ESSAI SVR LA »16V|DBN€E
tentation uae voix nous les répète, ne peuvent-ils pas nous arrêter aussi? Voilà ce que fait la présence d'un
témoin vénérable. Et si l'amour a sa place quelque part, n'est-ce pas sui tout ici, devant cet Être, perfection aimable du bien et de la beauté, Providence infatigable? Que Thomme possédé du sentiment religieux se laisse donc porter en sa présence, et désormais on ne trouve plus en lui ou une soumission frémissante ou le soin laborieux de sa propre dignité, mais cette affection libre et vigoureuse }>ar qui la vertu nous devient comme naturelle, l'attention touchante à ne pas violer une haute et sainte amitié.
Enfin on n'expliquerait pas toute la force du sentiment religieux, si on ne savait quel est le pnu\ oir dti l'exemple. Un caractère éclatant se fait suivre : les brigands de Schiller ont créé des brigands; Werther a excité dans Lien des âmes la sensibilité maladh e et la pensée plus d'une fois efficace du suicide; de René, de Manfred, est sorti tout un peuple de rêveurs ; les Vies de Plutarque ont fait plus de héros que les belles Pensées de Marc-Aurèle ; Alexandre rêvait d'Achille, et son vrai précepteur est Homère plus qu' Aristote ; les qualités ou les défauts de nos parents s'impriment en nous, et leurs maximes sont sans action auprès de leurs exemples. Il y a dans le monde entier deux traditions. Tune dé vertus Tautre de crimes ; dans la grande famille humaine il y a deux familles où ces traditions sont déposées et se perpétuent; il dépend de chacun de nous de choisir nos ancêtres, d'entrer par l'adoption dans la race du premier juste ou du premier méchant, de nous constituer l'une ou l'auti'e généalogie, par notre libre choix, par l'imitation, qui est la génération des esprits. Qu'on ne s'étonne pas de cette puissance de