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ESSAIS I)E PHILOSOPHIE

est resté le symbole (lu soleil luttant contre les vapeurs et les nuages qu’Héré, l’air inférieur, amoncelle contre lui ; et autour de son nom se sont conservées les nombreuses allégories dont l’origine se trouve dans les antiques poètes de l’Inde. lien est de même de la plupart des autres divinités de l'Olympe. Mais leur côté moral n’est jamais oublié. Zeus est essentiellement pour les poètes épiques et pour les poètes tragiques le principe de la justice, le gardien des traités, le lien des sociétés humaines, le protecteur des suppliants, comme Héraclès est le modèle du héros infatigable qui, par son génie et sa patience, surmonte les obstacles que rencontre la société humaine à ses premiers pas.

Ces deux formes des dieux de la Grèce, l’une par laquelle ils tiennent au symbolisme naturaliste des anciens ariens, et l’autre par laquelle ils se rattachent au génie grec ; ces deux formes s’entrecroisent souvent au point de troubler la vue de l’historien. Elles ne sont pas toujours séparées dans Homère, qui insiste cependant si fortement sur le côté moral; elles le sont moins encore dans Hésiode, qui, par goût et peut-être par système, donne une grande importance au sens allégorique des antiques traditions. Mais ce mélange, qui a donné lieu à une foule d’équivoques et qui a soulevé des difKcultés sans nombre dans l’explication de la religion des Grecs, est lui-même une preuve incontestable que

et d’histoire religieuse 97 la transformation des allégories des forces de la nature, qui forment le fond le plus certain des conceptions religieuses de la famille arienne, en des êtres divins, représentant les idées de la justice et de l’ordre moral, a été le résultat des efforts du génie de la Grèce.

Et c’est précisément dans ces efforts que se manifeste le plus visiblement la nature morale du peuple grec. Aussi, bien loin de prétendre avecM. Ménard que la religion de la Grèce a influé sur son caractère moral, il faut renverser la proposition et soutenir que sa nature morale a influé sur sa religion. Comment expliquer autrement la transformation du naturalisme arien en un véritable anthropomorphisme.

De combien d’autres faits ne pourrait-on pas corroborer l’idée que nous venons d’établir sur la formation et la nature de la religion de la Grèce antique ? C’est parce que la religion resta chez les Grecs subordonnée à la morale, qu’elle ne tomba jamais dans le formalisme, l’écueil le plus ordinaire des cultes qui ont une longue durée. Le sacrifice et les cérémonies sont à leurs yeux de peu de valeur, en regard de la moralité de la vie. « Les dieux, dit Zaleucus dans son préambule, ne se plaisent pas aux dons des méchants, comme de misérables hommes ; ils veulent être honorés par les sentiments généreux et les actions vertueuses. »

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