‹ Essais de philosophie et d'histoire religieuseChapitre 3 sur 27 · R K F A CK · texte numérisé non relu

R K F A CK

dre Jésus-Christ, ils s’étaient formés auprès de lui; ils tenaient de sa bouche même la religion qu’ils devaient répandre sur toute la terre. Ceux de leurs compagnons d’çeuvre qui n’avaient pas eu l’avantage de vivre avec le maître, avaient pu se renseigner facilement sur ses enseignements ; ils vivaient au milieu des souvenirs qu’il avait laissés; ils entendaient encore l’écho le plus prochain de ses paroles. Les apétres sont loin cependant d’être d’accord sur ce qui doit constituer, je ne dis pas les accessoires, les conséquences, mais le fond même de la théologie chrétienne. Ils se divisent, ils se combattent, ils se réfutent sur ce qu’il y a de plus caractéristique, de plus essentiel dans les croyances. La discorde en fait de doctrines éclate dès les premiers pas du christianisme. On en trouvera la preuve à la fin du dernier des essais contenus dans ce volume. Si les apôtres n’ont pas pu s’entendre sur la doctrine, où pouvez-vous espérer de trouver l’unité dans les croyances?

Elle n’a jamais régné nulle part, cette unité. L’Eglise catholique se fait illusion à elle-même, quand elle assure qu’elle a enseigné dans tous les temps ce qu’elle fait profession de croire aujourd’hui. Elle proclame en vain l’immutabilité de sa théologie, quod semper, qi'od idiiqur. L’histoire

PREFACE

lui donne le plus éclatant démenti. De ceux de ses dogmes qui lui sont exclusivement propres, il n’en est aucun qui remonte aux temps apostoliques ; ils n’ont été formulés qu’ après des discussions qui ont duré des siècles. A mesure que chacun d’eux est arrêté à la majorité des voix dans un concile et qu’il prend place dans le Credo de l’Église, la discussion s’éteint ou du moins devient plus timide sur ce point ; mais elle se porte aussitôt sur un autre avec une égale vivacité.

Après que la divinité absolue de Jésus-Christ eut été décrétée à Nicée en 325, il fallut s’occuper de la doctrine de la divinité absolue du Saint-Esprit qui était restée dans le vague; un demi-siècle se passa à discuter cette difficile question, qui ne fut définitivement fixée qu’au concile de Constantinople en 380 ! . A la fin du xi° siècle on n’était pas au clair sur le dogme de la satisfaction, et même après

* El encore ce concile ne proclama pas l'unité numérique des trois personnes divines et ne donna pas le nom de Dieu au Saint- Esprit. Ces deux points no se trouvent pour la première fois bien décidés que dans le Symbole dit d'Athanase, que l'Église d’Occident a mis sur la même ligne que le Symbole des Apôtres et celui de Nicée. Ce ne fut pas au reste la libre discussion qui lit triompher le dogme de la divinité absolue du Saint-Esprit. L'empereur Théoduse y eut autaut de part pour le moins que les théologiens.

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qu’ Anselme de Cantorbôry l’eut réduit en une théorie, peu satisfaisante sans doute, mais facile à comprendre, l’accord ne régna pas longtemps sur ce point. La doctrine de la transsubstantiation avait été consacrée depuis plus d’un siècle dans l’Église grecque * , qu’elle était encore dans l’Occident le sujet de débats très-animés. Le dogme de l'absolution donnée directement, au sens propre du mot, par le prêtre, n’a pas subi des variations moins considérables. Encore au xiv e siècle la formule Ego te absol vo n’était pas partout employée ; on se servait de cette formule déprécative* : Misereatur vestr t omnipotens üeus, que Dieu tout-puissant ait compassion de vous; ou de celle-ci : Absolulionem tribuat robis Omnipotens, que le Tout-Puissant vous accorde l’absolution. La première formule, celle qui met dans la bouche du confesseur l’absolution directe, ne l’emporta sur toutes les autres que par l’autorité de saint Thomas qui la regarde comme la plus convenable 3 . Rappelons, pour en finir, que de nos jours encore, l’Église catholique a enrichi le cercle de ses croyances officielles d’une doctrine jusque-là tout à fait incertaine et livrée ù

• Dans un concile tenu à Nic<‘o en 787.

2 Thomas d’Aquin, Summn, pars lu, quæsl. Ht, ail. 3.

2 Thomas d’Aquin. Upuscul- wit.

PREFACE

la libre discussion, je veux parler du dogme de l’immaculée conception de la Vierge.

L’Église a-t-elle mis fin à toutes ces vicissitudes? n’a-t-elle plus de nouveaux dogmes à consacrer? Qui le sait? Et le sait-elle elle-même? Ce qui est certain, c’est qu’au XIII e siècle elle n’enseignait pas ce qu’elle enseigne aujourd’hui ; comment auraitelle autrement inscrit parmi ses saints Thomas d’Aquin qui combattit énergiquement l’idée de l’immaculée conception de la Vierge? Ce qui n’est pas moins certain, c’est qu’au iii" siècle, elle ne professait pas les mêmes doctrines qu’elle professe surtout depuis Hildebrand; elle n’aurait pas fait autrement un saint de Cvprien de Carthage, qui réclama si énergiquement en faveur des droits souverains de l’épiscopat, contre les prétentions de l’évêque de Rome ft se constituer juge en dernier ressort des différents ecclésiastiques.

La liste des variations de l’Église catholique devrait encore s’augmenter de tout ce qui concerneson organisation, qui est aussi chez elle un dogme. Si nous portions notre examen de ce côté, nous la verrions passer du gouvernement populaire des premiers temps, pendant lesquels il n’y avait pas de distinction entre le laïque et l’ecclésiastique *, au

1 I Pierre, u, 0.

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PRÉFACE

XTII

gouvernement aristocratique, quand les presbvtres (anciens) et les épiscopes (surveillants) qui n’étaient dans le principe que les priai i inter jmres dans les diverses Églises dont ils présidaient les assemblées de piété, furent devenus, par la marche même des choses, un orilo ecclcsiasticas, et eurent constitué une hiérarchie dont les différents degrés se tranchèrent de plus en plus ; et de ce gouvernement aristocratique au gouvernement monarchique, quand une foule de circonstances diverses, jointes au prestige qu’exerçait dans les pays de race latine la ville de Rome, eurent attiré la suprématie à son évêque.

Ajoutez encore que les cérémonies qui composent son culte et qui sont des actes de foi, par conséquent aussi des dépendances du dogme, ont pris naissance à des époques diverses, selon les besoins du moment. Plusieurs d’entre elles doivent leur origine à des concessions, habiles peut-être, mais non sans danger pour la pureté du sentiment chrétien, aux préjugés de la foule ignorante qui ne pouvait oublier le paganisme ', ou qu’il fallait atta-

• Cum animadvertisset (Gregorius) quod ob corporeas delectalionesct voluplatcs simplex et imperilum vulgus in simulacrorum cultus (le culte des idoles, le paganisme) errore pcrmancret, permisit eis ut in memoriam et recordationem sanctorum mar- Ivrum sese oblerlarent et in lætiliam effunderenlur, quod suc-

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