‹ Essais de philosophie et d'histoire de la biologieChapitre 27 sur 32 · Armand Gautier. Ibid., p · texte numérisé non relu

Armand Gautier. Ibid., p

« Les phénomènes les plus importants à considérer, écrivait ce grand naturaliste, n'ont été offerts à nos méditations que depuis Tépoque où Ton s'est attaché à Fétude des animaux les moins parfaits, et où les recherches sur les différentes complications de l'organisation de ces animaux sont devenues le principal fondement de leur étude. Ce fut presque toujours de l'examen des plus petits objets que nous présente la nature, et de celui des considérations qui nous paraissent les plus minutieuses, qu'on a obtenu les connaissances les plus importantes pour arriver à la découverte de ses lois et pour déterminer sa marche. »

En résumé, des trois grands problèmes de morphologie posés en ce siècle, la constitution des êtres vivants, leur genèse, et la formation, parmi eux, de groupes naturels, les deux premiers ont été très étudiés à la Société ; et les solutions qui y furent apportées à la plupart des questions qu'ils comprennent ont été souvent les solutions exactes ; quant au troisième, qui est proprement le transformisme, on verra plus loin pourquoi l'examen en fut négligé.

L'évolution de la physiologie ne présente pas des phases aussi nettes peut-être que celle des sciences morphologiques, mais la même tendance s'y découvre; aux constatations de faits, dont on cesse de plus en plus de se contenter, viennent s'ajouter les tentatives d'explication ; on veut saisir la raison des multiples dispositions fonctionnelles.

Les efforts des physiologistes paraissent bien s'être partagés d'abord entre deux directions, l'analyse chimique des tissus et des humeurs et des principes immédiats extraits des végétaux et des animaux et la détermination du fonctionnement des organes, plus nombreux cependant et plus puissants de ce dernier côté. Comme, actuellement encore, ni cette analyse ni cette détermination ne sont achevées, il est clair qu'il se produit toujours des travaux de cet ordre et même qu'il s'en produira longtemps. Seulement, d'autres voies ont été ouvertes, qu'il importera d'indiquer ensuite.

1. — La place est large à la Société des recherches analytiques de chimie physiologique. Leconte, dès 1849, fait connaître le procédé, si souvent encore utilisé en urologie, d'analyse quantitative de l'acide phosphorique au moyen d'une liqueur titrée d'acétate d'urane ; la même année, il

propose l'emploi du suc gastrique pour extraire dans les meilleures conditions d'exactitude les substances minérales contenues dans les tissus animaux ; combien de temps n'a-t-il pas fallu pour que cette méthode si simple fût systématiquement mise en pratique I En 1849, Verdeil et Dollfus signalent la présence de Tacide hippurique dans le sang; Marcet, en 1851, celle des matières grasses dont il caractérise les acides (acides margarique, stéarique et oléique) ; Kunde, en 1852, obtient, en agissant sur le sang d'un grand nombre d'animaux avec différentes substances, eau distillée, eau de gomme, eau iodée, alcool, éther, chloroforme, des cristaux, de forme variable suivant l'espèce animale, et remarque que l'on n'obtient ces cristaux que si le sang renferme des corpuscules colorés ; Verdeil, en 1850 et 1853, extrait du sang l'urée qu'il dit être plus abondante chez les albuminuriques (janvier 1853); le même chimiste démontre (1851) que les poumons sécrètent un acide qui doit décomposer les carbonates alcalins et mettre l'acide carbonique en liberté, étude que devait développer et per» fectionner plus de trente ans après Léon Garnier* ; Gubler et Quévenne (1855) donnent la composition du lait que sécrètent quelquefois les enfants nouveau-nés ; Félix Gannal (1857) découvre l'hydropisine» nouvelle matière dlbuminoïde, prêcipitable pai* le sulfate de nlagnésiô ; ainsi était trouvée une réac-

1» Voy. Archives de physiologie^ 1887.

GLEti i 3

tion caractéristique, et qui fut et reste d'une extrême utilité, des globulines ; Vulpian (1856) indique une réaction propre au tissu des capsules surrénales, que, longtemps après (1896), J. -P. Langlois devait utiliser pour sa démonstration de Tatténuation ou de la perte des propriétés physiologiques de l'extrait surrénal, quand les capsules ont subi quelque altération morbide ; Bogdanov (1858) isole divers pigments des plumes des Oiseaux ; Gallois (1859) étudie Toxalate de chaux de Turine et Toxalurie. A la même époque, Berthelot apportait à la Société les résultats d'un grand nombre de ses travaux, et d'abord, dès 1855, il annonçait qu'il avait réalisé avec S. de Lucalaproduction artificielle de l'essence de moutarde ; en 1854, il écrivait un mémoire sur la synthèse des principes immédiats des graisses des animaux ; et il y dit expressément : « Ce qu'il importe de constater, c'est que les principes neutres ainsi produits présentent la même composition, les mêmes propriétés, tant physiques que chimiques, que les principes naturels qui leur sont identiques. » Tout a été dit sur l'importance, au point de vue de la chimie générale, des synthèses de l'illustre savant ; mieux vaut rappeler ici quel émoi suscitèrent dans le camp des vitalistes les magnifiques résultats de ces opérations. La même année, examinant le principe immédiat de l'huile de Dauphin, ill'identifie avec l'acide valérianique, « nouvel exemple, dit-il dans sa communication (p. 39), d'une substance

extraite des végétaux, qui se montre dans le règne animal sans que Ton puisse admettre que cette substance ait pénétré dans le corps des animaux sous forme d'aliment ». Puis viennent sa découverte du tréhalose (1857), ses recherches sur la cholestérine, sur le blanc de Baleine (1859), celles avec Buignet (1861) sur la maturation des fruits, celles si importantes qu'il fît sur le bouquet des vins (1863). Enfin, en démontrant avec de Luca (1859) que le sucre formépar leglycogènedu foie est du sucre de raisin, il participe à la grande œuvre de la glycogénie hépatique, peu après que Claude Bernard, à la Société, avait posé la question capitale de Torigine du sucre dans Téconomie animale (1849), étudié les causes de Tapparition du sucre dans les urines (1850), trouvé ce corps dans Turine du fœtus et dans les liquides amniotique et allantoïdien (1850) , isolé la substance du foie qui engendre fe sucre et montré que par Tensemble de ses propriétés cette substance se rapproche de Tamidon des plantes (1857), et enfin découvert la fonction glycogénique du placenta (1859).

Sans doute, cette période où, à côté d'un Claude Bernard, travaillait un Berthelot, resplendit d'un exceptionnel éclat. Les recherches de même ordre, qui se sont continuées sans interruption jusqu'au temps présent, n'ont pas toujours assurément une aussi grande portée; mais leur intérêt est toujours réel etla direction générale estidentique ; telles sont

2â0 LA SOCIÉTÉ DE BIOLOGIE DE 1849 Â 1900

les communications relatives à diverses questions de la chimie du sang-, de d'Arsonval, d'Arthus et Huber, d'Arthus et Rouchy, de Gréhant, de Gréhant etQuinquaud, de Hanriot, Hénocque, Kaufmann, Lambling-, Malassez, Picard, Quinquaud, Albert Robin ; celles de L. Camus, Dastre, Dastre et Floresco, Wertheimer et Meyer, sur les matières colorantes de la bile ; celles d'Arthus et Pages sur le lait ; celles, concernant l'urologie, de Paul Bert, Bouchard, Bouchard et Desgrez, Chabrié, Étard et Ch. Richet, Esbach, Gley et Ch. Richet, E. Hardy, Henninger, OEschner de Coninck, Rabuteau, Regnard, Albert Robin, Sanson, Yvon. C'est ^en 1868 que Rabuteau signale la présence normale du brome dans les urines. On ne peut s'empêcher de regretter qu'il n'ait pas poursuivi l'étude de ce fait qui pourtant l'avait beaucoup frappé, qu'il n'ait pas recherché, par exemple, ce corps dans le sang et dans les organes; c'était l'époque cependant où A. Chalin s'entêtait avec raison à soutenir que l'iode existe dans l'air, dans les eaux et chez différents êtres vivants ; la haute signification physiologique de la présence de très petites quantités d'une matière minérale donnée dans un tissu ou dans un organe est bien connue aujourd'hui ; récemment^ Dario Baldi * et Paderi • ont montré^ le premier, que la

Page 1