Revue des Deux Mondes
forme, comme dans la dépression des vallées, rhumus le plus fécond; c'est là souvent que germe et pousse avec le plus de vigueur la moisson nouvelle ». Nous avons actuellement sous les yeux, dans les progrès de la chimie physique, de la chimie iphysiologique et de la bactériologie, trois exemples remarquables de la vérité de cette pensée.
N'est-ce pas une chose curieuse qu'aucun historien de la philosophie n'ait encore signalé ce fait si intéressant, que la Société de biologie, dont l'histoire est étroitement liée à l'évolution des sciences de la nature à notre époque, est née en quelque sorte sous les auspices de la philosophie positive ? Il est quelqu'un cependant à qui cette influence du positivisme n'a pas échappé. Dans l'admirable discours qu'il prononça à l'inauguration de la statue de Claude Bernard, M. Berthebt disait : « La Société de biologie, fondée sous l'impulsion de l'esprit positif, est restée fidèle à l'esprit profond de son règlement, rédigé autrefois par Ghcu'les Robin. » Sans doute, le positivisme, en tant que doctrine philosophique, n'a plus guère d'action sur la pensée contemporaine, et la classification des sciences d'Auguste Comte, sur laquelle s'appuyait Robin avec tant de confiance pour expliquer les intentions des fondateurs de notre Société, a été justement critiquée. Mais de tous les grands systèmes philosophiques il subsiste quelque chose. Et, par exemple, la pensée de Spinoza inspire encore
plus d'une doctrine scientifique qui se croit originale ;
le cartésianisme n'a plus d'adeptes, mais l'esprit
cartésien demeure, sous la forme du Jibre examen
qui a pénétré partout et en tant que la conception \
mécanique de l'univers s'impose aux philosophes
comme aux savants ; à son tour, le positivisme a
transmis à beaucoup d'esprits sa foi en l'expérience
comme principe unique de la science.
Telle est l'histoire sommaire de la Société de biologie, et tels sont les principes sur lesquels elle a été instituée.
Il faut maintenant la voir à l'œuvre. ^
Je dois en premier lieu signaler les principales manifestations collectives, pour ainsi parler, de son activité. C'est ainsi que l'on peut considérer en effet les Rapports qui furent soumis à la Société par les commissions d'études qu'elle eut l'occasion de nommer. Autrefois, vous le savez, les académies et les sociétés savantes instituaient assez volontiers des commissions, chargées de Texamen d'une question controversée et dont les membres, dans ce but, se livraient souvent à un travail approfondi ; aussi la fonction de rapporteur était-elle une ^ véritable charge. ^
En 1851, par exemple, Charles Robin présenta^ au nom d'une commission dont les autres membres
étaient Brown-Séquard, FoUin, Lebert, Segond et Verneuil, une longue étude anatomo-zoologique, fortement empreinte d'idées philosophiques, sur la fameuse question du phlébentérisme, et qui est restée célèbre dans rhistoire de cette question; c'était une polémique fort vive entre A. de Quatrefages et Souleyet qui avait été l'occasion de ce rapport.
A côté de cette étude, je placerai le çoagistral rapport de Broca, dont les années n'ont point diminué la valeur, sur la reviviscence des animaux desséchés; ce travail de 139 pages fut lu à la Société dans les séances des 17 et 34 mars 1860. .La Société avait été prise pour arbitre par Pouchet et Doyère, que des expériences contradictoires avaient conduits à des conclusions diamétralement opposées. La commission chargée d'examiner la question était composée de MM. Balbiani, Berthelot, Brovm-Séquard, Dareste, Guillemin, Robin et Broca. Cette commission mit neuf mois à terminer son œuvre ; elle se réunit 42 fois en séances régulières; en outre, des travaux particuliers furent confiés à quelques-uns de ses membres; une de ses expériences dura quatre- vingtrdix jours. C'est dans le laboratoire de Gavarret, à la Faculté de médecine, que les expériences furent faites. Je ne sais trop si l'on trouverait aujourd'hui, même à la Société de biologie, des commissions capables de se livrer à un pareil labeur et un rapporteur pour rédiger un
pareil rapport. — La conclusion de la commission est devenue classique : « La résistance des Tardigrades et des Rotifères aux températures élevées parait s'accroître d'autant plus qu'ils ont été complètement desséchés d'avance » (p. 139). Il faut donc, pour que les animaux puissent supporter de hautes températures sans perdre la faculté de reviviscence, les empêcher de s'hydrater. De là la phrase de Broca exprimant une des rares idées de Pouchet qui avaient échappé aux critiques de la commission : « Là où l'eau fait entièrement défaut, la vie paraît tout à fait impossible », idée à laquelle Hoppe-Seyler devait donner plus tard une forme si pittoresque en disant que « tous les organismes vivent dans l'eau courante ». S'il en est ainsi, si les manifestations vitales sont soumises à des conditions d'ordre chimique si bien déterminées, une conséquence s'impose; le rapporteur ne l'éludait point. Il avait dès l'abord reconnu que la propriété de reviviscence « soulève le plus ardu des problèmes relatifs à l'éternelle question des rapports de la vie avec la matière » ; et voici sa conclusion très nette : «Il nous paraît que le phénomène de la reviviscence rentre dans la catégorie des phénomènes dont les conditions sont soumises aux lois de la physique et de la chimie pxu'e. »
Vous ne pensez certainement pas que la question qui fît l'objet de ce beau rapport de Broca soit épuisée. Les grandes questions scientifiques durent
longtemps, sinon toujours ; seulement leur aspect se modifie ; avec le progrès des connaissances, par les moyens nouveaux d'investigation ou simplement par un changement de technique, des points de vue différents se présentent. Le problème de Tinfluence de Teau sur les fonctions des êtres vivants, qui est au fond de la question de la reviviscence, a été abordé par d'autres côtés par notre collègue R. Dubois, à plusieurs reprises, et en particulier au point de vue du mécanisme des agents anesthésiques. D'autre part, M. Giard a réuni (1894) un ensemble de fcdts qui montrent bien la diminution de tous les phénomènes vitaux sous l'influence de la déshydratation progressive.
La donnée fondamentale de la reviviscence peut même être étendue à l'heure qu'il est jusqu'aux substances qui sont en quelque sorte les agents essentiels de la vie, c'est-à-dire les ferments solubles. C'est un fait bien établi maintenant que les ferments, et même les substances qui agissent plus ou moins à la manière des ferments, venins, toxines, anticorps^ à condition d'être exactement desséchés au T[)réalable, supportent des températures supérieures à 100 degrés.
On doit encore à Broca un autre rapport, non moins important que le précédent; c'est celui dans lequel, le 21 juillet 1855, au nom d'une commission composée de Claude Bernard, Bouley, Giraldès Goubaux et Vulpian, il exposa et apprécia ces
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belles expériences de Browa-Séquard sur les fonctious de la moelle épinière, qui transformèrent toutes les connaissances que Ton avait à cette époque sur ce sujet et dontrensemble formait la doctrine si simple et si claire de Charles Bell-Longet. Broca, se rendant un compte exact de la portée des faits découverts par son collègue de la Société, terminait ainsi son rapport : « A aucune époque peut-être la physiologie du système nerveuxn'aété bouleversée par une révolution plus radicale et plus rapide... » Les belles expériences dont parlait Broca, c'était la démonstration du trajet complexe des impressions sensitives dans la moelle, de Timportance du rôle conducteur delà substance grise, du fait de Thyperesthésie à la suite de la section des cordons postérieurs, et bien d'autres encore.
Ainsi, dès les premières années de sa fondation, la Société, par ces grandsrapports dans lesquels était fermement établi Tétat de la science sur des questions très discutées et fondamentales et où les pro* blêmes les plus délicats étaient hardiment exposés, fournissait des preuves éclatantes de son amour de la vérité et de sa capacité de travail. Il faut voir là, sans contredit, une des causes de son rapide succès.
Meds la renommée qu'elle s'est très vite acquise et qu'elle a constamment gardée tient aussi et plus encore au nombre et surtout à la valeur des communications qu'elle a toujours reçues» Si l'on voulait
faire le dénombrement de ces communications, il faudrait recouriraux comparaisons de TÉcriture. Ce qui importe, c'est la qualité des travaux présentés à la Société, les résultats qui en sont sortis, les conséquences qui en ont été tirées, bref, leur signi* (ication générale et en quelque sorte leur esprit. Il faut donc essayer de distinguer, parmi tous ces travaux, ceux qui, outre leur valeur intrinsèque, ont exercé une influence directrice ou qui marquent un tournant dans le mouvement de la biologie. En d'autres termes, il faut tâcher de dégager le sens des innombrables recherches entreprises sur tant de terrains divers pendant ce long espace de temps.
S'il était indispensable d'enserrer toutes les notions ainsi obtenues en une proposition unique, je dirais volontiers que l'on voit, dans l'étude des faits dont s'occupe la Société de biologie, se substituer progressivement la recherche des explications au travail de la description. Les exigences de la pensée biologique ont grandi peu à peu : la constatation des rapports de causalité entre phénomènes qui se suivent ne lui a j[)lus absolument suffi ; il lui a semblé que les relations causales ne s'expliquent pas par elles-mêmes; elle a voulu savoir si ces successions constantes et ces concordances fixes de phénomènes n'ont pas une raison ; elle s'est demandé pourquoi un être est organisé de telle façon qui a été observée, de préférence à toutes les
autres. Mais où chercher la raison de cet arrangement des êtres vivants, sinon, d'une part, dans la tendance de leurs dispositions structurales et fonctionnelles vers la perfection et, d'autre part, dans l'adaptation progressive des organismes à la diversité de leurs conditions d'existence? Par suite, les problèmes ne sont plus analytiques seulement; ils sont aussi devenus synthétiques. Car il s'agit bien d'abord d'expliquer la diversité des formes et des fonctions, mais il s'agit en outre de montrer les relations qu'elles ont entre elles, et donc de les ramener à l'unité. Quelle fut primitivement l'œuvre de la biologie? Les sciences morphologiques s'efforçaient de décrire exactement les formes particulières, et les sciences physiologiques les mécanismes spéciaux ; toutes, par conséquent, étudiaient les êtres en leurs éléments à l'état statique ou dynamique, et par conséquent les décomposaient. Mais la supériorité s'est révélée des études portant sur le mode d'assemblage de tous ces éléments, leurs combinaisons les uns avec les autres. <( Montrer que tout est un et comment néanmoins chaque chose est à part, c'est là la question. » Ne semble-t-il pas que cette parole du poète grec caractérise l'œuvre de labiologie contemporaine?
Ainsi, la prédominance progressivedes recherches explicatives sur les simples constatations de faits et du point de vue synthétique sur le point de vue analytique, telles sont les deux grandes tendances,
connexes d'ailleurs, que dévoile Texamen critique et général des travaux présentés durant les cinquante dernières années à la Société de biologie.
L'évolution des études morphologiques, à la Société, peut être assez aisément suivie.
1. — Au début, les descriptions purement anatomiques tiennent une très grande place avec les communications de Béraud, Dugès, Giraldès, Goubaux, Hirschfeld, Huette, Lebret, Magitot, Ch. Robin, Rquget, Sappey, VerneuiP. A partir de 1853, pendant une dizaine d'années, Sappey a régulièrement apporté à la Société les résultats de ses mensurations précises. Enmême temps, Davaine étudiait à fond les êtres inférieurs ; ses mélnoires sur l'Anguillule du blé niellé (1856), sur la Trichine (1862) et plusieurs autres sont remplis de données définitivement acquises à la science. Le même DavainCjLaboulbène, Rayer, Robin faisaient conncdtre
1. Les noms cités ici, comme dans les pages qui suivent, sont ceux de membres de la Société. Pour des raisons faciles à comprendre, j^ai en effet utilisé de préférence, pour cette étude, les travaux de nos collègues d^autrefois ou d*aujourd'hui. Je n^ai cru devoir me référer qu'exceptionnellement aux autres communications faites à la Société. — Les dates qui suivent les noms sont celles des volumes des, Comptes rendus.
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des Insectes ou des Helminthes ignorés jusqu'alors ou des particularités structurales chez ces animaux qui étaient restées inaperçues, et Montagne décrivait des parasites végétaux (1849, 1850, 1852).
Dans le domaine voisin de l'histologie, Lebert, Ch. Robin, Rouget et quelques autres s'efforçaient de déterminer la structure des organes et des éléments anatomiques. Les plus importantes découvertes de Ch. Robin en histologie, sur les glandes de Tutérus (1849), sur Tépithélium utérin pendant la grossesse (1855), sur les éléments de la moelle des os (1849, 1850, 1864), sur le périnèvre (1854), sur la constitution du tissu érectile (1864), etc., ont été exposées devant la Société.
En botanique, A. Chatin (1865) décrivçtit le déve-^ loppement, la structure et les fonctions de l'anthère ; Eug. Fournier (1862), étudiant l'anatomie des feuilles des Poly trichées, faisait remarquer l'utilité, pour lataxonomie, des caractères anatomiques que fournit l'examen microscopique ; plus tard, il s'occupait de l'anatomie et de la classification des Crucifères (1865^ et des Fougères (1868).
Enfin, du même point de vue descriptif, on étudiait encore l'embryologie et la tératologie. I-es descriptions de monstres de toutes sortes par Davaine, Giraldès, Houel, Laboulbène, Morel- Lavallée, Rayer, Robin, Valenciennes, abondent dans les premiers volumes de nos Comptes rendus. Les observations embryologiques sont moins nom*
ET L'ÉVOLUTION DES SCIENCES BIOLOGIQUES 26i
breuses, mais il y en a de fort importantes; témoins celles de Magitot et Ch. Robin sur le développement des mâchoires et des dents (18^9 et années suivantes); de Chaussât et Davaine (1849), puis de Davaine seul (1852) sur la génération des Huîtres; avant les belles recherches de Davaine, le mode de reproduction de ce Mollusque était inconnu; celles de Robin (1852) sur le développement des Hirudinées ; celles de Balbiani sur la reproduction des Pucerons vivipares (1866), sur le développement des Lépidoptères (1867). C'est ce dernier travail qui le conduisit à l'explication de\a,pébrine\ sa communication de juillet 1867 sur « la maladie psorospermique des vers à soie » fait suite h sa première note sur ce sujet présentée à l'Académie des sciences le 27 août 1866, à une époque où Pasteur hésitait encore sur la véritable nature de cette maladie ; Balbiani avait dès lors reconnu que celle* ci est due à un Sporozoaire.
2. — Sans doute, dans la suite et présentement encore, ce genre d'études n'a point été abandonné. L'abandon d'ailleurs en serait tout à fait regrettable. L'anatomie, la connaissance exacte et minutieuse des formes, sera toujours l'assise solide et nécessaire de la plupart des autres sciences biologiques. C'est ainsi que l'on n'a jamais cessé de présenter à la Société, même dans ces dernières finnées, des faits obtenus par la simple dissectipQ
des animaux ou de rhomme, aidée ou non par la méthode des injections ou par des procédés analo* gués, comme en témoignent des notes de Barrier, Boulart, Bouvier, Budin, Debierre, Gilis, Grancher, Hamy, A. Nicolas, P. Richeret, parmi les chercheurs étrangers à la Société, de Alezais, Poirier, Pozzi, Sebileau, etc. Ainsi encore nos collègues Beauregard, R. Blanchard, Giard, Kûnckel d'Herculais, Laveran, Mangin, Marchai, Mégnin, Mesnil, Railliet, Trouessart continuent l'œuvre de Balbiani, de Davaine, de Laboulbène, de Rayer,de Montagne. Sous la vigoureuse impulsion de Giard, Tétude des Cryptogames parasites en particulier a pris le plus grand et le plus utile développement. D'autre part, aux premiers travaux d'histologie présentés à la Société se rattachent, sans qu'il y ait eu jamais discontinuité, ceux de Ranvier et de son école. La période que l'on peut appeler période de Ranvier commence en 1869 et dure environ douze ou quinze ans. Ce fut une des époques brillantes de la Société. Le nombre est considérable des faits découverts par notre illustre collègue et par ses amis ou élèves, Babinski, Cornil, Darier, Lataste, Malassez, Renaut, de Sinéty, Suchard, Vignal, et qui furent communiqués à nos séances. Dans la même voie, d'autres travaillaient aussi, Hermann, Legros, le très regretté G. Pouchet, Pilliet, Remy, Retterer, Tourneux, et quelques autres, tels que Cadiat, Morau, que la mort empêcha d'entrer à la Société ; tandis
qu'avec Beauregard, A. Binet, J. Ghatin, Jobert, Ktinckel d'HercuIais, PetUt, Pilliet, G. Pouchet, l'histologie comparée prenait plus d'extension.
3. — Mais, quel que soit l'intérêt de toutes ces recherches, il n'égale point celui des travaux qu'il importe maintenant de caractériser. Peu à peu, ce sont beaucoup moins les organes définitifs qui préoccupent les chercheurs que les organes en voie de formation . Car l'idée devient dominante que la meilleure manière de comprendre les êtres, c'est de voir comment ils se sont faits, organisés de la façon que l'on constate. De là le grand développement des études embryologiques et, dans ces études, de l'histogenèse, dont les progrès furent d'ailleurs singulièrement facilités par la création d'une science nouvelle, la cytologie. C'est que, s'il importe de suivre le développement des organes, celui des parties qui les constituent, c'est-à-dire des tissus et de leurs éléments, est au moins aussi intéressant à connaître. Tous les épithéliums, à une période de la vie embryonnaire, se ressemblent^ et leurs éléments, en apparence identiques, sont semblablement disposés. Gomment se différencientils et quelle est la cause de ces différenciations? On aperçut bien vite la portée de ces questions. Dès lors, les travaux de morphologie se caractérisent par la prédominance des recherches embryogéniques et des observations cytologiques. Par suite.
ils prennent une tendcufice physiologique de plus en plus marquée, les résultats de ces recherches et de ces observations aboutissant nécessairement et la plupart du temps à un problème physiologique qui leur donne toute leur signification. Pour se borner à un seul exemple, toutes les discussions sur la nature et sur la destinée des globules polaires ne sont-elles point d'ordre physiologique?
Les preuves de ce mouven^ent sont faciles à donner. Peu à peu Ton voit augmenter le nombre des communications relatives à l'embryologie. A la Société comme ailleurs, il semble que Ton eut à cœur de justifier le mot de C. von Baer *, à savoir que l'embryologie est le vrai flambeau qui illumine l'étude des corps organisés. Mais à côté de l'organogenèse grandit l'histogenèse qui se substitue en grande partie à l'histologie. Dès 1870 et 1873, Ranvier étudie le développement du tissu conjonctif ; plus tard son élève Vignal (1883 et 1884) celui du système nerveux. Retterer s'efi*orce de déterminer les lois de la formation des amygdales (1886), des plaques de Peyer (1891 et 1892) et, tout récemment, du tissu conjonctif et du cartilage (1898 et 1899). Chemin faisant, il rencontre (1892) * la question des épithéliums vasculaires ou paraépithéliums de Renaut, posée également à la Société de biologie
1. Von Babr, Ueber Entwickelungsgeschichte der Thieren Bd I, S. 331.
2. Retterer avait déjà étudié cette question en 1888, dans |e fottrnal de Vanatomie et de la physiologie^
dans d'intéressantes communications de Bovier-Lapierre (1888) sur la muqueuse olfactive, de Laguesse (.1890) sur les vaisseaux de Tépithélium intestinal du Protoptère, et de Phisalix (1890) sur la présence de capillaires intra-épithéliaux dans la muqueuse du jabot du Pigeon. Laguesse s'occupe activement de l'histogenèse de la rate (1887 à 1891), puis du pancréas (1893 à 1895) . De même est étudié le développement des dérivés branchiaux par Prenant (1893), puis par Tourneux et Verdun (1897), par Soulié et Verdun (1897) et par Hermann et Verdun (1899). Dans ce groupe rentrent naturellement les patientes et fructueuses recherches de Mathias Duval sur le placenta (à partir de 1888), son origine, sa constitution, sa structure comparative dans les différentes classes de Mammifères et chez les Oiseaux.
En même temps, les observations sur la structure intime de la cellule se multiplient. Déjà en 1875 Balbiani avait étudié le développement des spermatozoïdes. Tel fut aussi l'objet des investigations de Mathias Duval, puis de Prenant. Le premier (1880) s'attache à montrer que l'on ne peut déterminer l'évolution de cet élément qu'en la suivant à tous les stades successivement. Le second, s'occupant d'abord de la morphologie du tube séminifère, cherche quelle est la signification de la cellule de soutien chez les Mammifères (1889) ; il revient peu après (1890) sur la même question à pro- Glbt. 1 %
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pos de la constitution de la glande génitale indifférente et de rhistogenèse du tube séminifère ; en même temps, il étudie (1887-1888) la structure fixe des éléments séminaux. De son côté, Â. Nicolas (1892) observe la division des noyaux des spermatogonies chez la Salamandre . Parallèlement, Guignard, dont les travaux sur le rôle du noyau dans la multiplication cellulaire ont mérité d'être placés à côté de ceux de Flemming et de Strasburger, faisait connaître (1890 et 1891) les résultats de ses observations sur les éléments reproducteurs des végétaux et sur les phénomènes intimes de la fécondation ; Henneguy ceux de ses recherches sur la reproduction des Grégarines (1888) et des Myxosporidies (1892, en collaboration avecThélohan), sur la fragmentation peurthénogénésique de Tovule des Mammifères pendant la régression des follicules de Graaf (1893), sur la division cellulaire (1890-1891) ; A. Nicolas (1892) ceux de ses observations sur la formation du fuseau achromatique dans différents cas. C'est dire suffisamment quelle part revient à la Société deuis Tensemble des études contemporaines relatives au rôle respectif du noyau, du protoplasma et des centrosomes dans la fécondation et dans rhérédité. Ce sont des observations comme celles de Guignard qui permettent d'entrevoir une explication matérielle du problème de l'hérédité, qui, en tout cas, rattachent celle-ci à l'ensemble des phénomènes de la reproduction cellulaire. Ici donc les
recherches microscopiques apportent directement des solutions aux plus irritants problèmes de la physiologie générale. Que d'autres questions de cytologie se présentent avec le même caractère phyiologique I Telles sont particulièrement celles qu'ont examinées Guignard (1890), Laguesse (1898 et 1899), Nicolas (1887 et 1895), Pettit (1896), Prenant et ses élèves, P. Bouin et Ch. Garnier (1897 à 1899), c'est-à-dire la localisation des principes immédiats et des ferments solubles dans les cellules végétales, les modifications sous diverses influences des éléments sécréteurs des glandes vasculaires sanguines, thyroïde et capsules surrénales, le fonctionnement de la cellule pancréatique et celui des cellules intestinales et des cellules séreuses, les relations du noyau et du corps protoplasmique dans divers éléments épithéliaux. — A ces recherches peut encore être rattaché le grand mouvement de rénovation des études anatomiquesdu système nerveux, né de la méthode de Golgi, des conceptions de Ramon y Gajal, de Waldeyer et de quelques autres. La Société n'est pas restée étrangère à ce mouvement, comme l'attestent des communications de Dejerine (1896), de Dejerine et Thomas (1897), de Mathias Duval et de ses élèves (1892, 1895, 1898, 1899), de Ramon y Cajal lui-même (1893), de A. Thomas (1894) et de plusieurs chercheurs étrangers à la Société, parmi lesquels il convient de citer surtout Azoulay (1893) et Marinesco (1896).
Toutes ces études de cytologie ont été singulièrement fécondes, non seulement par les résultats immédiats de chacune d'elles, mais encore par leurs conséquences. Une de ces conséquences les plus importantes est le développement de ce que Ton peut apipelevV embryogénie cellulaire. De là tant de recherches concernant les phases successives de la division des cellules, la différence des formes embryonnaires, le mécanisme des processus embryogéniques, etc. Ces recherches à leur tour ont conduit à des conceptions générales sur les phénomènes initiaux du développement des êtres vivants, sur la théorie des feuillets blastodermiques, sur les variations du développement ontogénique et leurs causes, sur les causes de la disparition des organes ancestraux, enfm sur la genèse des formes principales que prennent les êtres. Rien de tout cela ne se fut produit, tout ce renouvellement de Tembryologie, toutes ces études de biologie générale sur les origines et l'évolution des organismes, si l'observation minutieuse de la cellule n'était devenue possible.
C'est en vertu du même mouvement, que je signalais tout à l'heure, que s'est opérée la substitution de la tératogénie à la tératologie. Sans doute, dès 1826, Geoffroy Saint-Hilaire avait montré par quelques faits très curieux qu'il est possible de donner naissance expérimentalement à des monstruosités de l'espèce de la Poule ; mais il n'était pas allé plus
loin. Depjiis, quelques essais analogues avaient été faits en France et en Angleterre, par Beaudrimont et Martin Saint-Ange par exemple (1851) ; mais les auteurs de ces essais s'étaient contentés de dire que des modifications des conditions physiques de Tincubation normale peuvent produire des monstruosités. En 1851, Gubler, étudiant le nanismç dans le règne végétal, avait fait remarquer que les nains en botanique ne sont pas, comme en zoologie, des êtres simplement réduits dans leurs dimensions, mais qu'ils ont des caractères propres ; la diminution excessive de la taille paraît entraîner des altérations des caractères typiques et, par exemple, la réduction du nombre des parties florales. En définitive, la question était quasi neuve, quand Dareste, qu'il est permis peut-être de considérer comme le créateur de la tératologie expérimentale, s'en empara. Ses recherches remontent jusqu'à l'origine de la Société, puisque sa première communication, relative à V Influence sur le développement du Poulet de f application d'un vernis sur la coquille^ est de décembre 1855. Ses idées à ce sujet ne paraissent cependant avoir pris toute leur netteté que quelques années plus tard, quand, par exemple en 1864, il parle de « la production artificielle des anomalies de l'organisation ». Il ne semble pas que la signification générale des observations de Dareste ait été d'abord saisie. L'auteur a beau multiplier les travaux, en 1857, 1860, 1861,
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1864, 1866, il ne trouve pas d'imitateurs. Dans le remarquable mémoire de Davaine [(1860) sur les anomalies de Tœuf, il y a bien une explication du fait de Tinclusion d'un œuf dans un autre œuf; et Vulpian, en 1861, fit bien aussi une communication pleine d'intérêt sur le développement des embryons de Grenouille après l'ablation de la tête. Mais c'est à notre époque seulement que l'œuvre de Dareste a été appréciée à toute sa valeur. Elle a même trouvé, en l'un de nos collègues les plus actifs, un continuateur dont la patience et le zèle sont comparables à ceux du maître. Je n'ai pas besoin d'insister sur ces travaux déjà très nombreux de Féré, car celui-ci a eu l'excellente idée d'en présenter une vue d'ensemble dans notre volume jubilaire. A côté de l'œuvre de Dareste se place celle de Chabry, dont les résultats se sont également déroulés devant la Société (1885-1886). Par les principaux de ces résultats, la formation à volonté d'hémitéries spéciales, et par la méthode tératogénique nouvelle qu'il a imaginée, « le traumatisme cellulaire », Chabry mérite d'être rangé parmi les fondateurs de VEntwicklungstnechanik.
A ce besoin général d'explications qu'ont manifesté toutes ces directions nouvelles des anciennes études se rattache enfin la renaissance de \n. science des milieux ou éthologie. Les observations, comme celles d'Alphonse Milne-Edwards (1861) sur l'analogie de la faune carcinologique des terrains qua-
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ternedres avec la faune actuelle, ou comme celles de L. Vaillant (1871) sur la répartition des zones littorales d'après les espèces qui y vivent, sont très rares dans les vingt premières années de la Société ^ Elles sont nombreuses aujourd'hui. Non seulement on voit se produire des travaux sur des questions particulières, comme les nombreuses notes de P. Bert (1867, 1871, 1877, 1885) sur la vie et la mort des animaux d*eau douce dans Teau de mer et des animaux d'eau de mer dans Teau douce ; comme celles de Ch. Richet (1880) sur le même sujet et celles de Ch. Richet et P. Rondeau (1882) sur la vie des animaux enfermés dans du plâtre; comme le travail de Chabry et Pouchet (1887) sur le développement des larves d'Oursins dans Teau de mer privée de chaux ; celui de A. Milne-Edwards et Bouvier (1894) sur les modifications que subissent les yeux des Crustacés vivant à de grandes profondeurs ; ceux de Bohn (1898) sur la relation entre l'absorption d'acide carbonique par les Crustacés décapodes et la calcification et sur le rôle de l'ammoniaque comme facteur éthologique (1899) ; de Giard (1898) sur la calcification hibernale ; mais plusieurs directions générales se trouvent indiquées. La question de la distribution géographique des espèces appeurait ce qu'elle est en réalité, très importante pour décider de la parenté présumée de diverses formes animales et