‹ Essais de philosophie et d'histoire de la biologieChapitre 2 sur 32 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

sentir tous les jours. Et sans idées générales ce travail de division, de comparaison et de classifications logiques n'est point possible. Ainsi, par un retour quasi naturel, les progrès et Textrême développement des sciences particulières finissent par favoriser les systématisations ; et c'est alors un renouveau de Tesprit doctrinal, c'est-à-dire de l'application aux sciences de la pensée philosophique. Celle-ci, il est vrai, contrairement à l'ancienne métaphysique, sera issue de celles-là ; elle ne devra jamais oublier ses origines, dans les entrailles de la réalité vérifiable, mais y retournera souvent pour prendre des forces. Le moment vient donc où d'une façon ou d'une autre se trouvera rempli le desideratum qu'émettait récemment un des grands naturalistes de ce temps : « Les différentes branches d'une science particulière ont pris depuis le commencement du siècle un tel développement que la spécialisation s'est imposée de plus en plus, faisant disparaître chaque jour les compétences étendues. Tout en comprenant les raisons qui ont amené un pareil état de choses, il est permis de le déplorer au point de vue du progrès des idées générales. Aux seuls esprits synthétiques il appartient ^n effet d'utiliser les matériaux accumulés, de les

INTRODUCTION Vil

mettre en valeur et de perfectionner ainsi la philosophie de la science *. »

Ce sont des considérations de cet ordre qui justifient la présente publication. Si la philosophie est, non pas, comme l'ont souvent dit les métaphysiciens, la science des principes, mais, comme d'excellents esprits l'ont pensé, la réflexion sur le savoir acquis, il y a une philosophie de la biologie. Et nul temps, plus que le nôtre, où la biologie a pris l'extraordinaire développement que l'on connaît, ne s'est encore montré propice h l'élaboration de cette philosophie. « Sans une philosophie, a ditTaine, le savant n'est qu'un manœuvre et l'artiste qu'un amuseur 2. » Et Renan écrivait : « La vérité est, ce me semble, que les spécialités n'ont de sens qu'en vue des généralités, mais que les généralités à leur tour ne sont rendues possibles que par les études les plus minutieuses '. »

On trouvera, dans les études qui suivent, des essais de synthèse des idées existantes sur un ensemble de faits, ou dans l'œuvre d'un savant, ou dans celle d'une collectivité scien-

1. A. GiARD, Exposé des titres et travaux scientifiques^ Paris, 1896, p. 5.

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