DÉDICACE. XIX
» muette, en lisant ces faibles lignes, me pardonneront » tout ce qui manque à votre image, en faveur de ce qu'une
> main trop émue a pu y mettre de vrai. Votre mort si f brusque n'a pas laissé à ceux qui vous ont le mieux connu » et le plus aimé la liberté de vous dire l'éternel adieu. J'ai
> voulu suppléer à ce silence. »
11 est mort comme il a vécu, le livre à la main, la parole de vérité sur les lèvres, au sortir d'une séance de l'Institut, où il couronnait par une dernière étude sur Condillac la série de ses beaux mémoires sur toute la philosophie moderne. Mort bien douce pour lui, comme devait être celle d'un juste et d'un sage dont le cœur, riche de toutes les nobles et saintes affections, n'a pas connu une seule des passions qui dévorent ou empoisonnent la vie ! Mort cruelle pour celles qui le perdent au plus vif de leur bonheur, au plus profond de leur sécurité ! Mort bien triste pour une société d'amis dont il était le centre et le lien ! Il n'eût pas voulu mourir si vite, nous le savons. Pourquoi? Y eut-il un sage plus prêt que lui à paraître à toute heure devant le grand Juge? Si sévère qu'elle fût, sa conscience ne pouvait manquer d'être en paix. Hélas ! ce n'était pas sa conscience qui demandait du temps, c'était son cœur qui pressentait tout ce qu'une brusque séparation aurait de déchirant pour celles dont la vie semblait inséparable de la sienne !
E. Vacherot.