‹ Essais de philosophie critique [microform]Chapitre 7 sur 18 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Ce n'est pas le sujet qui fait lunité de ce livre. Nous y traitons une série de questions psychologiques, ogiques, métaphysiques, morales, historiques dont la succession ne forme point un ordre systématique. C'est à propos de certaines publications qui intéressent la critique que nous avons repris les questions indiquées ou développées par les auteurs des livres cités, en leur donnant une solution tantôt conforme, tantôt contraire à celle des auteurs euxmêmes; en sorte qu'envisagé à ce point de vue, ce livre ne saurait avoir d'autre titre que celui de Mélanges.

Mais l'unité d'un livre peut tenir à autre chose <iue le sujet. Si un même esprit anime les matières les plus diverses, si une seule méthode préside au

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développement et à la solution des questions de tout ordre, le livre prend un certain caractère d'unité, parce qu'on peut voir dans ses différentes parties, sinon les développements d'une même pensée, du moins les applications d'une même méthode. Telle est l'œuvre que nous offrons au public. Pour l'éclaircissement ou la solution des problèmes posés, nous avons écarté toute conception à priori, toute considération abstraite, toute hypothèse, en nous renfermant strictement dans les limites de la science pure, quel que soit l'objet de notre étude, matière, force, âme, esprit, sensation, idée^ certitude, devoir, progrès. Notre but n'est pas de donner une solution nouvelle à tous ees problèmes, mais de montrer comment la solution en devient plus précise et plus solide, quand la science positive leur prête ses lumières. Nous ne prétendons pas que la science ait prise sur toutes les questions qui sont du domaine de la philosophie, de manière à les ramener à des problèmes purement scientifiques. L'esprit humain serait trop heureux qu'il en fut ainsi. Nous avons fait voir ailleurs que la métaphysique proprement dite ne peut se passer de certaines conceptions à priori ( 1 ) ; et dans ce livre encore, on pourra remarcjuer que certaines questions relatives à l'infinité du Monde,

(1) La mélaphtfêique positive.

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dans le temps et dans l'espace, se dérobent à la compétence des sciences positives. Mais s'il y a des questions qui s'y prêtent, n'est-ce pas une bonne fortune à saisir, dans un temps surtout où l'on ne croit guère (ju'à la science, à ses procédés et à ses résultats?

Voilà la pensée de ce livre. Psychologie, logique, métaphysique, morale, tout y est traité par l'observation et par l'analyse. Avec une pareille méthode, on ne pénètre pas, nous le savons, tous les mystères de Vontologie; mais on avance sûrement dans la solution des problèmes réservés à la connaissance humaine. Peut-être même, si Ton ne se payait plus de mots, trouverait-on que ces mystères tiennent plus aux termes qu'aux objets métaphysiques, et fpie les mots de maiihe, de force, à' âme, à' esprit, etc., etc., deviendraient clairs et intelligibles, du moment où l'on s'habituerait à n'y voir que la simple expression des propriétés et des lois de la réalité. Quoi qu'il en soit, la philosophie n'est pas de ces études spéciales auxquelles les autres sciences soient inutiles ; elle comprend nombre de questions qui trouvent dans les sciences positives la matière même de leur solution^ et elle en compte peu qui n'empruntent à ces sciences quelques-unes des données dont elle a besoin pour les résoudre.

L'application persévérante de cette méthode aux problèmes les plus divers de psychologie, de logique,

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(le métaphysique, de morale et de philosophie historique, justifie, ce semble, le titre donné à la série d'analyses et de critiques que comprend ce livre.

Parmi les diverses parties dont il est composé, il en est de tout à fait neuves : ainsi la première, consacrée à la question des rapports de la philosophie et des sciences, et la deuxième, qui a pour objet la défense des études psychologiques contre l'école historique et l'école positive. Quelques pages publiées, il y a treize ans, sur un Uvre de M. Cournot (1), ne donnent aucune idée du travail d'analyse et de critique qui remplit plus du tiers du volume. La troisième et la quatrième partie se comi>osent d'études qui ont déjà paru dans divers recueils, mais qui, pour l'analyse et la critique, n'avaient ni l'étendue ni la portée suffisantes pour un livre. C'étaient de simples articles de revues qu'il nous a fallu développer pour leur donner les proportions de véritables chapitres philosophiques. Nous espérons qu'avec les modifications et les accroissements qu'ils ont reçus, ils ne paraîtront pas trop au-dessous des justes exigences de la philosophie contemporaine.

E. Vacherot.

19 juillet 1864.

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