‹ Essais de philosophie et d'histoire de la biologieChapitre 4 sur 32 · Paris, an X · texte numérisé non relu

Paris, an X

qui considèrent la vie comme produite et dirigée par un principe immatériel, depuis celles d'Hippocrate, de Platon, d'Aristote, jusqu'à celle de Stahl, en passant par la scolastique, puis par la médecine du seizième siècle, et on reconnaîtra qu'au fond de ces théories il y a l'idée de l'antagonisme des phénomènes vitaux avec les phénomènes physiques. Mais Bichat, sous l'influence peut-être des conceptions de l'Ecole de Montpellier, simplifiant encore le vitalisme de l'Ecole, comprit qu'on ne saurait chercher la cause des phénomènes qui se passent dans la matière vivante ailleurs que dans les propriétés de cette matière même. Alors il s'attacha à découvrir et à classer ces propriétés. Encore qu'il n'en ait pas nettement décrit les caractères et qu'il en ait augmenté le nombre presque sans mesure, son œuvre fut très utile.

En reprenant l'étude de l'irritabilité hallérienne, sans doute il distingua trop profondément entre les différents degrés de la contractilité, à ce point qu'il y vit des propriétés différentes ; et il fit de môme pour la sensibilité. Mais cette analyse excessive n'est cependant pas sans offrir un bon côté. C'est comme une étape de la science. Car Bichat, par cela qu'il cherche la raison immédiate des phénomènes vitaux dans les propriétés des tissus, établit le premier fondement de la méthode physiologique et montre en même temps que le principe unique par lequel, avant lui, on tentait d'expliquer les

L'IRRITABILITÉ il

actions vitales, les archées de van Helmont, Vâme de Stahl, le principe vital de Barthez, n'est qu'une abstraction. Aussi voit-il la nécessité de classer les faits. Dès lors il arriva à la biologie ce qui s'est passé dans la science en général.

A Torigine, les physiologues essaient de rendre compte de toutes les existences par un principe unique ; ainsi avaient fait les premiers philosophes de la Grèce. Puis, après que les sciences abstraites, comme les mathématiques, se sont formées, chacune des sciences de la nature se constitue lentement, au prix d'efforts répétés, en se réservant un ensemble de faits explicables par une propriété générale de la matière, la pesanteur, la chaleur, la lumière, etc. Une troisième étape reste à parcourir ; il faut montrer que ces propriétés ne diffèrent pas en réalité les unes des autres. Alors se produit la théorie de l'unité des forces physiques. Mais on conçoit qu'une telle théorie n'est possible qu'après l'étude distincte des propriétés en apparence spéciales et irréductibles de la matière, car c'est seulement après cette étude qu'on peut instituer la comparaison de laquelle proviendra la réduction à l'unité.

Il n'en va pas autrement pour la biologie. Les phénomènes vitaux qu'on expliquait par un principe unique et supérieur, Bichat les rattache à des propriétés particulières de la matière dans laquelle ils s'accomplissent. Mais il ne fait cette analyse

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qu'au moyen de l'observation et de la description ; il lui suffit que des phénomènes organiques se montrent réunis par quelques rapports et séparés des autres par quelques caractères bien apparents et, ce semble aussi, par leur but, pour qu'il en forme une classe qui dénote l'existence d'une propriété spéciale. Ainsi ont long-temps procédé les psychologues qui observaient les faits de l'àme et les classaient suivant leur nature et leur but, les rapportant ensuite à des facultés pour les expliquer. L'analyse à laquelle Bichat s'est livré est donc descriptive et non explicative, et les propriétés vitales qu'il a imaginées sont un nom plutôt qu'une raison des phénomènes. Le grand anatomiste, qui loue Stahl d'avoir senti « la discordance des lois physiques avec les fonctions des animaux : c'était, ajoute-t-il, le premier pas pour la découverte des lois vitales * », ne s'est pas aperçu que c'était là seulement un premier pas pour la découverte des faits, parce qu'on en pouvait distinguer ainsi chaque groupe avec quelques-uns de ses caractères propres et pour ainsi dire dans sa forme, mais non pour la découverte des lois. Après cette description il était besoin d'une analyse réelle et de pénétrer la nature intime des phénomènes que Bichat croyait irréductibles. Il restait à faire voir que les diflerences entre ces phénomènes sont dues seulement à la différenciation des fonctions organiques, et qu'au fond l'i-

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