‹ Essais de philosophie et d'histoire de la biologieChapitre 17 sur 32 · Anatomischev Anzeiger^ 10 janvier 1891, p · texte numérisé non relu

Anatomischev Anzeiger^ 10 janvier 1891, p

sécrétés se séparent de la cellule qui les a produits, mais bien Tacte énergique et tout vital par lequel une cellule glandulaire forme dans son sein, par transformation physique ou chimique de certaines parties de son protoplasma, les produits qui doivent être déversés au dehors. C'est là l'acte essentiel, l'acte initial, le véritable acte de sécrétion. Et nous donnerons le nom d'excrétion au processus employé par la cellule glandulaire pour se débarrasser des produits sécrétés. La cellule peut intervenir activement dans l'excrétion, elle est toujours active au plus haut degré et avec la suprême énergie dans l'acte de sécrétion ». (ZrOC. cit., p. 21-22.)

Voilà dans quel sens il convient d'entendre les 1 termes de sécrétion et d'excrétion . Les physiolo- ! gistes, ayant été amenés à reporter à chaque cellule prise isolément toute l'activité glandulaire, ont eu le tort, après avoir ainsi modifié l'ancienne idée de la fonction sécrétoire, qui fut dès lors attribuée, non plus à la glande en bloc, mais à chacun des éléments cellulaires dont la glande est formée, de ne pas modifier corrélativement leur conception de l'excrétion. Si la sécrétion est l'acte par lequel une cellule élabore quelque principe immédiat, l'excrétion est l'acte par lequel cette cellule rejette la ou les substances produites, et ces deux actes, comme je vous l'ai montré déjà, ne doivent pas être séparés, mais sont intimement liés l'un à l'autre. Il aurait

par conséquent fallu distinguer entre ce que j'appellerai Y excrétion celltilaii^e et V excrétion glandulaire, CqWQ'QÎ n'est qu'un phénomène secondaire etd'ailleurs n'existe pas dans toutes les glandes, n'existe que dans celles qui ont un conduit excréteur. Ce phénomène est l'émission en dehors de l'organisme, à la surface du tégument externe ou du revêtement interne, des produits formés par les cellules sécrétoires, préalablement accumulés ou non dans un réservoir. Pour les glandes à sécrétion interne, il n'existe qu'une excrétion cellulaire : dès que la cellule expulse les produits qu'elle a élaborés, il est probable qu'ils passent immédiatement, au fur et à mesure de leur formation, dans le milieu intérieur, le sang\

Ainsi est devenue plus précise notre définition des glandes. Toute cellule indifféremment ne pourra plus être considérée comme glandulaire. Par suite, le nombre de ces organes se trouve diminué.

Le nombre des glandes n'en reste pas moins, vous le savez, très considérable. Est-il possible d'introduire dans cette foule un ordre simple et logique?

Les classifications anatomiques sont avec raison complètement abandonnées. Personne ne songe

plus à soutenir les idées de Chaussier *, par exemple, qui, au commencement de ce siècle, voulait réserver le nom de glandes à des organes qui séparent du sang certaines humeurs et les versent sur une membrane tégumentaire à Taide d'un conduit excréteur. Aussi bornait-il le nombre des glandes à sept : 1® les lacrymales; 2* les salivaîres; 3' les mammaires; 4° le foie ; 5" le pancréas ; 6' les reins ; 7° les testicules.

Les classifications histologiques sont nécessairement très compliquées à cause de l'extrême variété des formes que peuvent prendre les grains et les tubes glandulaires. Cette complication apparaît bien, par exemple, dans la classification proposée il y a déjà une dizaine d'années par le professeur Renaut (de Lyon) ', et d'après laquelle il y a deux grandes sortes de glandes, celles en cul-de-^sac et les conglobées, les glandes en cul-de-sac se divisant en tubuleuses et acineuses, qui se subdivi» sent elles-mêmes en une foule de classes, depuis les tubuleuses simples jusqu'aux racémeuseSj etc. Quel que soit l'intérêt de ces divisions au point de vue morphologique, la physiologie n'y peut trouver grand profit.

On en peut dire autant de celle, bien antérieure,

1. Cité par Bérard, Cours de] physiologie^ Paris, 1848, 1. 1^ p. 269.

2. Essai d*une nomenclature méthodique des glandes (Arch* de physioU, 1881).

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de Milne-Edwards*, sorte de classification mixte, physiologique par sa division première en glandes excrétoires et glandes imparfaites^ histologique par toutes ses subdivisions. C'est d'ailleurs une particularité remarquable des classifications anatomiques el histologiques, que, presque toutes, elles aient été obligées de recourir à des idées et à des expressions physiologiques.

Arrivons donc aux classifications physiologiques. Il n'existe guère, à proprement parler, de classifications, c'est-à-dire de systèmes comprenant en des divisions logiquement distinctes et subordonnées toutes les diverses glandes, mais plutôt seulement des principes de classification.

C'est ïiinsi qu'on trouve tout d'abord une division déjà ancienne des glandes en excrémentitielles et récrémentitielles ; ces termes se comprennent d'euxmêmes. L'idée de cette division a été nettement indiquée par Berzélius, qui distingue les sécrétions proprement dites, c'est-à-dire les fluides destinés à remplir quelque office dans l'économie, des fluides d'excrétion qui doivent être expulsés du corps, tlemarquons que cette division n'était pas sans valeur : il est certain qu'il y a des produits de sécrétion qui s'éliminent complètement, comme l'urine, la sueur ; et d'autres qui, au furet à mesure de leur formation dans les cellules, rentrent dans le sang. Mais des critiques fort justes peuvent être

1* hoc, cit.

adressées à une telle classification ; il suffit de relever celle-ci, qu'il est des sécrétions, comme la bile, qui rentrent à la fois dans les deux groupes. Aussi, pour échapper à cette difficulté, avait-on imaginé la classe intermédiaire des glandes excrémento-récrémentitielles. La constitution même de cette troisième classe montre bien l'incertitude de la classification.

On trouve sommairement indiquée dans les leçons de Claude Bernard sur les Liquides de Vorganisme (t. I, p. 463, 1858) une division analogue : il y a deux sortes de glandes : l*» celles destinées à éliminer des produits qui existent tout formés dans le sang ; 2* celles qui à cette aptitude à des degrés divers joignent la propriété de former des principes actifs destinés à être utilisés pour Taccomplissement de quelque acte chimique de l'organisme. Mais l'auteur ne s'est pas occupé de répartir les diverses glandes entre ces deux classes. Nous verrons d'ailleurs tout à l'heure que Claude Bernard ne s'en est pas toujours tenu à cette conception.

La classification qui a été proposée par Beaunis dès la première édition de son Traité de physiologie, en 1875, se fonde en partie sur l'idée du mécanisme de la sécrétion ; c'est celle que reproduit le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, dans l'article Glandes, dû à H. Chrétien. Beaunis distingue quatre classes de sécrétions :

148 CONCÈt>tION ET CLASSlFÎCAtlO^

1® Les sécrétions par filtration ou transsudation glandulaire ;

2** Les sécrétions proprement dites avec production de principes nouveaux ;

3° Les sécrétions par desquamation épithéliale (sécrétion sébacée);

4° Les sécrétions morphologiques (sécrétion des testicules).

Par exemple, Fauteur range dans la première classe la sécrétion lacrymale, la sudorale et Turinaire. Mais quelles différences n'existent pas dans le rôle de ces diverses humeurs I Est-il possible de ranger dans le même groupe des sécrétions dont les rôles sont aussi radicalement différents les uns des autres? Cette critique s'adresse naturellement aussi à la division indiquée par Claude Bernard. A la vérité, celle de Berzélius n'y échappait point non plus.

Ces essais de classification s'appuient sur ia notion de la nature ou de la destinée des produits sécrétés. C'est encore sur cette même notion qu'est fondé un autre principe de classification dont on trouve aussi le germe dans les œuvres de Cl* Bernard *. « Les diverses glandes, a dit Bernard dans son cours de 1859-1860, doivent être divisées en deux grandes classes ; celles qui retirent du

1. Leçons de pathologie expérimentale (courâ du Collège de Firance, 1859-1860, publié en 1871), 2« édit., p* 100; Rapport sur les progrès de la physiol. générale en Francet 1867^ p« 73i ^9, 83.

sang certains principes particuliers qui communiquent à chaque sécrétion ses propriétés individuelles, et celles qui paraissent, au contraire, sécréter le sang lui-même, si je puis me servir de,' cette expression, ou qui sont destinées à enrichir l& fluide circulatoire de produits élaborés à Tintérieur' de leur tissu. » Cette pensée est devenue plus nette; dans son fameux Rapport sur les progrès de la physiologie *. Mais il était réservé à M. Brown-i Séqusu'd, qui l'avait conçue de son côté etquil'exposa dans son cours à la Faculté de médecine, en 1869 2, d'en comprendre clairement la valeur et d'en saisir complètement la portée; aussi l'a-t-il pu généra-/ User. Et vous savez de quelle fécondité s'est montrée cette notion nouvelle entre ses mains. Cependant cette division de M. Brown-Séquard en glandes à sécrétion externe et glandes à sécrétion interne repose encore sur l'idée de la destinée organique du produit sécrété, de la direction que prend ce pro-

1. Même ici, cependant, il semble que Claude Bernard ait eu surtout en vue, en parlant de sécrétion interne ^ la formation du sang. « Je pense, écrit-il (toc. cit., p. 79), que le sang, ou autrement dit le milieu intérieur organique, doit être regardé comme un produit de sécrétion des glandes vasculaires internes. » A la vérité, un peu plus loin (p. 83), il considère bien la sécrétion glycogénique comme une sécrétion interne, parce qu'elle se déverse directement dans le sang, et le foie, par conséquent, comme un organe fournissant deux sécrétions : l'une, externe, qui coule dans l'intestin, la bile; Tautre, interne. Néanmoins, il n'a pas développé cette idée. Toute la portée en a été révélée par M. Brown-Séquard.

2. Voy. Comptes rendus de la Soc. de biol.y 15 juin 1889, p. 415; Arch, de physioi,, juillet 1891, p. 491.

ibO COiNCEPTION ET CLASSIFICATION

duit. Il en résulte que, si Ton voulait s'en^servirpour établir une classification générale des glandes, plusieurs de ces organes dont les fonctions sont profondément différentes se trouveraient rangés dans la même classe, la glande thyroïde à côté du pancréas, par exemple.

Je ne tous Indique que pour mémoire la division de Tiedemann, fondée sur la composition chimique des liquides sécrétés (séreux, «Ibumineux, muqueux, huileux, salins, acides); elle est absoloment artificielle, et sans utilité physiologique d'ailleurs.

Reste la classificationhisto-physiologique de Ranvier qui, en 1889, au cours de ses magistrales recherches sur le mécanisme de la sécrétion *, a été amené à séparer les glandes en deux grandes catégories, suivant la manière dont se forme la sécrétion. Cette division a fait tout de suite fortune; les histologistes ont beaucoup contribué à la répandre; les physiologistes, d'autre part, l'ont volontiers acceptée, à cause de l'idée physiologique qui s'y trouve. La première classe est celle des glandes dont le produit de sécrétion est formé par les cellules glandulaires elles-mêmes, en entier, arrivées au terme de leur évolution : ce sont les glandes olocrines. Par opposition, le nom de mérocrines désigne le second groupe de glandes, celles dont le produit est élaboré dans les cellules et se dégage, les cellules restant en place. Les glandes sébaèées,

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