‹ Essais de philosophie et de moraleChapitre 14 sur 49 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

rioûtaûcuu : le pur poréoepte languit; après l'avoir entendu, on se demande s'il e^t possible de Vexécu^ ter, ou s'il n'est pas peut-être quelque invention arbitraire, et iiivoloiitairement on se complaît dans cette dernière pensée, parce qu elle dispense de courage. Au milieu de ces lâches préoccupations, l'exemple survient et les dénient, car il est le précepte réalisé ; si de plus il est brillant, si la puissance humaine s'y développe, il nous frappe et nous séduit par le prestige de la grandeur. Pour nous, qui visons à la grandeur de la vertu, nous cherchons un modèle où elle paraisse dans toute sa beauté. Or il existe un tel être, et il est constamment devant nous, si nous le voulons voir, non pas des yeux du corps, qui le chercheraient vainement dans le monde de la matière, mais des yeux de l'esprit, à qui il a été donné de contempler l'être absolu, idéal de toute perfection. De là le but proposé à l'activité des hommes par Platon et les stcnciens : « Rendez-vous semblables à » Dieu autant qu'il est possible; » et que le Christ leur rappelle : « Soyez parfaits connue mon père est » pai'iait. » Et vraiment Dieu est notie digne modèle : en le contemplant nous apprenons à ne penser que le vrai, à n'aimer que le beau, à ne vouloir que le bien,^ à mettre entre toutes nos facultés une juste et inaltérable harmonie.

Pourtant il faut l'avouer, cette perfection est si élevée que notre regard se trouble ; cette nature qui ne connaît pas nos besoins et nos combats est bien loin de notre nature, et nous ne savons souvent comment rapporter à l'usage de chaque jour, à des circonstances infiniment variées, l'exemple d'une vie sans succession; aussi nous cherchons un modèle qui, avec une pureté sans tache, tienne plus de nous,

B88AI 801 LA PBOTIlkERGB.

soit plus proche de nous. Le Christ avait fondé Tind* talion de Dieu, les hommes ont fondé Timitation du

Christ. Faire descendre au milieu des honioies le divin idéal, sans lui enlever rien de sa pureté, lui donner nos besoins pour qu'il nous enseigne à les régler, nos misères pour qu'il nous enseigne à les soutenir, le placer dans les rencoaties diiliciles de la vie, pour observer comment il se conduira et nous conformer à sa conduite, amener devant lui et la fenmie adultère et le pharisien, qui lui deaiande ce qu'il doit à César, en un mot, le faire vivre comme nous vivons, afin de vivre comme il a vécu, faire iïun Dieu un homme, pour que cet homme à son tour nous fasse dieux : telle est l'œuvre profonde du christianisme. Lisez ses orateurs, toute sa prédication est un perpétuel commentaire des discours et des actes du maitre, en vue de la ])ratique journalière, en sorte que, depuis l'âge où la raison parait jusqu'au moment suprême de la mort, nous trouvions toujours quelqu'une de ses traces où nous puissions poser le pied. Qu'on parcoure les grandes religions de l'Inde, de rÉgypte, de la Perse, passées un jour dans la Grèce et dans Rome, partout on trouvera la Divinité entrant dans le mouvement et sa conduite proposée à tous les croyants comme le type de la perfection humaine.

J'ai montré, je crois, d'où procède la force du sentiment religieux, le secret de cet appui si efficace ^ qu'il prête à la morale : il confirme la loi par Fauterité du souverain mattre. il retient dans l'obéissance par le respecL du téiiiuln vigilant, juge équitable qui a Tœil sur nous, et il rend cette même obéissance douce et chère, la transformant dans le dévouement de l'amitié, enfin, il enflamme et soutient notre cou-

Page 1