour nous un « étre parcette relation avec notre faculté de sen- « tir. Car l'existence de tout être ne consiste pour « nous que dans les impressions qu'il est capable de « nous procurer, et l’existence du néant consiste à « nous donner le sentiment que nous le parcourons «par le mouvement (ch. IX). Ce que nous sentons «est tout pour nous (Æxtrait raisonné, ch. Il). « Nos perceptions sont tout pour nous; nous ne « connaissons jamais rien que nos perceptions, elles « sont les seules choses vraiment réelles pour nous; «et la réalité que nous reconnaissons dans les êtres « qui nous les causent, n’est que secondaire et ne « consiste que dans le pouvoir permanent de faire « toujours les mêmes impressions dans les mêmes « circonstances. » (Supplém. à l’Idéologie, aphor. I, corollaire.) \.

. L'idéalisme est confessé dans chacun de ces passages. Cependant l’auteur s’en défend; il en accuse, et même avec beaucoup de netteté et de justesse, quelques-uns de ses prédécesseurs, Condillac entre autres, pour lequel il professe une si juste et si ho-

norable reconnaissance. Afin d'échapper au reproche qu’il leur. adresse, il a trouvé une théorie dela découverte du non-moi, très-bien ‘exposée dans son livre et que nous examinerons bientôt; mais cette théorie, en la prenant pour irréprochable, n’en reste pas noins incompatible avec cette assertion tant de fois répétée, que l’existence des êtres ne consiste que dans le sentiment que nous en avons, et que toute autre existence est secondaire et subordonnée. Elle nous montre bien comment s’acquiert l'idée du non-moi; mais que cette croyance soit fondée, elle ne le montre pas. L’idéologie’ résout la question de fait, et non la question de droit.

Voici deux assertions qu’elle met sur la même ligne : « La réalité des êtres, causes de nos percep- « tions, est prouvée; cependant nos perceptions « sont tout pour nous. » Ou bien : « Nos percep- « tions sont tout pour nous, cependant la réalité « des êtres qui les causent est prouvée. » Par cé mot cependant, nous indiquons entre les deux assertions, un hzatus, un abime qu’on ne sait comment combler. L'auteur affirme une antithèse : voilà tout.

Au moment où l’on dit que l'existence des êtres est prouvée, on accorde qu’elle a besoin d’être prouvée et qu’elle est susceptible de l’être. Elle n’est donc pas certaine d'elle-même, ou, comme le dit bien souvent M. de Tracy, elle est certaine pour nous, elle est réelle pour nous. Elle est réelle pour nous, c’est-à-dire qu’elle nous occasionne une perception ; genre de réalité qu'on est obligé de reconnaître même au néant. Elle est certaine pour nous, c’està-dire en tant que nos facultés ne nous trompent,

DE L'IDÉOLOGIE. 487 point; doncvelle est douteuse, car on ne peut démontrer nos facultés par nos facultés, quand on les réduit toutes aux affections d’une vertu sentante *.

Passons au matérialisme. Ce qu’on appelle communément là métaphysique n'obtient pas les respects de M. de Tracy; il la réduit à n'être que la théorie de la logique, e’est-à-dire qu’elle serait la science de la formation de nos idées, comme la logique la science de leur combinaison. Au delà , il nie ou dédaigne la métaphysique, il la vegarde comme une science chimérique ou impossible. Il l’accuse de vivre sur des questions inaccessibles à nos moyens de connaître. On remarquera que ce point de vue se rapproche de celui de Kant. Dût ce rapprochement blesser les sectateurs de l'idéologie, Kant a souvent traité comme eux la métaphysique, mais il concluait autrement.

Sur les questions métaphysiques, M. de Tracy fait donc profession de doute ou plutôt d'ignorance, Il s'étudie, en général, à mesurer son langage de manière à ne jamais se compromettre pour ou conire aucune des croyances dogmatiques que la métaphysique établit touchant la nature du principe pensant, ou celle de la première cause. Ces croyances sont traitées par lui de pures suppositions; leur objet n’est point matière de science, leurs conséquences sont au-dessus de l'intelligence humaine ; il a soin de je dire toutes les fois que l’occasion s’en présente, Toutefois, il croit ne s’être point engagé, et il fait remarquer que ses principes sont vrais et ses expres-

: Idéologie, ch. IX.

sions justes dans toutes les hypothèses. Il promet même de ne jamais rien dire qui décide ou implique quelque chose de positif sur des.questions exclues par lui de la science et que le temps bannira de l'esprit humain :. Maire he ei

Or, cela même est déjà un parti pris; car ne point nommer l'âme, ne prononcer qu’à la dernière exirémité les mots d'intelligence et d'esprit, ne point parler de la raison, tout ramener aux opérations et réduire les opérations mêmes à des impressions causées par des mouvements organiques, enfin ajouter qu'il n’est ni utile, ni possible d’en connaître davantage, ce n'est pas être aussi neutre qu’on veut hien le dire, et la négation d’une science et des idées dont elle se compose constitue certainement une opinion faite.

* Ceux qui ont dogmatisé témérairement sur les abstractions les plus complexes et sur la nature de l’être pensant qu’ils ne connaissaient pas. n’ont jamaisété bons à rien ; ils n’ont fait qu’égarer les esprits... ce sont les métaphysiciens ( Logique, ch, VIT ). Soit que l’on suppose que le sentiment de vouloir est une affection d’un être existant en nous, appelé âme, qui ensuité réagit sur notre corps, soit que l’on regarde ce sentiment comme le résultat naturel de mouvements antérieurs opérés dans nos organes. Je ne prétends ni nier, ni aflirmer en ce moment, que nous ayons une âme... J'ajoute que l'existence en nous d’un être appelé éme , étant une chose qu’on ne peut pas prouver , elle n’est et ne saurait être jamais qu’une supposition plus ou moins gratuite, destinée à expliquer ce que nous ne connaissons pas. Or, en bonne philosophie, c’est-à-dire en bonne logique, ilfaut savoir convenir de son ignorance et ne jamais user de supposition pour la déguiser ( T'raite’ de la volonté, IT part. ch. I). D'une extrémité de l'univers à l’autre , la matière qui est animée soit par l’effet de son organisation, soit par des esprits de différents ordres (ces deux suppositions sont indifférentes

Pour tout ce que jen ai dit et pour tout ce que j'en dirai jamais ).…. (Logique, ch. IL.)

, DE L'IDÉOLOGIE. 489 + Aussi aprèsitoutes ces protestations d’impartialité, l'inclination de l’auteur ne se dissimule-t-elle pas ; lisez les passages suivants : « Le jugement est une « partie de la faculté de penser comme la sensibilité «et la mémoire; ce sont trois résultats de notre or- «ganisation ( {déologie , ch. IV ). Un être complétement immatériel et sans organes, s’il en existe; ce que nous ne pouvons savoir, ne peut absolu- « ment rien connaître que lui-même et ses affections, et nesaurait, en aucune manière , se douter de l'existence de la matière et des corps... Pour « nous à qui l’on a tant dit sans preuves que si nous étions tout matière nous ne pourrions penser... ‘qui osera nous apprendre comment nous serions « si nous étions d'une manière... dont nul de nous « ne peut même concevoir la possibilité (ch. VII)? « L’étendue est une conséquence si immédiate de « l'existence des corps par rapport à nous, que quand «une fois nous la connaissons, nous ne pouvons « plus concevoir rien qui-en soit totalement privé... «€ Jamais aucun être humaiu ne comprendra réelle- « ment comment existerait un être qui n’existerait « nulle part et n’auräit point de parties ; c'est s’abu- « ser soi-même que de se persuader qu’on comprend pareille chose; j'en appelle à la conscience intime « detous ceux qui scruteront de bonne foi leur propre intelligence. En même temps que nous découvrons la propriété d’être éténdu dans ce qui résiste à notre volonté, nous la découvrons dans notre moi qui sent. Il,s’étend et se répand pour ainsi dire. La durée... pourrait même appartenir à des êtres sans étendue, s’il en existait de tels, ou

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