DU GÉNIE MORAL DE LA GRÈCE ANTIQUE
Le peuple grec a joué un rôle si considérable dans le monde; il exerce encore, par les œuvres de ses écrivains, par les débris des merveilleux ouvrages de ses artistes, par l’exemple, enfin, cpio son héroïsme a laissé à la postérité, une si grande et si légitime influence sur les nations cultivées, que rien de ce qui le concerne ne saurait nous rester indifférent. Après avoir admiré dans le Grec le héros, l’artiste, le philosophe, nous sommes curieux de voir l’homme. Il y a plus encore ici qu’un intérêt de
1 De la morale avant les philosophes, par Louis Ménard. Paris, Firmin Didot, 18G0, 1 vol. ii>8.
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curiosité. <'<>1111111-* •* **st principalement dans le* con- <'•*) liions primitives ipi'iin peuple se fait de ses < le*— voirs et île ses droits qu’on trouve l'expression la plus \ rai<* de la nature qu' lui est propre, et que la conna'ssance de sa nature est la condition indispensable pour pouvoir se rendre compte de la manière dont la vie s’est constituée et s’est développée dans son sein, ’’ n’y a rien qui soit plus capable de nous servir de fil conducteur dans l’histoire de la nation grecque que l’étude de ses idées morales primitives, et des aptitudes particu'ières qu’elles supposent nécessairement en elle.
La philosophie du siècle dernier prétendait expliquer le mode de développement des peuples pa" 1'iniluence du climat et de la position topographique. 11 y a là, nous le recohnaissons, un élément qui a sa valeur, et qu’on ne peut négliger, quand il s’agit de se rendre compte de la forme particulière de la vie d’une nation; mais il n’est ni le premier, ni le plus important. 11 est douteux que la farn’le grecque, restée dans les lieux qui furent le berceau de la race à laquelle elle appartient, ou conduite par une destinée différente dans les forêts de la Germanie, eût produit l’Iliade et le Jupiter Olympien, et donné le jou” à Socrate, à Sophocle, à Platon, à Démosthène, à Aristote. Il est encore plus douteux, que les Sémites, transportés dans la Grèce, eussent poussé aussi lo‘ i que les Grecs le
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I ii jieuple. après tout, ik* peut donner que ce qu'il |Mirtf en lui-iuèine. Le milieu dans lequel il vil ne peut avoir (l’autre influencer que de favoriser ses aptitudes particulières, ou que de leur donner une certaine direction; il ne crée pas ces facultés. On ouvrirait vainement l’espace infini des airs à un être privé d’ailes.
Ce n’est pas à dire, cependant, que lés Grecs aient été foncièrement mieux partagés que les autres peuples, sous le rapport de la mora’e. La loi morale est inscrite également dans le cœur de tous les mortels. C’est elle, comme le dit Hésiode, qui distingue l’homme entre tous les animaux. Mais tous les peuples n’ont pas été capables de la sr isir avec la même lucidité, ni de la débarrasser des voiles qui peuvent la couvrir h leurs yeux.
Ce fut le glorieiw, prb îége des Grecs d’avoir un assez vif sentiment de la dignité morale de l'homme pour s’élever au-dessus de cette grossièreté de mœursqui rend insensible à la voix de la conscience, et un assez grand amour de la liberté pour ne pas se courber sous le joug du sacerdoce qui, dans l’enfance des sociétés, a toujours commis la funeste ei.-eur déréglementer le sens mon et de l’étouffer sous un puérl forma ’isme. En aucun lieu, dar." le monde a îcien, les rapports naturels qi'