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490 ESSAI Vi.
« si nous pouvions en concevoir (ch. IX). Toutes « les fois. que nous avons une perception, quelle « qu’elle soit, ce n’est guère qu’en vertu d’un mou- « vement quelconque opéré dans l'intérieur de nos « nerfs où de quelques-uns des principaux points « dans lesquels ils se réunissent... Les mouvements « qui nous occasionnent les perceptions que nous « nommons souvenirs, jugements, désirs, sont pu- « rement internes et peut-être même se portent du « centre vers la circonférence... Toutes ces affec- « tions sont les résultats d'autant de mouvements « divers qui se passent en moi (ch. XIT). Toutes nos € opérations intellectuelles ,nos perceptions sont « des effets de mouvements qui s’opèrent dans nos « organes... Quand nous percevons nos sensations, «le mouvement quelconque opéré dans l'organe « affecté en produit un autre dans le centre ner-
« veux que nous concevons comme Île siége de nos (Ca perceptions et qui en est l'organe propre. ra « liaison des idées, phénomène idéologiques i im « portant, n’est que la liaison mécanique où chi- « mique des mouvements organiques qui produisent «nos idées... Nos perceptions de rapports elles- « mêmes ne sont, comme nos autres. perceptions È « que des effets de certains mouvements dans nos « organes (ch. XIV). Ces mouvements dont :ré- « sultent nos souvenirs et nos jugements, ébranlént moins fortement notre machine... et par suite laissent des traces moins vives, moins distinctes, moins durables que les mouvements purement « sensitifs (ch. XVI). Les rapports sont des sensa- «tions internes du cerveau ; comme les souvenirs
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«(Extrait raisonné du ch. IV). Nous ne pouvons « avoir aucune perception sans qu'il s'exécute quel- « ques mouvements dans nos organes - ainsi l’action « de sentir est un effet particulier de l'action de « nous mouvoir (idem du ch. XIT). » Fu
Voilà le matérialisme. M. de Tracy nes’en défend pas expressément ; il déclare n’avoir pas d'avis dàdessus ; mais il ne faut pas beaucoup de clairvoyance pour apercevoir que la tendance naturelle de ses principes le fait sans cesse retomber dans la négation de l'esprit. Chose qui semble toujours étrange! il est idéaliste et matérialiste. Il à ébranlé l'existence des corps , et il avoue ne pouvoir . comprendre l’existencé sans l'étendue. Il ne voit que des corps, et il réduit l’existence à une vertu qui a des propriétés. C’est qu'en voulant établir l’existence des êtres, il a nié la substance *. La négation de la substance peut conduire tout aussi bien au matérialisme qu’à l’idéalisme. Retranchez la substance, il ne reste de l'être que des qualités. Qu'est-ce que les qualités ? des sensations et des idées;-et les sensations sont des idées, les idées sont des sensations. La métaphysique n’est donc plus que la science des idées. Dire:qu’il n’y a que des idées , C'est dire qu'il n’y a plusrien. La science de rien, c’est la vraie signification du nom d’idéologie. à x
Si une telle science ne satisfait pas, si l’on se trouve quelque peu géné de respirer dans le vide, si l'on ne se contente pas du néant, on peut revenir à l'hypothèse de l'être; car, vous l'avez vu » toutes *
r Jdéologie, ch, AIX, — Grammaire, ch. IT pes Logique, ch
les suppositions sont libres. esprit n'étant pas plus certain que la matière, on a le choix entre l’un et l'autre; c’est pure affaire de goût. Mais d'ordinaire, comme nos sensations nous obsèdent incessamment, comme les sciences physiques étendent chaque jour leurs progrès et s’enrichissent même des dépouilles della philosophie, on se-décide en faveur de la matière. L’idéologie est en général matérialiste. I] n’y a rien pour elle; mais s’il ya quelque chose, iln’y a que des corps. Voilà le port qu’elle ouvre à la raison humaine; voilà ce dernier terme de toute vérité qu’elle se flatte d’avoir atteint. os L’idéalisme et le matérialisme sortent également de l'idéologie; mais quel que sôit le poids de ces deux conséquences , il faut voir si elle n’est pas assez forte Pet le Porter: Les principes ne doivent pas être jugés uniquement sur leurs conséquences. Revenons donc aux principes de l'idéologie, et puisque le défaut d'espace nous oblige de retrancher l’ analyse étendue et fidèle qui l'eùt fait mieux apprécier , ramenons-la à-trois propositions fondamentales sur Pi se concentrera notre examen.
+ Penser est sentir. | ; . La cause de l'imperfection de nos jugements est us l’infidélité de la mémoire. 6
3°, : Le mouvement senti et voulu arrété par la résistance extérieure, nous donne la connaissence et la preuve du non-moi. ‘
Nous discuterons pes chacune dé ces trois propositions. » à
Première proposition: — Locke avait dit : Toutes nos idées viennent de la sensation et de la réflexion.
‘ DE L’IDÉOLOGIE. 493 Toutes nosidées, a dit Condillac ,; et même toutes: nos facultés ne sont que la sensation transformée: Penser est sentir, dit l'idéologie, c’est ‘toujours sentir et.ce n’est rien que sentir. Sentir est toute l'existence; à tort on a inventé deux mots, sentir et penser, les sensations et les idées. IL serait plus philosophique de n’en admettre qu'un pour un fait unique, pour un seul principe. Descartes s’est mal exprimé, il devait dire: Sentio, ergo sum. Mais la faculté de sentir a divers objets. En tant qu’elle . nous donne des impressions dont nous avons conscience, elle est la sensibilité proprement dite. La faculté de sentir, le souvenir d’une sensation ,'s’appelle la mémoire. Sentir un rapport entre ‘deux sensations ou deux souvenirs, c’est juger. Désirer ou vouloir ; c’est encore sentir des désirs ou des volontés. La faculté de sentir est donc l’homme même, l’homme tout entier. Pensée , idées ou perceptions auraient pu s'appeler sensibilité , sensations ou sentiments. Par la sensibilité l’homme sent qu’il existe, c’est-à-dire qu'il sent qu'il est sensibilité et sensation. Il ne se connait donc que « comme une vertu «sentante, sans étendue, sans forme , sans partie ; «sansaucune des qualités qui constituent les corps *.»
Tel est dans son, développement explicite le premier principe de l'idéologie. L'expression en est tellement formelle qu’il n’admet ni équivoque ni restriction. Il faut le prendre dans un sens absolu. Autrement, ce principe qui réduit l’homme à la
: Voyez l’Idéologie dans toutes ses parties, notammént les six premiers chapitres, ainsi que’les ch. IX, XI et XIT;et la Logique,
disc, prélimin. et ch. II. Si
sensation n’imposerait à nos facultés qu’une identité apparente et les laisserait subsister différentes sous une appellation commune. Il n’établirait donc qu’une mensongère unité, et aurait été posé dans l'intérêt du système et non de la science. Arbitrairement choisi, il ne serait destiné qu’à produire je ne sais quelle illusion. C’est ce qui n’est point supposable. Comment croire qu’une secrète partialité pour la sensation ait volontairement attribué à ce fait une prééminence à laquelle il n’aurait aucun droit, et sciemment couronné un usurpateur ? Il faudrait donc que cette ambition d’un principe unique, chimère qui a si souvent et si longtemps égaré les sciences naturelles , eùt cette fois encore exercé quelque séduction , et que l’on se fût trop facilement payé d’un mot qui dissimulait tant bien que mal des faits différents. Ne pouvant atteindre l'unité réelle, on se serait contenté de l'unité nominale,
Mais si, comme j'en suis persuadé, l’on a espéré davantage 'si l’on a prétendu identifier effectivement tous les principes de la nature humaine, voyons comment on a réussi, |
Les philosophes ne sont pas les seuls à distinguer, dans l’homme, diverses facultés, diverses opérations ; le genre humain tout entier croit que penser n'est pas uniquement sentir, que la sensation n’est ni la volonté ni la raison, qu'entre flairer, voir, ouir, palper, et juger, raisonner, réfléchir, vouloir, il ÿ a une sérieuse différence, et que si, de ces deux classes d'opérations, la première porte un nom spécial, cenom ne peut devenir le nom général de
DE L'IDÉOLOGIE. 495 la seconde, sans changer de signification. Si l’on peut dire indifféremment, avec la même propriété, avec la même idée: je sens l'odeur d'une rose, la saveur d’un fruit, la vérité d’un raisonnement , la volonté de faire mon devoir ; il faut dire que le sens de la vue et le sers d’un apologue sont la même chose, parce que le mot est pareil, et qu'une seule et même idée se retrouve dans chacune de ces deux phrases : je goûte vos raisons, et je gotte Vos fruits ; je touche du doigt la vérité et je touche du doigt la serrure; j'entends la trompette et j'entends les éléments d'Euclide. Recherchons st ce langage est rigoureusement exact.
M. de Tracy ne le croit pas toujours, même après l'avoir affirmé. Car entre sentir comme la pensée et sentir comme la sensation , il y a pour lui tout au. moins la différence du genre à l'espèce. On peut dire en effetque sentir est penser, ainsique Descartes l’a dit, et'en considérant avec lui la sensation comme une de nos facons de penser. Quand on sent, l’on pense, mais l'inverse est insoutenable, et la preuve c'est qu'après avoir avancé que juger, vouloir, se souvenir, c’est uniquement sentir, M. de Tracy, lorsqu'il veut parler de la sensation , est obligé de l'appeler la sensation proprement dite. Après avoir confondu l'espèce avec le genre, il est obligé de reprendre et de distinguer l'espèce. La sensibilité comprend, selon lui, d’abord Ja »sensibilité même , puis le jugement, puis la mémoire, puis la volonté , qui sont aussi la sensibilité, c'est-à-dire la sensibilité genre , mais non la sensibilité espèce. Et c'est ainsiqu'ilest conduit à écrire, à quelques pages,
à quelques lignes de distange les HR ONRE suivantes.. ‘ ’
Propositions qui confondent: tout dans la Pb lité : 2. ABLEF, : .
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« Penser, c’est tout Sgpleéte sentir... ce n’est « rien que sentir ( {déologie, ch. I et passim ): La
« pensée n’est autre chose que la faculté de sentir,
« la sensibilité prise dans son sens le plus étendu. « La pensée de l’homme ne consiste jamais qu’à « sentir... penser est la même chose” que sentir « ( ch. XI). Le souvenir estunesensation (.ch.III ). « Le jugement est une espèce de sensibilité... sentir des rapports, c’est sentir... toutes nos connaissances ne sont que des sensations de rapports
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tions internes du cerveau ( Extrait raisonné du ch. IV ). L’être animé quel qu’il soit sent et juge, ce qui est encore sentir ( Logique , extr. raisonné du ch. VIT). Notre faculté de sentir oupenser… consiste à sentir des sensations. des souvenirs, « des rapports et des désirs. Penser, sentir et exister ne sont pour nous ‘qu’une seule et même chose ( {déologie, ch. XI). Je confonds et réunis dans la faculté générale de sentir ce que l’on a coutume de distinguer en affections et connaissances ( Logique ; ch. II). »
‘Propositions qui distinguent la sensibilité de la sensibilité: . | is | « Sentir une sensation c’est sentir, et sentir d’où «elle nous vient c’est sentir un rapport , c’est ju- «ger...…. Îl'est impossible que la faculté de juger « commence à agir aussitôt que la faculté de sen-